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mercredi 6 avril 2022

Conseils de Naropa à Marpa

Naropa prodigua de précieux conseils à son fils (spirituel) Marpa, 

juste avant que celui-ci ne s'en retourne au pays. 

En voici un aperçu :


Ô Marpa - Traducteur du Tibet,

Ne laisse pas les huit principes mondaine diriger ta vie.
Ne dissocie pas « je » et « autrui » ; ne saisis pas sujet et objet.
Ne distingue pas amis et ennemis.
Ne déforme pas les Enseignements d’autrui.
Écoute et réflexion sont les lampes qui dissipent les ténèbres ;
Ne te laisse pas piéger sur la voie excellente de la libération.
Jadis, nous avons été maître et disciple,
Souviens-t-en plus tard et ne le renie pas.

mardi 17 décembre 2019

Le Maître est premier

Parmi les innombrables disciples de Je Tsongkhapa, le principal était sans doute Khedrup Je (mKhas grub rje), qualifié dans les textes de "Thugs kyi sras" - "Fils du coeur", "Fils de l'esprit".

Khedrup Je était, dirais-je, un surdoué aux multiples talents et d'une exceptionnelle précocité. En très résumé, il était brillant philosophe, redoutable dialecticien, poète raffiné. Et excellent artiste. Ainsi est-ce lui qui dessina les fresques murales du temple principal de Ganden, lors de la fondation (fresques qui ont perduré jusqu'à la destruction de Ganden lors de la révolution dite culturelle...).

On raconte que, au moment de peindre le personnage central, juste derrière le "trône" de Je Rinpoche, Khedrup Je hésita et préféra demander conseil à son Maître. Celui-ci lui répondit que le mieux serait de faire figurer à cet endroit le détenteur même de l'Enseignement - bstan pa 'dzin pa po. Khedrup Je dessina donc le Bouddha Shakyamuni mais quand il montra le fruit de son travail au Maître, il s'entendit dire : "Oui, c'était aussi une possibilité. Mais à mon avis, il aurait été mieux de dessiner là le détenteur même de l'Enseignement."

Quelque peu interloqué, le jeune moine réfléchit puis il reprit ses pinceaux pour faire une nouvelle peinture sur la première. Mais cette fois il avait compris, et c'est Je Rinpoche qu'il dessina en position centrale. Depuis, dans la plupart des temples gelugpa, la statue qui siège au milieu de l'autel est celle de Je Rinpoche.

Mais cette instruction n'est en rien un monopole gelugpa. C'est bien elle que Telopa avait transmise à Naropa, qui a son tour la fit comprendre à Marpa, qui...
Même le Boudha Shakyamouni l'avait reçue de son Maître - Manjushri. Mais ceci est une autre histoire.

dimanche 24 novembre 2019

Ecole des kagyüpa བཀའ་བརྒྱུད་པ་




Ecole des kagyüpa


Sens littéral
“Lignée orale”

Datation

Seconde diffusion – Xème siècle

Fondateurs

Dhagpo Kagyu
- Marpa (1012 – 1097) 
- Milarépa (1040)1123) 
- Dhagpo Lhaje Gampopa (1079–1153)
Shangpa Kagyu
Khyungpo Neljor (978-1127)

Particularités
·      École “nouvelle” – sarmapa
·      Union du Lamrim de l’école kadampa et du Mahamudra transmis par Milarépa
·      Enseignement principal : Mahamudra
·      L’école Kagyüpa a détenu le pouvoir politique de 1356 à 1642

Branches

 et leurs
chefs respectifs

Shangpa Kagyu
Chef désigné au “mérite” à chaque génération

Dhagpo Kagyu

Quatre sous-écoles, dont l’une resubdivisée en huit, dont trois présentes en France =>

Drikung Kagyü :      système par réincarnation                         
 - Drikung Rinpoche
Drukpa Kagyü :       système par réincarnation                         
 - Drukchen Rinpoche
Karma Kagyü :       système par réincarnation                            
 - Karmapa Rinpoche (NB la coutume de rechercher les “tülku”, “réincarnations” de maîtres antérieurs, a été initiée par le 1er Karmapa, Düsum Kyenpa (1110-1193) pour reconnaître son successeur)
+ 4 “régents” : Shamar Rinpoche, Taï Situ Rinpoche, Gyeltsab Rinpoche, Jamgön Kongtrül Rinpoche), hauts dignitaires chargés entre autres d’identifier le nouveau Karmapa après la mort du précédent

Grands personnages
Pagmodrupa (1110-1170) ; Pawo Tsuglag Trengwa, Gö Lotsawa

Présence en France
Nombreux centres, de tailles très diverses, affiliés à des maîtres des différents courants  : Karmapa Rinpoche, Kalu Rinpoche, Drikung Rinpoche, Drukchen Rinpoche, etc.

