lundi 28 décembre 2020

Dagpo Datsang réimplanté à Kais

 Sangha Colibris

Dagpo Dratsang, un monastère tibétain en Inde 

1re partie : L’histoire Sagesses Bouddhistes présente aujourd’hui la première partie du très beau documentaire consacré au Monastère tibétain Dagpo Dratsang en Inde, à Kaïs, dans la vallée de Kulu. Ce vaste et très animé monastère, inauguré en 2005, fut souhaité et fondé par le vénérable Dagpo Rimpoché, éminemment respecté, qui vit en France depuis 1960 et enseigne tant en France que dans toute l’Europe. Partons à la découverte du Monastère Dagpo Dratsang.

2e partie : Pérennité de la tradition Sagesses Bouddhistes vous invite à la seconde partie du très beau documentaire de Christian Fienga, consacré au Monastère Dagpo Dratsang réimplanté en Inde, à l’initiative du Vénérable Dagpo Rimpoché, en particulier les locaux inaugurés à Kais en 2005. 

Dans ce vaste lieu très coloré et animé, comment les moines, les enseignants, les maîtres et disciples assurent-ils la pérennité de la tradition bouddhiste tibétaine, tout en s’adaptant au monde contemporain ? Réponses dans cette seconde partie.

Réalisation : Claude Darmon 

Présentation : Aurélie Godefroy  

 

 

 


 

Complément d'information

* Un "monastère" est une communauté de moines ou moniales, c'est-à-dire de personnes.

* Le monastère Dagpo Datsang (ou Dagpo Shedrup Ling, ou Lamrim Dratsang) a été fondé au 15ème siècle dans la région du Dagpo (sud-est du Tibet), par Djé Lodrö Ténpa (1402-1478), qui était un disciple de Djé Tsongkhapa, et lui a plus tard succédé à la tête des guélougpa, quand il a été choisi comme 7ème Ganden Tripa, abbé suprême de Ganden.


* La fondation de Dagpo Datsang est la concrétisation de la mission confiée par Djé Tsongkhpa à Djé Lodrö Ténpa : maintenir et diffuser l'enseignement du lamrim : les étapes de la voie qui aboutit et culmine en l'état de Bouddha. Il est en outre un monastère philosophique réputé.

 

* Avant 1959, Dagpo Datsang comptait environ 600 moines.
 

* Depuis 1959

** Au Tibet

Les moines restés au pays (la grande majorité) ont été persécutés, rendus de force à la vie laïque ou emprisonnés et astreints aux travaux forcés. Lors de la Révolution culturelle, les bâtiments ont été rasés.

Plus récemment, un petit groupe de moines a reconstitué une communauté et reconstruit un temple à proximité de l'ancien. Les chiffres actuels sont fluctuants, en fonction de la situation politique, peut-être entre 20 et 30 moines.


** En exil

Seulement un quinzaine de moines de Dagpo Datsang ont quitté le Tibet en 1959, puis quelques-uns depuis les années 80.  

Le plus influent et plus connu est le Vénérable Dagpo Rinpoche, qui est arrivé en France dès 1960, à l'invitation d'universitaires. Il n'a jamais cessé d'aider ses confrères de tous les moyens possibles.


Dans les années 1970, quelques moines ont recréé un embryon de communauté à Bomdila, au nord-est de l'Inde, mais c'est une région frontalière, d'accès très restreint pour des raisons politiques.

En 1981, la communauté s'est transplantée à Mainpat, mais l'accès s'y est avéré également très difficile, et en outre le site est insalubre (paludisme).


Un nouveau lieu d'implantation a donc été recherché, et en 2005 le nouveau complexe de bâtiment présenté dans le documentaire a été inauguré en présence de S S le Dalaï Lama, qui pour des raisons historiques (le 2ème Dalaï Lama exerça ce rôle jadis), a accepté le titre - honorifique - d'abbé. Dans les faits, la charge est assurée par le Vénérable Lochen Rinpoche, sorti du Tibet en 1987 (après avoir survécu à des années de travaux forcés dans son pays).


samedi 26 décembre 2020

La Guirlande des valeurs humaines de Dromtönpa (1005-1064)

Ô toi, le premier d’entre nous, les fils du septentrion !
Ayant voyagé par monts et par vaux, j’en ai vu,
Et j’en ai tant entendu.
Aussi mes propos font-ils mouche.

