vendredi 28 mars 2008

Tibétologues au chevet des Tibétains

A STATEMENT BY CONCERNED TIBETAN SCHOLARS ON THE CURRENT CRISIS IN TIBET ADDRESSED TO PRESIDENT HU JINTAO AND THE GOVERNMENT OF THE PEOPLE’S REPUBLIC OF CHINA

President Hu Jintao
People’s Republic of China
Zhongnanhai, Xichengqu, Beijing City
People’s Republic of China

Dear Mr. President,

Over the course of the last two weeks the world has witnessed an outbreak of primarily peaceful protests, with limited exceptions, across the Tibetan plateau, quickly followed by a harsh, violent repression. The result has been an unknown number of arrests and the loss of numerous lives, which have been overwhelmingly Tibetan. This has understandably triggered widespread concern and anguish across the globe. As scholars engaged in Tibetan Studies, we are especially disturbed by what has been happening. The civilization we study is not simply a subject of academic enquiry: it is the heritage and fabric of a living people and one of the world’s great cultural legacies. We express our deep sorrow at the horrible deaths of the innocent, including Chinese as well as Tibetans. We have seen life altered for the worse in places with which we are well acquainted; we have seen tragedy enter the lives of a people we know well. At the time this petition is being written, continued arrests and shootings are being reported even of those involved in peaceful protest, the accused are being subjected to summary justice without due rights, and countless others are being forced to repeat political slogans and denunciations of their religious leader.

Silence in the face of what is happening in Tibet is no longer an option. At this moment the suppression of political dissent appears to be the primary goal of authorities across all the Tibetan areas within China, which have been isolated from the rest of China and the outside world. But such actions will not eliminate the underlying sense of grievance to which Tibetans are giving voice. As scholars we have a vested interest in freedom of expression. The violation of that basic freedom, and the criminalization of those sentiments that the Chinese government finds difficult to hear, are counterproductive. They will contribute to instability and tension, not lessen them..

It cannot be that the problem lies in the refusal of Tibetans to live within restrictions on speech and expression that none of us would accept in our own lives. It is not a question of what Tibetans are saying: it is a question of how they are being heard and answered. The attribution of the current unrest to the Dalai Lama represents a reluctance on the part of the Chinese government to acknowledge and engage with policy failures that are surely the true cause of popular discontent. The government's continuing demonization of the Dalai Lama, which falls far below any standard of discourse accepted by the international community, serves only to fuel Tibetan anger and alienation. A situation has been created which can only meet with the strongest protest from those of us who have dedicated our professional lives to understanding Tibet’s past and its present; its culture and its society. Indeed, the situation has generated widespread shock among peoples inside and outside China as well, and we write in full sympathy with the twelve-point petition submitted by a group of Chinese writers and intellectuals on 22 March.

Therefore, we call for an immediate end to the use of force against Tibetans within China. We call for an end to the suppression of Tibetan opinion, whatever form that suppression takes. And we call for the clear recognition that Tibetans, together with all citizens of China, are entitled to the full rights to free speech and expression guaranteed by international agreements and accepted human rights norms.

jeudi 27 mars 2008

L'enfant prodigue

L'autre mardi, au Salon du livre porte de Versailles, alors que je m'acheminais vers la sortie tout en bavardant avec deux amies, à un moment je sens une présence à mes côtés. Je regarde : un Monsieur d'une soixantaine d'années, très BCBG, me regarde avec une certaine insistance.

Je lui souris. Il me sourit. Nous nous saluons, et il me lance : "Vos yeux ne sont pas très bridés !
- Non, je viens de me les faire débrider, à grands frais...
- Quand vous reviendrez à la tradition de vos ancêtres,..."

C'est ainsi que débuta une conversation qui m'a beaucoup touchée : en fait, le monsieur était un prêtre catholique, interpelé (et, j'imagine, horrifié) par mes habits de religieuse bouddhiste. Il s'est senti le devoir d'essayer de me ramener, très gentiment, au bercail : il n'a pas hésité à m'assurer qu'au fond tout le monde est un peu bouddhiste en son fors intérieur. Que lorsque je rentrerai "chez nous" (l'Eglise romaine et apostolique), ce serait un enrichissement pour tous : pour moi (bien sûr), mais aussi pour les chrétiens comme pour les boudhistes (?). Qu'à ses yeux, Bouddha et Gandhi étaient vraiment très proches de Jésus, etc., etc.
Bref, il n'a pas lésiné pour me laisser entendre que la porte était grande ouverte, et que l'enfant prodigue, de retour après des tribulations dues à la jeunesse, recevrait le meilleur accueil...

J'en suis encore émue. Je crois avoir eu la chance de rencontrer un croyant sincère et convaincu.

Tibet à Paris, le 7 avril

Venez nombreux au rassemblement le lundi 7 avril

Place du Trocadéro à Paris lors du relais de la flamme olympique :

* Rassemblement dès 11h du matin, Place du Trocadéro (Métro Trocadéro) avec divers activités prévues (de 11 h à 19 h 30 environ)

* Relais de la flamme olympique en début d’après midi (vers 13 h 30) ; départ de la Tour Eiffel

mercredi 26 mars 2008

Prières pour les Tibétains

COMMUNIQUE des Instituts Gandèn Ling et Guépèle

Veneux-Les Sablons, le 25 mars 2008

En cette période particulièrement troublée et agitée, les Instituts demandent à leurs membres de bien vouloir intensifier leurs pratiques, par exemple en récitant chaque jour des mantras d'Avalokiteshvara, le Bouddha de la compassion, "Om mani padmé houng". Ceci, afin que la paix et le respect des droits de l'homme se répandent dans tous les pays du monde, et notamment au Tibet, que les souffrances des peuples soient apaisées et qu'une solution pacifique soit trouvée à leurs problèmes le plus rapidement possible.

lundi 24 mars 2008

Faire face au cancer

S'il est bien des moments où on a besoin d'aide et de soutien, mais aussi de repères, c'est quand on traverse ce que d'aucuns appellent "les épreuves de la vie" : maladie, séparations, mort.
Dans cette interview, Rinpoche apporte quelques éclairages sur l'approche bouddhiste, que chacun peut ensuite aisément transposer dans sa propre tradition.

Bouddhisme et Cancer : « La maladie est une occasion de générer encore plus de compassion »

télécharger la vidéo


dimanche 23 mars 2008

La force de l'amour

Par Zigonet Zigonet.com

Pour sauver son tendre chaton, une Australienne a affronté un python à mains nues!

R. B., 58 ans, originaire de Brsibane en Australie, est l'héroïne du jour. Cette courageuse femme a en effet sauvé son chaton nommé Tuffy des crocs...d'un python!

N'écoutant que son courage et son amour pour son chat, R. a tout simplement asséné de violents coups de poings au reptile, récoltant au passage deux morsures.

"J'ai juste frappé la partie la plus épaisse du serpent, jusqu'à ce que la bête lâche mon chat."

guenterleitenbauer, Voir la photo du python

Des pouvoirs et des Maîtres

Je Namgyäl Pälsang (rJe rNam-rgyal dpal-bzang ; 1541 - 1602), 15ème abbé de Gyudmed Datsang


Drubwang Tsangtön Namgyäl Pälsang (Grub-dbang gtsang-ston rNam-rgyal dpal-bzang), né à Tanag dans le Tsang, devient moine à Pälkhor Chöde puis entre à Tashilhunpo, au collège Shartse. Il y reçoit les enseignements de Lodrö Legsang (Blo-gros legs-bzang) puis effectue le "circuit de présentation des dix textes" (bka'-bcu'i grva-skor). Le grand Ensapa Losang Döndrub (dBen-sa-pa Blo-bzang don-grub ; 1505-1566) lui enseigne les Grand et Petit Lamrim, le Ngagrim et lui donne des explications profondes (zab-khrid) à propos de Guhyasamāja, Samvara et Vajrabhairava qu'il met en pratique avec succès.

Ensuite, sur les conseils de Ensapa, il retourne à Tashilhunpo approfondir ses connaissances sur les cinq grands sujets, après quoi il accomplit le "circuit de débats"* (rab-'byams-pa'i grva-skor), au grand monastère de Ngamrin et à Pälkhor Chöde. Il devient alors abbé de lHakhang Datshang, l'un des collèges de ce dernier monastère.

Un jour, alors que l'on restaure les habitations des moines, la paroi de la grotte d'où l'on extrait le sable blanc ( sa-men) se fissure au point que les travailleurs n'osent plus y pénétrer. Je Namgyäl Pälsang leur dit : "Extrayez. Je tiens tout." et, se plongeant en concentration, il garde le pied posé sur l'extrémité de la fissure. Sitôt tous les moines ressortis, il retire son pied et la caverne s'écroule ... En d'autres termes, il est connu comme un siddha aux extraordinaires pouvoirs.

