lundi 21 janvier 2019

La foi, racine de toutes les qualités


La foi དད་པ་, qualité fondamentale s'il en est, et ô combien féconde, car racine de toutes les autres qualités !

Comment ?

Selon l'Abhidharma, la foi se présente sous plusieurs formes, dont certaines si peu habituelles dans nos cultures occidentales qu'il est difficile de trouver des mots qui rendent les subtilités des termes bouddhiques.

Classification ternaire

1) ཡིད་ཆེས་ཀྱི་དད་པ་
La foi en tant que confiance et/ou conviction (ou encore certitude) peut porter sur n'importe quel existant.
Dans cette acception, la foi consiste à voir les choses telles qu'elles sont, et à admettre qu'elles sont ainsi. C'est pourquoi la traduction "confiance" ne convient pas dans tous les cas. Elle est adaptée aux objets du domaine vertueux tels que le Bouddha, les Trois Joyaux, l'esprit d'Eveil, mais pas du tout aux autres !

Par exemple, la foi-confiance en le Joyau du Dharma suppose de discerner les qualités du Dharma et ainsi de comprendre pourquoi et comment pratiquer le Dharma protège de la souffrance et donne accès au bonheur.

En revanche, utiliser le mot "confiance" pour désigner la foi à propos, par exemple, du samsara, ou de la souffrance, etc., serait un contre-sens. Pourtant, la foi en tant que ཡིད་ཆེས་ཀྱི་དད་པ་ peut tout aussi bien porter sur de tels objets. Exemple : être convaincu du caractère négatif de l'attachement et de ses effets pernicieux.

Ceci permet de comprendre pourquoi les textes affirment que la foi est source de qualités. Pour reprendre les mêmes exemples, la foi en le Joyau du Dharma suscite l'aspiration à le pratiquer, et par rapport à l'attachement, elle génère l'aspiration à le combattre et à s'en libérer.
 
2) དང་བའི་དད་པ་
La foi "limpide" revient à éprouver de l'admiration soit envers des qualités (amour, compassion, esprit d'éveil sagesse, etc.) soit envers les êtres porteurs de qualité (Maîtres, Bouddhas, bodhisattvas, arhats, saints, etc.)
Les objets de la foi limpide, qualités ou êtres, sont forcément positifs, vertueux.


2) མངོན་འདོད་ཀྱི་དད་པ་
La foi en tant qu'émulation découle de l'admiration des qualités d'autrui et consiste à souhaiter en obtenir de semblables, pour de même pouvoir progresser, aider autrui, etc.

Il ne s'agit en aucun cas de jalousie, néfaste, mais d'une saine émulation sur la voie spirituelle.
 La foi-émulation porte par définition sur des qualités, et suscite l'aspiration à les épanouir.


Classification binaire

1) La foi non fondée, c'est-à-dire la foi aveugle.
Exemple, éprouver de la foi envers le Bouddha, par imitation, par habitude culturelle, mais sans avoir connaissance réelle de ce qu'est le Bouddha.
La foi aveugle présente plusieurs inconvénients :
elle n'est pas stable et peut être perdue ;  
bien qu'elle soit capable de donner naissance à divers bons résultats (éthique, bonté, amour, etc.), ceux-ci restent limités et précaires ;
elle peut consister en des croyances fausses, et donc potentiellement dangereuses. Exemple : foi accordée à une déité "exigeant" (selon ses fidèles) des sacrifices sanglants.

2) La foi fondée, sur des raisons et des compréhensions issues de l'étude, la réflexion et la méditation.
Bien évidemment, le bouddhisme prône la foi fondée, qui est stable et qui peut générer toutes les qualités de la voie, jusqu'à l'Eveil complet inclus.

Le bouddhisme observe que la foi aveugle est une porte d'entrée possible - mais pas obligatoire - sur la voie, quitte à plus tard laisser la place à la foi fondée.
La foi aveugle n'est cependant l'unique entrée, certains êtres se fondant sur la sagesse pour développer la foi.
Selon un de mes Maîtres, la sagesse entraîne forcément la foi, mais la foi (sous-entendu non fondée) n'entraîne pas forcément la sagesse.
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