Est réputé sagace celui qui distingue le vrai du faux comme le front de la nuque.
En quelque lieu ou direction que tu te rendes,
En quelque site ou logis que tu t’établisses,
Avec qui que tu entres en relations ou que tu te trouves,
Se mettre en harmonie avec les autres constitue la base des valeurs humaines.
Ecoute l’avis que je vais là-dessus exposer.
Ecoute l’analyse des faits et gestes que je vais mener.
Ecoute l’instruction, qui apaise dieux et nagas, que je vais délivrer.
D’entre les valeurs, excellentes sont ces profondes valeurs humaines.

A l’intention de qui que tu te donnes du mal,
Ne t’en targue point et ne maugrée guère.
Quoi que tu entreprennes ou accomplisses,
Conforme-toi aux usages.
Pour nombreuses que soient tes qualités,
Ne rabaisse guère les autres ni ne les dédaigne.
Même si intense est ton attachement envers tes possessions,
Ne prends guère de privautés avec les biens d’autrui.
Si doué que tu sois en actes, moyens ou desseins,
N’enfreins guère la règle générale.
Alors même qu’il s’agit de biens acquis par toi-même,
Dissimule-les en public et n’en fais guère étalage.
Même si tu es considéré par tous comme un homme de bien,
N’aie guère cet orgueil qu’est l’infatuation.
Même si tu es infiniment supérieur à tous,
Dissipe le moindre sentiment de supériorité.
Alors même que tu es sollicité en tant que guide spirituel,
N’aie guère de dédain pour quiconque, lettré ou inculte.
Même s’il n’est personne qui te soit supérieur,
Mets-toi tout en bas et rends-toi accessible.
Pour exécrable que soit le chef d’aucuns,
Avec déférence rends salut pour salut.
Sitôt qu’apparaîtrait quelqu’un qui serait ton égal,
Accorde-lui la place d’honneur et traite-le avec respect.
A qui demande l’enseignement, qu’il soit lépreux ou mendiant,
Expose abondamment les instructions, et ce au milieu de tous.
Et si c’était pour te déprécier ou encore te tester,
Soigne ton discours, exceptionnellement sublime.
Même si offrandes et services dévoués t’échoient justement,
N’y prête pas attention et mets tout le monde à égalité.
Dès lors qu’il conviendrait de garder le secret,
Demeure silencieux comme si tu étais muet.