Divers

·      La plupart des congrégations de France sont actuellement d’affiliation kagyü.

·       Plusieurs centres de longues retraites (Auvergne, Dordogne)

·       Situation inédite : deux Karmapa au lieu d’un : situation provoquée par un  désaccord entre deux des quatre régents karma kagyüpa : Shamar Rinpoche et Taï Situ Rinpoche, lequel demanda au 14ème Dalaï Lama de procéder à une désignation.




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dimanche 12 mai 2013

Sagesses Bouddhistes : Portrait du Vén. Dagpo Rimpoche / Bande annonce




Sagesses bouddhistes du 12-05 à 08h30 par francetvpluzz

Vidéo publiée par
Retrouver ce contenu dans son intégralité sur pluzz.francetv.fr.

Portrait du Vénérable Dagpo Rimpoché
Présenté par A. Godefroy

Dagpo Rimpoché, premier lama tibétain à être venu en France après les tragiques événements de 1959 au Tibet, a accueilli «Sagesses bouddhistes» pendant quelques jours à Veneux-les-Sablons, lieu de sa résidence et de ses instituts.
http://programmes.france2.fr/les-chemins-de-la-foi/
francetvpluzz recommande : La suite de cette vidéo sur francetv pluzz

samedi 11 mai 2013

Sagesses Bouddhistes : Portrait du Vénérable Dagpo Rimpoché

Dimanche 12 mai 2013

Portrait du Vénérable Dagpo Rimpoché

Photo : Dimanche 12 mai 2013
Portrait du Vénérable Dagpo Rimpoché

Documentaire de Bénédicte Niogret

Dagpo Rimpoché, premier lama tibétain à être venu en France après les tragiques événements de 1959 au Tibet, a accueilli Sagesses Bouddhistes pendant quelques jours à Veneux-les-Sablons, lieu de sa résidence et de ses instituts.

Réalisation Michel Baulez 
Présentation Aurélie Godefroy 
Documentaire de Bénédicte Niogret

Dagpo Rimpoché, premier lama tibétain à être venu en France après les tragiques événements de 1959 au Tibet, a accueilli Sagesses Bouddhistes pendant quelques jours à Veneux-Les Sablons, lieu de sa résidence et de ses instituts.

Réalisation Michel Baulez
Présentation Aurélie Godefroy

mercredi 19 août 2009

Marpa Lotsawa (1012-1097)


Voici quelques conseils prodigués par Naropa à son fils (spirituel) Marpa, juste avant que celui-ci ne s'en retourne au pays :




Ô Marpa - Traducteur du Tibet,
Ne laisse pas les huit principes mondaine diriger ta vie.
Ne dissocie pas « je » et « autrui » ; ne saisis pas sujet et objet.
Ne distingue pas amis et ennemis.
Ne déforme pas les Enseignements d’autrui.
Ecoute et réflexion sont les lampes qui dissipent les ténèbres ;
Ne te laisse pas piégé sur la voie excellente de la libération.
Jadis, nous avons été maître et disciple,
Souviens-t-en plus tard et ne le renie pas.



mercredi 24 décembre 2008

Foi et attachement

Foi et attachement sont des facteurs mentaux radicalement distincts. Rien de plus évident.
Encore que ... Parfois, on se pose des questions. Car les symptômes extérieurs peuvent étrangement se ressembler.

Quelques petits "trucs" pour s'y retrouver (merci, ô Asanga, pour vos définitions dans l'Abhidharmasamuccaya) :
- La foi est toujours vertueuse ; l'attachement jamais.
- L'attachement porte exclusivement sur des phénomènes "souillés", c'est-à-dire en lien avec les facteurs pertubateurs.
- L'attachement a tendance à décliner ; la foi a vocation à croître.
- L'attachement est cause de souffrance ; la foi est source de bonheur.

Peut-on éprouver de l'attachement pour un Bouddha ?
Eh bien non, car par définition un Bouddha ne relève pas de la catégorie des "phénomènes souillés" !

Peut-on éprouver de l'attachement pour un Maître ?
Pas davantage, et ce, pour les mêmes raisons. S'il s'agit d'un Maître authentique, bien évidemment.

