vendredi 26 octobre 2007

De la normalité

Autrefois, en Inde - ou ailleurs, peu importe - vivaient en paix un roi et son peuple. Il advint que la fontaine à laquelle les sujets s'alimentaient fut empoisonnée par une substance telle que quiconque buvait de cette eau était promptement atteint de folie. Le roi quant à lui avait le privilège d'une source personnelle aux eaux limpides et (surtout) pures.

Que croyez-vous qu'il arriva ?

Le roi, qui était le seul personnage du royaume à être demeuré sain d'esprit, fut déclaré ... fou par ses compatriotes !

Plan de vie

Un geshe tibétain décrivit de la sorte le cheminement spirituel :
"Au début, le lama est un lama. Ensuite, le lama, ce sont les textes. Enfin, le lama, c'est notre esprit !"

Impossible de pratiquer le bouddhisme sans Maître. Paradoxalement, celui-ci fera tout pour rendre son élève autonome. Mais contrairement à la relation filiale, ici, il n'est en aucun cas question de prendre son autonomie "en se séparant" ou "en se détachant" de l'éducateur. Au contraire, plus la relation devient proche et mieux c'est. La relation spirituelle s'entend, qui n'exige pas une proximité spatiale. Et qui dépasse les frontières du temp. Je suis toujours étonnée pour ne pas dire choquée quand j'entends utiliser l'expression "son/mon ancien Maître" sous prétexte que ledit Maître aurait transmigré : il n'en reste pas moins le Guide que l'on s'est choisi et que l'on a décidé de suivre, toute sa vie - toutes ses vies même.

Peu de temps avant de quitter un corps désormais trop usé, le Père des kadampa, Dromtönpa, aurait ainsi réconforté ses disciples éplorés : "Ne pleurez pas. Et quand je ne serai plus présent parmi vous, prenez le Tripitaka comme maître."
Le Tripitaka ? Eh bien, c'est ce qu'on dénomme en français "les Trois Corbeilles", à savoir les Enseignements du Bouddha, répartis par thèmes en trois collections : les sutra, le vinaya et l'abhidharma.

Ainsi, dès lors que l'on suit correctement un maître (humain), il importerait d'apprendre à le retrouver dans les enseignements (transcrits dans les textes), et finalement en soi-même, c'est-à-dire en son propre esprit : en réalisant l'état de Bouddha, on réalise aussi la nature du Maître. Le Bouddha n'exhortait-il pas ses auditeurs à chercher en eux-mêmes protection et refuge, et à devenir leur propre maître ?

mardi 23 octobre 2007

Dagpo Datsang

De tous les monastères gelugpa non tantriques, c'est incontestablement le collège philosophique de Dagpo Datsang qui a l'organisation la plus proche de celle du collège tantrique de Gyudmed.

Egalement appelé Dvags-po bshad-grub-gling ou encore Lam-rim grva-tshang , ce collège a été fondé par Je Lodrö Tänpa (Blo-gros brtan-pa ; 1402-1478), originaire duTsang. Ce maître fut disciple de Jé Tsongkhapa qui le bénit en lui posant sur la tête son Grand Lamrim, et l'invita à établir un monastère dévolu à cet enseignement. C'est ce qu'il fit au Dagpo après avoir été abbé du collège Khupe à Sangphu et de Jangtse à Ganden.

Il reprit textuellement la règle conçue par Sherab Senge et adopta le rythme annuel itinérant : les moines de Dapo Datsang, jusqu'en 1959, ne résidaient au siège que durant la session d'automne. Ils passaient celle d'hiver à Or, près de Bamchös, celle de printemps à E et celle d'été à Chökhor Gyäl, fondé par le deuxième Dalaï-lama, qui fut abbé du collège et lui donna ses mélodies particulières.

Comme à Gyudmed, au Tibet les moines dormaient tous ensemble dans le temple, et les lam (sprul-sku) ne bénéficient de guère d'autres privilèges que de celui de devoir étudier plus encore pour ne pas décevoir les espoirs que l'on a mis en eux.

Les abbés sont nommés pour trois ans. Chaque année trois à six moines passent les examens terminaux en philosophie, devenant "geshe", ou plus exactement Dvags-po rab-'byams-pa, selon la terminologie du collège. En général ils quittent alors le collège et n'y reviennent que pour y être abbés, ou dispenser des enseignements. Ils ont le choix entre plusieurs possibilités : rentrer dans leur région ou leur monastère d'origine et y enseigner, se retirer dans un ermitage ou entrer à Gyudmed (exceptionnellement, autrefois, à Gyutö). Dagpo Datsang a ainsi fourni cinq abbés à Gyudmed et cinq Ganden Tripa à l'école : les 36ème, 38ème et 52ème par l'intermédiaire de Gyudmed, et les 35ème et 43ème par celui de Gyutö.

Pour en revenir au fondateur, en 1473, Je Lodrô Tänpa confia le collège à son disciple Nagwang Dagpa car lui-même accédait au trône de Ganden. On lui doit de nombreux ouvrages, à propos de pramāṇa et de quatre des traités de Maitreya.

Le monastère du Dagpo comptait environ sept cents moines en 1959, et un peu plus d'une centaine actuellement. Certains de ceux qui avaient réussi à trouver refuge en Inde se sont d'abord regroupés à Bomdila, mais c'est une région d'accès extrêmement restrictif, de sorte que la communauté ne pouvait ni se développer ni recevoir de maîtres extérieurs. En 1982, les moines ont donc déménagé à Mainpat où le Dalaï-lama leur cédait une résidence qui lui avait été offerte, quelques champs et deux vaches. Ils étaient, en 1996, une soixantaine dont vingt à vingt-cinq d'entre eux séjournaient à Mundgod~ pour étudier et débattre à Gomang où ils ont désormais une maison avec un temple et des cellules.

Depuis deux ans, la communauté est installée à Kaïs, dans la vallée de Kullu, après plusieurs années de durs travaux dirigés par l'un de leurs quatre Lama en exil, Lochen Rinpoche arrivé en 1987 après des années de travaux forcés au Tibet - c'est ainsi, sous la férule chinoise, qu'il est devenu menuisier et architecte !

Autrefois, à Bomdila, désormais à Kaïs, à Mainpat ou à Mundgod, les moines de Dagpo Datsang reçoivent l'aide tant matérielle que spirituelle d'un autre de leurs Lama, Dagpo Rinpoche ( Dvags-po rin-po-che Byams-pa rgya-mtsho), né en 1932 et installé en France depuis 1960, qui chaque année leur rend visite, prend connaissance des problèmes, prodigue des conseils, cherche des solutions et prodigue des enseignements.
Le troisième lama, Guru Rinpoche a réussi en 1996 les examens de geshe et est entré aussitôt à Gyudmed, où après avoir accompli la formation ès tantra, il a déjà assumé la fonction de maître de discipline : la tradition se perpétue en dépit des obstacles, et la communauté place beaucoup d'espoir en son quatrième sLama, Losang tenzin (âgé en 2007 de ving-cinq ans environ).

Jamyang Zhèpa Nagwang Tsöndru

'Jam-dbyangs bzhad-pa Ngag-dbang brtson-'grus* (1648-1721) fut l'un des plus grands philosophes tibétains. Auteur prolifique, il a laissé une quinzaine d'œuvres de référence qui continuent à être mémorisés et étudiés dans les monastères philosophiques, en particulier sGo-mang grva-tshang.

Le jeune Amdowa était venu à 21 ans dans le Centre, et était entré à sGo-mang dont l'abbé était alors Blo-gros rgya-mtsho, qui devint ensuite le 44ème dGa'-ldan khri-pa . Il fit aussi bientôt la connaissance de lCang-skya zhabs-drung Ngag-dbang blo-bzang chos-ldan, qui fut pour lui et un ami et un maître.
Dès qu'il eut achevé ses études philosophiques, en 1676, 'Jam-dbyangs bzhad-pa entra lors de la session de Zhogs Gur-smon à rGyud-smad, dont l'abbé était son maître respecté Blo-gros rgya- mtsho. Il y étudia et fit des retraites jusqu'en 1680.

Comme de nombreuses lignées étaient menacées de disparition, 'Jam-dbyangs bzhad-pa et lCang-skya se répartirent la tâche. Le second se rendit à dBen-sa et y recueillit toutes les instructions de la tradition orale de dBen-sa-pa (1505-1566) tandis que le premier recevait les lignages de Srad-rgyud du grand abbé dKon-mchog yar-'phel* (1602-1682) - qui était persuadé que son brillant disciple tant attendu était la réincarnation de son maître dKon-mchog rgya-mtsho.

Quand en 1682, Blo-gros rgya-mtsho fut intronisé dGa'-ldan khri-pa, 'Jam-dbyangs bzhad-pa le rejoignit et resta auprès de lui jusqu'à ce qu'il parte pour la Chine en 1685, recevant de lui à nouveau maints enseignements et initiations.

Pendant ensuite une vingtaine d'années, 'Jam-dbyangs bzhad-pa resta dans le Centre, se consacrant à son tour à la transmission de l'enseignement. Ainsi, en 1699, il conféra à la communauté de rGyud-smad les initiations de Guhyasamāja, Saṃvara et Vajrabhaïrava, et exposa le Lam-rim.

A 61 ans, en 1709, de retour en A-mdo, quand il fonda Bla-brang bkra-shis dkyil, il ne manqua pas de prévoir un collège tantrique (rgyud-pa grva-tshang) sur le modèle de sMad-rgyud. Il désigna d'abord comme abbé et vice-abbé du collège tantrique 'Dan-ma zhabs-drung et Kan-chen Blo-gros rgya-mtsho. Lorsqu'il le réorganisa en 1716 , après avoir nommé Blo-gsal vice-abbé et Phun-tshogs bstan-'dzin maître de chœur, lui-même assuma quelques temps la fonction d'abbé, et fit au chos-rva les enseignements magistraux, du 'Grel-pa bzhi sbrags, et les exposés de mémoire, des deux stages de Guhyasamāja notamment, puis il se fit remplacer par Blo-spal, assisté de Rab-'byams-pa Ngag-dbang qui n'avaient plus qu'à poursuivre son œuvre.