Ceci était un exposé rudimentaire des généralités.
Comme je vais encore ouvrir mon cœur, veuille écouter.
Chercher une entente avec les ennemis est plus profond.
Taire à son fils ce qui est confidentiel est plus sûr.
Garder ses prières dans sa gorge est plus pieux.
Celer les torts de part et d’autre est plus sage.
Creuser ses propres fautes est plus sage.
Ne pas faire état des erreurs d’autrui est mieux.
Avec cœur prendre soin de ceux qui s’en remettent à vous est le plus remarquable.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille encore écouter.
Dès la première rencontre parler à cœur ouvert est une erreur.
Sans vérification, accorder sa confiance est une erreur.
Si l’on s’est trompé en vérifiant, continuer est une erreur.
Charger de tâches des gens sans scrupules est une erreur.
Faire communauté de biens avec des gens qui ne vous aiment pas est une erreur.
Prendre pour disciple quelqu’un alors qu’il est dénué de foi est une erreur.
Considérer comme maître quelqu’un alors qu’il est dénué de compassion est une erreur.
Prendre pour ami quelqu’un d’infidèle et sans honte est une erreur.
Prodiguer des conseils à qui n’écoute pas est une erreur.
Solliciter un avis clairvoyant à qui ne sait pas est une erreur.
Une fois qu’on sait que ce sont des erreurs, si l’on ne s’en garde pas encore,
Alors on doit savoir que l’on est insensé.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Au moment de consommer le repas, tout le monde est de bonne composition ;
Après trois jours passés ensemble, nombreux sont ceux qui démasquent leurs défauts.
Proches ou inconnus, si, sans attendre que se soit écoulé un an,
On leur confie des tâches, on s’en repent promptement.
Faire état des défauts qui nous apparaissent en autrui est déplorable.
Rien que d’y penser est perturbant.
En parler à deux est dévastateur.
Qu’on en parle à trois, et le vent propage la rumeur.
Si on ne l’énonce pas et que ça se dissipe dans le vide, c’est mieux avisé.
Si, par divers moyens, on comprend ce que sont les impairs sur le plan oral, il y a de quoi rire.
Si on s’abandonne aux doutes, les démons sont ravis.
Si on prend un fléau pour un ami, c’est la plus grande erreur qui soit.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
N’aie pas trop d’attachement pour la nourriture ; fais-en don.
N’aie pas trop d’avarice envers les possessions ; fais-en offrande.
Ne change pas trop de physionomie ; sois souriant.
Ne lèse pas trop les ennemis tout en favorisant les amis ; cultive une complète égalité.
N’encense pas trop ton entourage ; garde cela en ton for intérieur.
Ne jette pas trop l’anathème promptement ; mets habilement à l’écart.
Ne fais pas trop de promesses à quiconque ; tiens-les.
Ne donne à personne de mauvais conseils ; prodigues-en de bons.
Si tu as failli, ne te laisse pas écraser par le regret ; garde-toi de recommencer.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Se plaindre revient à héler les ennemis ; mets-y vraiment fin.
Les activités multiples commandent les ennuis ; mets-y vraiment fin.
Abondance d’idées perturbe les desseins ; mets-y vraiment fin.
Un mauvais caractère, c’est comme un rassemblement d’ennemis ; mets-y vraiment fin.
Les chimères et autres superstitions sont une halle aux démons ; mets-y vraiment fin.
Un mauvais entourage est source de discrédit ; mets-y vraiment fin.
Les mauvais amis sont causes de regrets ; mets-y vraiment fin.
Les mauvaises contrées sont des spirales de maux ; mets-y vraiment fin.
Les affaires du monde sont des entraves aux pieds ; mets-y vraiment fin.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Quand les cinq dégradations des temps de dégénérescence prennent de l’ampleur,
Le démon qui fait obstruction à tous les pratiquants, c’est d’avoir de l’attachement pour les uns et de l’aversion pour les autres.
Où que tu ailles, modère la partialité.
Quoi que tu fasses, mets-toi au dernier rang.
Les plaines du lointain Népal sont de climat chaud.
Prends garde à ce que tu y boiras pour te désaltérer.
Lateu, dans le sud, abrite des créatures redoutables ;
Prends garde aux maléfices haineux.
A Nyangchab, dans le nord, les commérages vont bon train,
Prends garde aux interminables bavardages.
Au Tibet, le Royaume des morts, il n’est ni honte, ni fidélité ;
Agacé, prends garde à la colère.
De nos jours, les gens sont inconstants ;
Prends garde aux beaux parleurs.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Ne perds pas tes espoirs et ta confiance en la déité tutélaire,
Mais n’attends pas grand chose des hommes en ces temps funestes.
Ne lésine pas tes scrupules ni ta fidélité envers tes compagnons.
Qu’ils agissent bien ou mal, fais peu de remarques.
Ne remets pas à plus tard les « blanches » activités [ bénéfiques ],
Mais engage-toi dans la pratique de l’excellente voie.
Ne recherche point trop la facilité dans toutes tes entreprises,
Mais, par les trois portes [corps, parole, esprit], fais preuve de respect envers tes maîtres.
En résumé, érige en couronnes tous les grands de ce monde.
Prends soin des humbles comme pour les préserver du fil de l’épée.
Sois de compagnie cordiale avec les égaux, comme les bœufs d’un même attelage.
En toute activité, n’aie guère d’attente personnelle.
En toute entreprise, privilégie le bien collectif.

Les conseils que je t’ai ainsi dispensés,
Ne les regarde pas comme l’oiseau sa coquille.
Transcris en landza* ces excellentes paroles,
Et dans la solitude contemples-en le grandiose spectacle.
Si tu parviens à les appliquer, tout te réussira.

De ce jour et au fil de toutes nos vies,
Puissions-nous œuvrer ensemble afin de guider les êtres jusqu’au bonheur.
Reprenons avec allégresse les prières mêmes
Que formula Samanthabhadra.»

(landza : écriture népalaise)

jeudi 24 décembre 2020

Meilleurs vœux

 En ce soir de Noël, revoici La Prière de Saint François, 
qui me semble exprimer à merveille l'idéal du bodhisattva :

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l'amour.
Là où est l'offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l'union.
Là où est l'erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l'espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant à
être consolé qu'à consoler,
à être compris qu'à comprendre,
à être aimé qu'à aimer.

Car c'est en se donnant qu'on reçoit,
c'est en s'oubliant qu'on se retrouve,
c'est en pardonnant qu'on est pardonné,
c'est en mourant qu'on ressuscite à l'éternelle vie.

