mercredi 25 novembre 2020

Le bouddhisme au Tibet

Exposer l'histoire du bouddhisme au Tibet serait très, trop long. 

En très simplifié, le bouddhisme est officiellement introduit au Tibet au VIIème siècle par Songtsen Gampo. Ce 33ème roi de la dynastie Yarlung (qui remonte au IIème siècle avant J.-C.) unifie le Tibet en réunissant les 3 provinces du Centre (Ü et Tsang), du Kham et de l'Amdo, et envoie en Inde une délégation menée par Thönmi Sambhota avec mission de créer une langue et d'une écriture communes pour traduire et diffuser le bouddhisme. 

Son œuvre est poursuivie par ses successeurs, notamment les 38ème et 41ème rois : Trisong Detsen (704 ? – 797) et Tri Rälpachen (806-838). Tous trois sont connus dans l’histoire du Tibet comme les « Trois Rois religieux », Chögyal. Ils invitent des maîtres érudits, subventionnent des équipes mixtes de traducteurs (des lettrés ayant pour langue maternelle le chinois, le népalais, la langue de Gilgit et surtout - et bientôt uniquement - le sanskrit + des traducteurs tibétains)1, prennent des décrets pour uniformiser la langue de traduction, organisent des colloques, parrainent la construction de monastères et de temples, etc.

A titre d’exemple, entre autres mesure pour favoriser l'implantation du bouddhisme, Rälpachen fait construire à l'ouest de Lhasa un bâtiment qui comporte rien moins que neuf étages : les trois étages supérieurs, en bois, abritent les textes sacrés et les statues ; les trois étages médians, en briques, sont réservés aux pandits et aux traducteurs. C'est dans les trois étages inférieurs, en pierre, que résident et travaillent le roi et ses ministres. Rälpacän encourage – déjà ! – une simplification de l'orthographe tibétaine.  Il ne néglige pas ses devoirs de souverain et fait frapper la monnaie tibétaine, sur le modèle de la monnaie indienne du Maghada. La centralisation planifiée par ce "tyran éclairé", son dirigisme ainsi que, sans doute, l'impulsion qu'il donne au bouddhisme déplaisent foncièrement à certains nobles qui voient s'effriter leurs pouvoirs et privilèges. 

L’assassinat de Rälpacän marque la fin de la « Première Diffusion » du bouddhisme au Tibet, et bientôt celle de la monarchie. Son frère Langdarma (803-842), soutenu par la noblesse favorable à la religion indigène, le bön, est assassiné à son tour, par un moine bouddhiste qui parvient à s’enfuir dans l’est du Tibet.

Après environ 80 ans dans la clandestinité et la morcelisation de l’empire suite aux rivalités entre les deux fils de Langdarma, le bouddhisme connaît un nouvel essor au XIème siècle.  De 1246 à 1959, au fil des alliances avec les Mongols puis les Mandchous, le pouvoir va être assuré successivement par diverses écoles du bouddhisme "tibétain"2, le plus souvent par un gouvernement civil sous le parrainage spirituel des chefs religieux :
- de 1246 à 1354 : sakyapa
- à partir de 1354 : phagmodrupa (école kagyupa)
- à partir de 1434 : rinpung (école kagyupa)
- à partir de 1566 : tsangpa (école kagyupa)
      à partir du XVIème siècle : ascension des gelugpa :
* vers 1574, Altan Khan offre le titre de dalaï-lama à Sönam Gyatso, et à titre posthume à ses deux prédécesseurs
* le 4ème dalaï-lama, Yönten Gyatso, naît en Mongolie et vient au Tibet à 12 ans. Il est petit-fils d’Altan Khan.

- De 1642 au 10 mars 1959, gelugpa
En 1642, Güshi Khan vainc le roi de Tsang, lié aux écoles kagyupa et jonangpa (qui de ce fait vont être les objets de mesures répressives : confiscation de monastères, etc.), et institue le 5e dalaï-lama Lobsang Gyatso (1617-1682) chef spirituel et temporel du Tibet, qui s'étend à l’époque de Dartsédo aux portes de la Chine jusqu'aux frontières du Ladakh. Débute alors ce que l’on appelle souvent la théocratie des dalaï-lama, lesquels exercent peu ou pas le pouvoir temporel, à l’exception des 5ème, 13ème et 14ème dalaï-lama. Même du temps du 5ème dalaï-lama, les régents (premiers ministres), laïques, jouent des rôles prépondérants, au point que le Régent Sangyé Gyatso parvient à cacher sa mort rien moins que … 12 ans, afin d’achever la construction de l’immense palais du Potala.

Le 6ème dalaï-lama, Tsangyang Gyatso (1683-1706 ou beaucoup plus tard, en Mongolie), n’est pas non plus tibétain, mais Mönpa. Reconnu tout enfant mais mis au secret jusqu’en 1697 par Sangyé Gyatso qui tient à terminer le palais (et peut-être bien à garder le pouvoir), il se rebelle et refuse de mener une vie monastique, tant et si bien que, taxé de « dépravé » (il a laissé de nombreux chants d’amour, très poétiques), il est déposé par Lhazang Khan en 1706 et contraint à l’exil. Selon les versions, il meurt en chemin ou gagne la Mongolie, où il prend femme.

Le 7ème dalaï-lama, Kelzang Gyatso (708-1757) lettré, poète et mystique, est néanmoins celui qui pose le cadre du gouvernement et de l’administration, en vigueur jusqu’à 1959 : en 1751, il remplace le poste de régent par un conseil des ministres, car il estime dangereux que trop de pouvoir soient entre les mains d’un seul homme. En 1753, il crée l’école de Tsé, qui forme les cadres du gouvernement, répartis en deux groupes parallèles : les laïcs et les religieux. Tolérant, il autorise la construction d’une église catholique à Lhasa, pour répondre aux besoins des 25 catholiques présents dans la capitale.

Tenzin Gyatso, 14ème dalaï-lama (né en 1935), quitte le Tibet en mars 1959, suite à l’invasion du Tibet par les troupes chinoises. Il s’installe en Inde, à Dharamsala, où il reconstitue un « gouvernement en exil ». Il reçoit le prix Nobel de la paix en 1989. En mars 2011, il annonce qu’il renonce au pouvoir temporel, mais continue à parcourir le monde.

Il est à noter que les dalaï-lama ne sont pas les chefs de l’école Gelugpa à laquelle ils appartiennent3  et qui est dirigée par le Ganden Tripa, ancien abbé de l’un des deux grands monastères tantriques, Gyudmed et Gyutö, en alternance. Gedun Gyatso (1391-1474), rétroactivement premier dalaï-lama, pressenti pour cette fonction, l’avait décliné pour se consacrer à l’organisation du monastère qu’il venait de fonder dans la région du Tsang : Tashi Lhunpo, devenu par la suite le siège des Panchen lama, titre très honorifique offert par le 5ème dalaï-lama à son maître et à son lignage de réincarnations.

1 Ils traduisent également des traités d'astrologie, de médecine et de techniques.
2 Quatre écoles principales se sont constituées : l’école des Anciens : Nyingmapa (qui remonte de la Première Diffusion) et trois écoles des Nouveaux : Kadampa/Gelugpa, Sakyapa et Kagyupa.
3 Les 5ème, 6ème et 14ème dalaï lama, nés dans des familles nyingmapa (qui remonte à la Première Diffusion), mettent beaucoup l’accent sur les enseignements nyingma.

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