samedi 28 juin 2008

Le Sutra du serpent

Un grand merci à M T de m'avoir envoyé le Soutra de la maîtrise du serpent*, dont voici un extrait :

"... Moines, vous devez étudier profondément et correctement le sens de mes enseignements avant de les mettre en pratique. Si vous n'avez pas encore saisi la signification de telle ou telle parole, interrogez-moi d'abord ou demandez conseil à l'un de vos aînés dont la connaissance du Dharma est plus avancée ou à un frère dont la pratique touche à l'excellence.

Pourquoi ? Beaucoup de personnes, sans la vision profonde, ont mal compris la lettre ou l'esprit d'un enseignement et ainsi, en font des contresens, que cet enseignement soit délivré sous forme de poésie ou de prose, de prédictions, d'abrégés versifiés, de production interdépendante, de métaphores, de propos spontanés, de citations, d'histoires relatives aux naissances précédentes, de phénomènes merveilleux, de commentaires détaillés ou d'éclaircissement au moyen de définitions. Ces personnes n'ont étudié que pour faire étalage de leur savoir ou pour vaincre dans des discussions, et non pour pratiquer ni pour atteindre la libération. Animés par de tels motifs, elles s'emprisonnent dans la forme sans pouvoir toucher le véritable esprit de l'enseignement. Elles connaissent nombre de difficultés, endurent des épreuves inutiles et s'épuisent enfin en pure perte.

Elles sont semblables à un homme qui tente d'attraper des serpents au fond de la jungle. Dès qu'il en voit un grand, il tend la main pour le saisir mais celui-ci se retourne et le mord au poignet, à la jambe ou à une quelconque partie de son corps. Capturer un serpent de la sorte ne présente aucun avantage et ne peut provoquer que des malheurs.

Une personne qui n'étudie pas les soutras intelligemment est comme cet homme qui attrape un serpent sans technique. Ne sachant pas comment étudier, elle peut comprendre le contraire de ce qui est enseigné.
Cependant, une personne intelligente et adroite sait comment s'y prendre pour saisir à la fois la lettre et l'esprit d'un soutra. Ainsi, elle n'en fera pas de contresens. Elle n'a pas besoin d'apprendre durement et ne s'épuisera pas car elle le fait dans le but d'atteindre la libération et non pour étaler son savoir ou argumenter avec autrui. Elle est semblable à un chasseur qui se sert d'un bâton fourchu pour capturer un serpent: dans la jungle, dès qu'il aperçoit un serpent, il lui bloque immédiatement la tête à l'aide du bâton et le saisit par le cou avec la main. Alors, même si le serpent brandit sa queue, s'enroule autour de son poignet, de sa jambe ou de toute autre partie de son corps, il ne pourra pas le mordre. Parce que la personne maîtrise la technique, elle n'a pas besoin de travailler dur et ne s'épuisera point.

Lorsqu'un fils ou une fille de bonne famille étudie un soutra, il ou elle devrait faire preuve d'une grande habileté pour comprendre la lettre et l'esprit sans toutefois les travestir afin d'appréhender le véritable Dharma. Il ou elle ne devrait pas étudier dans le dessein de spéculer et de débattre, mais en vue de rechercher la libération. En étudiant avec intelligence, il ou elle ne connaîtra ni le dur labeur, ni l'épuisement. ..."

* J'ignore le nom du ou des traducteurs

Quelques aspects des karma

Tant qu'à parler des karma, reprenons des questions, légitimes, qui reviennent très souvent : "Tous les karma donnent-ils des résultats ? Leurs résultats sont-ils certains ? Se produisent-ils dans cette vie ou lors de vies ultérieures ?"

Serez-vous vraiment si étonné(e) que l'on réponde : "Ca dépend !" ?

Pas question d'inventer. Je vais donc chercher dans les Enseignements de Rinpoche les réponses.

Il est des karma dont l’expérimentation est certaine et d'autres karma dont l’expérimentation est incertaine - ce qui signifie que certains karma donnent peu ou pas de résultats.

Le critère est la présence ou non des 4 éléments qui font qu'une voie karmique est ou non complète (et au paroxysme de sa puissance).
Dans le cas, disons, d'un mauvais karma, dans l'hypothèse où il constitue une voie karmique complète (réunissant base, pensées, acte et accomplissement), ce karma est certain si on n’a pas appliqué les 4 forces de confession, bref si le karma n’a été aucunement affaibi et purifié.

Les karma dont l’expérimentation est certaine sont de trois types :

1. Karma qui donnent leur(s) résultat(s) dans la vie même où ils ont été accomplis et accumulés :
- karma issus d’un très fort attachement vis-à-vis du corps, des possessions, de la vie actuelle
- karma issus du non attachement vis-à-vis du corps, des possessions, de la vie actuelle
- karma effectués sous le pouvoir d’une forte haine vis-à-vis des êtres non Bouddha
- karma vertueux suscités par une vive compassion à l’égard des êtres.
- karma effectués sous l’emprise d’une très forte hostilité à l’égard des Trois Joyaux
- karma vertueux générés par une foi et une aspiration intenses vis-à-vis des Trois Joyaux
- karma empreints d'ingratitude à l’égard des parents, ou de tout être bienveillant envers soi
- karma empreints de la volonté de manifester sa reconnaissance vis-à-vis des parents ou de tout être bienveillant

2. Karma qui donnent leur(s) résultat(s) dans la vie immédiatement consécutive
3. Karma qui donnent leur(s) résultat(s) lors d’une autre vie

Pour ces deux catégories, quatre critères peuvent intervenir successivement pour conditionner l’ordre de maturation des karma :
- la puissance
- en cas de puissance égale, les pensées survenues à l'article de la mort
- à défaut, l'accoutumance
- à défaut, l'ancienneté.