Vœux du Vén Dagpo Rinpoche

 Messages de voeux pour Noël et le jour de l'an. Enregistrement du 24 décembre, à Veneux-Les Sablons.

 


 

lundi 21 décembre 2020

Les études dans un monastère philosophique 2

Survol non exhaustif du programme
 
* bsdus grva བསྡུས་གྲྭ
Avant d'aborder l'étude des 5 grands domaines au travers des traités composés par des pandits indiens, les Tibétains qui entament l'étude de la philosophie étudient les bases dans des classes appelées bsdus grva བསྡུས་གྲྭ : "classes qui condensent" (tous les sujets à approfondir par la suite).
Le nombre d'années consacrées à l'acquisition de cette vue d'ensemble varie de 3 à 5 ans selon les monastères :
 
bsdus chung : classe inférieure
Grandes classifications générales ; définitions des termes principaux.

- bs
dus 'bring : classe médiane
Étude du blo rig : l'esprit et les perceptions

-
bsdus che : classe supérieure
Étude du rtags rigs : étude des raisonnements et démonstrations (syllogismes, etc.) 

* grub mtha' : les 4 systèmes philosophiques
 
* sa lam : les terres et les chemins (selon les sutras), menant à la libération et à l'éveil.
 
* bsam gzugs : les dhyana et samapatti - sphères de concentration des mondes de la forme et du sans-forme.
 
° tshad ma, en sanskrit pramana
L'étude de la logique - pramana - se fait en parallèle avec les 4 autres domaines, et non dans des classes dédiées.
 
° phar phyin, en sanskrit paramita :  
 
* don bdun bcu : 70 points traités dans L'Abhisamayalamkara (commentaire du Sutra de la sagesse), répartis en sagesses de la base, sagesses de la voie, sagesses liées à l'omniscience.
 
- skabs dang po : 1er chapitre de L'Abhisamayalamkara
 
- skabs bzhi pa : 4ème chapitre de L'Abhisamayalamkara 

- skabs brgyad pa : 8ème chapitre de L'Abhisamayalamkara
 
- rten 'brel : l'interdépendance 

- dge 'dun nyi shu : les 20 sanghas

- kun gzhi : l'alayavijnana - la conscience tréfonds

- drang nges : sens à interpréter / sens certain
 
° dbu ma, en sanskrit madhyamika 
 
° mdzod,  en sanskrit abhidharma

° 'dul ba, en sanskrit vinaya

Les études dans un monastère philosophique 1

Le socle commun avec les autre monastères est composé par l'apprentissage de la lecture et désormais de l'écriture (dans le Tibet d'autrefois, il était fréquent de savoir lire, mais pas écrire, le papier étant très rare), puis de la mémorisation des prières et rituels quotidiens.
Le programme de philosophie couvre 5 domaines, connus sous la dénomination trompeuse de les cinq Grands Traités :
– La logique, parfois appelée en français « la connaissance valide » - pramana. Texte racine : Pramanavarttika de Dharmakirti ; etc.. ;
– La perfection de la sagesse – paramita
. Texte racine : Abhisamayalamkara transmis par Maitreya et Asanga et ses commentaires ;
– La voie du milieu – madhyamika
. Texte racine : Madhyamakavatara de Candrakirti, etc. ;
– La phénoménologie – abhidharma
. Texte racine : Abhidharmakoska » Vasoubandhu, etc. ;
– La règle monastique – vinaya
. Texte racine : Vinayasoutra Gunaprabha, etc. 
Bien que tous les collèges philosophiques étudient pareillement les cinq Grands Traités, ils ne les répartissent pas exactement de la même manière et peuvent avoir un sujet de prédilection. Ainsi, Ganden Jangtsé brille-t-il particulièrement dans le domaine du madhyamika, tandis que Gomang est réputé pour son étude des paramita, etc.

      Ganden Jangtsé comporte treize classes : 
trois pour la logique élémentaire, bsdus grva (sur une durée de trois ans) ; 
six pour les paramita (six ans) ; 
deux pour le madhyamika (un an dans la première classe ; 
de trois à dix ans dans la seconde) ; 
une pour l’Abhidharma (au moins trois ans) ; 
une classe pour le Vinaya (environ 5 ans).

