vendredi 22 janvier 2021

"Prière" en 7 branches

Le Dharma exposé par le Bouddha est une méthode, ou une voie, pour éliminer la souffrance et accéder au bonheur.

À l'intention de ceux qui seraient désireux de parvenir à la libération (du samsara, et donc de la souffrance) et à l'éveil,  le Bouddha a offert un large éventail de moyens et techniques, dont la quintessence est condensée en "la prière en sept branches", nécessaire et suffisante pour opérer les purifications et accumulations menant à l'état de Bouddha.

Bien évidemment, il ne s'agit pas simplement d'une prière, ni d'un texte en particulier.
Cela met en évidence des états d'esprit et des conduites, fort utiles déjà au quotidien dans la vie courante, et qui constituent la trame de toute pratique, en tout cas dans le mahayana, vajrayana y compris. Par exemple, le Ganden Lhagyama est une prière en sept branches. La Guirlande des êtres fortunés, l'un des nombreux textes pour accomplir les six pratiques préparatoires, inclut plusieurs prières en sept branches, etc.


Chacune des 7 pratiques comporte deux facettes, d'une part en tant que remède à tels ou tels kleshas, d'autre part en tant que développement de telles ou telles vertus.

1. Hommages, rendus par le corps, la parole et l'esprit : prosternations ; louanges et foi. Remèdes à l'orgueil, entre autres.
 
2. Offrandes, concrètes ou mentales, consistant en des objets matériels ou mieux, en des pratiques et autres activités bénéfiques.
Remède évident à l'avarice.
 
3. "Confession", dont l'efficacité est proportionnelle à l'application des quatre forces, du regret ; de la détermination à ne pas récidiver ; du support (prise de refuge et production de l'esprit d'Éveil) ; du remède (n'importe quelle activité bonne orientée en vue de la purification). Remède à tout ce qui est d'ordre non vertueux.
 
4. Réjouissance des mérites et bonheurs d'autrui comme de soi-même.
Excellent remède contre la jalousie.

5. Requête pour que "la Roue du Dharma" soit tournée, c'est-à-dire pour que l'Enseignement soit dispensé.
Remède notamment à la paresse et au manque de foi.
 
6. Requête pour que les Bouddhas (les Maîtres) ne passent pas en nirvana, c'est-à-dire ne quittent pas leur vie actuelle.
Remède à la paresse également, ainsi qu'à la saisie d'éternalisme.
 
7. Dédicace des mérites ainsi accumulés en vue d'obtenir l'Eveil de Bouddha, pour le bien des tous les êtres.
Remède "universel". 
Contre-feu par rapport à  l'irritation et dérivés.                                                                      

jeudi 21 janvier 2021

Sabbāsava sutta

 Merci à N. R. qui a attiré mon attention sur ce sutra.  
 
Le Sabbāsava sutta décrit les obstacles rejetés progressivement à partir de l'accession au chemin de la vision (du hinayana), c'est-à-dire de l'obtention de la compréhension directe du non-soi.

Annonce du plan de ce sutra, le second du  Majjhima-Nikaya :

        ... La façon de surmonter tous les obstacles, ô bhikkhus, je vous l'enseignerai…

        Il y a, ô bhikkhus, les obstacles qui doivent être vaincus par le discernement, il y a les obstacles qui doivent être vaincus par l'action appropriée, il y a les obstacles qui doivent être vaincus en les évitant, il y a les obstacles qui doivent être vaincus en les écartant ; il y a les obstacles qui doivent être vaincus par le développement mental. ... 

 

     

 


Agenda tibétain 2021 An boeuf métal

 Selon le calendrier lunaire tibétain
 
Losar ལོ་གསར (Nouvel An)
=> 12 février 2021

Mönlam སྨོན་ལམ་ (Grande Prière) 
Jour principal : 15ème jour 1er mois lunaire => 27 février

Sagadawa / Vesak
ས་ག་ཟླ་བ་ (Naissance, Éveil et Parinirvana du Bouddha Shakyamouni)
Jour principal : 15ème jour 4ème mois => 26 mai

Chökhor Tüchén ཆོས་འཁོར་དུས་ཆེན་ (Premier Enseignement du Bouddha)
 4ème jour 6ème mois => 14 juillet

Lhabab Tüchén ལྷ་བས་དུས་ཆེན་ (Retour du Bouddha après un un séjour dans le Monde des deva des 33)
22ème jour 9 ème mois => 27 octobre

Ganden Namchö དགའ་ལྡན་ལྔ་མཆོད་ (Paranirvana de Je Tsongkhapa) 
25ème jour 10ème mois = 29 décembre


En 2022, le Losar sera le 3 mars.

mardi 12 janvier 2021

Amour et bienveillance

 Karaniya Metta Sutta - Hymne de l’amour universel

Traduit par Jeanne Schut http://www.dhammadelaforet.org/
 
1. Voici comment devrait se comporter
Celui qui a développé des qualités de bonté
Et qui connaît la voie de la paix :
Qu'il soit appliqué, honnête et droit, direct et doux dans ses paroles.