Une Règle empreinte de respect

La tradition du collège tantrique Gyudmed Datsang exige un langage "déférent et poétique" :
- déférent, c'est-à-dire que les termes honorifiques sont préférés aux mots ordinaires (dbu et non mgo, "tête ; phyag et non lag, "main", etc.).
- Le qualificatif "poétique" est en revanche trompeur. Il ne s'agit nullement de s'abandonner au lyrisme, mais de recourir à des techniques de la poétique, comme de s'exprimer d'abord à mots couverts (gab-tshig) ou par allusions (dgar-tshig), pour redresser les fautes commises par les moines, à condition qu'elles ne soient pas trop graves.
Supposons que l'un ou l'autre ait ouvert ou fermé le rideau à contretemps, ou qu'il ait pénétré chaussé dans le temple, ou que - distrait ou somnolent - il ait laissé tomber son bol ou un instrument de musique, notamment un jour de cérémonie importante comme une grande auto-initiation de Guhyasamāja.
Il est du devoir des supérieurs de le reprendre mais, la première fois, à mots couverts : si le contrevenant est un ancien, ils évoquent "quelqu'un parmi les jeunes" ; s'il est assis en début de rangée, il est décrit comme se trouvant à l'extrémité, et ainsi de suite ; le but est que seule la personne concernée puisse comprendre qu'il s'agit d'elle et qu'elle fasse amende honorable.
Si elle néglige de le faire, une deuxième fois les supérieurs font allusion à son infraction de sorte que ses voisins de travée et les membres de sa section locale (thab-tshang gcig-pa, "du même foyer") puisse la reconnaître, mais pas les autres.
Si le fautif présente des excuses après la première ou la deuxième remontrance, l'affaire en reste là.

Pourquoi procéder de la sorte au lieu de le convoquer directement ?
Parce que le bouddhisme prône la compassion et que, par ailleurs, on considère que le contrevenant n'a pas mal agi délibérément, mais sous le coup d'un obstacle. Par conséquent, les deux premières interventions des supérieurs visent à l'aider, et non à le punir, mais si elles restent lettre morte, il s'ensuit une troisième, où ils le morigènent sans plus de détours et prononcent, presque toujours, son renvoi. Les infractions les plus graves entraînent quant à elles l'exclusion immédiate et sans appel : alcool, vol (qu'il soit minime ou important), tabac à chiquer ou à priser, bagarre.

samedi 20 octobre 2007

Enseigner par l'exemple

L'un des tout premiers lama tibétains à être venus en France après les évènements de 1959 était un "abbé retiré du collège tantrique de Gyudmed et s'appelait Geshe Nagwang Legden (1899 -1971). Il était l'un des maîtres de Dagpo Rinpoche, arrivé quant à lui dès 1960 dans notre beau pays et avait répondu à son invitation, pour diriger une petite communauté que Rinpoche essayait de mettre sur pied dans l'Yonne.

Né à Shangpa dans le Tsang, c'est à Drepung, et plus précisément au collège de Gomang que le futur abbé effectue sa formation. Ses deux professeurs principaux sont Mongols : Öser Dorje et Jamyang Chöphel. Ce dernier a été maître de discipline à Gyudmed Datsang et quand plus tard il retournera en Mongolie, il deviendra le supérieur de Padkar Chöling.

Le jeune Nagwang Legden se distingue rapidement par sa brillante intelligence et son éloquence intarissable, ; il est particulièrement bon en pramāṇa (logique) et forme à son tour un grand nombre de disciples. Il obtient bientôt le grade de geshe lharampa, "geshe de Lhasa", le titre le plus prestigieux pour lequel les examens finaux se déroulaient au grand temple du Jokhang devant des milliers et des milliers de moines lettrés, lesquels avaient le droit d'intervenir durant les débats qui abordaient successivement les cinq grands domaines.

Le nouveau geshe entre à Gyudmed Datsang pour approfondir sa connaissance des tantra et il y gravit tous les échelons de la hiérarchie. Il est déjà abbé retiré lors de l'exil en 1959 et il prend une part active au départ du Dalaï-Lama, en collaboration avec le grand chambellan Phala, le ministre Zurkhangpa et l'abbé de Sera Med, Nagwang Dagpa. Avec ce dernier, il part même en avant-garde pour effectuer les préparatifs nécessaires.

En Inde, après avoir été abbé remplaçant (mkhan-tshab) à Gomang Datsang, il assure cette même fonction un an durant à Gyudmed Datsang, à Dalhaousie, puis regagne le camp de Buxa (Bengale) où il dispense à nouveau de précieux enseignements aux cinquante moines rescapés de Gomang (cinquante sur les milliers de moines que comptaient le collège au Tibet !). A la demande du gouvernement en exil, il parcourt ensuite les camps de réfugiés tibétains pour y prodiguer encouragements et conseils, y compris à la troupe de théâtre (zlos-gar) constituée à Dharamsala...

Gyudmed Khenzur Rinpoche accepte ensuite l'invitation de son disciple, Dagpo Rinpoche, et arrive en France en novembre 1964. Il dispense des enseignements aux membre de la communauté établie dans l'Yonne, mais aussi à une vingtaine d'enfants tibétains venus étudier à Lyon, et aux réfugiés acceptés par la Suisse. Bien que déjà relativement âgé, il conserve son dynamisme et se met à étudier le français, témoignant la plus grande déférence à la dame qui lui sert de professeur : il se porte dehors à sa rencontre, lui sert le thé avec les gestes les plus respectueux . autrement dit il se comporte en disciple empressé. Elève studieux, il retient aisément les règles de grammaire française, mais a bien du mal avec la prononciation. Il faut dire qu'il n'a plus guère de dents ...

C'est à cette époque que l'évêque local vient très aimablement rendre une visite de courtoisie aux moines tibétains. Il a pris soin de se renseigner et quand il est reçu par l'assistant de Rinpoche, Geshelags (Geshe Thupten Phuntsog), il évoque devant lui "le grand véhicule". Mais son interlocuteur ne maîtrise pas encore la langue de Molière et répond : "Non, non, petit, tout petit véhicule...", car il pense à la voiture - une deux-chevaux - mise à leur disposition par une amie...

En août 1968, l'Abbé accède à la requête d'un autre de ses disciples, mongol, Sogpo Wangyäl, et s'installe à New-York, où il finit ses jours en formant de nouveaux élèves, cette fois américains, dont Jeffrey Hopkins. Toujours par souci d'intégration, il s'est derechef mis à l'anglais...
Ajoutons que ses maîtres principaux étaient Khangsar Dorjechang, Kyabje Ling Dorjechang, Kyabje Trijang Dorjechang et Mochog Rinpoche.

Son intelligence n'avait d'égale que son ouverture. C'est lui qui, au Tibet, a organisé la première bibliothèque de prêt à Gomang Datsang, bientôt imité par les autres collèges. A Buxa, il ne se contentait pas de donner des cours de philosophie. Il essayait par tous les moyens de faire comprendre à ses compagnons d'exil les implications de leur nouvelle situation. Et pour les convaincre de la nécessité d'accepter le cours des choses et de s'adapter, eh bien ! il montrait l'exemple. On le retrouvait donc balayette à la main, en train de nettoyer les toilettes du camp - qui en avaient bien besoin ! Il n'hésitait pas davantage à donner un coup de balai si nécessaire, faisant fi de son rang et des privilèges afférents.

jeudi 18 octobre 2007

Des usages

Difficile de ne pas heurter la sensibilité d'autrui. Surtout quand on est issu de cultures différentes.

Prenons quelques exemples. Rien que dans le monde profane, d'un pays à l'autre, les règles de politesse varient énormément. Autant il est impoli chez nous (en France) de roter au cours d'un repas (et même en dehors, je crois), autant il est impoli en Chine ou au Japon de ne pas roter à la fin des repas : c'est signe qu'on s'est régalé et qu'on est rassasié.

Dans un autre domaine, celui des noms et termes d'adresse, les Tibétains évitent au maximum d'user des noms personnels : c'est ressenti comme abrupt et beaucoup trop familier. Ils ont donc mis au point toute une panoplie de termes d'adresse, et à défaut ils vont appeler leur interlocuteur "Père", "Mère", "Frère", "Soeur", "Fils" ou "Fille". De toute façon, dans l'optique de la réincarnation, ces termes sont parfaitement justifiés, puisque nous avons eu toutes les relations possibles et imaginables avec tout un chacun.

Si vous avez regardé d'un peu près les "noms" des lama tibétains, vous aurez remarqué qu'en général ce sont non pas leurs noms personnels (qui demeurent inconnus du commun des mortels), mais des noms de lieu qu'on fait suivre de "Rimpoche" (ce qui signifie "gemme", ou encore "précieux", comme le savent les lecteurs de Tintin). C'est le même genre de système que quand on parle du Duc d'Anjou ou du Comte de Bourgogne, etc. Les lama portent alors le nom de la région d'origine ou du monastère du personnage auquel remonte la lignée dans laquelle ils s'inscrivent.

En société tibétaine, on peut donc impunément prononcer le nom des lama, puisque ce sont plutôt des titres ? Eh bien ! non. C'est terriblement impoli. Surtout s'il s'agit de notre propre Maître. Il faut s'en tenir aux termes d'adresse, sans aucune indication de nom : Rimpoche, Geshelags, Genlags,Kousho, selon le statut du maître et les liens que l'on a avec lui.

En fait, en tant que disciple, il ne faut prononcer le nom de son Maître que quand c'est absolument nécessaire, et avec des marques de respect.

Concernant les maîtres de nos interlocuteurs, l'usage est de reprendre à notre compte le terme que ceux-ci ont utilisé pour nous parler d'eux. En aucun cas, il ne convient d'évoquer leur maître crûment, avec son seul nom, sans ajouter le moindre mot de politesse : ce serait le comble de la grossièreté.