      Il est dit que le parcours le plus rapide pour un moine qui n’est pas un tülku (lequel bénéficie en général de privilèges - mais guère à Dagpo Datsang) est de dix-sept ans, mais il est extrêmement rare d’aller aussi vite du fait des quotas annuels instaurés : une fois dans l’ultime classe, il faut attendre son tour, et si les promotions précédentes étaient nombreuses, l’attente peut être très longue, mais c’est considéré comme bénéfique pour bien assimiler.

      Par comparaison, à Séra Jé, il y a trois classes de logique élémentaire (trois ans), cinq de paramita (cinq ans) ; deux de madhyamika (deux ans chaque, soit quatre ans) ; deux d’Abhidharma (quatre ans) ; une de Vinaya (durée variable). 
À Séra Med, une classe de logique, six de paramita, deux de madhyamika, deux de vinaya et deux d’Abhidharma.

     
À Gomang, il y a cinq classe de logique élémentaire, quatre de paramita, deux de madhyamika, deux de vinaya et deux d’Abhidharma.

      Les moines qui accomplissent le cursus complet se voient décerner un titre : Géshé au Tibet central ; Kachèn à Tashi Lhunpo ; Rabchampa à Dagpo Datsang. 
    La tradition date de bien avant Djé Rimpotché. Elle remonte au 12ème siècle et a été instaurée par le sixième abbé de Sangpu, Chapa Chökyi Sanggé (1109-1161). Fin du 14ème siècle, trois titres étaient décernés à ceux qui accomplissaient un véritable circuit dialectique, soutenant des débats dans les monastères réputés de l’époque, d’obédience sakyapa ou kadampa. S’ils n’avaient discuté que des paramitas, ils devenaient Rabchampa ; s’ils avaient abordé quatre domaines hormis pramana, ils étaient appelés "Ka zhipa", et s’ils avaient débattu des cinq au complet, "Ka chupa". L’expression de Ka chupa date apparemment de l’époque de Gyèltsap Djé. 

      Les géshé du Tibet central comportent en fait toutes sortes de niveaux, dont les plus connus sont les suivants : géshé lharampa ; géshé tsok-rampa ; géshé lingsé ; géshé rik-rampa et géshé dorampa, par ordre décroissant.
      « Lharampa » est la contraction de « Lhadèn rabchampa », « docteur de Lhasa ». La tradition remonte au 1er Panchen lama, Losang Chökyi Gyèltsèn (1570-1662), réincarnation du fameux Énsapa Losang Döndrup et tuteur du 5ème Dalaï-lama qu’il reconnut en 1622. Lors d’une période de conflit entre le Tsang et le Tibet central, de 1613 à 1618, le
1er Panchen lama remplaça le Ganden Tripa et dirigea donc la Grande Prière. A cette occasion, en vue d’inciter à l’étude des cinq domaines, il fit soutenir des débats par les candidats les plus brillants des grands monastères.

      Jusqu’en 1959, pour présenter les ultimes examens au Jokhang au milieu des milliers et milliers de moines rassemblés, seize candidats étaient chaque année sélectionnés par les abbés des sept collèges philosophiques : les deux de Ganden, les deux de Séra, les trois de Drépung ainsi que Ratö, à raison d’un candidat pour Ratö, deux pour chacun des autres, le dernier par l’un des six collèges des trois piliers, à tout de rôle. Prévenus au moins un an à l’avance, ils étaient astreints à une préparation intense avec obligation de présence et de participation active à tous les débats internes et externes douze mois durant. L’enjeu n’était plus le titre de géshé lharampa, d’ores et déjà acquis, mais le rang décerné, de premier à septième, qui n’était pas un classement des candidats de l’année entre eux, mais avait une portée plus générale, tant et si bien qu’il pouvait y avoir plusieurs ex æquo ou au contraire des rangs non pourvus : aucune premier mais trois deuxième, ou le contraire, etc.

 

vendredi 18 décembre 2020

Documentaire sur Dagpo Datsang

Annonce 

Deux émissions des Sagesses bouddhistes seront consacrées à un documentaire sur le monastère Dagpo Datsang, implanté en Inde, à Kais, dans la vallée de Kullu.

Réalisation   : Christion Fienga 

Présentation : Aurélie Godefroy

Dimanche 20 décembre 2020  de 8h30 à 8h45                     
Dagpo Dratsang, un monastère tibétain en Inde
1ère partie : L’histoire

Dimanche 27 décembre 2020  
de 8h30 à 8h45                                  
Dagpo Dratsang, un monastère tibétain en Inde
2ème partie : Pérennité de la tradition

jeudi 17 décembre 2020

De l'intérêt des Français pour le bouddhisme

 Reportage BFMTV 2016

Le bouddhisme est devenue la quatrième religion dans l'Hexagone. Séduits entre autre par la figure du Dalaï-Lama et son pacifisme, près de 600.000 Français sont désormais des adeptes de la religion. Les salles de prière doivent même s'agrandir.

