France
Route de La Ceintures du Lac Daumesnil 75012 - Paris;
Metro: Porte Dorjee. Contact - 0680729054
Belgium
Ireland
Le blog de MSB. Indications historiques, anecdotiques voire doctrinales sur le bouddhisme.
L'époque est morose.
Comment renforcer le bon sens et surmonter la susceptibilité ?
C'est sûrement possible. Même de nos jours !
Si on cherche dans les outils du bouddhisme, sans doute que des réflexions et méditations portant - par exemple (liste non exhaustive) - sur l'impermanence, la loi de causalité, ou encore le non-soi, ou l'autochérissement, la bienveillance des autres êtres à notre égard, la gratitude envers eux, cela pourrait aider un peu.
La patience aussi, sans doute.
Enseignements au monastère de Shedrub Choekhor Ling (Mont Salève) les 4 et 5 juin 2022
Par Geshe Losang Tenzin, moine de Dagpo Datsang
དྭགས་པོ་ཆོས་བཞི།
Les 4 Dharma de Gampopa (1079-1153)
1. བློ་ཆོས་སུ་འགྲོ་བར་བྱིན་གྱིས་བརླབས་ཏུ་གསོལ།
Afin que mon esprit s’oriente vers le Dharma, veuillez m’accorder votre bénédiction.
2. ཆོས་ལམ་དུ་འགྲོ་བར་བྱིན་གྱིས་བརླབས་ཏུ་གསོལ།
Afin que ma
pratique du Dharma devienne Voie (d’éveil), veuillez m’accorder votre
bénédiction.
3. ལམ་འཁྲུལ་པ་སེལ་བར་བྱིན་གྱིས་བརླབས་ཏུ་གསོལ།
Afin que
la Voie dissipe toute perturbation (erreur) en mon esprit, veuillez m’accorder
votre bénédiction.
4. འཁྲུལ་པ་ཡེ་ཤེས་སུ་འཆར་བར་བྱིན་གྱིས་བརླབས་ཏུ་གསོལ།
Afin que mes
perturbations mentales se transmuent en sagesse, veuillez m’accorder votre
bénédiction.
Le grand maître sakyapa Sachen Kunga Nyingpo (1092-1158) résume la voie spirituelle en ces quatre énoncés (mis en forme par Dakpa Gyaltsen, 1147-1216) :
Si je suis attaché à cette vie (principalement), je ne suis pas un pratiquant.
Si je suis attaché au samsara, je n'ai pas le renoncement.
Si je suis attaché à mon propre bien (principalement), je n'ai pas l'esprit d'Éveil.
Si j'ai la saisie du soi, je n'ai pas la vue (du non-soi).
Sachen Kunga Nyingpo est le fils du fondateur de l'école sakyapa (Khön Khönchog Gyalpo), 3ème chef de l'école (Sakya Trizin) et 1er des cinq grands Hiérarques de cette école.
Il est réputé - entre autres - pour avoir obtenu la vision directe du Bouddha Manjoushri en l'espace de six mois. Ce, alors qu'il était âgé de 12 ans.
Avec qui que je sois où que ce soit,
Puissé-je me voir comme inférieur à tous,
Et aux tréfonds de mon cœur, les autres,
Puissé-je les chérir suprêmement !
Dans L’Entraînement de l'esprit en huit stances, le géshé kadampa Langri Thangpa Dorjé Séng-gé (1054–1123) exhorte à laisser la première place à autrui, en toutes circonstances.
Tel est l'exemple donné par tant de Maîtres dont l'humilité n'a d'égale que la simplicité. Pour n'en citer que quelques-uns : Domtönpa au XIème siècle, mes Maîtres aujourd'hui - Rinpoche, Genlags...
Exemple magnifique, mais ô combien difficile à suivre.
Y parvenir requiert d'une part de bien réfléchir d'une part aux moult inconvénients millénaires de la tendance à se considérer (soi et les siens) comme sinon le centre du monde, du moins comme prioritaire, d'autre part aux multiples bienfaits de l'altruisme.
