jeudi 11 février 2016

Méditer les quatre attentions

Dans le Soutra des quatre attentions, Satipaṭṭhānasutta , le Bouddha explique comment maintenir l'attention au corps, aux sensations, à l'esprit, les formations mentales, en vue d'atteindre la libération.

D'autres soutras abordent les mêmes thèmes, sous des angles différents.
Ainsi, le Soutra de celui qui connaît l'art de vivre seul dont voici un extrait posté sur le site de la Maison de l'Inspir.

Ainsi ai-je entendu.
Un jour, le Bouddha demeurait au monastère d’Anathapindika dans le parc Jeta près de Savatthi.
Il fit venir les moines et leur dit: “Moines!”
Et les moines répondirent : “Nous sommes là.”

Le Très Honoré dit:
“Je vais vous enseigner ce que signifie ”savoir vivre seul”.
Pour commencer, je vais donner un aperçu de l’enseignement puis je continuerai par une explication détaillée. Moines, écoutez attentivement.”
“Nous écoutons, Très Honoré.”

Le Bouddha enseigna:
“Ne poursuivez pas le passé.
Ne vous perdez pas dans le futur.
Le passé n’est plus.
Le futur n’est pas encore.
Regardez attentivement la vie maintenant.
Le pratiquant demeure stable et libre.
Soyons diligents aujourd’hui, demain il sera trop tard.
La mort vient sans prévenir,
et l’on ne marchande pas avec la mort.
Qui sait demeurer nuit et jour dans la pleine conscience est appelé par le Bouddha :
“Celui qui connaît l’art de vivre seul.”

“Moines, qu’entendons-nous par poursuivre le passé ?
Lorsque quelqu’un pense à ce qu’étaient son corps, ses sensations, ses perceptions, ses facteurs mentaux, sa conscience dans le passé; lorsqu’il pense ainsi et qu’il commence à s’attacher à ces choses du passé, alors cette personne est entrain de poursuivre le passé.

“Moines, qu’entendons-nous par ne pas poursuivre le passé ? Lorsque quelqu’un pense à ce qu’étaient dans le passé son corps, ses sensations, ses perceptions, ses facteurs mentaux, sa conscience, lorsqu’il pense ainsi et qu’il ne commence pas à s’attacher à ces choses du passé, alors cette personne ne poursuit pas le passé.”

“Moines, qu’entendons-nous par se perdre dans le futur ?
Lorsque quelqu’un pense à ce que seront son corps, ses sensations, ses perceptions, ses facteurs mentaux, sa conscience dans le futur; lorsqu’il pense ainsi et qu’il commence à s’attacher et à rêver à ces choses qui appartiennent au futur, alors on peut dire qu’il se perd dans le futur.

“Moines, qu’entendons-nous par ne pas se perdre dans le futur ? Lorsque quelqu’un pense à ce que seront son corps, ses sensations, ses perceptions, ses facteurs mentaux, sa conscience dans le futur, lorsqu’il pense ainsi et qu’il ne commence pas à s’attacher et à rêver à ces choses qui appartiennent au futur, alors on peut dire qu’il ne se perd pas dans le futur.”

 “Moines, qu’entendons-nous par être emporté par le présent?
Quand une personne n’apprend rien et ne sait rien de ce qui concerne l’Éveillé, les pratiques de transformation et la communauté, ne connaît rien de ce qui concerne les sages et leurs enseignements ou ne pratique pas ceux-ci, quand cette personne pense: “Ce corps est moi, je suis ce corps, Ces sensations sont moi, je suis ces sensations. Cette perception est moi, je suis cette perception. Ce facteur mental est moi, je suis ce facteur mental. Cette conscience est moi, je suis cette conscience,” alors cette personne est emportée par le présent.

“Moines, qu’entendons-nous par ne pas être emporté par le présent ?
Quand une personne apprend et connaît ce qui concerne l’Éveillé, les pratiques de transformation et la communauté, connaît ce qui concerne les sages et leurs enseignements ou pratique ceux-ci, quand une personne ne pense pas :
“Ce corps est à moi, je suis ce corps, Ces sensations sont à moi, je suis ces sensations. Cette perception est à moi, je suis cette perception. Ce facteur mental est à moi, je suis ce facteur mental. Cette conscience est à moi, je suis cette conscience,” alors cette personne n’est pas emportée par le présent.”

“Ainsi, je viens de vous donner un aperçu et des explications sur ce que veut dire Celui qui sait vivre seul.”

Après que le Bouddha eut terminé cet enseignement, les moines furent enchantés de le mettre en pratique.

4 commentaires:

  1. La conscience diffère de l'esprit ou continuum mental. Continuum mental qui passe de vie en vie, donnant lieu à la renaissance.

    La conscience est donc la "vision ou perception" de ce que l'on voit, ressent, pense, dit, fait... et à ce titre, elle est impermanente, passagère, parfois même royalement absente !?

    Dans son livre : "La Peur - Conseils de sagesse pour traverser la tempête", Thich Nhat Hahn évoque la méditation sur les 6 sens :
    "Ce corps n'est pas moi, je ne suis pas prisonnier de ce corps. Je suis la vie sans limites."
    Idem avec yeux, oreilles, nez, langue.
    Puis avec l'esprit :
    "Cet esprit n'est pas moi. Je ne suis pas prisonnier de cet esprit."

    L'esprit est bel et bien dissocié de la conscience, le tout étant de nourrir une façon de penser qui nous permet de nous libérer de nos habitudes de penser erronées du type : "Cet esprit est moi...", autrement dit de la saisie du soi.
    Voici comment cet article résonne en ce sens en moi, suite à ma lecture du moment.

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  2. Tout dépend du sens qu'on accorde, ou non, aux mots.

    Par convention, dans le système que je suis, "conscience" est un équivalent de "mental" ou "mental principal", et désigne la partie principale de l'esprit.

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  3. La "saisie du soi" peut être envisagée de diverses manières, mais je ne crois pas qu'elle consiste juste à songer "Cet esprit est moi".

    Attention aux exposés elliptiques - qui sont très fréquents.

    Par exemple, même si certains soutras énoncent que "la forme est vide, et le vide est la forme", il ne faut en aucun cas prendre cela au pied de la lettre. :-)

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  4. Merci Marie-Stella.

    Toute lecture en dehors de "notre" enseignement du Dharma est une aventure qui amène toujours à réfléchir et qui nous laisse parfois sans réponse aux questions que cela suscite en nous.

    En fait, cette méditation sur les six sens s'adresse à un disciple proche du Bouddha, Anathapindika, qui est très malade. L'apprenant, le Bouddha lui rend visite et l'invite à pratiquer la respiration consciente dans son lit. Puis il demande à Sharipoutra, ami proche d'Anathapindika, de prendre soin de lui durant sa maladie. Ce qu'il fait en lui offrant quelques exercices de méditation guidée destinée à arroser en lui de bonnes graines et à diminuer la douleur alors critique pour lui... "Opération" réussie car Anathapindika reçoit le plus beau de tous les cadeaux : la non-peur et il meurt d'une belle mort, paisible sans souffrance ni peur.

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