Rassemblement pour la Paix Ter

Pour ceux qui souhaitent voir ou revoir des photos du Rassemblement pour la paix du 25 juin 2008 au Trocadéro, voici un lien aimablement transmis par l'un des techniciens - qui ont également accompli un exploit ce soir-là vu les délais dans lesquels ils ont dû opérer:
www.arthemuz.fr/photo/troca

(NB Les 20 à 30 premières photos sont principalement techniques, mais après, c'est plus "grand public".)

Pour compléter le compte-rendu, il est à souligner qu'en ce qui concerne les chanteurs qui se sont produits avec des musiciens, ils ont pris à leur charge les émoluments de leurs accompagnateurs ! Très discrètement. Cf. perfection de la générosité, et autres pratiques de bodhisattva.

Enfin, pour ceux qui ont été ravis par la prestation du jeune couple de chanteurs lyriques - Sébastien Fournier et Perrine Hanrot (détentrice d'un doctorat de philosophie par ailleurs), vous pourrez réécouter Sébastien en allant sur YouTube et en tapant "SENKASE".

Pour conclure, s'il nous fallait un exemple concret de l'interdépendance et de la loi de causalité, voilà qui est fait.
"Quand les causes sont réunies, les résultats se produisent".

jeudi 26 juin 2008

Rassemblement pour la Paix suite

Pour vous tenir au courant, voici un petit compte-rendu de la soirée d'hier, au Trocadéro, de 19 heures à 22 h 20 environ.

Bilan : très positif. En toute modestie, un vrai succès (le terme de "miracle" est revenu souvent, vu les délais d'organisation : moins de deux mois).

Temps : Très beau. Un peu de vent à certains moments. Fraîcheur en fin de soirée.
Fréquentation : de 300 à 400 personnes à la fois, ce qui veut dire qu'environ 500 à 600 personnes ont dû passer sur le Parvis, durant les trois heures que la réunion a duré.
Sachant qu'il y avait la concurrence d'une demi-finale Allemagne-Turquie, ce n'est pas mal du tout.

Ambiance : chaleureuse et détendue.

Intervenants : très variés, à tous points de vue. Tous très bons et manifestement très engagés pour oeuvrer pour la paix.
Le Doyen : un Monsieur de 93 ans, Joseph Krassovsky, d'origine russe. Un original au grand coeur et d'une totale sincérité. D'une rare intelligence par ailleurs. Pour faire connaissance avec lui, il suffit de cliquer sur ces liens :
http://www.fraternet.com/reportage/gk/#action
http://fr.youtube.com/watch?v=t_SzzS6gYRg

Les enfants (2 garçons de 7 ans - un Népalais et un Français - ; 1 fille et 1 garçon de 10, 11 ans ; 1 jeune fille de 16 ans) se sont débrouillés comme des pros, pour réciter ou lire qui un article de la déclaration Universelle des droits de l'Homme, qui un passage du discours de la jeune Canadienne à l'ONU (Conférence sur l'Environnement et le Développement, à
Rio de Janeiro en 1992 - Cf. "La vérité sort de la bouche des enfants", blog du 18 mai 08).

Religions représentées : Juifs, Catholiques, Protestants, Orthodoxes, Soufis, Bouddhistes (Vietnamiens et Tibétains), tradition des Amérindiens.
Avec des mots légèrement différents, tous les messages ont énoncé de mêmes valeurs fondamentales, avec en toile de fond un exceptionnel esprit d'ouverture de la part de tous. Et beaucoup d'humour.

Chanteurs et musiciens : de tous les genres, de tous les âges (voir programme).
* Jane Birkin a fait une très belle allocution, en se référant notamment à l'effet papillon de Lorenz. Exposé en français et en anglais (à l'adresse des touristes alentours).
* La star des banlieues Nâdiya n'a ni chanté ni parlé, mais elle est restée une bonne partie de la soirée pour soutenir l'évènement.

Orateurs : Ancien Président d'Amnesty International ; 1 jeune ethnologue travaillant en Amazonie - présentée par Laurent Bignolas (les Racines du ciel), très touchant lui aussi ; 1 Colombienne à propos du commerce équitable ; 1 avocat congolais à propos des crises en Afrique.

MAIS que d'émotions jusqu'au bout !
L'autorisation n'a été concédée (à regret) qu'en tout début d'après-midi, mercredi ! Soit à peine 4 ou 5 heures avant le début de la rencontre.
La paix : un thème suspect et dérangeant, semble-t-il...

Conclusions :
- La foi soulève réellement les montagnes.
- Il faut parfois oser tenter des "projets fous".
- Merci à Rinpoche et à tous les artisans de cette soirée mémorable.




mardi 24 juin 2008

Mémoire et vigilance

Demain, à partir de 19 heures, rassemblons-nous tous au Trocadéro !
Pour exprimer notre souhait, notre besoin de paix.