Or, en Occident, surtout de nos jours, on trouve de bon ton d'employer directement le nom de quelqu'un. "C'est plus sympathique.", avance-t-on. Et comme la syntaxe tibétaine est inversée par rapport à la nôtre, beaucoup de gens décomposent les noms des lama en prénom + nom.
En francisant, supposons qu'un lama soit dénommé "Aquitaine Rimpoché". Pour beaucoup de Français, Aquitaine sera son prénom et Rimpoché son nom. Du coup, s'ils se sentent proches de lui, ils vont l'appeler "Aquitaine". Et commettre un impair.
Il est probable que le lama, dans son infinie compassion, ne leur en tiendra pas rigueur, mais l'entourage dudit lama peut se montrer plus sensible et moins indulgent

J'avoue que, quand on parle devant moi de Rimpoché mais sans justement utiliser le terme de Rimpoche, seulement son "nom" (en réalité, le nom de la région où est situé le monastère auquel il est affilié, Dagpo Datsang), je me sens blessée, et je suis très peu réceptive aux propos qui suivent. Je sais que c'est stupide de ma part, car le "gaffeur" n'est tout simplement pas au courant. De là ce petit article explicatif. Pour ménager ma sensiblilité...

Complexité de l'éthique

L'éthique constitue le fondement de la pratique bouddhiste, et l'éthique de base suppose de s'abstenir des "dix non-vertus" : 3 physiques (tuer, voler, se livrer à des inconduites sexuelles) ; 4 orales (énoncer des mensonges, des paroles de discorde, des propos blessants, des propos futiles) ; 3 mentales (convoitise, malveillance, vues fausses).

Cela a l'air simple. Ce n'est qu'une apparence, car dès que l'on tente d'appliquer, on a du mal à démêler le vrai du faux, le bien du mal.

Prenons l'exemple des "propos futiles". A ce propos, je vois souvent utilisée l'expression "bavardages inutiles".
A moi, le terme "bavardage" évoque l'idée de conversation, activité qui requiert au moins deux personnes. Or, pour commettre la non-vertu orale des "propos futiles", on n'a nullement besoin de compagnie ! Dès lors que l'on émet des paroles qui ne sont pas indispensables, l'affaire est dans le sac, si j'ose dire. Par conséquent, quand on parle tout seul, ou que l'on chantonne sous la douche, il se peut qu'il s'agisse de cette non-vertu. Pas toujours. Pour le déterminer, le critère est celui déjà indiqué, de l'utilité. Si on parle ou chante tout seul pour se réconforter, parce qu'on a peur ou qu'on est triste, il y a utilité. En revanche, si on le fait par attachement, par distraction, etc., je suis désolée, mais si, c'est la non-vertu.

Par ailleurs, la formulation "propos futiles" est à peine plus explicite que "bavardages inutiles", car bien qu'il soit question d'une non-vertu classée "orale", elle englobe ... les lectures inutiles. Et moi qui ai passé des jours et des nuits à dévorer des romans...
C'est que, selon l'analyse bouddhiste, l'écrit n'est jamais que la transcription de l'oral, et il ne faut pas confondre la graphie (qui relève de la forme) et le mot lui-même (qui est son).

Maintenant, à votre avis, quand nous écoutons la radio ou regardons (et a priori écoutons) la télévision, un film, etc., peut-il s'agir ou non de cette même non-vertu des "propos futiles" ?

mardi 16 octobre 2007

Mode d'emploi, S.V.P.

Si vous êtes des bouddhistes confirmés de longue date, et que vous ayez affaire à des débutants complets, s'il vous plaît, soyez PRECIS et expliquez TOUT.

Pour nous qui sommes nés dans des pays de culture non bouddhiste, ce qui est évident pour un Tibétain ou un Japonais ne l'est nullement en ce qui nous concerne. Le moindre geste, il nous faut l'apprendre, par exemple comment joindre les mains (et en plus, il y a plusieurs versions, même pour ça) ; comment faire des prosternations ou comment réciter des mantra avec l'aide d'un mala (un rosaire).

Pas facile de se comprendre. Et c'est incroyable les idées qu'on peut se faire. Sur des détails tout simples.

Pour prendre un exemple, lorsqu'à l'issue du tout premier enseignement bouddhiste que j'ai écouté en cette vie, le Maître nous a transmis le mantra d'Avalokiteshvara, le fameux "Om mani padmé houm" connu des Tibétains dès le berceau, il nous a conseillé de le répéter désormais le plus souvent possible - jusque là, pas de problème. Les choses se sont corsées quand il a poursuivi sa phrase en recommandant de compter les mantra en égrenant un mala.

Or, à l'époque (1974), en France, un rosaire bouddhiste, c'était introuvable en magasin. Peut-être à prix d'or chez un antiquaire, mais...
Eh bien, vous ne me croirez sans doute pas, mais je n'ai pas osé dire de mantra tant que je ne me suis pas procuré de mala, soit plusieurs semaines plus tard. Et encore, cela a été relativement rapide car j'ai eu la chance de me rendre au Japon quasiment au sortir de l'Enseignement. C'est donc dans un magnifique temple zen de Kyoto que j'ai acquis mon premier rosaire. Avec une joie mêlée d'un immense soulagement.

Stupide, me direz-vous. Premièrement, on peut tout à fait énoncer des mantra sans égrener un mala. Deuxièmement, n'importe qui peut se confectionner un rosaire avec 108 ou 110 "perles" en plastique, en bois ou autre, et une cordelette assez fine - toutes les petites filles ont joué à ça de par chez nous.

Oui, mais encore faut-il être au courant.
Tout cela pour dire qu'on n'est jamais assez précis. Et que, quand on est dans le rôle de débutant, il vaudrait mieux ne pas hésiter à poser plein de questions. Sur tout. Même si on a l'impression d'avoir compris.

Frissons mystiques

L'intérêt de vieillir, en âge et en "expérience" est que l'on devient un peu plus réaliste, par la force des choses.

Si on me demande ce que m'a principalement apporté le bouddhisme, j'hésiterai entre deux réponses : 1. grâce à lui, je me sens indéniablement plus heureuse qu'auparavant ; 2. grâce à lui, j'ai perdu pas mal d'illusions sur moi-même et j'ai dû me résigner à admettre que je suis tout, sauf parfaite. Assez étonnamment, c'est un grand soulagement : du coup, je me donne le droit à l'erreur.

Bouddhiste, oui. Bouddha, eh bien, à ce jour, oh que non, et pour un temps certain encore.

Dans mes débuts laborieux, nourrie que j'étais de la lecture de biographies de grands maîtres et pratiquants du passé, je guettais les signes annonciateurs de progrès, voire de réalisations. On est ambitieux quand on est jeune, c'est bien naturel.

Tenez, ce soir là, à Paris, nous étions une petite quarantaine réunis aux pieds de l'un de nos Maîtres tibétains - Geshe Rabten - pour recevoir de sa part un "jenang" (rjes gnang), disons pour simplifier une initiation ou plus exactement dans notre cas (débutants complets) une bénédiction.
Gen Rinpoche avait médité et invoquait pour nous trois Bouddhas qui sont réputés comme particulièrement puissants pour contrer les obstacles. Bouddhistes fraîchement émoulus, nous étions attentifs et fervents, mais pour être francs, nous étions quelque peu dépassés par le sujet. En tout cas, nous étions pleins d'espoirs et d'attentes.

A un moment, mon regard croise celui de ma voisine - nous étions inséparables ici comme en fac - : mais oui, ça y était. Tous les symptômes étaient présents. Enfin ! enfin ! Comme jadis Milarepa rencontrant Marpa, ou comme Dromtönpa entendant pour la première fois fois le nom d'Atisha, nous avions une expérience mystique : sans conteste, nous avions la chair de poule. Tous nos poils se dressaient sur notre peau, et nous étions prises de frissons.

Quelques secondes durant, nous avons rêvé ainsi au comble de la félicité. Puis nous avons eu du mal à étouffer notre éclat de rire, car il ne fallait pas troubler l'assistance : nous venions de nous rendre compte que ... nous étions en plein courant d'air. Adieu, veau, vache et réalisation.

lundi 15 octobre 2007

Fortuné, mais pas riche

Si vous vous intéressez au bouddhisme tel que pratiqué au tibet, vous connaissez probablement le nom du grand yogi Milarepa. Peut-être même avez-vous lu le récit de sa vie. En ce cas, vous aurez retenu que si Jetsun Milarepa fut riche en dons divers (dont celui de faire tomber la grêle sur les importuns...) puis en réalisations spirituelles, sur le plan matériel, il vécut dans un dénuement qui aurait été insupportable pour n'importe qui d'autre.

Mais fut-il un exemple unique dans l'histoire du boudhisme ?
Oh que non.

En Inde, les siddha (personnages d'un très haut niveau spirituel) vivaient en général de rien, et passaient pour des vagabonds inquiétants aux yeux des "gens bien".

Au Tibet, eh bien, on pourrait citer Ensapa, dépositaire de la lignée orale des gelugpa, dont on dit qu'il atteignit l'état de Bouddha en une vie.

A date plus récente, les deux Tuteurs de Sa Sainteté le Dalaï Lama ne roulaient pas sur l'or dans leur jeunesse, c'est le moins qu'on puisse dire. Au collège de Loseling, Ling Rinpoche était le plus mal attifé de tous les lama, et peut-être de tous les moines, relate sa biographie. Quant à la pitance, c'était pour le moins frugal. Quand Ling Rinpoche devait assurer son rang lors d'un événement officiel, son intendant faisait la tournée des autres lamas pour emprunter le nécessaire.

De son côté, Kyabje Trijang Rinpoche rivalisait avec Jetsun Milarepa en ce qui concerne les déboires familiaux et la captation d'héritage après la mort du chef de famille. Mais lui n'utilisa jamais les sortilèges... A ce propos, bien des années plus tard, lorsque des siens disciples le mirent en garde contre des ennemis susceptibles de chercher à faire usage de sorts contre lui, il répondit paisiblement : "'Si ces gens sont à un niveau inférieur au mien, ils ne pourront pas m'atteindre. S'ils sont à un niveau égal ou supérieur au mien, ils ne feront jamais rien qui puisse nuire à qui que ce soit. Ne vous faites donc pas de souci."
Il n'empêche que les années de vache maigre avaient parfois été pénibles, comme il le racontait au cours de ses enseignements : "Depuis que j'assume des fonctions de professeur auprès de Kundun, les invitations à déjeuner affluent, et je suis obligé d'en refuser la plupart, sinon je passerai mes journées à manger. Autrefois, quand mon estomac criait famine et que j'aurais tant voulu être convié à faire des prière chez quelqu'un pour profiter au moins d'un en-cas, personne, absolument personne ne faisait appel à moi. Comme quoi le samsara est bel et bien de la nature de la souffrance..."