Dans ma jeunesse chaque jour plus lointaine (mais si), je choisis de faire porter mon mémoire de maîtrise de tibétain sur Dromtönpa - sa vie, son oeuvre. Car j'aime infiniment Dromtönpa, je l'avoue. En tout bien tout honneur, et toute foi !
Le jour de la soutenance, l'un des membres du jury (une vénérable orientaliste, viscéralement communiste par ailleurs) me lança donc : "On sent que vous êtes amoureuse de votre personnage."

Cela me choqua sur le coup. Aujourd'hui, je lui trouve des circonstances plus qu'atténuantes.
Car quand on est empli de foi pour le Maître, aux yeux des profanes, cela peut effectivement ressembler à un coup de foudre.

Quand Jetsun Milarepa entendit pour la première fois prononcer le nom de Marpa Lotsawa, les larmes lui montèrent aux yeux, tous ses poils se hérissèrent sur son corps et il fut pris de tremblements.
Quelques années auparavant, quand Dromtönpa avait pour la première fois entendu prononcer le nom d'Atisha, il avait réagi exactement de la même manière.

En résumé, honni soit qui mal y pense.

mardi 16 octobre 2007

Frissons mystiques

L'intérêt de vieillir, en âge et en "expérience" est que l'on devient un peu plus réaliste, par la force des choses.

Si on me demande ce que m'a principalement apporté le bouddhisme, j'hésiterai entre deux réponses : 1. grâce à lui, je me sens indéniablement plus heureuse qu'auparavant ; 2. grâce à lui, j'ai perdu pas mal d'illusions sur moi-même et j'ai dû me résigner à admettre que je suis tout, sauf parfaite. Assez étonnamment, c'est un grand soulagement : du coup, je me donne le droit à l'erreur.

Bouddhiste, oui. Bouddha, eh bien, à ce jour, oh que non, et pour un temps certain encore.

Dans mes débuts laborieux, nourrie que j'étais de la lecture de biographies de grands maîtres et pratiquants du passé, je guettais les signes annonciateurs de progrès, voire de réalisations. On est ambitieux quand on est jeune, c'est bien naturel.

Tenez, ce soir là, à Paris, nous étions une petite quarantaine réunis aux pieds de l'un de nos Maîtres tibétains - Geshe Rabten - pour recevoir de sa part un "jenang" (rjes gnang), disons pour simplifier une initiation ou plus exactement dans notre cas (débutants complets) une bénédiction.
Gen Rinpoche avait médité et invoquait pour nous trois Bouddhas qui sont réputés comme particulièrement puissants pour contrer les obstacles. Bouddhistes fraîchement émoulus, nous étions attentifs et fervents, mais pour être francs, nous étions quelque peu dépassés par le sujet. En tout cas, nous étions pleins d'espoirs et d'attentes.

A un moment, mon regard croise celui de ma voisine - nous étions inséparables ici comme en fac - : mais oui, ça y était. Tous les symptômes étaient présents. Enfin ! enfin ! Comme jadis Milarepa rencontrant Marpa, ou comme Dromtönpa entendant pour la première fois fois le nom d'Atisha, nous avions une expérience mystique : sans conteste, nous avions la chair de poule. Tous nos poils se dressaient sur notre peau, et nous étions prises de frissons.

Quelques secondes durant, nous avons rêvé ainsi au comble de la félicité. Puis nous avons eu du mal à étouffer notre éclat de rire, car il ne fallait pas troubler l'assistance : nous venions de nous rendre compte que ... nous étions en plein courant d'air. Adieu, veau, vache et réalisation.

jeudi 11 octobre 2007

Un très mauvais rêve

Le grand Traducteur Marpa n'avait pas pour seul disciple "l'infortuné" Milarepa dont les épreuves sont bien connues (des initiés) - j'ai mis des guillemets, car en dépit des coups et blessures subis, il serait infiniment plus juste d'écrire le "fortuné" Milarepa. Franchement, quelqu'un qui parvient en une vie à parcourir les étapes de la voie spirituelle et dont les instructions ont traversé les siècles et les frontières sans prendre une ride, n'est-il pas suprêment "fortuné" ? Et si son Maître n'a pas hésité à employer les grands moyens pour lui faire opérer une purification rapide et complète, n'était-ce pas parce qu'il avait décelé en lui des facultés exceptionnelles ?

Qu'est-ce qu'un disciple ? Dans le bouddhisme, c'est quelqu'un qui a placé sa confiance en un Maître, qu'il a lui-même choisi et dont il reçoit conseils et enseignements, pour les mettre en pratique (enfin, il devrait le faire, s'il était logique avec lui-même).
Que transmet le Maître à ses pupilles ? Les instructions qu'il a reçues de ses propres maîtres, lesquels les avaient obtenues de leurs maîtres, et ainsi de suite jusqu'au Bouddha Shakyamouni. Or, qu'exposa celui-ci en premier ? Il énonça la vérité de la souffrance, dont la première des quatre caractéristiques est l'impermanence.

