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vendredi 10 juin 2022

L'entraînement de l'esprit en 8 stances

L'Entraînement de l'esprit en huit stances
de Géshé Langri Thangpa Dorjé Séng-gé (1054–1123)

(Traduction de Marie-Stella Boussemart)

1 - Songeant que pour moi, tous les êtres
Surpassent les joyaux exauceurs de désirs
Pour que j'accomplisse le but ultime,
Puissé-je les chérir continûment !

2 - Avec qui que je sois où que ce soit,
Puissé-je me voir comme inférieur à tous,
Et aux tréfonds de mon cœur, les autres,
Puissé-je les chérir suprêmement !

3 - Quoi que je fasse, observant
Mon esprit, sitôt que poindraient des kleshas,
Vu leurs effets néfastes pour autrui et moi-même,
Puissé-je les juguler implacablement !

4 - A la vue d'êtres de nature mauvaise,
Ecrasés par de graves fautes et maux,
Comme si j'avais découvert un précieux trésor,
Difficile à trouver, puissé-je les chérir !

5 - Quand par jalousie envers moi, autrui
Me critique, me dénigre ou me maltraite,
Puissé-je endosser la défaite
Et offrir la victoire à autrui.

6 - Si tel que j'avais fort aidé
Ou en qui je fondais de grands espoirs
M'inflige les pires préjudices,
Puissé-je le regarder comme un parfait maître !

7- En bref, puissé-je offrir à toutes mes mères
Tout bien et bonheur, direct ou indirect !
Quant aux maux et souffrances de mes mères,
Puissé-je tous les endosser, secrètement !

8 - Sans que tout ceci ne soit affecté
Par les souillures des huit conceptions,
Et sachant que les phénomènes sont tels des illusions,
Sans plus de saisie, puissé-je être délivré des liens [du samsara] !

Geshe Losang Tenzin

 Enseignements au monastère de Shedrub Choekhor Ling (Mont Salève) les 4 et 5 juin 2022

Par Geshe Losang Tenzin, moine de Dagpo Datsang






vendredi 18 juin 2021

Autrui est premier

 Avec qui que je sois où que ce soit,

Puissé-je me voir comme inférieur à tous,

Et aux tréfonds de mon cœur, les autres,

Puissé-je les chérir suprêmement !

 

Dans L’Entraînement de l'esprit en huit stances, le géshé kadampa Langri Thangpa Dorjé Séng-gé (1054–1123) exhorte à laisser la première place à autrui, en toutes circonstances.

Tel est l'exemple donné par tant de Maîtres dont l'humilité n'a d'égale que la simplicité. Pour n'en citer que quelques-uns : Domtönpa au XIème siècle, mes Maîtres aujourd'hui - Rinpoche, Genlags...

Exemple magnifique, mais ô combien difficile à suivre. 

 

Y parvenir requiert d'une part de bien réfléchir d'une part aux moult inconvénients millénaires de la tendance à se considérer (soi et les siens) comme sinon le centre du monde, du moins comme prioritaire, d'autre part aux multiples bienfaits de l'altruisme.

 

Les langues asiatiques aident à prendre du recul par rapport à "je" roi, en ce sens qu'elles comportent en général plusieurs niveaux de langage, de l'honorifique (envers autrui) au modeste (à propos de soi), en passant par le neutre (généralités, narrations objectives, etc.).

Ainsi, quand on s'adresse à ses Maîtres, à ses parents, à des aînés, etc., l'on est censé jongler entre les termes de politesse à leur propos, et les termes de modestie envers soi et assimilés.

 

Le Japon (et peut-être d'autres pays d'Asie ?) a la particularité de prôner les termes de modestie non seulement pour parler de soi, mais aussi des siens, y compris ses parents et autres proches - pas quand on s'adresse à eux, mais quand on parle d'eux.   

En revanche, au Tibet, si j'ai bien compris, on se doit d'utiliser à propos des parents des termes honorifiques dans les deux cas.

Deux cultures, deux sensibilités, deux visions des rapports entre les êtres.