De Panchen Rigpai (Senge Pan-chen Rig-pa'i seng-ge), il reçoit l'entière transmission (explication et lecture) des ouvrages concernant Vajrabhairava composés par Khedub Je (mKhas-grub rje) et achevés par Je Lodrö Chökyong (rJe Blo-gros chos-skyong) ainsi que celle d'œuvres de Je Tsongkhapa comme les Quatre Commentaires combinés ('Grel-ba bzhi sbrags) (lecture) ou laGrande Explication des deux stades ( bsKyed-rdzogs-kyi rnam-bshad chen-mo) , instructions comprises (exposé et lecture). Il est ainsi le chaînon qui unira les deux lignages d'explication de Segyud et de Gyudmed (Srad-rgyud et sMad-rgyud), et débutera un lignage commun appelé en tibétain rgyud-pa zung-'brel-gyi bshad-rgyun.

Son aspiration pour les tantra s'étant encore accrue, il va à Ganden auprès du Ganden Tripa (dGa'-ldan khri rin-po-che Byams-pa rgya-mtsho). Il effectue la transcription de son exposé des stades de production et d'achèvement de Guhyasamāja et reçoit en outre des enseignements (bshad-lung : exposé et lecture) sur - rGyud tika (jusqu'au quatorzième chapitre), - gSang-'dus bskyed-rdzogs chen-mo gnyi et dmar-khrid lag-rjes (ou encore dmar-khrid brtsi-bzhag).

Lorsque Namgyäl Pälsang demande ensuite l'exposé (bshad-pa) des Quatre Commentaires combinés, le Ganden Tripa lui conseille d'aller à Gyudmed Datsang, ce qu'il fait. Trois années durant, il étudie minutieusement (zhib-bshad) le volumineux ouvrage avec l'abbé Gedun Gyältsän (dGe-'dun rgyal-mtshan). Bien qu'il souffre ensuite énormément des jambes, il s'obstine à rester une année supplémentaire et reçoit intégralement la transmission des tantra nouveaux (gsar-ma rgyud-'bum-gyi lung-rgyun) de la part de Chönä Nätänpa (mChod-gnas gnas-brtan-pa).

Je Namgyäl Pälsang retourne dans le Tsang et devient l'abbé de Serdingpa . Il y institue l'enseignement du rGyud tika et du 'Grel-pa bzhi sbrags sur le modèle de Gyudmed Datsang, ce qui suscite l'afflux des lettrés du Tsang. Il se rend à nouveau à Gandan et, lors de la réunion (à mChod-chung) des trois communautés de Gyutöd, Gyudmed et Serdingpa, les geshe de Serding se montrent cette fois là les plus brillants, ce qui accroît sa notoriété.

Il est alors sollicité à la tête du collège de Gyudmed par Trichen Jampa Gyatso (Khri-chen Byams-pa rgya-mtsho) et Depa Tashi (sDe-pa bKra-shis-pa). Je Namgyäl Pälsang accepte mais fait un détour par le Tsang pour se désigner un successeur à Serding (mKhas-dbang bKra-shis rin-chen).

Je Namgyäl Pälsang accède donc en 1589 à la fonction d'abbé de Gyudmed Datsang, qu'il occupera quatorze ans. Il introduit plusieurs réformes et le programme annuel tel qu'il l'agence est toujours en vigueur de nos jours.

Prenant en compte les difficultés des moines (qu'il a naguère lui-même connues), il leur fait désormais servir tous les jours un thé lors de la cérémonie du matin (snga-ja). Il instaure la tradition d'entamer l'enseignement du 'Grel-pa bzhi sbrags à Zhog Gurmön et d'achever le rGyud-'grel à Chimiglung . Il établit deux cérémonies (Bla-ma rgyud-mchod et rgyud-gtad-pa) : les moines adressent des offrandes à l'abbé en remerciement ; l'abbé, quant à lui, leur "confie" (gtad-pa) l'enseignement. Il prescrit d'accomplir les torma des dix déités courroucées (khro-bcu'i gtor-ma) conformément au tantra explicatif Vajramālā (rDo-rje phreng-ba). Il fixe le programme de chaque classe : les douze premiers chapitres du Guhyasamājatantra pour la classe inférieure (Tika chung-ba), les dix-sept chapitres au complet pour la classe supérieure (Tika che-ba ).

Désormais, la session de Chimiglung est consacrée à l'entraînement "artistique" : danses, tracés et mélodies (gar, thig, dbyangs) ainsi qu'à la pratique des trois "fondements (gzhi)" : la confession (gso-sbyong), la retraite d'été (dbyar-gnas) et la sortie de retraite (dgag-dbye).

Inlassablement, chaque année, Je Namgyäl Pälsang transmet et enseigne des ouvrages profonds et ... volumineux :
- 'Dus-pa'i bskyed-rdzogs-kyi zin-bris (de Je Tsongkhapa),
- 'Jigs-byed bskyed-rdzogs (de Je Tsongkhapa ),
- bsKyed-rdzogs (de Guhyasamāja) venant de rGya-ra-pa Chos-skyong rgya-mtsho, Byams-pa rgya-mtsho et dGe-'dun rgyal-mtshan.

Il donne la lecture (lung) et les instructions orales (zhal-shes) des ouvrages de Khedub Je et de ses disciples concernant Vajrabhairava ('Jigs-byed bskyed-rdzogs chen-mo [zab-bshad], Las-sbyor 'phrul-'khor phyag-len) et les protecteurs (mGon-po Chos-rgyal gnyis kyi be'u-bum man-ngag).
Des lettrés du Centre (dBus), mais aussi du Tsang et du Kham, viennent recevoir de lui ces rares et précieuses transmissions. En principe, dans les deux collèges tantriques, seuls les membres de la communauté ont le droit d'assister aux enseignements, mais Je Namgyäl Pälsang accorde une permission exceptionnelle à Panchen Losang Chökyi Gyältsän (Pan-chen Blo-bzang chos-kyi rgyal-mtshan ; 1570-1662), qui obtient gSang-'dus bskyed-rdzogs lors d'une session à Ganden, et les Quatre Commentaires combinés dans la cour scolastique (chos-rva) de Tshäl où on érige un trône en pierre à son intention et où il plante deux arbres en souvenir, un conifère et un pêcher.

Dans un tout autre domaine, Je Namgyäl Pälsang fait exécuter par neuf peintres renommés de magnifiques fresques sur les murs extérieurs du sanctuaire de Tshäl, non loin de Lhasa. Elles auraient fait l'admiration de Bishva Karma Chöying Gyatso (Chos-dbyings rgya-mtsho), artiste célèbre, et de Jamyang Zhäpa ('Jam-dbyangs bzhad-pa). Celui-ci aurait dit qu'elles produisaient un tel effet que, pour peu que le soleil donnât, on n'osait plus regarder les déités courroucées.
A l'occasion de ce travail, la réputation de Je Namgyäl Pälsang croît de plus belle : la peinture bleue vient à manquer et les artistes ne savent plus que faire. L'abbé les rassure : "Vous en trouverez tant que vous voudrez à Gribkyi Ri". Ce n'est pas trop loin ; c'est une montagne près de Lhasa et Tshäl et, de fait, dès que les ouvriers creusent le sol d'une coudée, ils voient la terre et la montagne comme entièrement bleues. Mais quand un peu plus tard ils reviennent à cette mine, plus rien ! Tout a repris un aspect banal. La rumeur se répand et le prodige est interprété comme un signe de la complète domination de son esprit par son auteur. La seule application d'une quelconque instruction n'aurait pu suffire.

Un autre jour, c'est le sable blanc (sa-men) qui fait défaut et Je Namgyäl Pälsang de conduire ses travailleurs à Dzari . A peine ont-ils creusé d'une coudée qu'à nouveau toute la montagne leur semble faite de sable. L'expérience se renouvelle avec succès par deux fois, "alors que maintenant, ajoute Jamyang Zhäpa ', le sable y est introuvable." A la même époque, Je Namgyäl Pälsang imprime la trace de ses mains et de ses pieds sur le mur couvert de fresques à Tshäl et "tout le monde le voit".

Il lui semble nécessaire de construire un nouveau bâtiment dévolu aux tantra (rgyud-khang) à Zhog Gurmön ; il obtient le financement de Depa Yulgyäl (sDe-pa g.Yul-rgyal) avec lequel il entretient alors les meilleures relations de maître à disciple. L'Abbé célèbre la consécration ; les moines disposent de meilleures conditions, et tout semble évoluer pour le mieux. Mais arrive un jour un serviteur de Depa Kyishöpa (sDe-pa sKyid-shod-pa), en fuite, qui implore la protection de la communauté. Yulgyäl exige qu'on lui livre le fugitif. Je Namgyäl Pälsang ne peut s'y dérober mais, décidé à obtenir qu'on lui laisse la vie sauve, il accompagne en personne le prisonnier et ses gardes. Trois jours durant, il se morfond dans un vestibule. Non seulement Depa Yulgyälpa ne lui accorde pas d'entrevue mais on ne le laisse même pas entrer à l'intérieur de la résidence. L'Abbé manifeste alors son ire : "Si on ne m'accorde pas la vie d'un homme, il n'est pas de relation de maître à donateur qui tienne ! De ce jour, vos engagements sont corrompus ", et il agite son chapeau en murmurant des formules. On raconte que Depa Yulgyälpa perdit quelques temps après ses terres et son pouvoir et qu'il mourut dans la misère exilé au loin. La malédiction toucha aussi ses descendants ; ils eurent beau faire célébrer maintes cérémonies propitiatoires par les deux collèges tantriques et par les plus grands maîtres, rien n'y fit .