Le problème est qu'il faudrait d'abord instaurer la paix en soi-même avant de se mêler de l'établir alentours.

Vigilance et mémoire sont les deux instruments dont user et abuser pour mener à bien ce chantier intérieur.

La mémoire ?
Elle est le contraire de l'oubli - ça coule de source. Elle porte donc sur un objet déjà connu, et suppose de ne pas l'avoir oublié, donc de l'avoir à l'esprit. Ele est le garde-fou à la distraction.

La vigilance ?
Elle dérive de la sagesse, laquelle, portant sur l'objet d'analyse (une image mentale), discerne ses traits caractéristiques, et évite toute erreur ou confusion à son sujet. De ce fait, elle dissipe les doutes.

NB1 Rassurez-vous. Je n'ai pas inventé ces définitions. Je les reprends d'Asanga, telles qu'il les a exposées dans l'Abhidharmasamuccaya.

NB2 Ah oui : ces deux facteurs sont aussi les deux outils pour se forger un calme mental (samatha) d'une stabilité parfaite, alliant clarté et intensité de la perception.


Les quatre "portes des chutes"

Pour parer un danger, il vaut mieux le connaître.

D'après des sources autorisées, quatre conditions nous entraînent à la faute - ltung ba'i sgo bzhi :

- "ne pas savoir", notamment ignorer ce qu'il est bien de faire, ce qu'il vaudrait mieux ne pas faire, etc. Allez donc respecter une règle dont vous n'avez jamais entendu parler !
- "l'irrespect", en particulier, dans ce contexte, l'irrespect envers l'éthique, envers les engagements pris, etc.
- "l'abondance de facteurs perturbateurs" : il va de soi que plus nos défauts sont nombreux et virulents, et plus ils sont mauvais conseillers.
- "le laisser-aller", l'absence d'autodiscipline : évident, non ?

Alors, les remèdes ?
Facile (à comprendre) ! Il suffit de faire jouer les qualités opposées.
Ni plus ni moins.

jeudi 19 juin 2008

L'orgueil

Aux antipodes de l'humilité, l'orgueil, en tibétain nga rgyal (nga = moi, je ; rgyal = roi, vainqueur. L'ego victorieux : tout un programme).
Selon les pandits, celui-ci revêt jusqu'à sept facettes, pas toujours si évidentes à identifier en tant que telles.

En effet, l'orgueil consiste bien sûr à s'estimer supérieur à des êtres inférieurs, égaux ou supérieurs à soi. Mais il incite aussi à se croire presque aussi bien que de très hauts personnages. Il peut porter sur n'importe quel prétendu apanage (beauté physique, voix, connaissances, naissance, richesses, etc.). Il lui arrive par ailleurs de confondre des défauts avec des qualités - et rend tout fier d'être malin, roublard ou autre. Sans avoir forcément besoin de points de comparaison, il peut revêtir la forme de la fatuité.

Une chose est sûre : c'est un redoutable obstacle.
"Les ondées de la connaissance coulent sur l'outre enflée de l'orgueil sans pourvoir y pénétrer."

Quels remèdes ?
- Les prosternations ;
- les méditations sur les sujets traités dans l'Abhidharma, avec force classifications - histoire de se rabattre le caquet.
Le seul "avantage" d'avoir des ennuis est que cela contre et rabaisse l'orgueil.
NB Pas la peine d'en chercher exprès pour autant : il y a bien assez de conditions "propices" pour en provoquer...

De l'humilité

Ô Paradoxes !
L'humilité est l'une des caractéristiques des grands pratiquants, des grands siddha (grub thob ; personnages ayant atteint de hautes réalisations).
Ainsi Dromtönpa était-il d'une modestie et d'une simplicité exemplaires, comme son Maître Atisha et comme ses disciples, Potowa et maints autres geshe kadampa. Au sein du monastère, Shantideva passait pour un mauvais moine qui n'aurait eu que trois préoccupations - manger, dormir, déféquer...
De nos jours, en pleine période de dégénérescence, des Maîtres extraordinaires sont d'une discrétion non moins extraordinaire - Rinpoche et Genlags en sont des témoignages, et je pourrais citer beaucoup d'autres noms.

L'étonnant est que l'humilité vraie des Bouddha et bodhisattva se marie avec une qualité pour laquelle à ce jour je ne trouve pas de terme vraiment adéquat en français.
Comment rendre le mot tibétain spobs pa ? Il donne l'idée d'être sûr de soi, d'avoir une parfaite assurance, exempte de la moindre infatuation cependant. En toute simplicité. Parce que l'on ne connaît plus ni peur ni doute. Parce que l'on a la connaissance et que l'on agit désormais à bon escient et en temps opportun.

mercredi 18 juin 2008

La vérité sort de la bouche des enfants

Les maximes et sentences reflètent souvent le bon sens commun, celui-là même qui sert de critère d'authentification aux philosophes madhyamika prasangika.

Une amie a eu la gentillesse de me faire suivre le lien suivant, et je ne résiste pas à l'envie de l'imiter.
J'ai souvent trouvé qu'à bien des égards, les enfants étaient plus raisonnables que les adultes. Ce n'est pas cete vidéo qui va me faire changer d'avis.