 


 

mercredi 16 décembre 2020

Communauté bouddhiste

Joyau du Sangha : soit un arya, soit une communauté d’au moins 4 bhikshus.

Une communauté monastique bouddhiste est régie par le Vinaya.

À l'origine, c'est à dire du temps du Bouddha, il n'y avait qu'un seul Vinaya, puis dix- huit branches sont apparues, selon les textes anciens.

De nos jours, sur les dix-huit, il n'en reste que trois :

- Theravada Vinaya : pays de Sud-Est asiatique (Thaïlande, Cambodge, etc.) (NB Dans ces pays, les lignées d'ordination féminine ont disparu depuis très longtemps)

- Dharmaguptaka Vinaya : Chine, Corée, Vietnam (au Japon, il a été aboli au XIXème siècle, lors de la persécution anti-bouddhiste)

- Mūlasarvāstivāda Vinaya : Tibet et pays limitrophes, dont la Mongolie, le Bhoutan, etc.

Les différents niveaux d'engagement et d'ordination

  Les niveaux d’engagements pratimoksha (concourant à la libération)

Niveaux

Theravada 

Vinaya

Dharmaguptaka

Vinaya

Mūlasarvāstivāda

Vinaya

Mūlasarvāstivāda

Vinaya




Upavasatha / 24h

8

8

8

 

 

 

Laïcs

Upasaka

1 à 5 vœux

1 à 5

1 à 5

Upasika

1 à 5

1 à 5

1 à 5

Pravajita

Entrée en religion

10

10

10

 8 ans minimum

Shramanera

36

36

36


Shramanerika

36

36

36


Shikshamana

48

48

48

Durée de 2 ans

Bhikshu

227

250

253

20 ans minimum

Bhikshuni

311

348

364

20 ans minimum

mardi 15 décembre 2020

Ananda, un novice, vraiment ?

Le nom d'Ananda vous est dans doute familier : apparenté au Bouddha Shakyamouni, il l'a servi fidèlement des années durant. Saviez-vous qu'Ananda est resté shramanera (getshul) jusqu'au passage en nirvana du Maître ? Ce n'est qu'après la disparition de celui-ci qu'il est devenu bhikshu (gelong), soit des dizaines d'années après être entré en religieux. Alors, traduire "shramanera" par novice ...

lundi 14 décembre 2020

31 ans après

 La Communauté Tibétaine de France vous invite à assister à une cérémonie à l'occasion du 31e anniversaire du Prix Nobel de la Paix décerné à sa Sainteté le Dalaï Lama le 10 décembre 1989 à Oslo, en présence du président du gouvernement Tibétain en exil dr Lobsang Sangay et d’invités prestigieux qui témoigneront de leur amitié à Sa Sainteté le Dalaï Lama. Par ailleurs, l'Administration centrale tibétaine a consacré l'année 2020 comme Année de gratitude à Sa Sainteté le Dalaï Lama. 

Dans le cadre de cette célébration, la CTF souhaite rendre un vif hommage au Dalaï Lama et exprimer sa sincère gratitude pour ses nombreux engagements humanistes et les devoirs auxquels Sa Sainteté le 14ème Dalaï-Lama s'est engagé : Préserver et promouvoir les valeurs humaines fondamentales, une meilleure compréhension et harmonie entre les religions du monde, la paix et le principe de non-violence, la protection de l'environnement et la promotion du dialogue entre la science et la religion. 

 Invités : le vénérable Dagpo Rinpoché, le moine bouddhiste Matthieu Ricard, la députée Elisabeth Toutut-Picard, présidente du groupe d’études sur le Tibet à l’Assemblée nationale, la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio, présidente du groupe d’information internationale sur le Tibet au Sénat, Jean-Luc Romero-Michel, adjoint à la Maire de Paris, Namgyal Samdup, secrétaire du bureau du Tibet à Paris, Pema Jungney, président du parlement tibétain en exil, et Tashi Phuntsok, représentant du Dalaï Lama en Europe.


 

jeudi 10 décembre 2020

Insaisissable temps

 Le temps qui passe, vu par André Gide.