Un jour qu'une femme des environs pleurait à chaudes larmes son fils qui venait de mourir, Marpa Lotsawa la consola en ces termes : "Mais ne te tourmente pas de la sorte. Tu sais, en fait, la vie, la mort, ce ne sont qu'illusions. Calme-toi donc. Ce qui vient d'arriver, ce n'est jamais qu'un rêve !"
Bien des années plus tard, le fils bien-aimé de Marpa, Darmadodé, est sans doute un érudit et un grand méditant prometteur, mais il n'en fait qu'à sa tête. Alors que son père et maître lui a intimé l'ordre de rester en retraite stricte, il échappe à la surveillance de sa mère pour se rendre à une fête au village. Au retour, c'est l'accident. Il tombe de cheval et sa tête heurte violemment le sol. Sa vie prend fin, et avec lui la lignée familiale du grand Lotsawa.

Les parents éplorés accourent. Marpa pose la tête de son enfant mort sur ses genoux. Il a tant de pouvoirs, lui, l'expert en transferts de conscience. Ne pourrait-il ramener leur petit à la vie, le supplie son épouse ? Il la rabroue. Non, c'est impossible. Il a tout fait pour éviter ce drame, mais les karma parvenus à maturité sont invincibles. Même un Bouddha n'y peut rien. La maman sanglote sans retenue. Mais le père non plus ne peut retenir ses larmes.

Les voisins alertés arrivent au plus vite et parmi eux, la femme dont je vous parlais plus haut. Et la voici en train de retourner au Maître ses conseils de naguère : "Ne vous affligez pas de la sorte. C'est pure illusion, voyons. Ce n'est jamais qu'un rêve.
- Oui, mais un très mauvais rêve, lui rétorque Marpa. Le rêve le pire qui soit."

De fait, loin de nier et d'occulter la souffrance, les bouddhistes au contraire font tout pour l'identifier sous ses moindres formes. Alors, la mort, et plus généralement la séparation, vous pensez ! C'est rangé dans les pires maux du samsara, ce mode d'existence cyclique déterminée par les karma et les facteurs perturbateurs de l'esprit - attachement, aversion et surtout leur source commune : l'ignorance.

Sage ou pas, érudit ou non, la perte d'un être cher est une expérience douloureuse. Ce qu'apporte la sagesse, ce n'est pas de l'insensibilité et encore moins de la dureté. Elle octroie la capacité à ne pas aggraver la situation, ce qui n'est pas rien.
Oui, la naissance entraîne la mort. Oui, la rencontre implique la séparation. C'est inéluctable. Ce n'est pas joyeux pour autant.

Sérénité n'est pas indifférence.Tel était peut-être l'Enseignement du grand Marpa Lotsawa le jour funeste de la mort de Darmadodé.

vendredi 13 juillet 2007

1 Les Lotsawa – les traducteurs tibétains de jadis

Le Tibet, encore peu connu, ou mal connu, des Occidentaux, évoque souvent pour eux un pays d'une rare spiritualité, la patrie des anachorètes et des mystiques.
Ce qui est sûr, c'est que la culture tibétaine est d'une grande richesse et remonte très loin dans le passé. Les Tibétains sont réputés pour avoir privilégié le plan spirituel mais ils ont aussi cultivé l'art, la poésie ou encore la médecine.

Parmi tous ceux qui ont contribué à modeler la civilisation du Pays des neiges, ressortent les Lotsawa – les Traducteurs – dont l'influence n'a plus cessé de se faire ressentir depuis le VIIème siècle.