On y voit (et entend surtout) une toute jeune Canadienne exprimant son point de vue sur le monde actuel et les perspectives - sombres - d'avenir, devant un parterre de décideurs internationaux :

http://fr.youtube.com/watch?v=5JvVf1piHXg

Puisse-t-elle être écoutée de quelques-uns !

lundi 16 juin 2008

Bouddha bouddhiste ?

L'art de la dialectique n'est pas négligé dans le bouddhisme, et dans l'Inde ancienne, les débats entre bouddhistes et non bouddhistes avaient des enjeux d'importance.
Le perdant du débat devait embrasser la religion du vainqueur. Pas tout seul. Avec tous ses disciples.
Parmi les plus grands Pandits, plusieurs sont dans ce cas. Et pas des moindres.

Puis le Dharma a été importé au Tibet, et il s'y est diffusé avec à peu près toutes ses facettes, y compris la philosophie, et la dialectique. Depuis, les débats "font rage" dans les monastères philosophiques, comme Ganden ou Dagpo Datsang.

Pour nous donner une idée des sujets abordés, Rinpoche nous a un jour donné l'exemple d'un thème "classique" au chöra (chos rva - aire de débats) : Un Bouddha est-il ou non bouddhiste ?

- De fait, est-il ou non pertient de parler de "prise de refuge" à propos d'un Bouddha ?
- En effet, la prise de refuge ne se fonde-t-elle pas sur au moins deux causes, plus une troisième dans le grand véhicule ?
- Or, les deux causes admises par tous les bouddhistes ne sont-elles pas ° la crainte envers les souffrance du samsara en général, et des états infortunés en particulier ; ° la confiance en les capacités des Trois Joyaux pour protéger de ces maux , la troisième cause étant la compassion envers tous les êtres souffrants ?
- Or, un Bouddha n'est-il pas caractérisé, entre autres, par le fait d'avoir dépassé toutes les peurs ?

Donc, un Bouddha ne remplit pas les critères nécessaires à la prise de refuge.
Or, c'est la prise de refuge qui distingue les bouddhistes des non-bouddhistes.
Conclusion : ...

NB Pour rassurer "les âmes sensibles", outre le fait que le bouddhisme récuse de toute façon la notion d'âme (pas de soi inhérent, anatman, bdag-med), la prise de refuge peut se concevoir de diverses manières, à des niveaux différents.
Les causes habituellement présentées comme incontournables pour qu'il y ait prise de refuge digne de ce nom concernent les êtres ordinaires. Pas les Bouddhas.

vendredi 13 juin 2008

L'atome

"Les philosophes bouddhistes* ont beaucoup débattu à propos des atomes, disons des particules. Ils se sont demandé si la particule la plus petite que l'on puisse découvrir comporte ou non des directions, etc.

Si, sur d'autres points, ils ont souvent des avis divergents, ils sont tous parvenus à cette même conclusion que même la particule la plus infime qui soit est composée par les propriétés des cinq éléments, ce qui entraîne que toute particule est sécable, est divisible."

* Extrait d'un Enseignement de Rinpoche

Conseils de Geshe Chekhawa

Extrait de L’Entraînement de l’esprit mahayaniste en sept points
Composé par Géshé Chékawa Yéshé Dorjé (1101-1175)

Observez toujours les trois principes généraux*.
Transformez vos aspirations tout en restant naturel.
Ne parlez pas des défaillances [d’autrui].
Ne pensez pas de mal des autres.
Défaites-vous en premier de votre pire défaut [klésha].
Rejetez toute attente de résultats.
Excluez les nourritures empoisonnées.
Ne soyez pas infidèle.
Ne répondez pas aux critiques.
N’attendez pas en embuscade.
Ne rabaissez pas autrui en public.
N’imposez pas au bœuf la charge du « dzo ».
Ne dévoyez pas [la pratique] en activité profane.
Ne vous précipitez pas à votre seul avantage.
Ne rabaissez pas les dieux en démons.
N’utilisez pas les misères [d’autrui] comme auxiliaires de votre bonheur.

* Ne pas enfreindre les engagements pris ; ne pas fanfaronner ; se garder de tout sectarisme.

Le 25 juin, au Trocadéro

C'est osé, mais tant pis : rassemblement pour la paix, à l'invitation de Rinpoche, le 25 juin 2008.
Sur le Parvis des Droits de l'Homme.

Parce que le monde va mal.
Parce qu'il ne sert à rien de ne rien faire.
Parce que les mérites ne sont pas vains.
Parce que l'union fait la force.

Parce que quelques prières ne seraient pas superflues. Mais chut ! Ce n'est pas tendance...

Pour plus d'information, voir le site de Choeur pour la paix

Oeuvrer pour la paix

Quelle époque !

Aujourd'hui, oser dire qu'on aspire à la paix dérange...
Organiser un rasemblement pour la paix fait peur (très difficile de dénicher un assureur qui prenne le risque de couvrir une activité aussi subversive).

La moindre allusion au fait religieux déplaît.
Le terme de "prière" est banni du vocabulaire.
Quant aux notions de "morale" ou de "respect de la vie", ...