Le collège tantrique de Gyudmed

En 1432, Je Sherab Sengé fonde une communauté tantrique au monastère de Ganden. Il accomplit ainsi la mission que lui a confiée son Maître, Je Rimpoche (Je Tsongkhapa) 13 ou 14 ans auparavant : maintenir et diffuser le tantra souverain qu'est Guhyasamajatantra.La communauté établit son siège à Ganden mais adopte un mode de vie itinérant, à l'imitation des moines indiens d'antan, et jusqu'en 1959 effectue un circuit annuel d'un site sacré à un autre.

Bientôt, elle est connue sous le nom de rGyud smad Grva tshang (prononcer Gyudmed Datsang), ou en renversant l'ordre des syllabes, sMad rgyud (Medgyud), par comparaison à Gyutö Datsang (rGyud stod grva tshang) : respectivement le Collège tantrique du Bas (Lhasa) et le Collège tantrique du Haut (Lhasa). Vous aurez deviné que ces dénominations dérivent de l'implantation des temples dans la capitale du Pays de neiges.

Il se trouve que pour des raisons diverses, je me suis intéressée de près au collège de Gyudmed, au point de lui consacrer ma thèse de doctorat, dont voici un court extrait. Un peu rébarbatif, car écrit à la mode universitaire...

* * *

La communauté de sMad-rgyud comporte des "postulants" et des membres à part entière. Tous sont au strict minimum rab-tu byung-ba, (pravajita), c'est-à-dire des religieux, au sens de "personnes entrées en religion, qui ont renoncé au monde" ; ces clercs ont huit "voeux" (sdom-pa, saṃvara) à observer, dont les cinq fondamentaux. Ils deviennent ensuite dge-tshul (shrāmaṇera, 36 voeux) puis éventuellement dge-slong (bikshu, 253 voeux).

J'appelle ici "postulants" les religieux qui souhaitent devenir membres du collège mais n'ont pas encore passé ou réussi l'examen d'entrée. De fait, contrairement aux autres monastères où il suffit de remplir les critères requis par le vinaya (santé physique et mentale; moralité) pour être admis, les deux collèges tantriques dge-lugs-pa, rGyud-smad grva-tshang et rGyud-stod grva-tshang, n'acceptent que des candidats âgés d'au moins seize ans (en principe) et qui ont déjà un certain niveau de connaissances. Non seulement il faut déjà savoir lire et écrire, mais aussi avoir mémorisé des ouvrages de base (indiqués plus loin). Au Tibet, jusqu'en 1959, dès qu'on les avait assimilés, on pouvait se présenter à l'examen d'entrée. Aujourd'hui, en Inde, une probation de trois années a été instaurée, de manière à ce que le candidat vérifie sa vocation et que ses parrain et tuteur pressentis aient le temps de le connaître et d'évaluer ses affinités avec la communauté. En dehors de ce que requiert le vinaya, les principales qualités souhaitées sont la mémoire, la discipline et la propreté.

Les postulants sont d'âge variable, mais eu égard aux conditions à remplir, la plupart avaient et ont entre quinze et vingt-cinq ans environ. Aujourd'hui, il en est de plus jeunes, d'une douzaine d'années. Il arrive qu'il y ait des postulants un peu plus âgés mais il leur faut être vraiment déterminés vu les tâches qu'ils auront à effectuer, obligatoirement au pas de course, quand ils seront éventuellement admis comme nouveaux membres (phyag bde-ba, "aux mains agiles"!). Par ailleurs, un bla-ma rgyud-pa (moine de l'un des deux collèges tantriques dge-lugs-pa) devant mémoriser énormément de textes, il vaut mieux s'y être entraîné jeune, de même que pour apprendre les mélodies spécifiques aux collèges.

Sinon, le postulant peut ne jamais avoir été moine auparavant et être venu directement à sMad-rgyud, ou au contraire, il peut venir d'un autre monastère. En ce cas, il est appelé grva-rgyun ("moine de longue date"), et avant de l'accepter, on contrôle les raisons de son transfert : un moine expulsé de sa communauté d'origine, ou simplement fauteur de troubles, etc., n'est pas admissible. Notons que si le grva-rgyun était déjà dge-slong (bhikshu), c'est-à-dire avait déjà reçu l'ordination supérieure, il devra y renoncer à son admission, et donc rendre momentanément ses voeux de bhikshu : les nouveaux (phyag bde-ba) devant servir leurs aînés, dont certains ne sont encore que dge-tshul (shrāmaṇera : religieux ayant reçu la première ordination), ils ne peuvent en aucun être dge-slong : il serait opposé au vinaya qu'un dge-slong serve un dge-tshul, mais la règle interne du collège prescrit que tout nouveau accomplisse les travaux subalternes, avec célérité et en silence.

Les postulants sont donc comme des candidats en attente, tolérés mais pas intégrés. Autrement dit, ils n'ont pas le droit d'assister aux réunions et cérémonies communautaires, ce qui signifie qu'ils ne reçoivent pas les allocations ou distributions de thé et nourriture qui y sont faites. Au Tibet, il leur fallait subvenir à leurs propres moyens. En Inde, ils sont considérés comme faisant partie de l'École et, à ce titre et dans ce cadre, sont logés et nourris.

Les membres à part entière, qui sont soit encore seulement rab-byung soit dge-tshul soit dge-slong, constituent deux populations très différentes l'une de l'autre : les bskyed-rim-pa ("ritualistes") et les bka'-rams-pa ("philosophes").

Les bskyed-rim-pa

Admis exclusivement par voie d'examen, les bskyed-rim-pa, qui sont les plus nombreux, mènent en parallèle études et tâches matérielles (cuisine, ménage, intendance, etc.). A la différence d'autres communautés, il est ici obligatoire pour tous d'étudier, et le cursus est couronné par l'examen de sngags-rams-pa, "tantriste". L'idée est que tout bskyed-rim-pa devienne capable de jouer n'importe quel rôle lors de n'importe quel rituel, depuis le service du thé à la direction de la cérémonie en tant que (mkhan-po, upādhyāya). en passant par la fonction de maître de chant (byang-'dren-pa). Tous doivent donc arriver à connaître par cœur les textes de nombreux rituels et à mener au fur et à mesure les méditations correspondantes, mais doivent bien sûr aussi savoir comment préparer et disposer les offrandes - dont les gtor-ma - pour chaque rituel particulier, pouvoir tracer et colorier sans erreur les différents maṇḍala, et ce en fonction des quatre types d'activités : d'apaisement (zhi-ba'i las), d'accroissement (rgyas-pa'i las), de domination (dbang-po'i las), de force violente (drag-po'i las), accomplir les danses sacrées ('cham) et célébrer les rituels du feu (sbyin-sreg, homa).

Si tous doivent ainsi acquérir des compétences suffisantes dans les différents domaines, en fonction des dons de chacun, les uns pourront se former plus particulièrement en chant, et devenir le maître de choeur attitré ou en second du collège, ou de l'unité régionale ; d'autres apprennent l'art des thang-ka, ou l'ébénisterie de manière à pouvoir confectionner des maṇḍala en deux ou trois dimensions, etc.

A rGyud-smad grva-tshang, les intendants comme les maîtres de chant sont toujours des bskyed-rim-pa. En revanche, les trois postes de direction : dge-bskos (maître de discipline), bla-ma dbu-mdzad (vice-abbé) et mkhan-po (abbé) leur sont fermés.

Bien des bskyed-rim-pa des deux collèges tantriques se sont fait une réputation de grands méditants, voire de grands maîtres. A date relativement récente (dans les années 45-50), un bskyed-rim-pa de sMad-rgyud était ainsi reconnu comme un siddha (grub-thob) et il était continuellement sollicité pour des enseignements et transmissions. Bien qu'il ne fût pas docteur en philosophie, on l'appelait (au sens étymologique) dge-bshes bSam-grub rin-po-che. Sa photo se trouve dans le temple de Tara (sGrol-ma'i lha-khang) du monastère reconstitué en Inde, à Hunsur.

Les bka'-rams-pa

Les bka'-rams-pa sont des dge-bshes - docteurs en philosophie - qui viennent principalement (et aujourd'hui en Inde uniquement) des trois "piliers" dge-lugs-pa : dGa-ldan, 'Bras-spungs et Se-ra, mais jusqu'en 1959, au Tibet, les docteurs en philosophie, appelés rab-'byams-pa, de quelques autres monastères "philosophiques" (mtshan-nyid grva-tshang) pouvaient également venir poursuivre leur formation en tantra à rGyud-smad grva tshang. Les plus connus sont ceux de Dvags-po grva-tshang, monastère situé dans la région de Dvags-po et fondé par un disciple direct de Tsong-kha-pa, Blo-gros brtan-pa* (1402-1488 ; septième dGa'-ldan khri-pa de 1473 à 1478, Tab. G) qui a repris à quelques détails près la règle de sMad-rgyud pour le collège qu'il organisait. Certains bka'-rams-pa de Dvags-po grva-tshang sont devenus abbés de rGyud-smad grva-tshang, et même dGa'-ldan khri-pa. En sus, dans sa biographie de 'Jam-dbyangs bzhad-pa (1648-1721), 'Jigs-med dbang-po précise qu'à cette époque, la communauté accueillait également des moines de bKra-shis lhun-po, Rva-ba stod et mNga'-ris grva-tshang.

En ce qui concerne les conditions d'admission, depuis la loi édictée par le treizième Dalaï-Lama en 1918, les dge-bshes lha-rams-pa sont acceptés sur titre, et tous les lha-rams-pa reçus dans les premiers (rangs 1 à 7) sont tenus d'entrer dans l'un des deux collèges tantriques. Il semble qu'en Inde le respect de cette règle est affaire personnelle.