2. Humble et sans prétention,
Satisfait et aisément contenté.
Qu'il ne se laisse pas submerger par les obligations
Et demeure frugal.

3. Qu’il soit paisible, maître de ses sens, naturellement discret, sans exigences.
Et qu'il ne fasse rien que les sages, plus tard, pourraient désapprouver.
Qu’il médite ainsi : « Prenant moi-même refuge dans le bonheur et dans la paix,
Je souhaite que tous les êtres soient heureux et en paix.

4. Que tous les êtres vivants, quels qu’ils soient -
Les faibles comme les forts, tous sans exception,
Les grands et les puissants,
Les moyens et les petits,

5. Visibles et invisibles,
Proches et lointains,
Nés et à naître -
Que tous les êtres soient heureux et en paix !

6. Que nul ne trompe autrui,
Ni ne méprise aucun être, quel qu’il soit.
Que nul, par colère ou aversion,
Ne souhaite de mal à autrui. »

7. Comme une mère,
Au péril de sa vie,
Protège son enfant,
Son unique enfant,

8. Ainsi doit-on ouvrir son cœur à l’infini à tous les êtres vivants,
 Rayonner la bienveillance envers le monde entier :
Ouvrir son cœur dans toutes les directions -
En haut, en bas et tout autour, sans limites -
Libre de toute haine et de toute aversion.

9. Que l’on soit assis, debout, en marche ou couché,
Tant que l’on est éveillé, on doit toujours être fidèle à ce souhait.
C’est ce que l’on appelle
« Demeurer dans un état divin, ici et maintenant ».

10. Sans se laisser piéger par des croyances erronées
Celui qui a le cœur pur, qui voit la vérité ultime des choses
Et qui s’est libéré de tous les désirs sensoriels,
Ne reprendra plus jamais naissance dans ce monde.

Source: http://www.dhammadelaforet.org/sommaire/metta/karanya_metta_sutta.html





Qualités d'un bon disciple

Cf. Quatre cents Stances d’Aryadeva :  

 Droit, intelligent, intéressé, tel est l'auditeur qu'on va qualifier de réceptacle. 

 

Cf. Lamrim de la Lignée du Sud : 

Un disciple qualifié présente 5 qualités :

1. Il est exempt du sectarisme qui consiste à faire preuve d’attachement envers son propre côté et d’aversion envers le côté d’autrui ;

2. Il est pourvu de l’intelligence nécessaire pour pouvoir distinguer ce qu’il faut retenir ou rejeter des exposés bons ou mauvais ;

3. Il est doté d’un grand intérêt pour le Dharma ;

4. Il est empli de respect pour celui qui enseigne le Dharma ;

5. Il écoute et pratique avec l'esprit attentif.

dimanche 10 janvier 2021

Liberté de penser

Discours du Bouddha aux Kalamas à propos de la liberté de penser

Traduction de Jeanne Schut, à partir du pali

 

… Ensuite, le Bienheureux s'adressa à nouveau aux Kalamas et dit : Kalamas, ne vous laissez pas guider par ce que vous avez entendu dire, ni par les traditions religieuses. Ne vous laissez par guider par l'autorité des textes religieux, ni par la simple logique ou les allégations, ni par les apparences, ni par la spéculation sur des opinions, ni par des vraisemblances probables, ni par la pensée : ‘ce religieux est notre maître spirituel’.

 

Cependant, Kalamas, lorsque vous savez par vous-mêmes que certaines choses sont justes, qu’elles sont irréprochables, louées par les sages et que, lorsqu'on les met en pratique, elles conduisent au bien et au bonheur, pénétrez-vous de telles choses et pratiquez-les !