En 1602, le 24ème jour du 11ème mois, Je Namgyäl Pälsang décède après une vie bien remplie. Il avait apporté un développement marquant aux communautés dont il avait fait partie : Pälkhor Chöde, Segyud et bien évidemment Gyudmed Datsang.

Tantriste aux pouvoirs reconnus, il manifeste à maintes occasions la plus grande humanité : il se soucie du bien-être des moines ordinaires, leur allouant du thé au petit matin ou faisant mettre à leur disposition des locaux mieux appropriés à Zhog Gurmön. Dans l'espoir de sauver un manant, il n'hésite pas à se déplacer et à patienter humblement dans l'antichambre d'un seigneur qui est également son disciple - trois jours durant ! Il ne peut cependant laisser impunies les rebuffades que se permet de lui opposer l'arrogant suzerain.

* le "circuit de débats" : les moines philosophes des différents écoles (Kadam, Sakya, Bulug, etc.) allaient d'un monastère à l'autre pour soutenir des débats dialectiques, et obtenaient un titre correspondant au nombre de thèmes abordés.

Message de Sa Sainteté le Dalaï-Lama

Quels que soient votre vénération pour les maîtres tibétains
et votre amour pour le peuple tibétain,
ne dites jamais de mal des Chinois.
Le feu de la haine ne s'éteint que par l'amour
et, si le feu de la haine ne s'éteint pas,
c'est que l'amour n'est pas encore assez fort.

Sa Sainteté le XIVème Dalai Lama

La religion en Chine aujourd'hui

Suivant « Chine- information » (ci-dessous) ,les Chinois classent le bouddhisme en tête de leur sympathie religieuse.

« La religion en Chine aujourd'hui »

…En ce qui concerne le degré de sympathie par rapport aux religions (plusieurs réponses possibles), le bouddhisme vient en tête (127), suivi du protestantisme (74), du confucianisme (40), du taoïsme (32) et du catholicisme (23). Mais près de la moitié des répondants ne se sentent de proximité avec aucune religion. Le taux élevé recueilli par le bouddhisme n'étonne guère, celui atteint par le protestantisme paraît plus surprenant : selon Ines Kämpfer, il faut avoir conscience que le christianisme jouit d'une popularité sur le plan intellectuel et culturel, mais que cela ne signifie pas que les étudiants exprimant cet intérêt soient tous prêts à se convertir.

Un autre résultat étonnant de l'enquête d'Ines Kämpfer : plus les étudiants sont issus de milieux relativement aisés et vivent en contexte urbain, plus ils tendent à être religieux –
…l'offre religieuse plus importante en ville, et le fait que cet intérêt pour des questions spirituelles fait partie d'un nouveau style de vie d'élites urbaines.


samedi 22 mars 2008

De la perception

Nos perceptions sont-elles justes, sont-elles exactes ?
Quelle est la part de "photographie mécanique" (et fidèle) de l'objet par rapport à la part d'interprétation personnelle, due aux karma dont on est porteur, à la culture dont on est issu, à l'humeur du jour aussi d'ailleurs ?

L'autre dimanche, alors que nous étions attablés, une amie de Marseille nous a raconté une anecdote que j'ai tellement savourée que j'ai eu envie de la partager avec vous.

C'était juste avant un match important de l'O.M. (je ne vous ferai pas l'injure de rappeler le contenu de ce sigle de réputation internationale). Comme de bien entendu, la ville pavoisait aux couleurs de l'équipe. Murs, vitrines et arbres étaient couverts d'affiches. Partout se déployaient les lettres sacrées O.M.

Arrive ce jour là dans la cité phocéenne Mataji - une sainte femme de tradition hindouiste, bien connue elle aussi. Que voit-elle ? Ici, là et là encore, toujours et encore, la même inscription - sacrée pour le coup - OM.
Depuis, elle dit à qui veut l'entendre que les Marseillais sont d'une grande spiritualité, d'une rare spiritualité. Elle l'a vu, de ses yeux vu.

C'est vrai, sans nul doute (je ne voudrais pas me mettre mal avec mes amis du vieux port en laissant croire que j'aurais des doutes, injurieux, à ce propos).
Mais la preuve avancée ? Que dites-vous de la preuve ?
Elle est pourtant irréfutable : tous les journaux et magazines qui ont couvert l'évènement confirmeront que les lettre O et M s'étalaient partout dans la ville au point de l'envahir et d'en déborder.

C'est juste une question d'identification, ou disons d'interprétation des données...

Musulman, mon frère

Hier soir, j'étais à Rouen pour participer à un séminaire sur la mort et les rituels afférents, en fonction des cultures et des religions - j'étais censée présenter le point de vue bouddhiste.

Les organisateurs n'ayant pas trouvé d'imam disponible ce soir là, c'est une jeune femme voilée présente dans l'assistance qui a très gentiment accepté de nous parler de sa tradition, l'islam.

Son exposé, très clair, m'a vivement intéressée car j'ignorais totalement, par exemple, que si la viande de porc est prohibée, ce serait parce qu'elle est très proche de la chair humaine !

Pourtant, à un moment, j'ai eu une impression de déjà vu.
Cela s'est produit quand Jasmina nous a expliqué que le pratiquant musulman médite chaque jour l'impermamence et la mort...
Chaque soir, nous a dit notre conférencière improvisée, il faut procéder à des ablutions, de sorte à être prêt , et pur, si la mort survenait durant la nuit. Puis chaque matin, il faut avant tout autre chose songer que cette journée sera peut-être la dernière.

De par chez nous, il m'a semblé entendre dire que, chaque soir, il conviendrait de faire son "examen de conscience" et de recourir aux forces de purification, pour ne pas laisser les éventuels karma non vertueux se développer à qui mieux mieux, mais aussi pour être prêt à faire face à la mort au cas où elle ferait irruption cette nuit là.
Au réveil, il faudrait se féliciter de ne pas être mort, et développer la motivation de ne surtout pas gâcher le reliquat de vie, en particulier durant la journée qui débute - et qui pourrait être la dernière.

lundi 17 mars 2008

Parlons du Tibet

Travaux Publics France Culture - Mardi 18 mars 2008
Retrouvez-nous à partir de 18h00
en direct et en public à Paris depuis le Salon du Livre

Jean Lebrun vous propose ce soir une émission consacrée à la situation au Tibet autour de Katia Buffetrille de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, Marie-Stella Boussemart, moniale dans la tradition tibétaine et traductrice de Dagpo Rimpoche et Françoise Robin, co-auteur du Grand livre des proverbes tibétains (Presses de la Cité).

Tibet martyre

COMMUNIQUE DE PRESSE DE L'UNION BOUDDHISTE DE FRANCE :

L’union Bouddhiste de France qui représente la grande majorité des communautés bouddhistes vivant en France, suit avec une très grande inquiétude les évènements dramatiques qui se déroulent actuellement au Tibet et tout particulièrement dans sa capitale, Lhassa.

Elle ne peut que désapprouver fermement et totalement l’usage de la force contre la population civile et la communauté monastique tibétaine qui a déjà fait un nombre considérable de victimes.

Elle exhorte les autorités chinoises à la plus grande retenue et à la non violence dans le règlement de cette crise, sachant que le monde entier est le témoin consterné de ces exactions.

L’Union Bouddhiste de France appelle toutes les communautés bouddhistes de France ainsi que tous les sympathisants de cette religion non violente et bien sûr toutes les religions à se rejoindre dans la prière et la méditation pour qu’aboutisse le plus rapidement possible un règlement pacifique à cette crise.

L’UBF soutiendra sans ambiguïté toutes les actions et manifestations pacifiques qui pourront de près ou de loin aider à apaiser les souffrances du peuple tibétain et de sa communauté religieuse.

Enfin, l’UBF transmet à sa Sainteté le Dalaï Lama et sa communauté en exil, son soutien et sa compassion la plus grande dans cette nouvelle épreuve qui touche son peuple.


jeudi 13 mars 2008

La vacuité


Tant que durera l'espace
par S.S. le XIV Dalaï-lama Tenzin Gyatso

Traduction de Dagpo Rimpotché et Marie-Stella Boussemart
Editeur : Albin Michel (Broché - 7 mars 1996) ...

Si vous vous intéressez à la philosophie et n'êtes pas trop sujet aux maux de têtes, je vous conseille ce commentaire du 9ème Chapitre du Bodhicaryavatara : c'est le Chapitre de la Sagesse, où Shantideva explique le non-soi et la vacuité en faisant dialoguer, ou plus exactement débattre, les différents systèmes philosophiques du bouddhisme :
vaibhashika
, sautrantika, cittamatra et madhyamika.

Bonne lecture, et n'oubliez vos aspirines !