Influence considérable ! La tradition attribue au premier d'entre eux, Thönmi Sambhota, la paternité de l'écriture tibétaine, et par conséquent la littérature écrite aussi bien que le code, toute la législation. Ce sont les Lotsawa qui ont compilé les premiers dictionnaires, rédigé des grammaires. Intrépides voyageurs, ils ont ramené au pays, et traduit, les textes bouddhistes certes, mais aussi des traités d'astrologie, de médecine et des autres sciences. Bref, ils constituièrent l'élite intellectuelle du haut plateau, dont ils furent les maîtres à penser.
Voilà ce qui explique peut-être leur position au sein de la société tibétaine, et la considération pour ne pas dire la vénération dont ils ont été et dont ils sont encore aujourd'hui.
C'est que dans le Tibet ancien, un "lotsawa" est un "rjig rten gyi mig", un "œil du monde" ! C'est lui qui ouvre l'œil de la sagesse, qui dissipe l'aveuglement de l'ignorance, qui éclaire l'entendement, à la lumière du Dharma - l'Enseignement du Bouddha. Il est le civilisateur par excellence.
Première conclusion, que vous avez devinée : les Lotsawa n'ont pas été de simples traducteurs ordinaires, des machines à traduire d'une parfaite neutralité. Non ! Les Lotsawa étaient bien autre chose.
C'étaient de fortes personnalités, qui alliaient qualités intellectuelles, spirituelles, et physiques. S'ils devenaient des érudits, des maîtres authentiques, ils devaient d'abord être de hardis voyageurs, des hommes courageux et tenaces, d'une résistance à toute épreuve. Il leur fallait, en effet, aller chercher les connaissances là où elles étaient, au Népal, au Cachemire et surtout en Inde.
A quelques exceptions près, appartenant d'ailleurs à des périodes plus tardives, comme Gö Lotsawa Shönnu Päl au XVème siècle, presque tous les lotsawa tibétains ont franchi les frontières une ou plusieurs fois. Or, on peut aisément imaginer les périls de telles équipées, sans oublier les changements climatiques à subir , et les frais à assumer.
Pour atteindre l'Inde, il fallait bien trois ans, car les Tibétains avaient à traverser le Népal,et souvent ils y séjournaient quelques mois, le temps de s'accoutumer progressivement à l'altitude moindre et aux températures plus élevées. Ceux qui n'avaient pu le faire au Tibet profitaient de la halte pour s'initier au sanskrit. Tous étudiaient déjà auprès des grands maîtres qui résidaient au Népal.

"Beaucoup d'appelés, peu d'élus" : le proverbe s'est malheureusement vérifié. Il est impossible d'évaluer avec précision les pertes en vies humaines à l'occasion de ces voyages, mais il est certain qu'elles furent très importantes. Par exemple, sur le groupe de 21 jeunes gens envoyés en Inde par le roi Yéshé Ö , on ne cite que deux rescapés : Rinchen Sangpo et Légpai Shérab. Il fallait donc avoir le caractère aventureux pour éprouver la vocation de lotsawa, et accepter de risquer sa vie.

Une fois les deux premières épreuves surmontées (l'apprentissage de la langue et le voyage), les futurs traducteurs en abordaient une troisième : ils devaient réussir à trouver le maître duquel ils allaient recevoir les explications et les lignées de transmission. Cette quête était tout sauf facile… Il ne suffisait pas de rencontrer un maître de grande valeur. Il fallait trouver (retrouver) celui avec lequel on était en harmonie; celui qui, seul, apporterait ce dont on avait besoin. Rappelez-vous l'épisode significatif survenu lors de la rencontre au Népal entre le grand Pandit indien Atisha et le célèbre Traducteur Marpa Chökyi Lodrö.

Le premier se rendait au Tibet, le second se dirigeait vers l'Inde, vers son maître Naropa. Atisha proposa à Marpa de rebrousser chemin et de lui servir d'interprète – sa "langue venait d'être coupée" du fait de la mort de son traducteur attitré ; lui-même lui accorderait tous les enseignements qu'il souhaiterait car, lui apprit-il, Naropa venait de disparaître. Mais Marpa déclina l'offre : il DEVAIT retourner auprès de Naropa.

Revenons aux lignées de transmission.
De fait, pourquoi toutes ces allées et venues incessantes entre le Tibet et l'Inde, depuis le VIIème siècle ? Elles étaient indispensables au tout début, mais s'imposaient (apparemment) moins alors que beaucoup de textes avaient déjà été ramenés au Tibet.
La réalité est que les lotsawa n'allaient pas si loin uniquement pour apprendre de nouveaux sujets. Bientôt ils ont franchi les cols les plus élevés du monde non plus pour acquérir un savoir mais pour rechercher les lignées de transmission ininterrompues depuis le Bouddha, ou l'auteur (selon qu'il s'agisse de soutras ou de commentaires), jusqu'au maître direct.

C'était essentiel, parce que, selon le bouddhisme, faute de la transmission, on aurait beau comprendre intellectuellement, on ne pourrait pas "réaliser".
Ici aussi, les Lotsawa ont joué le rôle crucial de charnière : sans eux, pas de transmission des lignées, et alors pas de grands mystiques. D'où la reconnaissance que leur vouent les bouddhistes tibétains.