Vinaya - code monastique

 

La vie des moines et moniales bouddhistes est réglementée par le code monastique, appelé le vinaya. Si à l'époque du Bouddha il n'avait qu'un code, par la suite cela s'est diversifié et on mentionne jusqu'à 18 vinaya

 

De nos jours, il n'en subsiste que trois.
À noter, selon tous les vinayas, lors de l’entrée en religion, les moines et les nonnes prennent les mêmes 10 engagements fondamentaux.

Lors de l’ordination mineure, en tant que shramana (h.) ou shramanerika (f.), ils prennent 36 engagements supplémentaires.

Les différences portent donc

·      sur les nombres respectifs d’engagements pris par les bhikshu (h.) et les bhikshuni (f.) – pour lesquelles des règles supplémentaires concernent par exemple des pièces de vêtements féminins, des précautions à prendre pour voyager, etc. - ,

·      ou encore sur la durée de la prise de vœux : à vie ou temporaire ;

·      ou sur la possibilité ou non de reprendre les vœux dans cette même vie selon qu’ils auraient été rendus ou brisés, etc.


1 - le Theravada-vinaya, appliqué dans les pays de Sud-Est asiatique (Thaïlande, Cambodge, etc.)

Nombre de vœux de bhikkhu     : 227

Nombre de vœux de bhikkhuni : 231

 

N.B. : Les lignées d'ordination majeure et mineure féminines y ont été interrompues très tôt. Les « nonnes » Theravada prennent donc en fait des vœux de laïques consacrées (upasika).

 

2 - le Dharmagupta-vinaya, implanté en Chine, et de là, en Corée, au Vietnam ou encore au Japon

Nombre de vœux de bhikshu     : 250

Nombre de vœux de bhikshuni : 348

 

N.B. : Au Japon, dès le XIIème siècle, le vinaya n’a plus guère été suivi dans certains courants tels que le Zen (Cf. Dogen) ou la Terre pure, et il a été aboli au XIXème siècle, lors de la persécution anti-bouddhiste (shinbutsu bunri et décrets de Meiji vers 1872).


3 - le
Mulasarvastivada-vinaya, implanté au Tibet par le pandit indien Shantarakshita et qui s'est répandu dans des régions limitrophes, dont la Mongolie, le Bhoutan, etc.

Nombre de vœux de bhikshu     : 253

Nombre de vœux de bhikshuni : 364

 

N.B. : La lignée d’ordination mineure féminine existe toujours, mais la lignée d’ordination majeure n’a jamais été introduite au Tibet et a fortiori dans les pays alentours, faute de la venue de bhikshuni sur place.

Les femmes selon et dans le bouddhisme

 

Quelques sources

 

 Samyutta Nikaya, I, 5, 6

Seul importe le Véhicule. 
Qu’on soit homme ou femme
Quiconque prend le Véhicule 
Atteint le nirvâna.

 

Thérigâthâ : 73 poèmes, écrits par des femmes de l'époque du Bouddha, à propos de leur parcours religieux et leur libération spirituelle.

 

Les Grands Disciples du Bouddha, Nyanaponika Thera, H. Hecker, Ed. Claire Lumière

2 tomes : dans le 2ème, biographies de grandes disciples


Dans ses enseignements, le Bouddha a souligné la valeur de "la précieuse renaissance humaine", dotée de 8 libertés et 10 attributs.
=>

Sur le plan spirituel, il est admis que les femmes comme les hommes peuvent progresser sur la voie et atteindre les plus hautes réalisations.
Sur le plan social, le Bouddha n'a pas dit que les femmes étaient inférieures, mais il a fait le constat (encore vrai de nos jours) qu'elles sont défavorisées par rapport aux hommes, et qu'elles rencontrent plus d'obstacles. 

 

Historique de la communauté religieuse féminine

 

Cf. : Dr. Hajime Nakamura (universitaire japonais) : « L'apparition d'un ordre de nonnes fut un développement étonnant dans l'histoire religieuse mondiale. Il n'existait, à la même époque, aucun ordre religieux pour femmes, ni en Europe, ni en Afrique du nord, ni en Asie occidentale ou orientale. Le bouddhisme fut la première religion à en produire un. »

 

Le Bouddha ne refusa jamais d'enseigner aux femmes, il ne les rejeta pas comme inférieures, mais les textes rapportent qu’il aurait manifesté de la réticence avant de les recevoir dans la communauté monastique. Il aurait expliqué que l'admission des femmes dans la communauté (sangha) "aurait des résultats néfastes, de même que la mauvaise herbe dans un bon champ". Cela entraînerait une dégénérescence plus rapide de la doctrine, dont la durée d'existence serait écourtée de cinq cents ans.