Le temps s'est écoulé comme une rivière, je ne l'ai pas vu passer !
J'ai compté mes années et j'ai découvert que j'ai moins de temps à vivre ici que je n'en ai déjà vécu.
Je n'ai désormais pas le temps pour des réunions interminables, où on discute de statuts, de règles, de procédures et de règles internes, sachant qu'il ne se combinera rien...
Je n'ai pas le temps de supporter des gens absurdes qui, en dépit de leur âge, n'ont pas grandi.
Je n'ai pas le temps de négocier avec la médiocrité. 

Je ne veux pas être dans des réunions où les gens et leur ego défilent.
Les gens ne discutent pas du contenu, à peine des titres
Mon temps est trop faible pour discuter de titres.
Je veux vivre à côté de gens humains, très humains.
Qui savent sourire de leurs erreurs.
Qui ne se glorifient pas de victoires.
Qui défendent la dignité humaine et qui ne souhaitent qu'être du côté de la vérité et de l'honnêteté.
L'essentiel est ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue.
Je veux m'entourer de gens qui savent arriver au cœur des gens.
Les gens à qui les coups durs de la vie ont appris à grandir avec des caresses minces dans l'âme.
Oui... J'ai hâte... de vivre avec intensité, que seule la maturité peut me donner.
J'exige de ne pas gaspiller un bonbon de ce qu'il me reste...
Je suis sûr qu'ils seront plus délicieux que ceux que j'ai mangé jusqu'à présent - personne n'y échappe, riche, pauvre, intelligent, démuni ...


La compassion pour survivre

 La nécessité de la compassion pour la survie de l'humanité

Sa Sainteté le Dalaï-Lama engage un dialogue virtuel sur la nécessité de la compassion pour la survie de l'humanité avec le Dr Sanjay Gupta, correspondant médical en chef de CNN, et Mme Melani Walton de la Fondation Rob et Melani Walton, organisé par le Centre pour la science contemplative et l'éthique basée sur la compassion de l'Université Emory depuis sa résidence à Dharamsala, Inde, le 9 décembre 2020.  


 

L'hymne à l'interdépendance

 L'Hymne à la production dépendante et l'Exposition concise du chemin vers l'éveil

Sa Sainteté le Dalaï-Lama donne un enseignement virtuel sur l'ouvrage de Tsongkhapa, l'Hymne à la production dépendante et l'Exposition concise du chemin vers l'éveil, depuis sa résidence à Dharamsala, Inde, le 10 décembre 2020.

 


Vers 00:02:08, 00:21:10, 01:04:35 etc. : vignettes d'auditeurs un peu partout dans le monde, dont le Vén. Dagpo Rinpoché (88 ans, France) et le Vén. Khyongla Rinpoché (environ 97 ans, actuellement à Dharamsala).

Les 4 engagements de SS le Dalaï lama

 En français

 


 

The virtual talk series on His Holiness the Dalai Lama’s four principal commitments is an initiative by the Department of Information and International Relations as part of the celebration of the year 2020 as the 'Year of Gratitude to His Holiness the Dalai Lama' by the Central Tibetan Administration. 

This panel features a talk in French language by Mathieu Ricard, Scientist, Writer, Translator and Recipient of French National Order of Merit, Claire Charpentier, Disciple of Dagpo Rinpoche, Paris, France, Lola Rose, Official French interpreter of His Holiness the Dalai Lama and Chandra Pelle, Cultural Director of French Center in Gujarat, Disciple of Dagpo Rinpoche, Paris, France.

 

Vu sur le site de SS 14ème Dalaï-Lama

Premièrement, en tant qu'être humain, Sa Sainteté encourage les gens à être heureux, en les aidant à comprendre que si leur esprit est contrarié, le simple confort physique ne leur apportera pas la paix, mais si leur esprit est en paix, même la douleur physique ne perturbera pas leur calme. Il préconise la pratique du bon cœur et des valeurs humaines telles que la compassion, le pardon, la tolérance, le contentement et l'autodiscipline. Il dit qu'en tant qu'êtres humains, nous sommes tous les mêmes. Nous voulons tous le bonheur et ne voulons pas souffrir. Même les personnes qui n'ont aucune croyance religieuse gagnent à intégrer ces valeurs humaines dans leur vie. Sa Sainteté se réfère à des valeurs humaines telles que l'éthique séculière ou les valeurs universelles. Il s'engage à parler de l'importance de ces valeurs et à les partager avec tous ceux qu'il rencontre.