Les langues asiatiques aident à prendre du recul par rapport à "je" roi, en ce sens qu'elles comportent en général plusieurs niveaux de langage, de l'honorifique (envers autrui) au modeste (à propos de soi), en passant par le neutre (généralités, narrations objectives, etc.).
Ainsi, quand on s'adresse à ses Maîtres, à ses parents, à des aînés, etc., l'on est censé jongler entre les termes de politesse à leur propos, et les termes de modestie envers soi et assimilés.
Le Japon (et peut-être d'autres pays d'Asie ?) a la particularité de prôner les termes de modestie non seulement pour parler de soi, mais aussi des siens, y compris ses parents et autres proches - pas quand on s'adresse à eux, mais quand on parle d'eux.
En revanche, au Tibet, si j'ai bien compris, on se doit d'utiliser à propos des parents des termes honorifiques dans les deux cas.
Deux cultures, deux sensibilités, deux visions des rapports entre les êtres.
Le Pandit cachemirien (Khache Panchen) Śākyaśrībhadra, qui vécut de 1127 à 1225 et résida 10 ans au Tibet (1204-1214), tirait parti de toutes circonstances, conformément à l'éthique de bodhisattva.
Dans son commentaire de L'Entraînement de l'esprit en 7 points བློ་སྦྱོང་དོན་མདུན་མ་ (de Chekawa འཆད་ཁ་བ་ཡེ་ཤེས་རྡོ་རྗེ་, 1101-1175), Kyabje Trijang Dorjechang indique qu'une source de cette précieuse instruction est l'histoire de Maitrakanyaka (en pali Mittavindaka ; en tibétain མཛའ་བོའོ་བུ་མོ་).
La voici en très résumé :
Autrefois, dans la ville de Varanasi, vivait un riche chef de la caste des marchands maritimes, dénommé Maitra (mdza' bo), " Ami ". Comme ses collègues, son travail consistait à mener de périlleux voyages en mer pour aller chercher des pierres précieuses dans les îles.
Lorsque naquit un fils, dans l’espoir de le détourner de la dangereuse profession paternelle, les parents lui donnèrent le nom de Kanyaka, "Fille », d’où le surnom Maitrakanyaka, "Fille de Maitra".
Peu de temps après, Maitra mourut en mer. La mère éplorée fit tout ce qu'elle pouvait pour empêcher son fils de devenir à son tour capitaine, mais en vain. Maitrakanyaka ressentait l’appel du large et fermement décidé à prendre la mer, il fit secrètement des préparatifs. Alors qu’il était sur le point de quitter la maison, sa mère le surprit et elle s’agrippa à lui pour le retenir. Pour se dégager, Maitrakanyaka la bouscula, la fit chuter et il lui assena un violent coup de pied à la tête.
Quand il mourut, en résultat de ce karma noir, il chuta dans les royaumes des enfers, avec une roue de fer fichée dans sa tête qui tournoyait en lui causant d’atroces souffrances. Mais au cours de ses vies antérieures, Maitrakanyaka avait également accumulé de puissants mérites, tant et si bien qu’au lieu de le mettre en rage, la torture infligée par la roue suscita en lui une intense compassion quand il songea : « Dans les sphères du samsara, d’innombrables êtres souffrent comme moi pour avoir donné des coups de pied à la tête de leur mère. Que toutes leurs souffrances mûrissent sur moi et que je sois le seul à les supporter pour eux tous ! Que plus aucun être n'éprouve plus jamais une telle douleur dans aucune de ses vies ! »
Par la force de sa grande compassion et de ses vœux éminemment altruistes, instantanément la roue s'envola, il mourut en enfer et reprit naissance chez les devas.
Sources de l'histoire de Maitrakanyaka :
Avadana n° 36, qui illustre les conséquences du manque de respect envers les parents, et plus généralement des karma négatifs.