Décadence, quand tu nous tiens...

Le Vesak

Nous sommes en plein Saga Dawa, pour reprendre la terminologie tibétaine : période de l'année éminemment propice puisqu'elle célèbre la naissance, l'Eveil et le parinirvana du Bouddha Skakyamouni.

Le point d'orgue est le 15ème jour du 4ème mois lunaire, soit, en 2008, le 18 juin - d'après les calculs tibétains (NB il peut y avoir jusqu'à trois semaines de décalage par rapport au calendrier chinois), mais le 8ème jour également marque un moment important, le plus important d'un certain point de vue.

Dans nombre de pays bouddhistes, beaucoup de pratiquants redoublent d'énergie durant la première moitié du 4ème mois : ils s'abstiennent de viande, accomplissent des retraites, effectuent d'abondantes offrandes, etc.

C'est que toute bonne action accomplie pendant Saga Dawa est dite être multipliée par ... cent millions. Voilà qui est tentant !

jeudi 12 juin 2008

De la régularité

Pour revenir un instant au sujet - sensible - des "pratiques quotidiennes", au sens de récitations ou méditations, il faudrait donc savoir "jouer de l'accordéon", si vous me permettez une expression un peu osée, mais plus parlante.

Par ailleurs, il est connu que la régularité consiste un facteur clef.
Autrement dit, oui, il importe de savoir comment condenser et aller à l'essentiel. Justement pour ne pas risquer de briser le rythme.

Faire peu, OK.
Faire ... rien, danger.

Ne pas se disperser

L'extrême bonté d'Atisha ne l'empêchait nullement de dire les choses comme elles étaient. Non, ce n'était pas de la sévérité. Du réalisme, tout simplement.

"Les Indiens suivent un yidam (déité tutélaire) et obtiennent cent réalisations. Les Tibétains suivent cent yidam et obtiennent ... aucune réalisation !", soulignait-il.

Tout en un

Pourquoi se compliquer la vie, et la pratique ?

Dès lors que l'on a pris refuge en les Trois Joyaux qui sont le Bouddha (le Guide), le Dharma (le refuge véritable, à réaliser) et les Sangha (les Arya - qui ont compris directement l'absence de soi inhérent et servent de modèles), l'on est censé observer un certain nombre de préceptes.

En particulier, on s'est engagé à réitérer la prise de refuge "trois fois le jour, trois fois la nuit".

Pas de panique. Cela n'implique aucunement de s'astreindre à des rituels longs et complexes.

Certes, il est des formules consacrées, faciles à répéter - et dont certaines sont ultra-courtes.
Cependant, la prise de refuge est avant tout un état d'esprit.

Elle consiste à s'en remettre en toute confiance aux Trois Joyaux, parce qu'on a la conviction qu'ils ont toutes les qualités voulues pour protéger des craintes qui nous ont poussé à chercher aide et protection. Et aussi par compassion pour tous les êtres souffrants, si on est affilié au grand véhicule.

Tout cela pour dire que "prendre refuge" suppose tout simplement d'avoir foi en les Trois Joyaux et de s'en remettre à eux quoi que l'on fasse.

Avantages :
- Cela ne prend guère de temps. Cela peut même devenir spontané.
- La prise de refuge inclut en fait TOUTE la voie spirituelle, de A à Z (état de Bouddha y compris).

Les pratiques quotidiennes

En Occident (en Asie aussi, peut-être, après tout), nombreux sont les pratiquants bouddhistes qui ne savent plus où donner de la tête et se sentent débordés par la liste "des pratiques quotidiennes" auxquelles ils se sont engagés au fil des années.
Au point parfois de tout laisser tomber !

C'est sans doute pour me préserver d'un tel danger que l'un des mes Maîtres me répète souvent que les gens avisés savent s'adapter au contexte, en développant les récitations et méditations quand ils sont tranquilles, et en condensant les jours de presse.
"Vouloir à tout prix faire exactement la même chose chaque jour, alors qu'on est malade ou épuisé, est pure idiotie, me dit-il. Cela ne sert qu'à se dégoûter de la pratique."

Et puis, en réalité, qu'est-ce que la pratique du Dharma, sinon un travail sur soi ?
Les prières, les méditations, les circumambulations, etc., sont des moyens. Pas des fins en soi. Ne pas confondre.

mercredi 11 juin 2008

Les remèdes (suite)

Si le bouddhisme présente une palette de pratiques quasiment illimitées, la quintessence est condensée en "la prière en sept branches" :

1. Hommages, rendus par le corps, la parole et l'esprit : prosternations ; louanges et foi (remèdes à l'orgueil, entre autres).
2. Offrandes, concrètes ou mentales, consistant en des objets matériels ou mieux, en des pratiques et autres activités bénéfiques (remède évident à l'avarice).
3. Confession, dont l'efficacité est proportionnelle à l'application des quatre forces, du regret ; de la détermination à ne pas récidiver ; du support (prise de refuge et production de l'esprit d'Eveil) ; du remède (n'importe quelle activité bonne orientée en vue de la purification) (remède à tout ce qui est d'ordre non vertueux).
4. Réjouissance des mérites et bonheurs d'autrui comme de soi-même (excellent remède contre la jalousie).
5. Requête pour que "la Roue du Dharma" soit tournée, c'est-à-dire pour que l'Enseignement soit dispensé (remède à la paresse et au manque de foi).
6. Requête pour que les Bouddhas (les Maîtres) ne passent pas en nirvana, c'est-à-dire ne quittent pas leur vie actuelle (remède à la paresse également).
7. Dédicace des mérites ainsi accumulés en vue d'obtenir l'Eveil de Bouddha, pour le bien des tous les êtres (remède "universel").