Les dge-bshes non lha-rams-pa sont soumis à un examen sans doute symbolique mais incontournable : il faut qu'ils fournissent au moins une réponse (même médiocre) à l'une ou l'autre des trois questions que l'abbé leur pose. S'ils sont paralysés au point de rester muets, leur candidature est rejetée, et en principe les deux moines qui l'ont présentée, le chef de l'unité régionale (vajrācārya) et le parrain (kha-theg khag-'khur). encourent l'exclusion : ils sont censés vérifier les capacités et compétences du candidat avant d'intercéder en sa faveur auprès de l'abbé. Ne pas l'avoir fait, ou mal, constitue une faute grave.

Une fois admis à sMad-rgyud, les rab-'byams-pa- comme on appelle ici les dge-bshes non encore "tantristes" - sont tenus de participer à un cycle annuel complet (à rGyud-stod, actuellement, à un cycle semestriel, avec des autorisations de sortie éventuelles), ce qui leur donne le droit d'ultérieurement soutenir les débats en tantra et de devenir sngags-rams-pa, à raison de deux candidats par an. Après cette première année d'assiduité obligatoire, les uns demeurent quelques années supplémentaires (c'était fréquent au Tibet jusqu'en 1959, rare en Inde de nos jours), ou regagnent immédiatement leur monastère d'origine où, en général, ils ont déjà de nombreux disciples et où ils ont conservé leur affiliation (skyid-sdug). sauf dans le cas de Dvags-po grva-tshang où tout moine entrant à sMad-rgyud était automatiquement radié. Les bka'-rams-pa habitant en dehors de la communauté de sMad-rgyud y restent pourtant affiliés, à la condition de participer à au moins une session dans l'année (des exemptions peuvent être obtenues si, par exemple, les bka'-rams-pa résident désormais à l'étranger). Les dirigeants du monastère sont choisis parmi les lha-rams-pa, et dge-bshes bKra-shis rdo-rje, abbé de 1990 à 1993, constitue une unique exception.

En revanche, un bka'-rams-pa qui est nommé abbé de l'un des collèges des trois grands monastères est forcément radié de sMad-rgyud car certaines obligations de ses nouvelles fonctions (apparat, etc.) sont incompatibles avec la règle de sobriété du collège tantrique.

La communauté actuelle de sMad-rgyud au Tibet ne comporte que des bskyed-rim-pa et aucun bka'-rams-pa, d'où l'impossibilité de perpétuer la tradition, qui en revanche a été maintenue aussi scrupuleusement que possible en Inde.

dimanche 14 octobre 2007

Témoignage oculaire

"Mais j'y étais. Je l'ai vu !"

Combien de fois avons-nous sorti ce genre de phrases, en toute sincérité ? Et pourtant...

En tant que bouddhistes, on nous a expliqué que les apparences sont ô combien trompeuses et que de toute façon, ce qui nous apparaît correspond bien plus aux karmas dont nous sommes porteurs qu'à une quelconque "réalité", dont nous ne pouvons finalement pas connaître grand chose. Tous ceux qui ont étudié un peu le Dharma (l'Enseignement du Bouddha) ont lu ou entendu le fameux exemple du liquide : pour le deva, c'est du nectar ; de l'eau aux yeux de l'humain mais rien que du pus pour le preta (esprit famélique).

Seulement, de la théorie à la pratique, il y a un pas (de géant). Et s'il y a quelque chose à quoi nous tenons, c'est à nos opinions, lesquelles sont - forcément - fondées sur ce qui nous apparaît à l'esprit ! C'est dire leur degré de fiabilité.
Mais cela ne nous empêche nullement de nous y accrocher. Allez ! Avouons qu'en règle générale, nous estimons avoir raison, et si les autres ne sont pas d'accord avec nous, c'est donc qu'ils ont tort, ou qu'ils sont de mauvaise foi, ou que... Nous voilà à défendre becs et ongles notre point de vue. Cela ne va pas toujours jusqu'au pugilat, bien heureusement. Parfois, cela se termine dans un éclat de rire contagieux quand l'erreur commise est évidente - c'est d'ailleurs un filon constamment exploité dans le secteur "comique".

Une anecdote me revient à la mémoire. Nous sommes en Suisse, à Zurich, en hiver 1976, ou 77 (je n'ai pas la mémoire des chiffres ), et nous venons de bénéficier à nouveau des précieux enseignements dispensés par Geshe Rabten-lags, avec sa clarté et sa précision coutumières.

Certains d'entre nous l'ont rencontré dans son ermitage de Dharamsala, en Inde, et le suivent depuis plusieurs années. D'autres, comme moi, avons eu la chance de l'écouter à Rolle (tout près de Lausanne) durant ce magnifique été 1974 où pour la toute première fois en Europe a été transmis un enseignement guélougpa à des Occidentaux. C'était le lamrim intitulé la "Voie aisée". Tout un programme. Depuis, Geshe Rabten-lags est revenu plusieurs fois, malgré ses nombreuses obligations en Inde - c'est qu'il est l'un des "tsènshab" (assistants en philosophie) de Sa Sainteté le Dalaï Lama.

Notre maître est en fait d'une bonté et d'une douceur infinies, mais il nous impressionne au plus haut point. Nous le regardons installé sur le trône, et nous le voyons imposant, immense même. Une montagne très sécurisante tant elle dégage de calme et de force. Et puis, nous nous sommes laissé dire qu'il est un Khampa. Vous savez, ces courageux guerriers de l'est du Tibet.

Une enveloppe a circulé et des conciliabules se multiplient : qu'offrir au Maître pour lui marquer notre reconnaissance, et tant qu'à faire, que lui donner qui puisse lui être utile ? Les habitués de Dharamsala conseillent l'achat d'une chaude veste en peau de mouton et de chaussettes de laine. C'est entendu, et une équipe se charge d'effectuer le emplettes. La dernière matinée se déroule paisiblement en dépit de l'émotion qui grandit : l'heure de la douloureuse séparation approche. Qui sait si on aura l'occasion de se revoir dans cette vie ? Ca y est, c'est l'offrande du mandala* de remerciement. Les organisateurs se lèvent, se prosternent et présentent sur un long khata blanc nos menus (enfin, est-ce le terme ?) cadeaux.

Geshe Rabten-lags prend le paquet et pour cette fois déroge aux habitudes asiatiques, je suppose exprès : il regarde devant nous le contenu, et le déploie. D'abord les chaussettes, taille 45 si mes souvenirs sont bons, puis la veste, taille 50 au moins. Il éclate de rire, puis nous montre à ses côtés son interprète, un moine d'origine suisse : il nous explique gestuellement que ce sera parfait pour ce grand gaillard. Car c'est ce jour-là que nous avons vu que Geshe Rabten-lags n'était pas de haute taille, contrairement, à ce qu'il nous semblait depuis des années. Et il chaussait du 38 !

Mais il était un grand Maître, un très grand Maître.


* Offrande du mandala : offrande symbolique de l'univers.

vendredi 12 octobre 2007

Talibans chinois au Tibet !

Triste nouvelle : au Tibet aussi, des statues sont détruites à la dynamite.

http://www.flickr.com/photos/gyalpo/sets/72157602378824050/detail/

Ainsi, récemment, une grande statue de Padmasambhava, dans la région du Mont Kailash.

Il n'y a pas si longtemps, une statue qui avait été offerte par un bouddhiste chinois au monastère de Samyé - le plus ancien monastère du Tibet.

La loi de causalité étant ce qu'elle est, les responsables de tels actes méritent vraiment toute notre compassion...

Les statues de Bouddhas symbolisent en effet les Trois Joyaux, c'est-à-dire les trois objets en lesquels les bouddhistes "prennent refuge" et placent toute leur confiance et leur espoir :
* le Joyau du Bouddha - le Guide
* le Joyau du Dharma - l'Enseignement / les vérités de la cessation et du chemin telles que réalisées par les Arya
* le Joyau des Sangha - les Arya, dont la caractéristique est d'avoir obtenu la compréhension directe de la vacuité.

Selon le bouddhisme, tout karma, bon ou mauvais, accompli vis-à-vis des Trois Joyaux est particulièrement puissant et peut susciter des résultats considérables.

Le meilleur service que l'on pourrait rendre à ces artificiers sacrilèges, ce serait de les réduire à l'impuissance. Pour les protéger d'eux-mêmes.
Oui, mais voilà, ils n'ont apparemment pas assez de mérites (de bons karma, si vous préférez) pour pouvoir être stoppés dans leur course funeste.

En bref

Pour condenser le lien qui existe entre les karma que nous accumulons et leurs effets potentiels :

QUI SEME LE VENT RECOLTE LA TEMPETE.


Pour condenser la "philosophie" de la pratique bouddhiste :

" AIDE - TOI , ET LE CIEL T ' AIDERA ! "


Ceci n'est bien sûr que ma vision personnelle, qui n'engage que moi. A vous de réfléchir.

jeudi 11 octobre 2007

Un très mauvais rêve

Le grand Traducteur Marpa n'avait pas pour seul disciple "l'infortuné" Milarepa dont les épreuves sont bien connues (des initiés) - j'ai mis des guillemets, car en dépit des coups et blessures subis, il serait infiniment plus juste d'écrire le "fortuné" Milarepa. Franchement, quelqu'un qui parvient en une vie à parcourir les étapes de la voie spirituelle et dont les instructions ont traversé les siècles et les frontières sans prendre une ride, n'est-il pas suprêment "fortuné" ? Et si son Maître n'a pas hésité à employer les grands moyens pour lui faire opérer une purification rapide et complète, n'était-ce pas parce qu'il avait décelé en lui des facultés exceptionnelles ?

Qu'est-ce qu'un disciple ? Dans le bouddhisme, c'est quelqu'un qui a placé sa confiance en un Maître, qu'il a lui-même choisi et dont il reçoit conseils et enseignements, pour les mettre en pratique (enfin, il devrait le faire, s'il était logique avec lui-même).
Que transmet le Maître à ses pupilles ? Les instructions qu'il a reçues de ses propres maîtres, lesquels les avaient obtenues de leurs maîtres, et ainsi de suite jusqu'au Bouddha Shakyamouni. Or, qu'exposa celui-ci en premier ? Il énonça la vérité de la souffrance, dont la première des quatre caractéristiques est l'impermanence.