Exhortation à la pratique, de Dromtönpa

Extrait de l'Exhortation à moi-même, composée par Dromtönpa

"Ohé, fils de l’excellent et glorieux Dipamkara (Atisha) ! Ce support de vie humaine dotée des atouts et des libertés est extrêmement difficile à obtenir. Quant à rencontrer l’Enseignement du Bouddha, c’est encore plus rare.
Ne gaspille pas inconsidérément les atouts et libertés qu’il est si difficile de conquérir. Pourquoi ? L’abîme des existences infortunées est insondable, et sans avoir la base que constitue l’éthique, tu voudrais hisser au sommet les remèdes en boule compacte ?
Sans doute es-tu un héros puisque tu n’es pas naguère tombé dans le précipice effrayant ( des renaissances infortunées) , mais de même qu’on prépare en un mois les réserves d’une année, au moment où tu pourrais te mettre en sécurité pour toutes tes vies à venir, ne reste pas à traînasser ; exploite à fond les remèdes.

La vie n’est pas éternelle ; elle est telle l’éclair dans le firmament : par nature, à peine apparu, il s’efface. Il en va de même pour ma vie, ai-je vu. Ne flâne pas ; tire la quintessence de ce corps.

La vie n’est pas éternelle ; elle est telle le rocher qui dévale à flanc de montagne : il descend à vive allure, nul ne pourrait l’attraper. Il en va de même pour ma vie, ai-je vu. Ne reste pas à paresser ; pratique l’excellent Dharma sublime."

Précieuses recommandations d'Atisha

Ne prenez pas les souffrances pour des bonheurs.
Repoussez le sommeil, la torpeur, la paresse et la distraction ; prenez conscience que la mort est inéluctable.
Toute vertu, même minime, accomplissez-la avec diligence.
Tout méfait, même insignifiant, excluez-le catégoriquement.
Sauf pour le bienfait de l'Enseignement, n'ayez d'intérêt ni pour la nourriture ni pour les vêtements ni pour rien de ce genre.
Ayez des désirs modestes et sachez vous contenter de ce qui vous échoit.


(extrait d'Instructions condensées sur les conduites de bodhisattva)

Le Lamrim de la Lignée du Sud



La Voie progressive vers l'Eveil Suprême selon la lignée du Sud du Pays des Neiges

Texte de Gedun Jamyang
Traduction de Marie-Stella Boussemart



«Où que nous allions, pour parvenir à bon port, nous aurons à emprunter un itinéraire menant à notre destination. Mieux nous l'aurons étudié, moins nous nous tromperons, et plus vite nous arriverons au but.

Ici, l'objectif visé est l'état de Bouddha caractérisé par l'Eveil Suprême issu de l'élimination totale et définitive des défauts, imperfections et lacunes et du parachèvement des qualités tant du coeur (la "méthode") que de l'entendement (la "sagesse"). Comment s'y prendre ? En s'adonnant à l'étude, la reflexion et la méditation. En transformant chaque fait et geste en pratique spirituelle, au travers de la motivation appropriée.

L'étude porte sur une exposition complète de la voie. Peu importe qu'elle soit succincte ou extrêmement détaillée, du moment qu'elle indique toutes les étapes, et ce, dans le bon ordre. Les Tibétains utilisent à ce propos le terme de "lamrim" qui signifie littéralement "étapes des la Voie" ou encore "Voie progressive". Par extrapolation, "lamrim" désigne aussi les ouvrages qui décrivent et expliquent la dite voie.
Le Lamrim de la Lignée du Sud, ici traduit en français pour la première fois, est un condensé extrait des Instructions de Mañjoughosha à partir d'indications données par le Vème Dalaï-Lama lors d'enseignements.

Fluide et limpide, il consiste en une véritable méditation de l'ensemble de la voie. C'est donc un livre à lire, à relire, et à relire encore. Ou mieux, à mémoriser, pour ensuite réfléchir, méditer, s'imprégner du sens, jusqu'à le réaliser.»

Editions Guépèle - Chemin de la Passerelle - 77250 Veneux-Les Sablons - France

10 mars 1959 (suite)

Message de Sa Sainteté le Dalaï-Lama à l’occasion du 49ème anniversaire du soulèvement national tibétain

A l’occasion du 49ème anniversaire du soulèvement pacifique du peuple tibétain à Lhassa le 10 mars 1959, j’offre mes prières et je rends hommage à tous ces braves hommes et femmes du Tibet qui ont enduré d’incalculables épreuves et sacrifié leurs vies pour la cause du peuple tibétain. J’exprime ma solidarité avec les Tibétains qui subissent actuellement la répression et les mauvais traitements. Je salue également les Tibétains dans et en-dehors du Tibet, les supporters de la cause tibétaine et tous ceux qui défendent la justice.

Pendant six décennies, les Tibétains dans l’ensemble du Tibet connu sous le nom de Tcheulkha-Soum ( U-Tsang, Kham et Amdo ) ont dû vivre dans un état de peur constante, d’intimidation et de suspicion sous la répression chinoise. Néanmoins, en plus de maintenir sa foi religieuse, un certain nationalisme et sa culture unique, le peuple tibétain a été capable de garder vivante son aspiration première pour la liberté. J’ai une grande admiration pour toutes ces qualités du peuple tibétain et son indomptable courage. Je suis très fier et satisfait de lui.
Plusieurs gouvernements, organisations non-gouvernementales et individus autour du monde, fidèles à leur foi dans la paix et la justice, ont soutenu avec constance la cause du Tibet. Particulièrement durant cette dernière année, des gouvernements et des peuples de plusieurs pays ont accompli des gestes importants, gestes qui expriment clairement leur soutien. Je voudrais exprimer ma gratitude à chacun d’entre eux.

Le problème du Tibet est très compliqué. Il est intrinsèquement lié à d’autres : la politique, la nature de la société, la loi, les droits de l’homme, la religion, la culture, l’identité du peuple, l’économie et l’état de l’environnement naturel. En conséquence, une approche d’ensemble doit être adoptée pour résoudre ce problème en prenant en compte les intérêts de toutes les parties impliquées plutôt que ceux d’une seule. C’est pourquoi nous avons été fermes dans notre engagement pour une politique de bénéfice mutuel, l’approche de la Voie Médiane, et nous avons fait des efforts sincères et persistants pour la mettre en œuvre depuis plusieurs années. Depuis 2002, mes envoyés ont conduit six sessions de discussions avec les responsables concernés de la République Populaire de Chine pour aborder des problèmes importants. Ces discussions étendues ont aidé à apaiser certains de leurs doutes et nous a permis de leur expliquer nos aspirations. Cependant, sur le problème fondamental, il n’y a eu aucun résultat concret. Et durant ces dernières années, le Tibet a connu une augmentation de la répression et de la brutalité. Malgré ces événements malheureux, ma détermination et mon engagement à poursuivre la politique de la Voie Médiane et à continuer notre dialogue avec le gouvernement chinois demeurent inchangés.

Un souci majeur de la République Populaire de Chine est son manque de légitimité au Tibet. La meilleure méthode que pourrait employer le gouvernement chinois pour donner du poids à sa position est de poursuivre une politique qui satisfasse le peuple tibétain et gagne sa confiance. Si nous sommes capables de nous réconcilier en suivant une voie d’accord mutuel, alors, ainsi que je l’ai déclaré plusieurs fois, je ferai tous les efforts pour gagner le soutien du peuple tibétain.

Au Tibet actuellement, en raison des nombreuses actions conduites sans aucune prévoyance par le gouvernement chinois, l’environnement naturel a été sévèrement endommagé. D’autre part, en conséquence de leur politique de transfert de population, la population non-tibétaine a augmenté plusieurs fois, réduisant les Tibétains de souche à une insignifiante minorité dans leur propre pays. De plus, la langue, les coutumes et les traditions du Tibet, qui reflètent la vraie nature et l’identité du peuple tibétain, sont graduellement en train de disparaître. En conséquence, les Tibétains sont de plus en plus assimilés à une population chinoise plus nombreuse. Au Tibet, la répression continue à s’exercer avec des violations nombreuses, inimaginables et flagrantes des droits de l’homme, le déni de la liberté religieuse et la politisation des problèmes religieux. Tout cela est le résultat du manque de respect du gouvernement chinois pour le peuple tibétain. Ce sont des obstacles majeurs que le gouvernement chinois met délibérément en travers de sa politique d’union des nationalités.

Ces obstacles séparent le peuple tibétain du peuple chinois. C’est pourquoi j’appelle le gouvernement chinois à mettre immédiatement un terme à une telle politique.
Bien que les zones habitées par une population tibétaine soient connues sous les noms de régions autonomes, préfectures autonomes et comtés autonomes, elles n’ont d’autonomes que le nom ; elles n’ont pas de réelle autonomie actuellement. Au lieu de cela, elles sont gouvernées par des gens ignorants de la situation régionale et conduits par ce que Mao Tsétoung appelait "le chauvinisme han". De ce fait, cette soi-disant autonomie n’a pas donné aux nationalités concernées de bénéfices tangibles. Ces politiques erronées, qui ne sont pas en accord avec la réalité, causent d’énormes dégâts non seulement aux différentes nationalités mais aussi à l’unité et à la stabilité de la nation chinoise. Il est important pour le gouvernement chinois, comme l’a conseillé Deng Xiaoping, de "rechercher la vérité à partir des faits" dans le sens réel du terme.