Poisons et antidotes

A l'origine de nos tourments résident les "poisons de l'esprit", pour reprendre la terminologie imagée du bouddhisme. Qui propose des remèdes, bien sûr.

Souffrons-nous d'attachement ? Réfléchissons un peu plus avant aux côtés négatifs des objets qui le suscite d'ordinaire, et principalement à leur caractère impermanent : à quoi faire tout un plat pour quelque chose de si éphémère ?

L'irritation nous gâche la vie ? Cultivons l'amour - la meilleure "arme" qui soit.

Sommes-nous de doux rêveurs, dotés d'une imagination fertile ? Adonnons-nous à la concentration sur la respiration.

Nous sommes quelque peu imbus de nous-mêmes ? Prenons la mesure de tout ce que nous ignorons, dans tous les domaines - y compris ceux dont nous estimons être des spécialistes... Et n'hésitons pas à multiplier les prosternations : cela nous fera le plus grand bien à tous les points de vue.

samedi 7 juin 2008

L'enthousiasme

Dans le Bodhicaryavatara, Shantideva propose cette définition succincte de la 4ème perfection :
Qu'est-ce que l'enthousiasme ? L'ardeur pour la vertu."
brtson 'grus gang shes na / dge ba la dga' ba

Cela a l'air simple, clair et concis, mais ...

En réalité, pas facile de trouver des termes français à peu près équivalents aux mots tibétains ou sanskrits.
Ce que je rends ici par "enthousiasme" (brtson 'grus), beaucoup d'autres traducteurs l'appellent "énergie", ou "effort", etc.
"La vertu", dge ba, englobe tout ce qui est bon, bien, bénéfique, c'est-à-dire toutes causes entraînant des résultats heureux.
Quant à "l'ardeur", en fait il faudrait un verbe, mais allez traduire dga' ba en français sans susciter de malentendu ! Dga' ba donne en effet l'idée d'"aimer", "apprécier", "être attiré par".

La qualité en question est aux antipodes de la paresse. Portée à un haut niveau, elle permet d'accomplir d'excellentes activités (qui sembleraient trop ardues, trop pénibles, trop longues, etc., au commun des mortels), et ce avec joie et entrain, au point de ne pas ressentir de fatigue, les éventuels obstacles ne faisant que stimuler et accroître la détermination.
En deça, elle montre déjà sous un jour attrayant ce qui relève du domaine bénéfique et vertueux, qu'il s'agisse de la méditation, du don, de l'éthique, de la patience, de la patience ou de n'importe quelle aide à fournir à qui que ce soit.


* Chapitre 7, strophe 2

Le dernier Ganden Tripa du Tibet

Hardong Thubten Kunga (Har-gdong Thub-bstan kun-dga') (? - 1964), qui est né dans le Tsang, étudie à Sera Jey puis à Gyudmed dont il devient le 72ème abbé.

Il devient Ganden Tripa (dGa'-ldan khri-pa) en 1954 et dirige le Mönlam quelques années durant, mais avec la prise de pouvoir par les communistes chinois, les activités traditionnelles sont bientôt suspendues, ou supprimées. Il meurt en 1964 à Lhasa.

Les Chinois ne l'ont pas trop inquiété parce qu'issu du peuple, il était parvenu à un haut rang de manière "démocratique", au mérite. Il n'a été arrêté et interrogé que quelques heures, ce qui est exceptionnel pour un dignitaire religieux.

Khensur Rinpoche Sonam Gyältsen le décrit comme un maître remarquable. Il avait été autrefois secrétaire à Sera Jey, de sorte qu'il écrivait avec aisance, ce qui était relativement peu courant au Tibet autrefois : beaucoup de personnes savaient lire, mais pas écrire (papier rare, culture avant tout orale).

Nommé Ganden Tripa en 1954, peu de temps après, il avait eu une hémiplégie. Il avait alors présenté sa démission, qui fut refusée par S.S. le 14ème Dalaï-Lama . Mécontent, il morigénait ses disciples : "Soignez-moi bien, puisque Sa Sainteté m'a interdit de mourir !"

Thubten Kunga aimait à faire la grasse matinée et recevait souvent couché ! Un jour, lors d'un Mönlam, un de ses élèves se permit de le chapitrer : "Rinpoche, il faut vous lever. Dans la pièce là-bas habite un noble, et lui est debout depuis longtemps. Il a déjà fait ses prières et offert des torma (gtor ma- offrande modelée en pâte et beurre)." Et le Ganden Tripa de répliquer : "Ferme-la. Il n'y a pas de commune mesure entre son offrande de torma et le fait que je reste couché."
Comme quoi la tradition de Shantideva perdure au fil de siècles...

Un grand Maître mongol

Sogpo Gönkar Kyab (Sog-po mGon-dkar skyabs) est le seul Mongol qui ait accédé à la charge d'abbé du monastère Gyudmed depuis la fondation en 1432.