Néanmoins, suite à la détermination inébranlable de Mahaprajñaparamati, tante et mère adoptive de Siddhartha, et aux talents de médiateur d'Ananda, cousin et fidèle servant du Bhagavat, celui-ci accepta

Temples-refuges Japon

 Au Japon, ce sont trois nonnes (dont Zenshin-ni) qui ont établi la première communauté bouddhiste (sangha) en 590, ont ordonné le premier moine (Tokusai) et ont instauré le posadha : la confession bi-mensuelle des transgressions.

 

En 624, d'après le Nihonshoki, il y aurait eu au Japon 816 moines, 569 moniales et 416 monastères (545 en 692).

 

Jusqu'à la fin de Heian, il n'y avait pas d'inégalité entre les moines et les nonnes et de nombreuses femmes japonaises avaient un haut niveau d’instruction, puis la situation s'est considérablement dégradée avec la montée en puissance des guerriers (un peu comme en Europe au passage du Moyen Âge à la Renaissance).

=> Les deux temples-refuges
(kakekomidera ou enrikidera)

 

Tôkei-ji

A Kamakura, le temple du Tôkei-ji  (Zen Rinzai), fondé en 1285 par Kakuzan, veuve du shogun Hôjô Takimune, est l'un des deux temples-refuges du Japon d'avant l'ère Meiji.

C’était un temple indépendant qui jouissait de privilèges spéciaux par décret impérial et dont l'enceinte était interdite aux hommes.

Auparavant, les hommes japonais avaient le droit unilatéral de divorcer.
Kakusan-ni obtint pour son temple un statut très particulier 
: si une femme demeure trois ans au Tôkei-ji, au terme de cette période, le divorce est considéré comme effectif.
Il est dit qu'entre 1603 et 1868, environ 2000 femmes se seraient réfugiées au Tôkei-ji.

 

Mantoku-ji

L'autre grand temple refuge, le Mantoku-ji, affilié quant à lui à l'école Zen Soto, est situé à Serada dans la province de Kôzuke (Gunnma).

Son origine est moins claire que celle du Tôkei-ji. Il semblerait que ce temple aurait été fondé soit par un descendant du shogun Minamoto, soit par
Jônen-ni et Jô.on-ni, de la famille des Tokugawa. Ce qui est sûr, c'est qu'il eut des liens très étroits avec la famille Tokugawa, c'est à dire avec les dirigeants de l'époque, au travers de nombreuses abbesses.

Le Mantoku-ji est moins connu que le Tôkei-ji. À cause de sa situation géographique défavorable, il est plus difficile à atteindre, si bien que ses effectifs seront toujours réduits : quatre moniales y résidaient en 1809, sept en 1861 et cinq en 1870.

Le Mantoku-ji a été presque entièrement détruit en 1872 lors des mouvements anti-bouddhistes ; il n'en reste aujourd'hui que des ruines.

mardi 5 janvier 2021

Suite à une année terrible

À ceux qu’on foule aux pieds

Paroles de compassion énoncées par Victor Hugo, en 1872, dans L'année terrible de la Commune de Paris


XIII
Oh ! je suis avec vous ! j’ai cette sombre joie.
Ceux qu’on accable, ceux qu’on frappe et qu’on foudroie
M’attirent ; je me sens leur frère
 ; je défends
Terrassés ceux que j’ai combattus triomphants ;
Je veux, car ce qui fait la nuit sur tous m’éclaire,
Oublier leur injure, oublier leur colère,
Et de quels noms de haine ils m’appelaient entre eux.

Je n’ai plus d’ennemis quand ils sont malheureux.
Mais surtout c’est le peuple, attendant son salaire,
Le peuple, qui parfois devient impopulaire,
C’est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants,
Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends ;
Je défends l’égaré, le faible, et cette foule
Qui, n’ayant jamais eu de point d’appui, s’écroule
Et tombe folle au fond des noirs événements ;
Étant les ignorants, ils sont les incléments ;
Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire
À vous tous, que c’était à vous de les conduire, 

...

dimanche 3 janvier 2021

De l'art de dire les choses avec humour

Texte attribué à John Fire Lame Deer, un Indien Lakota né au début du XXe siècle.

Homme médecin, John Fire Lame Deer - Cerf boiteux - (1900 - 1976), considéré comme le « gardien de la spiritualité et des traditions de son peuple », a, au cours de sa vie, laissé un certain nombre d’écrits témoignant de la philosophie des Sioux. Il aurait notamment rédigé ce texte détaillant ce que l’œuvre civilisatrice des blancs a "apporté" au mode de vie indien.