Le gouvernement chinois me critique sévèrement quand je soulève la question du bien-être du peuple tibétain devant la communauté internationale. Jusqu’à ce que nous réussissions à trouver une solution qui nous soit mutuellement bénéfique, j’ai la responsabilité morale et historique de continuer de parler librement au nom des Tibétains. Quoi qu’il en soit, tout le monde sait que je suis en semi-retraite depuis que la direction politique de la diaspora tibétaine a été directement élue par la population .

La Chine se développe et devient un puissant pays grâce à ses grands progrès économiques. Nous accueillons cela avec un esprit positif , d’autant que cela donne également à la Chine une occasion de jouer un rôle important sur le plan global. Le monde attend avec impatience de voir comment la direction chinoise actuelle va mettre en place les concepts de "société harmonieuse" et de "croissance pacifique" qu’elle avance. En ce domaine, le progrès économique seul ne suffira pas. Il doit y avoir des améliorations dans l’observation de l’état de droit, dans la transparence, dans le droit à l’information ainsi que dans la liberté d’expression. Comme la Chine est un pays composé de plusieurs nationalités, toutes doivent jouir de l’égalité et de la liberté afin de protéger leurs identités respectives. C’est une condition à la stabilité du pays.

Le 6 mars 2008, le Président Hu Jintao a déclaré : "La stabilité au Tibet concerne la stabilité du pays et la sécurité du Tibet concerne la sécurité du pays". Il a ajouté que le gouvernement chinois doit assurer le bien-être des Tibétains, améliorer son action en direction des groupes religieux et ethniques, et maintenir l’harmonie sociale et la stabilité. La déclaration du Président Hu est conforme à la réalité et nous attendons sa mise en œuvre.

Cette année, le peuple chinois attend avec fierté et impatience l’ouverture des Jeux Olympiques. J’ai, depuis le début, soutenu l’idée que la Chine devrait avoir l’occasion de recevoir les Jeux Olympiques. Comme de tels événements sportifs internationaux, et spécialement les Jeux, mettent en avant les principes de liberté d’expression, d’égalité et d’amitié, la Chine devrait prouver la qualité de son accueil en accordant ces libertés. C’est pourquoi, en envoyant ses athlètes, la communauté internationale devrait rappeler ces devoirs à la Chine. J’ai appris que plusieurs parlements, individus et organisations non-gouvernementales autour du monde ont pris de nombreuses initiatives en faisant valoir la chance que constituait pour la Chine cette occasion de changer de manière positive. J’admire leur sincérité. Je voudrais déclarer avec force qu’il sera très important d’observer la période suivant la fin des Jeux. Les Jeux Olympiques vont sans doute grandement impressionner les esprits au sein du peuple chinois. Le monde doit donc rechercher les moyens d’agir avec énergie en faveur de changements positifs en Chine, même après la fin des Jeux.

Je voudrais saisir cette occasion pour exprimer ma fierté et mon approbation pour la sincérité, le courage et la détermination dont fait preuve le peuple tibétain au Tibet. Je l’encourage vivement à continuer à travailler pacifiquement et en respectant la loi pour permettre à toutes les minorités nationales de la République Populaire de Chine, y compris le peuple tibétain, de jouir de leurs droits légitimes.

Je voudrais également remercier le gouvernement et le peuple de l’Inde, en particulier, pour son soutien continu et sans égal aux réfugiés tibétains et à la cause du Tibet, ainsi qu’exprimer ma gratitude à tous les gouvernements et les peuples pour leur soutien continu à la cause tibétaine.

Avec mes prières pour le bien-être de tous les êtres.

Le 10 mars 2008
Traduction française : Bureau du Tibet, 84 bd Adolphe Pinard, 75014 PARIS ( France )
Tél. 01 46 56 54 53 Fax 01 41 17 00 14
E mail : tibetoffice@orange.fr
www.tibet.net - www.tibet-info.net

mercredi 12 mars 2008

Samsara, quand tu nous tiens

Les "joies" du samsara ? On ne s'en lasse pas facilement, hélas !

Le seul moyen pour s'en sortir, dit-on chez les bouddhistes, serait de réaliser le "renoncement" - pour utiliser le terme usité mais qui est totalement inadéquat pour désigner l'état d'esprit concerné. Je préfèrerais parler d'écoeurement et de dégoût.

Dégoût de quoi ?
... De tout ce à quoi nous tenons d'ordinaire : richesses, pouvoir, célébrité, y compris nos proches et notre corps. Bref, tous nos objets d'attachement.

Précision d'importance : Il ne s'agit pas de passer d'un extrême à l'autre. Pas question de troquer l'attachement pour de l'aversion, encore plus destructrice.
En fait, tous ces objets, eh bien, ils sont neutres. Nous n'avons rien à leur reprocher.
Nous souffrons ? Le responsable à incriminer est en nous. C'est notre esprit. Ou plus précisément, ce sont certains de ses facteurs, ceux que l'on appelle "klesha" en sanskrit, que je traduis par "facteurs perturbateurs", mais que beaucoup qualifient d'"émotions" - d'où une question de ma part : l'ignorance ou la torpeur sont-elles des "émotions" ?
Bref, à la source de tous les maux que nous subissons - insatisfactions, déceptions et autres maladies -, réside l'ignorance, flanquée de l'attachement et de l'irritation, assistés du gros de la troupe.

Si l'ignorance est première, l'attachement est particulièrement pernicieux car sous des dehors affables, il s'insinue sournoisement partout et contamine tout, pollue tout, gâche tout.

Haro sur l'attachement !

Encore et toujours Atisha

Pour ne rien vous cacher, j'aime tout particulièrement les Maîtres extraordinaires qui sont à l'origine du renouveau du bouddhisme au Tibet au XIème siècle - Atisha et Dromtönpa bien sûr, à l'origine de la lignée Kadampa, mais aussi Marpa Lotsawa, Jetsun Milarepa et leurs contemporains, toutes traditions confondues.
J'aime leur langage, souvent imagé et toujours percutant.
J'aime leur mode de vie, loin des fastes et dorures.
J'aime leur style d'enseignement, direct et sans détours.

Comme je suis actuellement plongée, avec délectation, dans des oeuvres d'Atisha, j'ai envie de vous faire partager quelques-unes de ses paroles qui moi me touchent au plus profond.

Aujourd'hui, je vous propose une citation tirée d'un très court texte intitulé Cristalliser l'essence (de la voie) :

En cette fin des temps marquée par la discorde, la vie est brève, les maladies sont nombreuses et les jouissances médiocres ; le nombre des conditions adverses et obstacles est tel que l'on n'a pas le pouvoir de vivre longtemps.
C'est pourquoi, faute d'avoir la possibilité de trancher suite à une étude mot à mot, ceux qui possèdent la lignée du mahâyâna doivent suivre le parfait Maître.
Avec la plus ardente énergie, gardant à l'esprit les souffrances du samsāra, il faut que promptement ils cristallisent l'essence (de la voie), pour libérer tant eux-mêmes qu'autrui.

mardi 11 mars 2008

Autres conseils d'Atisha

Recherchez des amis qui banissent le mal et cultivent qualités et vertus, et entretenez avec eux une relation harmonieuse. Respectez et honorez les personnes de qualité.
Evitez avec tact quiconque susciterait en vous des facteurs perturbateurs.

(Extrait de Brève instruction sur les conduites de bodhisattva)

lundi 10 mars 2008

10 mars 1959


Il y a 49 ans, le peuple de Lhasa se souleva contre l'occupant et des Khampa courageux permirent le départ de Sa Sainteté le Dalaï Lama du Pays des neiges.
Puisse la paix s'installer au plus vite dans les coeurs !
Puisse tout être oublier son intérêt personnel et cultiver un altruisme sans limite !

dimanche 9 mars 2008

Conseil d'Atisha

En public, surveillez vos paroles ; dans la solitude, surveillez votre esprit.

Qu'ajouter à ceci ?
Que c'est une citation tirée de La Guirlande des joyaux de bodhisattva, texte court et percutant comme Atisha et les Kadampa en ont le secret...

Theravada

Par le biais d'amis communs, je viens de découvrir un blog qui me semble fort intéressant pour qui cherche à mieux connaître le Theravada, et notamment la tradition des moines de la forêt.

Ce blog est l'oeuvre d'une juriste dénommée Catherine et qui en fait elle-même cette présentation : Je viens de créer un blog où je fais le récit de ma retraite*. J'ai également ouvert un chapitre sur les femmes bouddhistes.
http://bica-vipassana.blogspot.com/

Si le coeur vous en dit...

* Retraite d'entraînement à la méditation de type vipassyana, en vue de réaliser la vue supérieure.

Effacement de la culture tibétaine

Le Dalaï Lama dénonce l'effacement de la culture tibétaine
Reuters
Par Benjamin Kang Lim Reuters - version française Henri-Pierre André
(lu sur Yahoo actualité dimanche 9 mars 08, le matin)


PEKIN (Reuters) - La langue, les coutumes, les traditions du Tibet sont en train de disparaître et les Tibétains vivent dans la peur de devenir une minorité dans leur propre patrie, déclare le Dalaï Lama dans un discours attendu lundi.