C'est après avoir étudié à Sera Jey qu'il est entré au collège tantrique dont il est devenu le 71ème abbé. Comme il est décédé prématurément peu de temps après sa nomination, il n'a pas de louange dans les Invocations aux Abbés, mais en dépit de peu de temps dont il a disposé, il a apporté des changements importants, avec le soutien du Régent Rating Rinpoche (Rva-sgreng rin-po-che)

Jusqu'à Gönkar Kyab, les terres de Gyudmed étaient propriétés de l'abbé. Or, si autrefois certains abbés restaient à la tête du collège une dizaine ou une quinzaine d'années, par la suite le roulement se faisait tous les trois ans, période durant laquelle l'abbé avait la responsabilité aussi bien matérielle que spirituelle de ses moines. Autant dire que la gestion laissait à désirer, ce qui entraînait de grandes difficultés.
La nourriture de Gyudmed était donc connue pour sa frugalité et il arriva même que l'on ne pût plus servir de thé aux moines durant les cérémonies ! En effet, les récipients dans lesquels on faisait bouillir l'eau étaient usés au point d'être percés et il n'y avait pas d'argent pour les remplacer. Par conséquent, la communauté fut privée de thé - ce qui revenait à, disons, priver des Italiens de café, si vous me permettez cet exemple pour faire comprendre la situation à ceux qui ne connaissent pas bien les coutumes tibétaines.

Pour éviter que de tels désagréments ne se renouvellent, à l'initiative de Gönkar Kyab, les terres devinrent la propriété du collège, et des intendants (phyag mdzod) furent désignés, un par khang tshan (unité régionale). Les moines furent enfin un peu mieux nourris, et purent se consacrer avec d'autant plus d'énergie à leurs activités.

Quant à l'abbé de Gyudmed, qui du coup avait perdu tous ses revenus, le Régent décida qu'il lui serait accordé un salaire équivalent à celui de l'abbé de Sera Med (le plus élevé à l'époque). Lors des distributions d'argent, etc., l'abbé aurait droit à dix-sept parts , et à une mesure ('bru khal) de grains par jour.

Gönkar Kyab excellait en poésie et en grammaire, raconte Khensur Rinpoche Sonam Gyältsen. Il plaisantait souvent lorsqu'il les enseignait : "Et dire que c'est moi, Mongol, qui dois vous apprendre le tibétain !"
Il a composé plusieurs ouvrages dont 'Dul-ba sdom rgyas-pa- un important traité sur le Vinaya.

mardi 3 juin 2008

Se soigner pour guérir

Le boudddhisme utilise volontiers des analogies médicales. Du reste, le Bouddha est bien souvent qualifié de "Grand Médecin".

L'Uttaratantra (la Lignée sublime) énonce de la sorte les quatre noble vérités :

La maladie doit être discernée, et sa cause rejetée ;
la santé doit être recouvrée, et le remède absorbé.
De même, la souffrance, l'origine, la cessation tout comme le chemin
Sont à discerner, rejeter, réaliser ou encore appliquer.

Oui, nous sommes responsables de ce qui nous arrive, d'heureux comme de malheureux d'ailleurs - n'est-il pas curieux qu'on entende souvent dire : "C'est son karma" quand quelqu'un a un ennui, mais jamais (je crois) en cas de "coup de chance" et de réussite ?

Responsables, mais pas coupables : Est-on "coupable" d'avoir un rhume ? On en est peut-être responsable si on s'est mis en courant d'air, etc... Mais de là à dire qu'on en serait "coupable", il y a de la marge.

Dès lors que l'on pose que les facteurs perturbateurs, qui sont à l'origine de nos souffrances, sont en tout et pour tout des maladies qui nous tourmentent depuis la nuit des temps, des maladies
chroniques, mais pas pour autant incurables, l'horizon s'éclaircit considérablement : il faut et il suffit de suivre le traitement adapté. Avec persévérance.


Les "bambins" du samsara

Dans les Quatre cents Stances, Aryadeva nous interpelle sans guère de ménagement :

Quand cet océan de souffrance
S'étend sans limite,
Toi l'être immature qui t'y trouves immergé,
Comment se fait-il que tu ne sois pas terrifié ?

Le terme que je traduis ici par "être immature ", byis pa, signifie plus littéralement "bambin". Il désigne le petit enfant qui fait ses premières tentatives, vacillantes, pour se mettre debout et marcher.
En vocabulaire bouddhiste, tous les êtres encore ordinaires (qui n'ont pas obtenu la compréhension directe du non-soi) sont des "bambins" !
Ce n'est peut-être pas très valorisant, mais au fond, c'est réconfortant : il n'est pas de honte pour un bébé de tomber - c'est le métier qui entre.
Le tout est de persévérer jusqu'à réussir à se tenir debout et à marcher...


Etre altruiste

L'altruisme, ou l'égocentrisme bien compris ?

Constat de base : je veux être heureux
Etat des lieux : mes bonheurs me viennent des autres
Conclusion : j'ai tout intérêt à me dévouer à eux...

lundi 2 juin 2008

Question piège

Une amie (ah les amis !) m'a posé une colle : quelles seraient les nuances entre la fatigue, la paresse et la torpeur...