Un jour qu'une femme des environs pleurait à chaudes larmes son fils qui venait de mourir, Marpa Lotsawa la consola en ces termes : "Mais ne te tourmente pas de la sorte. Tu sais, en fait, la vie, la mort, ce ne sont qu'illusions. Calme-toi donc. Ce qui vient d'arriver, ce n'est jamais qu'un rêve !"
Bien des années plus tard, le fils bien-aimé de Marpa, Darmadodé, est sans doute un érudit et un grand méditant prometteur, mais il n'en fait qu'à sa tête. Alors que son père et maître lui a intimé l'ordre de rester en retraite stricte, il échappe à la surveillance de sa mère pour se rendre à une fête au village. Au retour, c'est l'accident. Il tombe de cheval et sa tête heurte violemment le sol. Sa vie prend fin, et avec lui la lignée familiale du grand Lotsawa.

Les parents éplorés accourent. Marpa pose la tête de son enfant mort sur ses genoux. Il a tant de pouvoirs, lui, l'expert en transferts de conscience. Ne pourrait-il ramener leur petit à la vie, le supplie son épouse ? Il la rabroue. Non, c'est impossible. Il a tout fait pour éviter ce drame, mais les karma parvenus à maturité sont invincibles. Même un Bouddha n'y peut rien. La maman sanglote sans retenue. Mais le père non plus ne peut retenir ses larmes.

Les voisins alertés arrivent au plus vite et parmi eux, la femme dont je vous parlais plus haut. Et la voici en train de retourner au Maître ses conseils de naguère : "Ne vous affligez pas de la sorte. C'est pure illusion, voyons. Ce n'est jamais qu'un rêve.
- Oui, mais un très mauvais rêve, lui rétorque Marpa. Le rêve le pire qui soit."

De fait, loin de nier et d'occulter la souffrance, les bouddhistes au contraire font tout pour l'identifier sous ses moindres formes. Alors, la mort, et plus généralement la séparation, vous pensez ! C'est rangé dans les pires maux du samsara, ce mode d'existence cyclique déterminée par les karma et les facteurs perturbateurs de l'esprit - attachement, aversion et surtout leur source commune : l'ignorance.

Sage ou pas, érudit ou non, la perte d'un être cher est une expérience douloureuse. Ce qu'apporte la sagesse, ce n'est pas de l'insensibilité et encore moins de la dureté. Elle octroie la capacité à ne pas aggraver la situation, ce qui n'est pas rien.
Oui, la naissance entraîne la mort. Oui, la rencontre implique la séparation. C'est inéluctable. Ce n'est pas joyeux pour autant.

Sérénité n'est pas indifférence.Tel était peut-être l'Enseignement du grand Marpa Lotsawa le jour funeste de la mort de Darmadodé.

mercredi 10 octobre 2007

Le Lama et son mouton

Non, ce n'est pas une fable que je m'apprête à vous narrer. Juste un épisode de la vie de l'un des plus grands Maîtres tibétains du XXème siècle : Kyabjé Ling Dorjéchang, qui fut le Tuteur Senior de S.S. le 14ème Dalaï Lama et aussi Ganden Tripa - chef suprême de l'école des gélugpa, les "vertueux", très à cheval sur l'observance des règles du vinaya.

A propos de cheval, aujourd'hui, ce n'est pas de la monture du hiérarque dont je souhaite vous entretenir - il y aurait pourtant bien des anecdotes à vous narrer car Kyabjé Dorjéchang avait un lien très fort avec sa jument également.
Je viens vous parler de Tsering, "Longue Vie", le mouton apprivoisé du Maître qui le suivait dans les ruelles de Lhasa comme un chien fidèle.

A l'époque, le jeune Lama dirige d'une poigne de fer le collège tantrique de Gyutö. Un jour qu'il se trouve sur le toit du temple - du fait du climat, les toitures tibétaines sont traditionnellement plates et servent de terrasses -, il jette un coup d'oeil au spectacle des rues en contre-bas, et horreur ! il aperçoit près de l'étal d'un boucher un malheureux mouton déjà tout ficelé, prêt à être égorgé. Sans perdre de temps, il expédie un de ses assistants pour racheter l'animal, avant immolation bien sûr. C'est une pratique courante en société bouddhiste que de sauver des bêtes de boucherie : en protégeant ainsi la vie d'autrui, on acquiert d'excellents karma, gages de longévité et de santé pour l'avenir.

In extremis, le mouton échappe au couteau et se retrouve au monastère pour quelques jours, puis Kyabjé Dorjéchang l'emmène chez lui, dans son ermitage, où il a déjà tout un cheptel sous sa protection diligente, et affectueuse. Il noue une relation de confiance avec Tsering, qui bientôt le suit partout comme un toutou. Les jours de congé et de beau temps, le Maître attache un petit ballot sur le dos de son compagnon, et les voilà partis tous les deux au bord de la rivière. Tandis que l'un lit ou écrit installé sur le petit tapis porté par Tsering, l'autre paisse tranquillement sans jamais s'éloigner.

Kyabjé Dorjéchang, qui connaissait bien ses compatriotes, n'avait de cesse de les inciter à bien traiter les animaux. Tous les animaux. Et il donnait l'exemple.

Ainsi, devenu professeur du tout jeune Dalaï Lama, quand il se rend pour la leçon quotidienne au Norbu Lingka, il a toujours, dans les plis de ses vêtements, des friandises destinées à la poplulation animale du Palais d'été. Les singes le savent bien , et ils se précipitent vers lui, fouillant ses poches sans aucune considération pour son rang, mais avec une confiance touchante.

Kyabjé Dorjéchang, l'ami des animaux, un exemple unique parmi les dignitaires bouddhistes ?
Certes non.

Rappelons-nous Atisha qui, après son arivée au Tibet en 1042, se fait - mais oui - morigéner par son disciple Kutön. L'altier seigneur lui reproche de caresser les animaux qu'il a, lui aussi, sauvés du boucher. Franchement, ce ne sont pas des choses qui se font chez les nobles Tibétains.
Atisha n'en a cure et rétorque qu'il n'est pas un noble tibétain...
Pire ! Atisha leur parle, et leur dit des mots doux. Il les appelle tendrement "ses vieilles mères" et leur demande : "Mais qu'as-tu donc fait pour te retrouver dans un état pareil ?" Puis il leur murmure des prières à l'oreille. Pour que leur prochaine naissance soit meilleure.

Et ça peut marcher ! Le Pandit Sthiramati en a fait la preuve.

Sthiramati, disciple de Vasubandhu, est réputé pour avoir surpassé les connaisances de son Maître dans le domaine de l'Abhidharma. Ce qui n'est pas peu dire. Mais comment en est-il arrivé à un tel niveau ?
Selon les chroniques, dans sa vie précédente, il était un pigeon, lequel avait élu domicile dans la frondaison d'un arbre. Rien d'étonnant, me direz-vous. Oui, sauf que c'était l'arbre à l'abri sous lequel Vasubandhu avait coutume de s'installer - dans une baignoire pleine d'huile, pour éviter les tensions nerveuses ! - quand il récitait les innombrables textes qu'il avait mémorisés.
Un jour, le pigeon meurt et renaît dans une famille à l'autre bout de l'Inde. Sitôt né, le bébé lance à son père : "Où est mon Maître ? - Qui est ce Maître ?, demande en retour Cudra, pas plus étonné que cela (mais c'est un Indien, pour qui la réincarnation est une évidence). - Vasubandhu."
En père attentionné, Cudra se renseigne auprès de commerçants et finit par découvrir que Vasubandhu réside dans le Centre du pays. Et dès que son fils est assez grand pour entreprendre le long voyage, il l'amène à son Maître ! Exemple d'amour paternel, totalement désintéressé...

mardi 9 octobre 2007

C'est mon karma...

J'avoue ne pas être très patiente, mais s'il y a une petite phrase qui en général m'insupporte, c'est bien celle-ci, et plus encore la formule dérivée : "C'est son karma".
Rapporté à soi, c'est du fatalisme. Appliqué à autrui, c'est un mélange d'indifférence, de paresse et d'égocentrisme. Ou pire, de la malveillance.

Je me trompe sans doute. Cela vaudrait mieux. Mais c'est hélas dans ces tonalités que j'entends, trop souvent, sonner ces formules bien pratiques, si commodes qu'elles ont fait recette dans notre bonne vieille société française. En concurrence avec un autre terme, cette fois japonais, qui subit des distorsions non moins étonnantes. Et navrantes. Vous avez deviné qu'il s'agit du mot "zen".

Tenons-nous en aujourd'hui au "karma".

Oui, la notion de karma est importante dans le bouddhisme. Elle est même fondamentale. Mais elle est, me semble-t-il, ré-interprétée d'une façon regrettable.

Si dans l'hindouisme le karma désigne, peut-être, le sort, qui nous dépasse et auquel on ne peut rien, ce n'est NULLEMENT ainsi qu'il est présenté dans le bouddhisme. Et d'ailleurs, il vaudrait déjà mieux éviter de l'ériger en absolu avec l'article défini "LE". Ah ! la langue française et ses articles obligatoires, qui délimitent les champs sémantiques, avec l'avantage de la précision et l'inconvénient de la ... précision.

Pas le temps d'entrer dans les détails maintenant. Pour reprendre les petites phrases de tout à l'heure, elles seraient déjà plus justes, ou plus compréhensibles, si on les développait un brin : "C'est le résultat d'un karma , ou de karmas, que j'ai accumulé(s) à un moment ou à un autre dans le passé." / "... qu'il a accumulé(s)..."

Ce qui nous arrive n'est en effet pas un karma, mais un résultat de karma.
Alors, qu'est-ce que c'est, un karma ?