Dans ce texte, dont Reuters s'est procuré une copie, le chef spirituel en exil des Tibétains appelle la communauté internationale à faire pression sur la Chine pour que la liberté d'expression soit respectée lors des Jeux olympiques de Pékin.

Lundi marquera le 49e anniversaire du soulèvement de 1959 matée par l'Armée populaire qui précipita l'exil en Inde du Dalaï Lama, aujourd'hui âgé de 72 ans.

"La langue, les coutumes et les traditions du Tibet s'effacent graduellement", dit-il dans ce discours qu'il prononcera à Dharamsala, la ville du nord de l'Inde où il vit.

Les Tibétains, poursuit-il, "sont amenés à vivre dans un état de peur permanente, d'intimidation et de suspicion sous la répression chinoise (...) La répression continue de croître avec des violations nombreuses, inimaginables et massives des droits de l'homme, le déni de la liberté religieuse et la politisation des questions religieuses".

Conséquence de la politique de transfert de populations orchestrée par le pouvoir central, le nombre de non-Tibétains vivant dans le territoire himalayen ne cesse d'augmenter, réduisant les Tibétains à "une minorité insignifiante dans leur propre pays", continue-t-il.

"J'exhorte le gouvernement chinois à cesser immédiatement cette politique", poursuit le lauréat du prix Nobel de la Paix.

Evoquant les Jeux de Pékin, le Dalaï Lama rappelle avoir soutenu la candidature chinoise dès le début, niant les projets de sabotage et de troubles dont l'a accusé le principal responsable de l'administration chinoise au Tibet, Zhang Qingli.

Il attend néanmoins de ces olympiades qu'elles permettent une amélioration de la situation de la liberté d'expression, pendant et après la manifestation sportive.

"Le monde devrait explorer les moyens d'investir son énergie collective dans un changement positif continu en Chine lorsque les Jeux seront terminés", dit-il.


samedi 8 mars 2008

Journée de la femme

Depuis 1982, la France célèbre dignement "la journée de la femme" chaque 8 mars...

Ce qui m'inspire quelques questions :
Dans notre démocatrie éprise de parité, pourquoi n'y a-t-il pas "une" journée de l'homme ? Parce qu'il y en a déjà 364 chaque année ?

Mais trêve de plaisanterie. Pour en revenir un peu plus sérieusement à notre sujet, je saisis l'occasion pour rendre Hommage au Bouddha et à la voie qu'il a ouverte à toutes comme à tous.
Hommage au Bouddha qui a mené jusqu'à l'éveil tant de disciples hommes mais également femmes.
Hommage au Bouddha qui revêt tout aspect utile - y compris féminin - pour accomplir le bien des êtres.
Hommage au Bouddha qui a enseigné la loi de causalité et la responsabilité personnelle.
Hommage au Bouddha qui a exhorté à l'union de la méthode - aspect masculin - et de la sagesse - aspect féminin -, seul moyen pour accéder à l'Eveil suprême omniscient.

Puissent tous les êtres obtenir l'état de Tara, la Libératrice, Bouddha d'aspect féminin qui symbolise l'activité de tous les Bouddhas !

mercredi 5 mars 2008

Khunu Lama Rinpoche Tenzin Gyaltsen




Khunu Lama Rinpoche Tenzin Gyaltsen (1894-1977) est l'un des Maîtres de mes propres Maîtres, Rinpoche et Genlags.

Grand philosophe et grand grammairien, ce grand siddha né à la frontière côté indien, eut des disciples dans toutes les traditions et dans toutes les strates de la société. Il n'était pas moine, mais qu'importe ?

Il était aussi un poète insigne, et son Eloge de l'esprit d'Eveil est un bijou tant pour le fond que pour la forme.

Il disait, nous a raconté Rinpoche, qu'il existe deux voies pour comprendre la vacuité, et ainsi atteindre la libération : le raisonnement certes, mais aussi la grammaire, sanskrite ou tibétaine.

Nul doute qu'il parlait en connaissance de cause.



Tibétaine, nonne et grande méditante

Un de mes Maîtres, Gyudmed Khensur Rinpoche Sonam Gyaltsen (Gen Tati pour ses co-religionnaires) me parle souvent de l'une de ses Maîtres, exilée en Inde puis rentrée au Tibet vers 1982.

Non, les "e" ci-dessus ne sont pas des fautes d'accord : si j'ai mis le féminin, c'est parce que Gyaltsen Lhamo (rGyal mtshan lha mo) est une femme ; une nonne même. Qui a beaucoup de disciples, hommes et femmes, religieux et laïcs. Et pas au Moyen-Âge ; de nos jours : elle est née dans le centre du Tibet dans les années 1920, mais comme on n'a pas eu de ses nouvelles depuis son retour au Tibet il y a 25 ans, on ne sait pas si elle vit encore ou pas.

D'abord mariée contre son gré, elle a eu un bébé, mort en bas âge, après quoi elle a été alitée des années durant par une maladie dont aucun remède ni aucun rituel ne venait à bout. Jusqu'au jour de cette visite de Kangyur Rinpoche, lama respecté de Drepung Loseling.

Toute la maisonnée s'inclinait pour recevoir par apposition des mains sur la tête la bénédiction du Maître encore assis sur son cheval, quand à la surprise générale, la jeune Gyaltsen Lhamo survint, cheveux en bataille et robe de travers, le teint grisâtre : c'était la première fois qu'elle se levait depuis des mois. La stupéfaction fut à son comble quand on vit le grand lama ôter son chapeau et se pencher pour toucher du front le front de la malade, d'égal à égal.

La mère de l'intéressée fut particulièrement impressionnée par ce geste, tant et si bien que, quand sa fille lui annonça sa décision de se retirer dans une grotte de montagne pour méditer, elle quitta la maison et l'accompagna pour la servir.
Dès lors, notre yogi tibétaine se consacra à la pratique sans jamais accorder la moindre importance au côté matériel : Zong Rinpoche (qui fut abbé de Ganden Shartse) fit un jour la remarque que sa jupe était tellement rafistolée qu'il en devenait impossible de distinguer ce qui avait été le tissu d'origine par rapport aux multiples pièces rapportées.

Assez curieusement (à nos yeux d'Occidentaux pas toujours bien informés), ce n'est qu'après avoir affectué la longue retraite de Vajrabhairava de trois ans que Gyaltsen Lhamo reçut l'Enseignement du lamrim d'un Geshe érudit de Ganden Jangtse : Geshe Nyima, professeur de philosophie de Gyudmed Khensur Rinpoche (le mien, de professeur, que j'appelle donc "Genlags").

Pour l'occasion, Gyaltsen Lhamo avait invité Geshe Nyima "chez elle" - une grotte dans le Phenpo. Comme c'était une période d'intersession au collège, Genlags avait accompagné son maître : pendant que celui-ci exposait le lamrim à leur hôtesse, Genlags mémorisait les traités philosophiques au programme de l'année. Un jour, il demanda à Geshe Nyima la transmission d'un texte de pratique, et s'entendit répondre qu'il ferait beaucoup mieux de demander cette transmission à Gyaltsen Lhamo. Ce qu'il fit, établissant ainsi avec elle un lien de maître à disciple.

Notez que, dans cette relation, "le" maître est une nonne tibétaine, qui a donc au maximum l'ordination mineure de getsulma (shramanerika) puisque l'ordination majeure de gelongma (bhikshuni) n'a jamais été introduite au Tibet. Le disciple est un gelong (bhikshu), qui plus est plus très loin du rang de geshe lharampa, et qui agit sur les conseils de son professeur, lui-même gelong et geshe lharampa. Le tout dans les années 1954-1955.

Au Tibet comme en Inde, Gyaltsen Lhamo était souvent sollicitée pour effectuer des divinations, et beaucoup de personnes la "soupçonnaient" d'avoir réalisé les pouvoirs de clairvoyance, au moins (consécutifs à l'obtention du calme mental - shamatha), tellement les réponses qu'elle donnait tombaient juste.

Vivant de rien, elle utilisait les offrandes qu'elle recevait pour faire le don sous ses différentes formes, surtout le don du Dharma (de l'Enseignement) : aux débuts de l'exil en Inde, quand les réfugiés manquaient de tout, c'est elle qui invita pour la première fois au camp de Bylakuppe où elle habitait Kyabje Trijang Dorjechang, prenant en charge les frais pour organiser l'Enseignement du Grand Lamrim qu'il dispensa alors. Elle invita aussi à Bylakuppe Zong Rinpoche, pour enseigner bien sûr. Par ailleurs, elle fit ériger de grandes statues, qu'elle offrit à des monastères.

Chaleureuse et disponible, elle était d'une extrême humilité, mais ses qualités étaient telles qu'elles ne pouvaient échapper à ceux qui avaient la chance de la rencontrer. Un grand lama gelugpa laissa un jour échapper une petite phrase qui laissait à entendre qu'elle était une émanation de Dulzin Takpa Gyaltsen - celui des disciples de Je Tsongkhapa qui est considéré comme le détenteur du Vinaya !

mardi 4 mars 2008

Ethique et ordinations / 4

1 - Abstention de comportements négatifs et nuisibles
Le fondement nécessaire, et commun, de l'éthique bouddhiste consiste à s'abstenir des 10 non vertus.
Sur une telle base, on peut ensuite s'entraîner à des observances de plus en plus subtiles et délicates.