Deuxièmement, en tant que moine bouddhiste, Sa Sainteté s'engage à promouvoir l'harmonie entre les traditions religieuses du monde. Malgré les différences philosophiques qui les séparent, toutes les grandes religions du monde ont le même potentiel de nous aider à être des meilleurs êtres humains. Il est donc important que toutes les traditions religieuses se respectent mutuellement et reconnaissent leurs valeurs respectives. L'idée qu'il y a une vérité et une religion est pertinente pour le pratiquant individuel. Cependant, en ce qui concerne la communauté au sens large, dit-il, il est nécessaire de reconnaître que les êtres humains observent plusieurs religions et plusieurs aspects de la vérité.


Troisièmement,
Sa Sainteté est un Tibétain et, en tant que « Dalaï-Lama », il concrétise l'espoir et la confiance du peuple tibétain. Par conséquent, il s'engage à préserver la langue et la culture tibétaine, le patrimoine tibétain reçu des maîtres de l'Université Nalanda de l'Inde, tout en défendant la protection de l'environnement naturel du Tibet.


Quatrièmement, Sa Sainteté a récemment parlé de son engagement à raviver la réalisation de la valeur de la sagesse ancestrale de l'Inde chez les jeunes Indiens d'aujourd'hui. Sa Sainteté est convaincu que la riche compréhension ancestrale indienne du fonctionnement de l'esprit et des émotions, ainsi que les techniques d'entraînement mental, telles que la méditation développées par les traditions indiennes, sont d'une grande pertinence aujourd'hui. L'Inde ayant une longue histoire de développement de la logique et du raisonnement, il est convaincu que son savoir ancestral peut tout à fait être combiné avec l'éducation moderne à un niveau séculier et académique. Il considère que l'Inde a, en fait, une place privilégiée qui lui permet de combiner les sagesses anciennes et modernes avec succès pour promouvoir au sein de la société contemporaine un mode de vie plus intègre et plus éthique dans le monde.

 

lundi 7 décembre 2020

Jé Tsongkhapa 1357-1419

 Émission Sagesses bouddhistes 2012

Invitée : Françoise Wang Toutain, sinologue et tibétologue, chercheuse au CNRS, retrace la vie d'un grand maître tibétain du XIVème siècle :  Djé Tsongkhapa (1357 - 1419), fondateur de l'école tibétaine des gélugpa ("les vertueux").

 


Conférence donnée par Françoise Wang à l'Institut Vajra Yogini le 21 décembre 2019 


 

Voir :

Djé Tsongkhapa Rencontre avec un Maître remarquable, par Françoise Wang, Editions Détchène Eusèl Ling

jeudi 3 décembre 2020

L'interdépendance, par Ven Dagpo Rinpoché

 Conférence du Vénérable Dagpo Rinpoché sur "L 'interdépendance", 

lors de la journée Portes Ouvertes de l'institut Guépele, en juin 2012.

 


 

mardi 1 décembre 2020

L'union fait la force

« Individuellement nous sommes une goutte d'eau, ensemble nous sommes l'océan »

Ryunosuke Satoro (poète japonais)

Ganden Namchö

 En 2020, le Ganden Namchö (dGa' ldan lnga mchod) tombe le jeudi 10 décembre.


Le Ganden Namchö, le 25ème jour 10ème mois lunaire, est la commémoration du passage en nirvana de Je Rinpoche, c'est à dire Je Tsongkhapa, fondateur du monastère de Ganden (dGa' ldan) et partant de l'école des dGa' ldan pa, également connus sous les noms de dGe lugs pa (prononcé guélougpa : "Vertueux"), ou encore de bKa' gdams gsar ma ba (c'est à dire "Nouveaux Kadampa"), et ce donc depuis le début du XVème siècle, le monastère de Ganden ayant été fondé en 1409. 
Que faire ? Par exemple :
- allumer des lumières (sous n'importe quelle forme) ;
- réciter le "miktséma" - dmigs brtse ma -, en hommage à Je Rinpoche ;
- réciter le Ganden lhagyama (dGa' ldan lha brgya ma), guruyoga invoquant Je Rinpoche ;
- lire une biographie de Je Rinpoche et formuler des voeux pour suivre ses traces.

Ne pas oublier de souhaiter la Bonne Année aux amis mongols bouddhistes, qui depuis des siècles célèbrent à cette occasion la nouvelle année.