Le mot "karma" donne l'idée d'action. Il qualifie avant tout l'un des facteurs de notre esprit, c'est-à-dire de nos perceptions : le facteur de la "volition", qui a pour rôle de permettre aux composantes mentales qu'il accompagne de se mouvoir vers leur objet. Sans volition, sans karma, pas de perception possible.
Que constatons-nous si nous observons l'activité de notre esprit ? Qu'elle ne cesse jamais tout au long de notre vie, y compris lorsque nous dormons. Et elle est loin d'être simple. Il nous est habituel de cumuler les perceptions. Nous n'avons guère de mal pour simultanément voir, entendre, sentir une odeur, goûter d'une saveur, éprouver un toucher et penser. D'accord, quand nous jonglons de la sorte, l'une des perceptions l'emporte sur les autres, au point que nous sommes souvent inconscients des plus faibles. Elles ont pourtant eu lieu. Et donc, selon le bouddhisme tout au moins, chacune a forcément comporté un karma. C'est bien pour cela que les bouddhistes mettent ce facteur mental au rang des facteurs "omniprésents", c'est-à-dire nécessaires pour toute perception, sensorielle ou mentale.

La perception d'un certain objet ne dure jamais bien longtemps. Toujours selon le bouddhisme, quand elle prend fin, elle laisse des traces en l'esprit. C'est que l'on appelle les "empreintes". Si les pensée d'amour laissent des empreintes d'amour, les karma laissent des empreintes "karmiques", qu'on appelle du reste également "karma", histoire de brouiller les pistes.
Ce sont comme des potentialités en veilleuse, qui pourront donner des résultats sitôt les conditions réunies.

En fonction de leur puissance, les karma qui se déposent ainsi en l'esprit génèrent des fruits plus ou moins abondants, et ce, plus ou moins vite. Bien sûr, les résultats ressembleront à leur(s) cause(s). Si on n'accumule que des potentialités négatives, il ne faut espérer en tirer quoi que ce soit de bon et d'agréable. Des karma associés à des facteurs mentaux tels que la haine ou l'attachement ne pourront susciter que des souffrances. Des karma alliés à la sagesse ou la générosité seront source de bonheurs.

On en revient donc à l'énoncé initial, et "si quelqu'un souffre, il n'a jamais que ce qu'il mérite puisque ce sont là les conséquences de ses karma."
Trop facile.

Même si, effectivement, le hasard n'a pas droit de cité dans la vision bouddhiste des choses, et donc pas davantage "l'injustice", il n'en reste pas moins vrai que par défintion la compassion - qualité ô combien prônée et célébrée, et parachevée, par le Boudha - porte sur qui, sinon sur les êtres qui souffrent.

Par ailleurs, si ce que nous ressentons et expérimentons est régi par la loi de causalité, cela exclut l'idée de fatalité. Il n'y a rien de plus dynamiques et évolutifs que les karma. Autrement dit, notre bonheur est entre nos mains : il faut et il suffit que nous accumulions les karma adéquats, et nous nous assurerons des lendemains chantants ! Et dire qu'il y en a pour prétendre que le bouddhisme est pessimiste...

lundi 8 octobre 2007

Nonnes de Kamakura

L'époque de Kamakura (1231-1334) a connu une importation massive de la civilisation chinoise, dans tous les domaines, politiques (institutions empruntées à la Chine des T'ang), culturels, religieux. Les échanges commerciaux ont repris avec le continent et certains monastères en tirent des bénéfices appréciables, qui permettront la construction de nouveaux édifices religieux (temples des 13ème et 14ème siècles ; Daibutsu de Kamakura).

Auparavant, le Bouddhisme était réservé à la noblesse, à l'"élite", mais une décadence certaine le minait. Les religieux ne se préoccupaient plus d'études et de pratiques pures ; le bien-être dans cette vie les intéressait bien davantage, à moins qu'ils ne soient tombés dans la bigoterie, incapables de comprendre les raisonnements subtils d'une religion trop intellectuelle.
Le Bouddhisme subit maintenant une mutation en profondeur; il devint une religion populaire, basée sur la foi, qui rejetait les ratiocinations de règle chez les érudits précédents, et proposait des pratiques religieuses simples, à la portée de tous, comme l'invocation unique du nom d'Amitâbha.

Le pouvoir que détenait jusqu'alors la Cour passa aux mains des guerriers; la force pure acquit ses titree de gloire et cela influença toute la société : la poésie ou la musique, les arts délicats que tout homme distingué cultivait ne furent plus que des objets de mépris concédés à l'aristocratie de cour. Le goût littéraire se porta sur les grands récits héroïques et chevaleresques (Heike Monogatari...), en opposition avec les journaux et romans écrits par les dames de la cour d'Heian.

1) Les transformations du monde religieux

La tendance générale affecta aussi le Bouddhisme. Et bientôt, les hauts lieux du mahayanisme (les Monts Hiei et Kôya) furent interdits aux femmes, et aux religieuses, en tant qu'enceintes sacrées que des présences impures ne devaient pas souiller.

C'était rompre avec la tradition. Dans les siècles passés, au Japon, l'égalité entre les moines et les moniales n'avait jamais été discutée. C'était de plus contraire aux écritures qui enseignent que les femmes, aussi bien que les hommes, peuvent parvenir à l'état de Bouddha (Hokekyô).

Du XIIIème siècle au début du XIVème siècle apparurent de grands maîtres : Hônen, Shinran, Eisai, Dôgen, Nichiren, Ippen. Tous affirmèrent l'égalité entre les riches et les pauvres, les hommes et les femmes ; ils rejetaient les distinctions dues au sexe ou au rang. Seuls la valeur et l'effort personnels étaient admis comme critère de jugement par certains. D'autres, tels Shinran, rejetaient même cette norme.

2) Le rôle des femmes

Ces moines mirent en pratique leurs théories et acceptèrent tous ceux qui venaient à eux ; ils eurent de nombreuses femmes pour disciples.

Eisai ordonna Jiren-ni et il eut pour disciple la fille de Kajiwara Kagetoki.

Hônen enseigna à Shônyo-ni et à Myôshin-ni.

Nii no ama (ou Taira no Tokuni, 1155-1213), épouse de Taira ni Kiyomori, entra en religion en 1181 après avoir eu quatre enfants, Munemori, Tomomori, Shigemori et Tokuko. Elle étudia auprès de Hônen et d'Eisai. En 1185, elle se jeta à l'eau avec le petit empereur Antoku lors de la défaite infligée par les Minamoto à Dannoura, mais elle fut sauvée et établit sa résidence au Jakkô-in.

ESHIN-NI (1182-1268?) fut l'épouse mais aussi l'élève de Shinran. Originaire d'Echigo, elle devint la compagne de Shinran en 1207 quand il fut envoyé en exil dans cette région. Eshin eut quatre enfants de lui et quand Shinran regagna le Kantô, elle le suivit. En 1232, elle entra en religion et adopta le nom d'Eshin. Elle finit sa vie à Echigo; les années entre le moment où elle accompagna Shinran dans le Kant et son retour à Echigo sont mal connues, faute de documents. On possède la correspondance qu'Eshin-ni échangea avec sa fille : dix lettres où elle expliquait la pensée de Shinran et ses activités. C'est un document précieux pour étudier l'enseignement du fondateur de la Nouvelle Secte de la Terre Pure et il donne aussi des renseignements sur la situation et la vie des paysans japonais de l'époque.

KAKUSHIN-NI (1224-1283), ou Iya-orna, était la fille de Shinran et d'Eshin. En 1238, elle épousa Hino Hirotsuna, dont elle eut un enfant, mais Hirotsuna mourut alors qu'elle n'avait que 22 ans. Elle se remaria avec Ono Miyazennen; leur fils, Yuizen (12531317) sera un moine célèbre. En 1262, Shinran quitta ce monde et en 1272, sa fille fit sculpter une statue de lui. Elle installa cette statue dans une humble maison de Kyôto, qui devint le Ôtanibyôdô. En 1275, après la mort de Miyazennen, Kakushin réunit les disciples de Shinran au Ôtanibyôdô; à partir de cette base se développa la communauté du Hongan-ji.

Nichiren eut également des disciples femmes, comme Sennichini, Myôhô; il a ordonné Hichimyô, Myôkoku, Nichibutsu.

Parmi les religieuses célèbres de l'époque de Kamakura, on cite la fille de Saigyô et Matsushita Zenni, mère de Hôjô Tokiyori, entrée en religion en 1230 après la mort de son époux Toki.uji. Tsurezuregusa présente cette dernièr e comme un modèle de frugalité et de simplicité, vertus suprêmes à Kamakura.

Il y aussi Nyorai-ni, connue comme médecin.
On peut retenir parmi les disciples du moine chinois Mugaku Sogen (1225-1286) Kakuzan, épouse de Hôjô Tokimune, qui fonda le Tôkei-ji en 1286 et Nyodai. NYODAI-NI, parfois appelée Mugai ou Mujaku, fut d'abord la femme de Kanazawa Kenji mais entra ensuite en religion. Elle étudia auprès de Sogen qui lui donna l'habit religieux et un portrait de lui. Il lui transmit sa succession. Obéissant au désir de son maître, Nyodai se rendit à Kyôto où elle fonda le Keiai-ji pour les moniales relevant de la secte Rinzai.

Le Keiai-ji est connu pour sa discipline stricte et ses règles extrêmement sévères. Ce fut le premier établissement prévu pour instruire les nonnes de l'école Zen. A l'époque de Muromachi, le Keiai-ji est devenu le premier des principaux cinq monastères de femmes .

Dôgen enseigna à Ryônen-ni et à Shôgaku zenni qui construisit un sanctuaire au Kôshô-in ; il eut beaucoup de disciples femmes.

De nombreuses impératrices et princesses entrèrent en religion à l'époque de Kamakura.

Le pouvoir appartenait maintenant aux guerriers, et le contrôle des religieux aussi dépendait d'eux. Des gouverneurs (Bugyô) reçurent la mission de surveiller les temples qui avaient pour tâche d'assurer la prospérité du Bakufu par des prières et des cérémonies.

Les monastères féminins perdirent la position privilégiée et les avantages dont ils jouissaient auparavant, ainsi que le soutien économique que leur garantissait la Cour. La vie des moniales, précédemment réglée par les décrets impériaux, devint dans un sens plus libre, mais surtout beaucoup plus incertaine et difficile. Pour survivre, elles durent transformer leur mode d'existence qui devint plus divers.