Qu'en pensez- vous ?
En ce qui me concerne, j'aurais envie de répondre "Jocker", mais courage, essayons de creuser la question.

Pour commencer par le plus facile, 1. Paresse et torpeur figurent au nombre des 51 facteurs mentaux recensés par Asanga, au sein des "facteurs perturbateurs secondaires". La fatigue, nenni.

2. La torpeur comporte une impression de lourdeur, physique comme mentale ; pas la paresse, en tout cas pas forcément, notamment quand il s'agit d'énergie mal orientée*.
Ceci dit, Rinpoche nous a rappelé ce week end que tout klesha se manifestant ouvertement est flanqué d'une escorte d'au moins six autres klesha : obscurité mentale (ignorance), laisser-aller, non-foi, paresse, dispersion ainsi que ... torpeur. Sans oublier, j'imagine, l'absence de honte et de gêne.

3. Les fonctions respectives de la torpeur et de la paresse se marient sans doute très bien, mais ne sont pas strictement identiques : - étayer tous les autres facteurs perturbateurs pour l'une, empêcher de s'engager dans des activités valables, bénéfiques, pour l'autre.

4. Venons-en quand même à la fatigue...
Selon l'Abhidharamasamuccaya, elle serait de l'ordre du toucher, si je ne m'abuse, et donc relèverait de la catégorie de la forme.
D'un autre côté, qui a développé la qualité de l'enthousiasme ne ressent plus de fatigue... Or, l'opposé de l'enthousiasme est ... la paresse.
Du côté des sensations allant de pair avec elle, je suppose qu'il s'agira plutôt de sensations désagréables, résultats à pleine maturité de karma non vertueux - en dépit de l'expression "bonne fatigue". D'après ma expérience, la paresse quant à elle (sur le moment tout au moins) accepte volontiers des sensations certes souillées mais bien agréables nonobstant (Cf. moments de farniente, etc.).

Mais il y a aussi l'emploi de fatigue au sens de lassitude ou de dégoût envers, par exemple, le samsara : une telle fatigue serait éminemment bonne et vertueuse. Dommage qu'elle soit si rare...

Tout bien réfléchi, merci infiniment à S. d'avoir soulevé la question.

* Selon le bouddhisme, la paresse peut se présenter sous trois formes : - fainéantise ; - découragement ; - énergie déployée en des activités mauvaises (c'est-à-dire soit carrément négatives, soit superflues).

Une mémoire prodigieuse

Ce week-end, à l'Espace Reuilly, Rinpoche nous montrait comment et pourquoi la connaissance de soi est instrument de bonheur. Dans un tel contexte, il était impossible de ne pas parler assez longuement de l'esprit et des perceptions (NB en français, deux mots ; en sanskrit ou en tibétain : un seul, capable de désigner aussi l'ensemble que chacune des parties).

Bref, Rinpoche en est venu à énoncer la définition de la "mémoire" (smriti ; dran pa) telle que tirée de l'Abhidharmasamuccaya d'Asanga : "facteur mental qui porte sur un quelconque objet connu et consiste à ne pas l'avoir oublié ; sa fonction est de prémunir de la distraction."
A partir de là, Rinpoche a tenté de bien nous faire comprendre qu'il n'y a mémoire que si l'objet concerné est clairement présent à l'esprit, puis il a insisté sur les immenses avantages d'une bonne mémoire, et pas que pour la méditation : combien d'ennuis éviterions-nous si nous n'oubliions pas si souvent ce que nous devrions faire, ou ne pas faire ! Si nous n'oubliions pas ce que nous avions pourtant fermement décidé de faire, ou de ne pas faire.

Certes, nous ne sommes pas tous égaux à la naissance de ce point de vue là (question d'entraînement antérieur), mais la mémoire existe en tout un chacun. Elle ne demande qu'à être développée : il faut et il suffit pour cela de l'utiliser régulièrement, de la faire travailler, de "la muscler" en quelque sorte, en prenant soin de ne jamais forcer, pour éviter les trop-pleins, claquages et autres obstacles.

Ainsi, nous a raconté Rinpoche, parmi ses nombreux Maîtres, deux témoignaient d'une mémoire particulièrement remarquable : Gomang Khensour Rinpoche Nagwang Nyima-lags - le Maître mongol dont nous avons déjà parlé - et surtout Kyabje Trijang Dorjechang, Tuteur Junior de Sa Sainteté le 14ème Dalaï lama.

Rinpoche avait eu la joie de découvrir chez l'un de ses amis tibétains (le lama kagyupa fondateur du Centre Samyeling en Ecosse) un manuscrit très rare, une biographie secrète du grand historien tibétain Taranatha, qui fourmillait d'anecdotes plus surprenantes les unes que les autres.
Ravi, Rinpoche avait mentionné l'ouvrage dans sa prochaine lettre à son Maître, qui en retour lui envoya plusieurs longues citations tirées de l'ouvrage.
Renseignements pris, eh bien non, le Tuteur n'avait pas un exemplaire de la biographie sous la main : il avait eu l'occasion de la parcourir un jour de congé, lorsqu'il avait ... seize ou dix-sept ans. C'est-à-dire pas loin de soixante ans en arrière !