Avant que nos frères blancs viennent nous civiliser, on n’avait aucune prison. Par conséquent, il n’y avait aucun délinquant.
Nous n’avions pas de clés ni de serrures, donc il n’y avait pas de voleurs.
Quand quelqu’un était trop pauvre pour s’offrir un cheval, une couverture ou une tente, il pouvait recevoir cela comme cadeau.
Nous n’étions tellement pas civilisés que nous n’accordions pas une telle importance à la propriété privée.
Nous voulions posséder des choses pour donner aux autres, s’entraider.
Nous n’avions pas d’argent, pour cette raison, la valeur d’un Homme ne pouvait être déterminée selon sa richesse.
Nous n’avions aucune loi (écrite), aucun avocat (ou procureur), aucun politicien, Par conséquent nous n’étions pas capable de tricher ou d’escroquer autrui.
Nous suivions vraiment une mauvaise voie avant que les hommes blancs viennent, et je ne saurais vraiment pas expliquer comment nous nous y prenions pour nous en sortir sans ces choses fondamentales (c’est ce que nos frères blancs nous ont dit) qui sont absolument nécessaires pour une société civilisée.

Le bouddhisme, une voie d’optimisme F

Emission Sagesses Bouddhistes France 2

Dimanche 17 mars 2019

Invitée : Marie-Stella Boussemart
Réalisation : Claude Darmon
Présentation : Sandrine Colombo

Aujourd’hui, l'émission Sagesses Bouddhistes se penche sur la dimension optimiste des enseignements du Bouddha, car contrairement à bien des idées reçues, son message clé réside dans le fait que tout être a le potentiel de progresser, de changer, de s’entraîner et d’accéder au bonheur qu’il recherche.


vendredi 1 janvier 2021

Meilleurs vœux

 ... pour une meilleure année !...

 

Avec Grégoire, qui exprime parfaitement mes souhaits





 

lundi 28 décembre 2020

Dagpo Datsang réimplanté à Kais

 Sangha Colibris

Dagpo Dratsang, un monastère tibétain en Inde 

1re partie : L’histoire Sagesses Bouddhistes présente aujourd’hui la première partie du très beau documentaire consacré au Monastère tibétain Dagpo Dratsang en Inde, à Kaïs, dans la vallée de Kulu. Ce vaste et très animé monastère, inauguré en 2005, fut souhaité et fondé par le vénérable Dagpo Rimpoché, éminemment respecté, qui vit en France depuis 1960 et enseigne tant en France que dans toute l’Europe. Partons à la découverte du Monastère Dagpo Dratsang.

2e partie : Pérennité de la tradition Sagesses Bouddhistes vous invite à la seconde partie du très beau documentaire de Christian Fienga, consacré au Monastère Dagpo Dratsang réimplanté en Inde, à l’initiative du Vénérable Dagpo Rimpoché, en particulier les locaux inaugurés à Kais en 2005. 

Dans ce vaste lieu très coloré et animé, comment les moines, les enseignants, les maîtres et disciples assurent-ils la pérennité de la tradition bouddhiste tibétaine, tout en s’adaptant au monde contemporain ? Réponses dans cette seconde partie.

Réalisation : Claude Darmon 

Présentation : Aurélie Godefroy  

 

 

 


 

Complément d'information

* Un "monastère" est une communauté de moines ou moniales, c'est-à-dire de personnes.

* Le monastère Dagpo Datsang (ou Dagpo Shedrup Ling, ou Lamrim Dratsang) a été fondé au 15ème siècle dans la région du Dagpo (sud-est du Tibet), par Djé Lodrö Ténpa (1402-1478), qui était un disciple de Djé Tsongkhapa, et lui a plus tard succédé à la tête des guélougpa, quand il a été choisi comme 7ème Ganden Tripa, abbé suprême de Ganden.


* La fondation de Dagpo Datsang est la concrétisation de la mission confiée par Djé Tsongkhpa à Djé Lodrö Ténpa : maintenir et diffuser l'enseignement du lamrim : les étapes de la voie qui aboutit et culmine en l'état de Bouddha. Il est en outre un monastère philosophique réputé.

 

* Avant 1959, Dagpo Datsang comptait environ 600 moines.
 