C'est aussi l'époque où des laïques désireuses de pratiquer adoptèrent l'habit religieux mais n'étaient pas des nonnes à proprement parler car elles n'avaient pas prononcé de voeux (zenni).
Le cérémonial rigoureux qui marquait l'entrée dans les ordres n'est plus respecté. Au mieux, quand on procède quand même à une cérémonie, elle est simplifiée à l'extrême et les rites exacts tombent dans l'oubli. Il faut cependant reconnaître que, si les "nenni" ("religieuses laïques") ont entraîné par leur apparition un affaiblissement de la tradition et de la règle, elles ont d'un autre côté contribué pour une large part au développement du Bouddhisme sur le sol nippon grâce à l'édification de temples ou à des oeuvres sociales.

vendredi 5 octobre 2007

Patience, encore et toujours

Quand j'ai écouté pour la première fois un enseignement un peu détaillé à propos des "terres et des "chemins, c'est-à-dire des étapes de la voie spirituelle qui mène à la libération et à l'Eveil de Boudha, j'ai entendu une précision qui s'est littéralement incrustée dans ma mémoire, ce qui est chez moi exceptionnel. Hélas.

Le Maître qui dispensait l'Enseignement nous exposait le parallèle entre les dix perfections (les paramita : les six habituelles + quatre) et les dix terres de bodhisattva qui débutent avec la réalisation de la compréhension directe de la vacuité. Chaque terre, ou disons chacun des dix stades est marqué par le parachèvement d'une qualité. Lors de la première terre, c'est la générosité qui est portée à la plénitude, puis successivement l'éthique, la patience, l'enthousiasme, etc.

C'est donc à la troisième terre que la patience connaît son plein épanouissement. Sauf pour l'un de ses aspects, ajouta-t-il.

Lequel ? La patience à l'égard de l'ingratitude et des méconduites des disciples... Pour celui qui se démène littéralement pour faire évoluer ses élèves et les amener à s'adonner au bien, les voir s'enliser en toute inconscience dans leurs errements s'avère particulièrement difficile à supporter ! Au point que cette forme de patience n'atteint son point culminant qu'à la cinquième terre, de concert avec la concentration et après l'enthousiasme.

D'ailleurs, même nous qui ne sommes pas des maîtres spirituels et qui n'assumons pas la lourde responsabilité de guider des ouailles obstinées et récalcitrantes (je parle de moi, pas de vous), nous pouvons faire des expériences approchantes dès que nous nous mêlons de vouloir aider d'autres êtres, surtout d'autres personnes. Les parents et les professeurs ne me contrediront pas, je pense. Pas plus les médecins. ni les éducateurs. Ni... La liste risque d'être longue.

La morale de l'histoire ?

C'est que le Bouddha avait bien raison (d'ailleurs, je n'en doutais pas) quand il disait qu'avant de pouvoir se mettre au service d'autrui, il faut se renforcer soi-même.

D'accord, l'objectif ultime est d'accomplir le bien de tous les êtres ; encore faut-il en développer les capacités. Et apprendre à conjuguer "méthode et sagesse". Pour les non-initiés, je précise que dans le vocabulaire bouddhiste, la "méthode" englobe les qualités autres que la sagesse et ses dérivés. Ses facettes principales sont l'amour, la compassion et l'altruisme magnifié en l'esprit d'Eveil (bodhicitta) : l'aspiration à devenir Bouddha pour accomplir le bien de tous les êtres. La méthode inclut également la patience, vous l'avez compris. Laquelle patience doit donc être alliée à la sagesse, au discernement si vous préférez ce terme.

Le bon côté, si on peut dire, c'est que pour qui voudrait s'exercer à la patience, les opportunités ne manquent pas. Dans la famille. Au travail. Ou dans les associations auxquelles on adhère imprudemment.

Message de Sa Sainteté le Dalai Lama au peuple birman.

J’exprime mon soutien et ma solidarité au récent mouvement pacifique pour la démocratie en Birmanie.

J’apporte également mon soutien ferme et entier à leur appel pour la liberté et la démocratie. Je saisis cette occasion pour lancer un appel à tous les peuples aimant la liberté à travers le monde, d’apporter leur soutien à de tels mouvements non-violents. 

De plus, je souhaite dire mon appréciation sincère et mon admiration au grand nombre de bouddhistes birmans pour leur engagement en faveur de la démocratie et de la liberté en Birmanie.

En tant que moine bouddhiste, j’appelle les membres de la Junte militaire qui croient au Bouddhisme d’agir selon le Dharma sacré et dans un esprit de compassion et de non-violence.

Je prie pour les succès de ce mouvement pacifique et la libération immédiate de ma confrère Lauréate du Prix Nobel de la Paix : Aung San Suu Kyi.

Tenzin Gyatso
Le 23 septembre 2007.

Ce texte est traduit de l’anglais par Thupten Gyatso, de la Communauté Tibétaine en France, pour le public francophone.


 

jeudi 4 octobre 2007

La patience

La patience est l'une des six perfections (paramita) ! Et sans doute pas la plus facile. En tout cas, pour moi.

Mais je me demand souvent si le terme utilsé en français pour évoquer cette qualité ô combien souhaitable est vraiment approprié. Pour ne pas "influencer" la compréhension, je vais utiliser momentanément le mot tibétain, bzod-pa (veuillez prononcer "seupa).

Bzod-pa s'applique en fait à 3 cas de figure.

Premièrement, il s'agit de la capacité à ne pas céder à l'irritation vis à vis d'êtres hostiles et malveillants. Cela permettrait, par exemple, de ne pas répliquer à des insultes par des insultes. MAIS cela n'interdit pas de faire preuve de fermeté à l'égard de l'agresseur, car bonté n'est point laxisme. Et laisser quelqu'un s'enferrer dans ses mauvais comportements n'est pas lui rendre service, loin de là. Le tout, alors, est d'intervenir sans colère.

Deuxièmement, bzod-pa consiste à supporter douleurs ou peines sans se révolter contre le sort "injuste" (cf loi de causalité), sans non plus se laisser terrasser par elles : il s'agit de dominer la situation en évitant de l'amplifier par des réactions stériles et inefficaces. Tout le monde est capable de s'exercer à cet aspect de bzod-pa, d'autant plus que les occasions ne manquent pas... Par ex, on pourrait s'entraîner à supporter les variations de température en attendant un peu pour mettre en route la climatisation ou le chauffage. En bref, cela supposerait de ne pas trop se dorloter ni de trop s'écouter. Dur, dur. Surtout pour nous, Occidentaux, épris de notre confort et de la loi du moindre effort. Soyons francs avec nous-mêmes. Mais tout reste possible.

Troisièmement, bzod-pa est la vertu qui permet de persévérer jusqu'à mener à bien le projet ou la tâche que l'on aurait entrepris, sans se laisser arrêter par les obstacles, sans rechigner devant des efforts à déployer dans la durée. Impossible de parcourir la voie spirituelle sans cette qualité ! Faute de bzod-pa, on commence, puis bien vite on abondonne, découragé.
Avec bzod-pa, on peut se dire que même si le sommet de la montagne est vraiment très élevé, on finira par l'ateindre en montant pas à pas, quitte à devoir contourner des rochers et parfois devoir redescendre un peu pour emprunter une autre sente.

Maintenant que nous avons approximativement cerné "le champ sémantique" de bzod-pa, comme diraient les lettrés, qu'en pensez-vous ?
Cette qualité à trois visages, comment l'appelleriez-vous ? Voilà un bon sujet de réflexion pour les longues soirées d'hiver. Un sujet de réflexion pas forcément abstrait, pour peu qu'on le rapporte à soi-même et qu'on en profite pour "s'auto-évaluer".
En ce qui me concerne, la situation est désastreuse. Mais il paraît qu'en prendre conscience est déjà un véritable progrès. Douloureux, je vous préviens - d'où la nécessité de recourir à ... bzod-pa : on tourne en rond. Comme toujours dans le samsara. Bonne chance.

mardi 2 octobre 2007

Pour la Birmanie, venez nombreux ...

Pour la Birmanie : une cérémonie de recueillement et de prière organisée par l'Union Bouddhiste de France

SAMEDI 6 OCTOBRE 2007
à partir de 11 heures
Grande Pagode du Bois de Vincennes

Suite aux évènements actuels qui se déroulent sous nos yeux en Birmanie et face au risque de démobilisation de l’opinion publique, l’Union Bouddhiste de France souhaite exprimer à nouveau son soutien le plus ferme à la population birmane et à sa communauté monastique.

Une cérémonie de recueillement et de prières est donc organisée le samedi 6 Octobre 2007 à 11 heures, à la grande pagode de Vincennes en présence des communautés bouddhistes de la région parisienne et de leurs responsables spirituels.
Les personnalités de tous les horizons, religieux, politiques, monde du spectacle, souhaitant être présentes afin de manifester leur soutien et leur sympathie, seront les bienvenues.

Ce moment de silence et de méditation sera dédié à un règlement rapide et pacifique de ce conflit. La présence de la communauté monastique bouddhiste vivant en France et des pratiquants laïcs et sympathisants du bouddhisme rassemblés dans cette cérémonie silencieuse, se veut un geste fortement symbolique de ce qui vient de se passer ces dernières semaines au Myanmar.

Au-delà de toutes revendications et considérations politiques, les bouddhistes de France sont convaincus que le pouvoir de la prière et de la compassion universelle pour apaiser les souffrances et rétablir la paix dans les esprits exprime le mieux la dimension et la portée de l’enseignement du Bouddha.

Pour se rendre à la pagode de Vincennes : métro Porte Dorée (ligne 8 Balard-Créteil ) – bus 46 –

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VENEZ NOMBREUX ET FAITES CIRCULER L'INFORMATION, s'il vous plaît.

Nous avons déjà eu une réponse positive de Jane BIRKIN, qui viendra nous rejoindre à la Pagode samedi matin.

Faites comme elle, et amenez vos amis : rien n'est pire que le silence et l'oubli. Déjà, les médias ne parlent plus guère de la Birmanie... Mais si nous n'avons plus d'image, ce n'est pas parce que tout va bien désormais. C'est parce que le pays a été bouclé !

La non-violence n'est ni passivité ni inaction. Elle requiert courage et persévérance. Et fermeté.

Merci de votre participation, quelle qu'elle soit.