Ainsi, les voeux de pratimoksha concernent les comportements extérieurs, relativement grossiers et donc en principe plus faciles à "gérer". Les choses se compliquent avec les voeux de bodhisattva qui régulent les relations avec autrui. La difficulté culmine avec les voeux des tantra qui supposent de contrôler son esprit, ses perceptions !
Pour prendre des exemples concrets, s'il est à la portée d'à peu près tout le monde de se refuser à assassiner des gens ou à les dévaliser, il est déjà plus ardu de ne pas les dénigrer pour se mettre soi-même en avant, ou de ne pas répondre par la pareille à des actes hostiles et agressifs de leur part. Quant à dépasser les apparences ordinaires, voilà qui requiert des qualités supérieures.

Ceci dit, les "voeux tantriques" ne concernent pas tous les pratiquants de tantra. Ils sont pris sur la base obligatoire des voeux de bodhisattva, lors d'une grande initiation (dbang chen) relevant de l'anuttarayogatantra, c'est à dire de la classe supérieure des tantra - laquelle classe est parvenue dans la zone d'influence tibétaine (Tibet, Népal, Mongolie, Bhoutan), mais pas en Chine ni dans ses pays satellites (Corée, Japon, Vietnam, etc.).
A l'instar des voeux de pratimoksha, les voeux des tantra doivent être pris auprès d'un maître qualifié sans être connus. De même que les voeux de bodhisattva, ils doivent ensuite être repris le plus souvent possible, pour les régénérer si besoin est, et pour les consolider.

Les grandes initiations des trois autres classes de tantra (de l'action, de la conduite et du yoga - c'est à dire de la méditation) ne comportent-elles pas de prise de voeux ?
Si, celle des voeux de bodhisattva.

Tout le monde peut-il recevoir une grande initiation ?
Non, il faut remplir certains critères et obtenir l'agrément du maître - l'acarya.

Toute initiation est-elle une "grande initiation" ?
Non, il y a deux autres sortes d'initiations :
- les "initiations de longue vie" (tshe dbang), ouvertes à tous en tant qu'octroi d'une bénédiction ;
- les "initiations consécutives" (rjes gnang) qui complètent une grande initiation et sont donc d'accès limité en tant que telles.

2 - Accomplissement des qualités et vertus
Le deuxième volet de l'éthique de bodhisattva englobe le développement et la mise en oeuvre de toutes qualités et vertus. C'est dire s'il est large... Aussi, pour simplifier son approche, on souligne huit aspects majeurs.
Citons, entre autres, le fait de cultiver les sagesses de l'étude, de la réflexion ou encore de la méditation ; le fait d'apprécier ceux qui font montre de qualités (au lieu de les jalouser) ; l'exercice de la patience ; l'autodiscipline, etc.

3 - Aide à autrui
Dans le Chapitre de l'Ethique (Cf. Bodhisattvabhumi), Asanga dégage onze cas de figure principaux pour apporter aide et soutien à autrui.
Quelques exemples : expliquer quoi faire et comment faire à qui l'ignore (dans tous les domaines) ; prodiguer des soins aux malades ; consoler ; protéger et rassurer ; encourager par des compliments mérités mais le cas échéant ramener dans le droit chemin par la force, etc.

Une précision non anodine : l'ordre d'énumération des trois volets de l'éthique de bodhisattva est significatif. Il indique la progression nécessaire à suivre si on souhaite faire preuve d'efficacité.
En bref, tant qu'on demeure incapable de se maîtriser soi-même, il ne faut pas s'imaginer qu'on pourra sauver ou guider les autres ! On ne pourra encore que leur apporter des coups de main ponctuels, au risque de leur faire plus de tort que de bien - avec les meilleures intentions du monde, bien sûr... Tous nous avons fait ce genre d'expérience sans nul doute.

Comment s'adresser à. .. ?

Le bouddhisme étant très nouveau en Occident, nous sommes souvent bien ennuyés quand nous devons adresser la parole à un religieux en tenue ocre ou bordeaux.

Dans les communautés du sud-est asiatique, habitude a été prise d'utiliser le terme de "Vénérable". Mais pour le moment, aucun usage n'est établi envers les religieux de filiation tibétaine ou coréenne, etc.

Pour ceux qui préfèrent reprendre les termes "indigènes", voici un aperçu du vocabulaire tibétain :
Rinpoche (rin po che) désigne un personnage de haut rang - souvent un homme, mais parfois aussi une femme - : maître reconnu, lama réincarné (tulku), abbé ou abbesse.

Geshelags (dge bshes lags) désigne principalement un moine érudit mais convient comme terme de politesse vis à vis de tout moine à partir d'un certain âge (l'âge d'avoir achevé ses études).

Kusho (sku zhabs) / Kusholags : termes très polis, pour tous les âges, hommes et femmes. Kusho est l'appellation la plus courante envers un très jeune lama tulku, ou envers un lama plus âgé avec lequel on aurait des liens assez familiers.

Gen (rgan : "aîné) : terme qu'utilisent les moines entre eux. A éviter si on n'est pas soi même moine, à moins de vraiment bien connaître l'intéressé.

Genlags (rgan lags) : même sens littéral que ci-dessus - "aîné" - mais avec ajout de la particule de politesse, d'où la traduction de "Professeur". C'est effectivement ainsi que l'on appelle son propre professeur s'il n'a pas socialement droit au titre de Rinpoche (qu'on peut cependant lui décerner à titre personnel).
Terme mixte (hommes et femmes), utilisable envers les religieux et les laïcs.

Getsul-lags (dge tshul lags : shramanera) / Gelong-lags (dge slong lags : bhikshu): termes précis et tout à fait polis, qui font référence à l'ordination reçue par le moine auquel on s'adresse (mineure ou majeure).

Ani (a ni, litt. "tante paternelle") / Anilags (a ni lags) / Chölags (chos lags, litt. "pratiquante du Dharma") : termes les plus usités envers les moniales, en ordre croissant de politesse.

Jetsunma (rje tsun ma) / Jetsun Kusho (rje tsun sku zhabs) : termes les plus honorifiques envers une moniale (en dehors de Rinpoche) ; usuels envers les nonnes d'origine noble, même si elles sont encore très jeunes.
rJe signifie "seigneur", tsun "qui a une excellente éthique", ma est une désinence féminine.

Dans tous les cas, éviter de prononcer le nom personnel de celui à qui on s'adresse : c'est beaucoup trop familier !

Ethique et ordinations / 3

Respecter l'éthique telle que conçue dans le bouddhisme ne consiste nullement à se plier à un morale arbitraire et contraignante. Il s'agit bien plutôt d'adopter une attitude responsable, de sorte à agir de la manière la plus utile (ou la moins préjudiciable) pour tous - autrui comme soi-même.

1 - Abstention des comportements négatifs et nuisibles (suite)
Nous avons déjà parlé un peu de la prise de voeux de pratimoksha : huit niveaux, dont sept communs aux deux véhicules, petit et grand.

A ces engagements qui concourent à l'obtention de l'Eveil synonyme de libération individuelle, le mahâyâna ajoute d'autres prises de voeux, en vue d'obtenir l'Eveil suprême de Bouddha.

En lieu et des voeux pris par les fidèles du hinayâna pour 24 heures et qui sont strictement réservés aux laïcs, le grand véhicule dispose des voeux mahâyâna-upasatha, également pris pour 24 heures à la fois. Outre la motivation, une différence est que les religieux également peuvent prendre ces voeux s'ils le souhaitent, contrairement aux voeux de 24 heures du hinayâna qui leur feraient perdre leurs voeux monastiques de pratimoksha.
La première fois, il faut bien sûr les recevoir de quelqu'un qui les a déjà. Pas forcément un "maître" au sens strict du terme. Pour une fois, un ami dans le Dharma (laïc ou religieux) peut remplir cet office.
Il va sans dire que cela crée un lien puissant entre celui qui donne et celui qui reçoit les voeux. Un lien de maître à disciple ? Il faudrait y réfléchir sérieusement avant de vouloir trancher cette question délicate.

La cérémonie centrale du grand véhicule est "la production de l'esprit d'Eveil", qui consiste à développer la détermination à devenir au plus vite Bouddha pour accomplir le bien de tous les êtres encore exposés à la souffrance sous ses différentes formes.
C'est là un état d'esprit magnifique et ô combien louable, mais aussi ô combien difficile et exigeant, puisqu'il revient à troquer notre égocentrisme viscéral contre un altruisme d'une totale pureté.
Le Bouddha, qui connaît bien son monde, a donc recommandé d'y aller doucement et de s'y prendre par étapes.

