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samedi 8 août 2009

Hommage à Monsieur Fabre suite

Voici le mail par lequel mon regretté professeur, Monsieur Fabre, m'autorisait à poster ses poèmes sur ce blog, avec sa discrétion et sa modestie habituelles. C'était le 2 janvier 2OO8.
Je n'ai retiré que les noms de personnes.
Je poste aujourd'hui ce mail parce que je ne peux pas m'empêcher de repenser à lui. Et dire que le 9 juillet dernier, il m'écrivait qu'il allait mieux... Et m'invitait très gentiment chez lui.
Il est exact que le bouddhisme nous a rapproché.
En cours, jamais il ne nous a laissé deviner son intérêt pour la Voie. Il nous en parlait bien sûr, lors de ses cours de linguistique appliquée à la littérature japonaise classique, mais il n'aurait pas pu faire autrement, vu les textes abordés, imprégnés de pensée bouddhiste.
Ce n'est que longtemps après qu'il m'a confié avoir pris refuge auprès de Lama Tempa, un maître kagyupa qui réside en France depuis longtemps et passe quasiment tout son temps en retraite.
Bonsoir Marie - Stella,
Merci pour votre carte. C’est bien volontiers que je vous autorise à faire figurer mon poème sur votre blog. Comme tous ceux que je pourrais vous envoyer par la suite. Cela fait longtemps que j’écris des poèmes, essentiellement inspirés par le bouddhisme, mais je n’en parlais pas car je ne recherche ni la gloire littéraire ni les milieux littéraires qui, on le sait- et ce n’est pas l’unique cas -, ne sont que paniers de crabes. Mais si ma poésie peut aider à réfléchir, je veux bien la « révéler » ( ?!). Savez-vous que ce poème a une suite étonnante. Après l’avoir composé, je l’avais gardé pour moi, mais, ne voilà-t-il pas que, quelques semaines plus tard, une amie de Marseille m’a envoyé une de ses photographies : un chat marchant sur l’arête d’un toit couvert de neige ! Vous la connaissez peut-être, c’est elle aussi une de mes anciennes étudiantes en linguistique : F. D., maintenant Mme G., qui est en train de préparer une thèse.
Après une année plutôt « meurtrière », l’approche du nouvel an semble devenir plus sereine. Nous fêterons la Saint - Sylvestre à trois. Sans oublier nos deux chiennes Nine (rien à voir avec le chiffre anglo-saxon, ça veut dire « ma petite » en catalan), Roppongi et nos trois chats : SOS, Blitz et Mayday, les deux premiers recueillis mourant de faim dans des maisons abandonnées.
Je vous souhaite une Bonne Année et j’espère que le début de 2008 verra notre rencontre.
Cordialement
André

Le chant de la lune se reflétant dans mille fleuves

Le chant de la lune se reflétant dans mille fleuves

Se Co (roi de Corée)
traduit par : André Fabre
Collection : Le temps de la pensée
Paru le : 15/05/2008
EAN : 9782845213319
Présentation :
Le roi Sejong (1418-1450), quatrième monarque de la dynastie des Yi fondée en 1392, créa en 1420 le « Palais des Sages réunis », académie des lettres et des sciences à laquelle il confia plusieurs travaux, dont Le Reflet de la lune se reflétant dans les mille fleuves. Ce livre est donc le fruit du travail collectif d'une équipe de lettrés, mais le véritable inspirateur, instigateur et auteur de ce monument de la littérature coréenne classique est bien Sejong, le « Roi-Soleil du Matin calme ». Cet ouvrage fut écrit à la mémoire de sa mère, fervente bouddhiste, pour glorifier le Bouddha, à une époque où la classe dirigeante était confucéenne dans l'âme et n'avait que mépris pour le bouddhisme accusé d'être en partie responsable du déclin de la dynastie précédente.

dimanche 2 août 2009

Hommage à Monsieur Fabre

Quand j'étudiais le japonais aux Langues'O, j'ai eu pour professeur de linguistique puis de littérature japonaise classique Monsieur André Fabre, qui était avant tout un coréanologue émérite, mais qui avait beaucoup de cordes à son arc. En fait il était polyglotte et linguistique. Et informaticien : il est l'un des premiers aux Langues'O à avoir usé et abusé de cet outil redoutable qu'est un ordinateur. En prime, il avait énormément d'humour - fallait voir les textes qu'il nous donnait à convertir en phonétique !