* Depuis 1959

** Au Tibet

Les moines restés au pays (la grande majorité) ont été persécutés, rendus de force à la vie laïque ou emprisonnés et astreints aux travaux forcés. Lors de la Révolution culturelle, les bâtiments ont été rasés.

Plus récemment, un petit groupe de moines a reconstitué une communauté et reconstruit un temple à proximité de l'ancien. Les chiffres actuels sont fluctuants, en fonction de la situation politique, peut-être entre 20 et 30 moines.


** En exil

Seulement un quinzaine de moines de Dagpo Datsang ont quitté le Tibet en 1959, puis quelques-uns depuis les années 80.  

Le plus influent et plus connu est le Vénérable Dagpo Rinpoche, qui est arrivé en France dès 1960, à l'invitation d'universitaires. Il n'a jamais cessé d'aider ses confrères de tous les moyens possibles.


Dans les années 1970, quelques moines ont recréé un embryon de communauté à Bomdila, au nord-est de l'Inde, mais c'est une région frontalière, d'accès très restreint pour des raisons politiques.

En 1981, la communauté s'est transplantée à Mainpat, mais l'accès s'y est avéré également très difficile, et en outre le site est insalubre (paludisme).


Un nouveau lieu d'implantation a donc été recherché, et en 2005 le nouveau complexe de bâtiment présenté dans le documentaire a été inauguré en présence de S S le Dalaï Lama, qui pour des raisons historiques (le 2ème Dalaï Lama exerça ce rôle jadis), a accepté le titre - honorifique - d'abbé. Dans les faits, la charge est assurée par le Vénérable Lochen Rinpoche, sorti du Tibet en 1987 (après avoir survécu à des années de travaux forcés dans son pays).


samedi 26 décembre 2020

La Guirlande des valeurs humaines de Dromtönpa (1005-1064)

Ô toi, le premier d’entre nous, les fils du septentrion !
Ayant voyagé par monts et par vaux, j’en ai vu,
Et j’en ai tant entendu.
Aussi mes propos font-ils mouche.

Est réputé sagace celui qui distingue le vrai du faux comme le front de la nuque.
En quelque lieu ou direction que tu te rendes,
En quelque site ou logis que tu t’établisses,
Avec qui que tu entres en relations ou que tu te trouves,
Se mettre en harmonie avec les autres constitue la base des valeurs humaines.
Ecoute l’avis que je vais là-dessus exposer.
Ecoute l’analyse des faits et gestes que je vais mener.
Ecoute l’instruction, qui apaise dieux et nagas, que je vais délivrer.
D’entre les valeurs, excellentes sont ces profondes valeurs humaines.

A l’intention de qui que tu te donnes du mal,
Ne t’en targue point et ne maugrée guère.
Quoi que tu entreprennes ou accomplisses,
Conforme-toi aux usages.
Pour nombreuses que soient tes qualités,
Ne rabaisse guère les autres ni ne les dédaigne.
Même si intense est ton attachement envers tes possessions,
Ne prends guère de privautés avec les biens d’autrui.
Si doué que tu sois en actes, moyens ou desseins,
N’enfreins guère la règle générale.
Alors même qu’il s’agit de biens acquis par toi-même,
Dissimule-les en public et n’en fais guère étalage.
Même si tu es considéré par tous comme un homme de bien,
N’aie guère cet orgueil qu’est l’infatuation.
Même si tu es infiniment supérieur à tous,
Dissipe le moindre sentiment de supériorité.
Alors même que tu es sollicité en tant que guide spirituel,
N’aie guère de dédain pour quiconque, lettré ou inculte.
Même s’il n’est personne qui te soit supérieur,
Mets-toi tout en bas et rends-toi accessible.
Pour exécrable que soit le chef d’aucuns,
Avec déférence rends salut pour salut.
Sitôt qu’apparaîtrait quelqu’un qui serait ton égal,
Accorde-lui la place d’honneur et traite-le avec respect.
A qui demande l’enseignement, qu’il soit lépreux ou mendiant,
Expose abondamment les instructions, et ce au milieu de tous.
Et si c’était pour te déprécier ou encore te tester,
Soigne ton discours, exceptionnellement sublime.
Même si offrandes et services dévoués t’échoient justement,
N’y prête pas attention et mets tout le monde à égalité.
Dès lors qu’il conviendrait de garder le secret,
Demeure silencieux comme si tu étais muet.