La cérémonie de production de l'esprit d'Eveil comporte ainsi trois paliers :
- production de l'esprit d'Eveil en tant qu'"aspiration simple" : on fait en sorte de se mettre dans l'état d'esprit voulu (aspirer à l'état de Bouddha pour le bien de tous les êtres) mais sans prendre aucun engagement ;

- production de l'esprit d'Eveil en tant qu'"aspiration renforcée", assortie de l'engagement de maintenir en soi cet état d'esprit jusqu'au bout, c'est à dire jusque l'obtention de l'Eveil suprême : cela implique de dorénavant observer 12 préceptes, dont quatre ont pour finalité de maintenir les voeux pris tout au long de cette vie, et huit de les maintenir au fil des vies suivantes, jusqu'à l'Eveil.

Car une grande différence entre les voeux de pratimoksha et les voeux du mahâyâna (à l'exception de ceux de 24 heures, bien évidemment) est que les voeux de pratimoksha sont pris pour toute la vie (c'est à dire cette vie ci), alors que les voeux du mahayâna sont pris pour toutes les vies ! La barre est nettement plus haute... C'est l'une des raisons pour lesquelles il faut réfléchir à deux fois avant de se lancer dans une telle aventure à (très) long terme.

- production de l'esprit d'Eveil en tant qu'"engagement" à se consacrer aux pratiques et conduites de bodhisttva - les six paramita : cela revient à prendre les "voeux de bodhisattva", qui supposent d'éviter 18 chutes principales et 46 fautes secondaires (N.B. il existe d'autres possibilités pour dénombrer les chutes : 4 ou 14, mais le sens ne change guère).

La toute première fois, il convient de recevoir les voeux de bodhisattva de la part d'un Maître qualifié. Ensuite, il est non seulement possible mais obligatoire de les reprendre fréquemment (au moins six fois par jour !) ; aussi peut-on le faire seul, mais il n'est pas interdit - au contraire - de les reprendre auprès d'un Maître.
Même pour la première prise de voeux, s'il s'avère totalement impossible de les recevoir d'autrui car il n'y a aucun Maître à l'époque où on se situe, on peut alors les prendre "seul", avec pour témoins tous les Bouddhas des dix directions dûment invités et visualisés en face de soi.

Contrairement aux voeux de pratimoksha et aux voeux des tantra, à prendre sans les connaîte encore, il FAUT étudier les voeux de bodhisattva avant de les assumer. Non seulement les étudier, mais déjà s'y exercer, pour ne les prendre que quand on est à peu près sûr de pouvoir les tenir un tant soit peu correctement...

Pha Dampa Sangye

Un des Chants mystiques de Jetsun Milarepa relate sa rencontre avec le grang yogi indien, Pha Dampa Sangyè, maître notamment de Machik Labdrön.

Pha Dampa Sangyé séjourna plusieurs fois au Tibet, notamment dans la région de Ding-ri, à l'ouest, et c'est à l'adresse des habitants de Ding-ri qu'il énonça les précieux conseils connus sous le nom de "testament spirituel".

Pour vous donner un ou deux exemples :
Pha yul rigs drug sems can spyi mthun la / Nga dang bdag tu ma 'dzin ding ri ba
La terre natale est propriété commune à tous les être des six classes (du samsara) ;
Ne vous l'appropriez pas comme étant "vôtre", gens de Ding-ri !

Nor rdzas sgyu ma lta bu'i g.yar po la / ser sna'i mdud pas ma bcings ding ri ba
Biens et richesses sont juste comme des emprunts illusoires ;
Ne vous laissez pas lier par le noeud de l'avarice, gens de Ding-ri !

lundi 3 mars 2008

Ethique et ordinations / 2

L'éthique de bodhisattva couvre un champ on ne peut plus large puisqu'elle englobe ... la voie entière ! Elle permet d'envisager la voie sous un autre angle, des plus dynamiques.

1 - Abstention de comportements négatifs et nuisibles
- Abstention des "non vertus" en général, notamment des 10 non vertus qui représentent les actes négatifs les plus marquants (sur le plan physique : meurtre ; vol ; inconduites sexuelles ; sur le plan oral : mensonge ; paroles de discorde ; paroles blessantes ; propos futiles) ; sur le plan mental : convoitise ; malveillance ; vues fausses).
- Observance de voeux de pratimoksha, soit en tant que laïc, soit en tant que religieux.
- Observance des 12 préceptes consécutifs à la production de l'esprit d'Eveil-aspiration.
- Observance des voeux de bodhisattva, pris lors d'une production de l'esprit d'Eveil-engagement.
- Observance des voeux tantriques pris lors d'une grande initiation, sur la base des voeux de bodhisattva.

Pour qu'il y ait éthique, il ne suffit pas de ne rien faire de mal. Il faut en avoir pris la décision. D'où l'intérêt de prendre des voeux, que ce soit pour 24 heures ou pour la vie :
une fois l'engagement pris (de ne pas tuer, de ne pas voler, etc.), tant qu'on ne prend pas une décision contraire, on est en train d'observer l'éthique. Ce qui permet d'accumuler moult karma positifs, susceptibles de permettre de réobtenir par la suite de bonnes renaissances (à condition que l'on parvienne à les conserver en bon état, sans qu'ils soient endommagés ou "grillés" par de la colère, de la jalousie, de l'orgueil ou des vues fausses).

Comment prendre des voeux ?
En les recevant de quelqu'un qui lui-même les a (impossible de donner quelque chose que l'on n'a pas, même dans ce domaine-ci).
C'est pour cela que, dans la plupart des cas, les moines sont habilités à conférer des voeux monastiques à autrui. Mais que seule une bhikshuni dûment ordonnée peut conférer de tels voeux à des moniales postulantes ! Avec l'aide d'un chapitre de bhikshu et d'un chapitre de bhikshuni de l'ancienneté exigée par les traités de vinaya.

D'où le "drame" subi par certaines Occidentales devenues bouddhistes dans la tradition tibétaine et qui veulent à tout prix recevoir l'ordination majeure de bhikshuni avec la vêture tibétaine.
Or, au Tibet, il n'y a jamais eu de bhikshuni pour des raisons historiques faciles à comprendre (enfin, je croyais) : le voyage à pieds à travers l'Himalaya étant quelque peu long et risqué, les conditions n'ont pas été remplies pour que des Tibétaines soient ordonnées bhikshuni quand la lignée existait en Inde. Puis les lignées ont été interrompues et seul un Bouddha se montrant en tant que tel (avec les 32 signes majeurs et les 80 marques secondaires) pourrait les réintroduire.
Il faudrait donc attendre la venue du Bouddha Maitreya en ce monde...
Autres solutions :
- se contenter de l'ordination mineure de shramanerika (et certainement pas de "novice", s'il vous plaît : mot totalement impropre dans le contexte bouddhiste) ;
- se satisfaire des lignées d'ordination de bhikshuni qui ont survécu jusqu'à nos jours, mais qui relèvent du Vinaya répandu en Chine et de là en Corée (et jusqu'au milieu du XIXème siècle au Japon).

Par ailleurs, il y a un certain nombre de points utiles à connaître pour éviter de faire le contraire de ce qu'on voulait.
* Il faut prendre les voeux de pratimoksha et les voeux des tantra "en confiance", c'est à dire sans connaître leur teneur avant de les avoir pris. On les découvre après ! Car si on les connaît avant, ça empêche de les faire apparaître en soi.
* En revanche, il est recommandé d'étudier soigneusement les voeux de bodhisattva avant de les prendre, et de préférence de s'y entraîner avant d'en prendre l'engagement formel : ces voeux là, il est impossible de les faire apparaître en soi si on ignore ce qu'ils recouvrent. (L'un des charmes du bouddhisme est qu'il est tout sauf ennuyeux et monotone.)
* Quand on a pris des voeux de pratimoksha, il reste à les respecter pendant la durée fixée (en général la vie entière), et il n'est pas question de les répéter : si, croyant bien faire, lors d'une cérémonie, on répète les formules correspondant à la prise de voeux qu'on avait déjà accepté, loin de les renforcer, on les détruit ...
* C'est exactement le contraire dans le cas des voeux de bodhisattva ou des voeux des tantra : plus souvent on les reprend auprès d'un maître, et mieux ça vaut : cela les régénère et les consolide. D'ailleurs, on est censé les reprendre par soi-même chaque jour. Et pas une fois par jour. Non, au moins trois fois le jour et trois fois la nuit. L'une des raisons est que cela devrait permettre de se le remémorer, seule solution pour parvenir un jour à les respecter correctement. Car de tels voeux sont difficiles, très difficiles à observer.

Le grand Pandit Atisha disait :
"Je n'ai jamais contrevenu aux voeux de pratimoksha que j'avais pris. Il peut m'arriver de commettre une faute à l'encontre des voeux de bodhisattva. Mais en ce qui concerne les voeux des tantra, c'est un déluge de fautes..."
Il ajoutait que jamais, jamais, il n'avait laissé passer une nuit avant de se purifier d'une faute commise. A cause de la capacité de croissance exponentielle des karma.
C'est ce que l'on appelle un Enseignement par l'exemple...

2- Accomplissement des qualités et vertus
Méthodes permettant de porter à maturité son propre esprit.

3 - Aide à autrui
Méthodes permettant de porter à maturité l'esprit d'autrui.