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mardi 13 novembre 2018

Lama / tülku ou non

On entend parfois ce genre d'expression : C'est un grand Lama. Ce qui laisse à entendre que d'autres lama ne seraient pas si grands... Ce qui, je dois dire, me gêne un peu. Car sur quels critères se base-t-on pour de tels jugements ?

Prenons acte que cette expression existe et essayons de la comprendre.

Un grand Lama, c'est sans doute d'abord un pratiquant et un maître dont les qualités sont tellement évidentes qu'elles éblouissent les êtres ordinaires alentours, pourtant fortement aveuglés par leur ignorance et leurs voiles karmiques (n'oublions pas que, selon le bouddhisme, la perception de chaque être dépend somme toute plus de ses karma que des objets "extérieurs", au point que les cittamatrin nient jusqu'à l'existence des objets extérieurs à l'esprit).
Un grand Lama n'est donc pas obligatoirement un personnage riche ou d'un haut rang social. Souvent, d'ailleurs, il fuit les hochets de la notoriété profane. Pour prendre quelques exemples, citons Dromtönpa, Milarepa ou encore Ensapa.

Un grand Lama est-il toujours un haut dignitaire religieux, supérieur de moult communautés ?
Cela peut arriver, quand il le juge nécessaire. Mais c'est loin d'être systématique.
Bien des grands Lamas sont des anachorètes "asociaux". Rien de plus normal : ils prennent le contre-pied des conventions de ce bas-monde (ambitions, compétitions, pouvoir politique, richesses matérielles et autres vanités fondées sur l'intérêt personnel).
Notons au passage que tous les grands Lamas ne sont pas des moines - beaucoup sont laïcs. Et il se trouve même des femmes en leur sein (Cf. Machik Labdrön, qui n'est pas une exception unique) !

Quand même, ne peut-on concevoir une hiérarchie, avec par exemple en un le Dalaï lama, en deux le Panchen Lama, etc. ?
Ce genre de hiérarchie existe bien sûr, mais elle n'a de valeur que politique. Rien ne la justifie sur le plan spirituel : qu'est-ce qui permettrait d'affirmer qu'un Bouddha l'emporterait sur l'autre ? Idem pour leurs émanations. Car des émanations d'Avalokiteshvara, c'est qu'il y en a beaucoup, outre les Dalaï lama et les Karmapa.

De toute façon, pour le pratiquant, le Lama le plus important est son propre Maître, et personne d'autre.

Toute société éprouvant le besoin de règles et d'un cadre structuré, il était cependant inévitable que les Tibétains établissent une hiérarchie parmi les lama, en mettant au sommet ceux qui sont le plus en vue, c'est-à-dire ceux qui, au cours de l'histoire, ont eu le plus de contacts avec les gouvernants chinois ou mongols.
Chacun sait que le titre "dalaï lama" est d'origine mongole et a été décerné au 3ème du nom par le grand Khan de l'époque, lequel avec largesse a englobé les deux prédécesseurs immédiats.

Lors d'une cérémonie dans un temple tibétain, comment sont placés les lama (sauf quand exceptionnellement un Maître de caractère du genre de Dagpo Lama Rinpoche ou Tag-ri Rinpoche imposent l'application scrupuleuse des règles du Vinaya).
Les lama sont classés enfonction de cinq catégories :
1. Les rgyal sprul : incarnations de rois du Tibet.
2. Les ho thog thu : incarnations d'empereurs mandchous, de Dalaï lama et de Panchen Lama.
3. Les tshogs chen sprul sku
(les tulkou de la grande assemblée, c'est-à-dire du monastère entier tous collèges confondus) : lama réincarnés qui ont obtenu du gouvernement (contre le versement d'offrandes matérielles aux membres dudit gouvernement) le privilège d'être intronisés dans le temple principal du monastère, et non pas dans le temple d'un des collèges (comme c'est le cas des grva tshang sprul sku). Dans certains collèges comme Drepung Loseling, la hiérarchie interne parmi les tshogs chen sprul sku est basée sur le montant des dons effectués par le lama lors de son intronisation.
4. Les Khri sprul : incarnations de Ganden Tripa (le rang qui leur est concédé démontre assez clairement que les critères retenus ne sont guère d'ordre spirituel).
5. Les mkhan sprul : incarnations d'abbés, notamment d'abbés des trois "piliers" : Sera, Drepung et Ganden (même remarque que ci-dessus).

lundi 14 janvier 2008

Les grands Lama

On entend souvent ce genre d'expression : C'est un grand Lama. Ce qui laisse à entendre que d'autres lama ne seraient pas si grands... Ce qui, je dois dire, me gêne quelque peu. Car sur quels critères se base-t-on pour de tels jugements ?