Après avoir pris sa "retraite" en 1998, il était retourné au pays, à Perpignan, d'où il a continué à rayonner, participant à des colloques, rédigeant des manuels de langue coréenne ou de savants ouvrages historiques. il traduisit aussi des traités versifiés bouddhistes.
Et il composait des poésies, sur l'impermanence entre autres.

Il n'y a pas si longtemps que cela, avec son autorisation bien sûr, j'ai d'ailleurs publié sur ce blog de courts poèmes de sa plume.

Hélas, il nous a quittés dans la nuit du 27 au 28 juillet 2009.
Je vous serais reconnaissante de joindre vos prières aux miennes, pour mon cher professeur devenu un ami, et pour ses proches - dont ses chiens et chats : homme de coeur, il avait adopté plusieurs errants pas très "jojos", qui sans lui auraient vu "leurs souffrances abrégées" depuis belle lurette.

vendredi 4 janvier 2008

Méditation sur l'impermanence

"Point ne t'apitoie sur toi
Regarde ton cadavre de visage
Les stèles de tes dents de temple enfui
Tes yeux grenouilles privés de mare
Au vent blanchi des chevaux - cheveux
rebelles comme le Destin
Le piège des nuages inonde ton âme
Le clapotis des passions tressaute comme un squelette
Dans la lande de poussière
La lune n'est qu'un appât
Etre le chat
Qui marche sur la muraille de neige
Entre le Vide et le Plus Vide encore"


Poème composé par André FABRE dans le TGV vers Perpignan, le 16.12.04
* * *
S'il est une notion importante dans le bouddhisme, c'est bien celle d'impermanence , comme vous le savez.
Quand j'ai lu ce poème rédigé par l'un de mes chers professeurs des Langues'O, le Professeur émérite André Fabre, me sont aussitôt revenus en mémoire des bribes de chants entonnés par Jetsun Milarepa, quand il raconte que c'est par peur de la mort qu'il s'est enfui dans la montagne pour méditer, mais que désormais la mort peut venir : il ne la craint plus. Ou encore quand Milarepa souligne le fait quelque peu désagréable que notre cadavre n'est jamais bien loin de nous : il n'est autre que notre corps, privé du souffle vital.

Je profite de l'occasion pour rendre hommage à mes maîtres et professeurs, depuis l'école maternelle à aujourd'hui, et je suppose, jusqu'à ma mort.
Quand j'entends parler beaucoup d'autres personnes, de tous âges, qui se plaignent amèrement du corps enseignant, j'ose en général à peine prendre la parole, car en ce qui me concerne, je n'ai pour ainsi dire que des bons souvenirs... J'ai eu, je le confesse, d'excellents professeurs, dévoués et compétents.
Déjà, la directrice de l'école maternelle ! Nous l'aimions tant que les grands du C.P. que nous étions devenus se précipaient souvent dès la cloche de midi pour traverser un parc et quelques rues, et avoir le temps de la saluer à la sortie de la Maternelle quelques minutes plus tard (les Mamans n'ayant pas forcément le don d'ubiquité, les décideurs avaient aménagé intelligemment les horaires).

Quant aux Langues'O, qu'en dire, sinon que c'est là que j'ai rencontré Rinpoche ? D'où mon attachement éperdu à cette noble institution.
En section de japonais également, nous avons eu des enseignants remarquables, Asiatiques ou Occidentaux : Messieurs Mori, Origas, Fujimori ou Ninomiya pour ne citer que quelques noms. Et Monsieur Fabre.
Ce dernier enseignait principalement la langue et la culture coréennes - ses spécialités- , mais aussi la linguistique et la littérature japonaise classique. Et à ses moments perdus, l'informatique. Je l'ai donc retrouvé plusieurs fois dans des registres assez variés. D'aspect réservé, voire timide, il ne pouvait dissimuler longtemps son profond sens de l'humour, qui transparut pour nous dès le premier trimestre dans ses choix de textes pour nous entraîner à l'austère phonétique.
A la retraite depuis quelques années, il est retourné dans sa région natale, mais reste extrêment actif : si j'ai bien compris, il enchaîne conférences et publications, sans pour autant omettre l'essentiel : poésie et spiritualité.