Ceci était un exposé rudimentaire des généralités.
Comme je vais encore ouvrir mon cœur, veuille écouter.
Chercher une entente avec les ennemis est plus profond.
Taire à son fils ce qui est confidentiel est plus sûr.
Garder ses prières dans sa gorge est plus pieux.
Celer les torts de part et d’autre est plus sage.
Creuser ses propres fautes est plus sage.
Ne pas faire état des erreurs d’autrui est mieux.
Avec cœur prendre soin de ceux qui s’en remettent à vous est le plus remarquable.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille encore écouter.
Dès la première rencontre parler à cœur ouvert est une erreur.
Sans vérification, accorder sa confiance est une erreur.
Si l’on s’est trompé en vérifiant, continuer est une erreur.
Charger de tâches des gens sans scrupules est une erreur.
Faire communauté de biens avec des gens qui ne vous aiment pas est une erreur.
Prendre pour disciple quelqu’un alors qu’il est dénué de foi est une erreur.
Considérer comme maître quelqu’un alors qu’il est dénué de compassion est une erreur.
Prendre pour ami quelqu’un d’infidèle et sans honte est une erreur.
Prodiguer des conseils à qui n’écoute pas est une erreur.
Solliciter un avis clairvoyant à qui ne sait pas est une erreur.
Une fois qu’on sait que ce sont des erreurs, si l’on ne s’en garde pas encore,
Alors on doit savoir que l’on est insensé.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Au moment de consommer le repas, tout le monde est de bonne composition ;
Après trois jours passés ensemble, nombreux sont ceux qui démasquent leurs défauts.
Proches ou inconnus, si, sans attendre que se soit écoulé un an,
On leur confie des tâches, on s’en repent promptement.
Faire état des défauts qui nous apparaissent en autrui est déplorable.
Rien que d’y penser est perturbant.
En parler à deux est dévastateur.
Qu’on en parle à trois, et le vent propage la rumeur.
Si on ne l’énonce pas et que ça se dissipe dans le vide, c’est mieux avisé.
Si, par divers moyens, on comprend ce que sont les impairs sur le plan oral, il y a de quoi rire.
Si on s’abandonne aux doutes, les démons sont ravis.
Si on prend un fléau pour un ami, c’est la plus grande erreur qui soit.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
N’aie pas trop d’attachement pour la nourriture ; fais-en don.
N’aie pas trop d’avarice envers les possessions ; fais-en offrande.
Ne change pas trop de physionomie ; sois souriant.
Ne lèse pas trop les ennemis tout en favorisant les amis ; cultive une complète égalité.
N’encense pas trop ton entourage ; garde cela en ton for intérieur.
Ne jette pas trop l’anathème promptement ; mets habilement à l’écart.
Ne fais pas trop de promesses à quiconque ; tiens-les.
Ne donne à personne de mauvais conseils ; prodigues-en de bons.
Si tu as failli, ne te laisse pas écraser par le regret ; garde-toi de recommencer.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Se plaindre revient à héler les ennemis ; mets-y vraiment fin.
Les activités multiples commandent les ennuis ; mets-y vraiment fin.
Abondance d’idées perturbe les desseins ; mets-y vraiment fin.
Un mauvais caractère, c’est comme un rassemblement d’ennemis ; mets-y vraiment fin.
Les chimères et autres superstitions sont une halle aux démons ; mets-y vraiment fin.
Un mauvais entourage est source de discrédit ; mets-y vraiment fin.
Les mauvais amis sont causes de regrets ; mets-y vraiment fin.
Les mauvaises contrées sont des spirales de maux ; mets-y vraiment fin.
Les affaires du monde sont des entraves aux pieds ; mets-y vraiment fin.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Quand les cinq dégradations des temps de dégénérescence prennent de l’ampleur,
Le démon qui fait obstruction à tous les pratiquants, c’est d’avoir de l’attachement pour les uns et de l’aversion pour les autres.
Où que tu ailles, modère la partialité.
Quoi que tu fasses, mets-toi au dernier rang.
Les plaines du lointain Népal sont de climat chaud.
Prends garde à ce que tu y boiras pour te désaltérer.
Lateu, dans le sud, abrite des créatures redoutables ;
Prends garde aux maléfices haineux.
A Nyangchab, dans le nord, les commérages vont bon train,
Prends garde aux interminables bavardages.
Au Tibet, le Royaume des morts, il n’est ni honte, ni fidélité ;
Agacé, prends garde à la colère.
De nos jours, les gens sont inconstants ;
Prends garde aux beaux parleurs.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Ne perds pas tes espoirs et ta confiance en la déité tutélaire,
Mais n’attends pas grand chose des hommes en ces temps funestes.
Ne lésine pas tes scrupules ni ta fidélité envers tes compagnons.
Qu’ils agissent bien ou mal, fais peu de remarques.
Ne remets pas à plus tard les « blanches » activités [ bénéfiques ],
Mais engage-toi dans la pratique de l’excellente voie.
Ne recherche point trop la facilité dans toutes tes entreprises,
Mais, par les trois portes [corps, parole, esprit], fais preuve de respect envers tes maîtres.
En résumé, érige en couronnes tous les grands de ce monde.
Prends soin des humbles comme pour les préserver du fil de l’épée.
Sois de compagnie cordiale avec les égaux, comme les bœufs d’un même attelage.
En toute activité, n’aie guère d’attente personnelle.
En toute entreprise, privilégie le bien collectif.