Comme on ne va refaire le monde à nous seuls (même les Bouddhas ne peuvent accomplir le bien de celui qui n'y met pas du sien), prenons acte que cette expression existe et essayons de la comprendre.

Un grand Lama, c'est sans doute d'abord un pratiquant et un maître dont les qualités sont tellement évidentes qu'elles éblouissent les êtres ordinaires alentours, pourtant fortement aveuglés par leur ignorance et leurs voiles karmiques (n'oublions pas que, selon le bouddhisme, la perception de chaque être dépend somme toute plus de ses karma que des objets "extérieurs", au point que les cittamatrin nient jusqu'à l'existence des objets extérieurs à l'esprit).
Un grand Lama n'est donc pas obligatoirement un personnage riche ou d'un haut rang social. Souvent, d'ailleurs, il fuit les hochets de la notoriété profane. Pour prendre quelques exemples, citons Dromtönpa, Milarepa ou encore Ensapa.

Un grand Lama est-il toujours un haut dignitaire religieux, supérieur de moult communautés ? Cela peut arriver, quand il le juge nécessaire. Mais c'est loin d'être systématique. Bien des grands Lamas sont des anachorètes "asociaux". Rien de plus normal : ils prennent le contre-pied des conventions de ce bas-monde (ambitions, compétitions, pouvoir politique, richesses matérielles et autres vanités fondées sur l'intérêt personnel).
Notons au passage que tous les grands Lamas ne sont pas des moines - beaucoup sont laïcs. Et il se trouve même des femmes en leur sein (Cf. Machik Labdrön, qui n'est pas une exception unique) !

Quand même, ne peut-on concevoir une hiérarchie, avec par exemple en un le Dalaï lama, en deux le Panchen Lama, etc. ?
Ce genre de hiérarchie existe ô combien, mais elle n'a de valeur que politique. Rien ne la justifie sur le plan spirituel : qu'est-ce qui permettrait d'affirmer qu'un Bouddha l'emporterait sur l'autre ? Idem pour leurs émanations. Car des émanations d'Avalokiteshvara, c'est qu'il y en a beaucoup, outre les Dalaï lama et les Karmapa.

De toute façon, pour le pratiquant, le Lama le plus important est son propre Maître, et personne d'autre.

Toute société éprouvant le besoin de règles et d'un cadre structuré, il était cependant inévitable que les Tibétains établissent une hiérarchie parmi les lama, en mettant au sommet ceux qui sont le plus en vue, c'est-à-dire ceux qui, au cours de l'histoire, ont eu le plus de contacts avec les gouvernants chinois ou mongols.
Chacun sait que le titre "dalaï lama" est d'origine mongole et a été décerné au 3ème du nom par le grand Khan de l'époque, lequel avec largesse a englobé les deux prédécesseurs immédiats.

Lors d'une cérémonie dans un temple tibétain, comment sont placés les lama (sauf quand exceptionnellement un Maître de caractère du genre de Dagpo Lama Rinpoche ou Tag-ri Rinpoche imposent l'application scrupuleuse des règles du Vinaya).
Les lama sont classés enfonction de cinq catégories :
1. Les rgyal sprul : incarnations de rois du Tibet.
2. Les ho thog thu : incarnations d'empereurs mandchous, de Dalaï lama et de Panchen Lama.
3. Les tshogs chen sprul sku
(les tulkou de la grande assemblée, c'est-à-dire du monastère entier tous collèges confondus) : lama réincarnés qui ont obtenu du gouvernement (contre le versement d'offrandes matérielles aux membres dudit gouvernement) le privilège d'être intronisés dans le temple principal du monastère, et non pas dans le temple d'un des collèges (comme c'est le cas des grva tshang sprul sku). Dans certains collèges comme Drepung Loseling, la hiérarchie interne parmi les tshogs chen sprul sku est basée sur le montant des dons effectués par le lama lors de son intronisation.
4. Les Khri sprul : incarnations de Ganden Tripa (le rang qui leur est concédé démontre assez clairement que les critères retenus ne sont guère d'ordre spirituel).
5. Les mkhan sprul : incarnations d'abbés, notamment d'abbés des trois "piliers" : Sera, Drepung et Ganden (même remarque que ci-dessus).

vendredi 27 juillet 2007

Une grande Lama

Non, Mesdames, ne désespérez pas ! Il n'est pas lieu de baisser les bras et de vous morfondre, sous le prétexte fallacieux d'une soi-disant "naissance inférieure".

Que, dans ce bas monde, le statut féminin ne soit pas le plus favorable, c'est un fait - regrettable, mais historiquement et géographiquement vérifié. Ce qui n'implique en rien qu'il faille se résigner.Comme on dit, " mieux vaut être jeune, beau, riche et en bonne santé que vieux, pauvre et malade". Mais celui qui est vieux, pauvre et malade peut avoir moult qualités dans sa besace. Et le Dharma nous enseigne que les apparents obstacles peuvent constituer de précieux atouts pour qui sait en faire un bon usage, tandis que les prétendus privilèges se révèlent souvent pernicieux. Ce sont rarement les plus riches qui se montrent les plus généreux ; ce ne sont pas toujours les enfants surdoués qui réussissent le mieux.

Qui dit Tibet, dit lama. Un mot masculin, bien sûr ? Pas systématiquement. C'est nous, Européens, qui imposons partout nos catégories grammaticales et les concepts afférents. Pour prendre l'exemple de la langue française, nous n'avons que deux genres pour classifier les mots : le masculin et le féminin ; pas de neutre contrairement au latin ou à l'allemand. De plus, chez nous, "le masculin l'emporte sur le féminin" et chaque substantif exige son article, défini, ou indéfini, singulier ou pluriel. Cela rétrécit terriblement les champs sémantiques, parole de traductrice ! Dans des langues comme le tibétain ou le japonais, il n'y a pas d'article et guère de genre - seulement les genres "naturels" et évidents, comme "garçon" par rapport à "fille -, et on ne marque le nombre que quand c'est vraiment nécessaire.

Alors,"lama" pourrait-il se décliner au féminin ? Apparemment oui, même si – soyons honnêtes et réalistes - , c'est un emploi moins fréquent, beaucoup moins fréquent. Mais pas inexistant. Un créneau à prendre, en quelque sorte. Avis aux amatrices…

Aujourd'hui, nous allons prendre l'exemple de l'illustre Machik Labdön, qui vécut de 1103 à 1201. Je précise immédiatement qu'elle ne doit pas sa gloire à son exceptionnelle longévité ; mon propos n'est pas de la faire entrer dans le Livre des records à cette rubrique
somme toute ordinaire. Machik Labdön avait beaucoup d'autres cordes à son arc. Elle a marqué la culturelle et la religion tibétaines d'une manière tellement puissante que son influence demeure visible et palpable aujourd'hui encore, comme le révèle sa biographie, qui est désormais accessible en français (merci aux traducteur et éditeur).

Imaginez un peu ! C'est elle, une petite nonne toute simple, que le grand Maître indien Pha Dampa Sangyä choisit comme dépositaire de l'instruction de Chö (prononcez "tcheu)", S.V.P.), "gcod" en translittération. C'est une méthode incisive d'une force extrême pour trancher net l'égocentrisme et l'ignorance fondamentale qu'est la saisie d'un soi autogène. L'école Shiched ("zhi byed") que Machik Labdön a instituée a disparu, dit-on. En fait, s'il est exact qu'elle n'est plus répertoriée en tant que telle, elle est bien vivante au sein des quatre écoles actuelles, qui toutes s'enorgueillissent d'avoir reçu en bonne et due forme la fameuse lignée de Chö.

Machik Labdön était encore une toute jeune religieuse quand elle fut invitée dans une famille pour lire à son intention le Soutra de la sagesse en cent mille stances, pratique excellente pour lever les obstacles éventuels. Quels furent les effets sur les mécènes ? L'histoire ne le précise pas. En revanche, il est de notoriété publique que c'est au cours de cette lecture que Machik obtint la compréhension de la vacuité ! Rien que ça. Pas lors d'une séance de méditation. Pas dans une grotte inaccessible au sommet d'une montagne glaciale. Le Bouddha ne disait-il pas que, quand les conditions sont réunies, les résultats ne peuvent que survenir ?...