Les conseils que je t’ai ainsi dispensés,
Ne les regarde pas comme l’oiseau sa coquille.
Transcris en landza* ces excellentes paroles,
Et dans la solitude contemples-en le grandiose spectacle.
Si tu parviens à les appliquer, tout te réussira.

De ce jour et au fil de toutes nos vies,
Puissions-nous œuvrer ensemble afin de guider les êtres jusqu’au bonheur.
Reprenons avec allégresse les prières mêmes
Que formula Samanthabhadra.»

(landza : écriture népalaise)

jeudi 24 décembre 2020

Meilleurs vœux

 En ce soir de Noël, revoici La Prière de Saint François, 
qui me semble exprimer à merveille l'idéal du bodhisattva :

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l'amour.
Là où est l'offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l'union.
Là où est l'erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l'espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant à
être consolé qu'à consoler,
à être compris qu'à comprendre,
à être aimé qu'à aimer.

Car c'est en se donnant qu'on reçoit,
c'est en s'oubliant qu'on se retrouve,
c'est en pardonnant qu'on est pardonné,
c'est en mourant qu'on ressuscite à l'éternelle vie.

Vœux du Vén Dagpo Rinpoche

 Messages de voeux pour Noël et le jour de l'an. Enregistrement du 24 décembre, à Veneux-Les Sablons.

 


 

lundi 21 décembre 2020

Les études dans un monastère philosophique 2

Survol non exhaustif du programme
 
* bsdus grva བསྡུས་གྲྭ
Avant d'aborder l'étude des 5 grands domaines au travers des traités composés par des pandits indiens, les Tibétains qui entament l'étude de la philosophie étudient les bases dans des classes appelées bsdus grva བསྡུས་གྲྭ : "classes qui condensent" (tous les sujets à approfondir par la suite).
Le nombre d'années consacrées à l'acquisition de cette vue d'ensemble varie de 3 à 5 ans selon les monastères :
 
bsdus chung : classe inférieure
Grandes classifications générales ; définitions des termes principaux.

- bs
dus 'bring : classe médiane
Étude du blo rig : l'esprit et les perceptions

-
bsdus che : classe supérieure
Étude du rtags rigs : étude des raisonnements et démonstrations (syllogismes, etc.) 

* grub mtha' : les 4 systèmes philosophiques
 
* sa lam : les terres et les chemins (selon les sutras), menant à la libération et à l'éveil.
 
* bsam gzugs : les dhyana et samapatti - sphères de concentration des mondes de la forme et du sans-forme.
 
° tshad ma, en sanskrit pramana
L'étude de la logique - pramana - se fait en parallèle avec les 4 autres domaines, et non dans des classes dédiées.
 
° phar phyin, en sanskrit paramita :  
 
* don bdun bcu : 70 points traités dans L'Abhisamayalamkara (commentaire du Sutra de la sagesse), répartis en sagesses de la base, sagesses de la voie, sagesses liées à l'omniscience.
 
- skabs dang po : 1er chapitre de L'Abhisamayalamkara
 
- skabs bzhi pa : 4ème chapitre de L'Abhisamayalamkara 

- skabs brgyad pa : 8ème chapitre de L'Abhisamayalamkara
 
- rten 'brel : l'interdépendance 

- dge 'dun nyi shu : les 20 sanghas

- kun gzhi : l'alayavijnana - la conscience tréfonds

- drang nges : sens à interpréter / sens certain
 
° dbu ma, en sanskrit madhyamika 
 
° mdzod,  en sanskrit abhidharma

° 'dul ba, en sanskrit vinaya