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mardi 8 novembre 2022

Hâte-toi lentement

 Celui qui veut s’engager dans un travail sur lui-même, disaient les geshe Kadampa, est comparable à un paysan qui voudrait couper de l’herbe avec une faucille.


Mais voilà, la faucille est émoussée. 

Si, sous prétexte de gagner du temps, le paysan se met tout de suite à couper l’herbe, comme l’outil est défectueux, il va se donner beaucoup de mal pour des résultats médiocres.

En revanche, s'il prend quelques minutes pour aiguiser la lame, il va pouvoir accomplir un excellent travail dans des délais très courts.

De même, prendre soin de se mettre dans un état d'esprit approprié, faire apparaître en soi une bonne motivation, cela peut semble a priori une perte de temps, mais cela permet en fait d’en gagner beaucoup.*

* Extrait d'un Enseignement de Rinpoche

vendredi 10 juin 2022

L'entraînement de l'esprit en 8 stances

L'Entraînement de l'esprit en huit stances
de Géshé Langri Thangpa Dorjé Séng-gé (1054–1123)

(Traduction de Marie-Stella Boussemart)

1 - Songeant que pour moi, tous les êtres
Surpassent les joyaux exauceurs de désirs
Pour que j'accomplisse le but ultime,
Puissé-je les chérir continûment !

2 - Avec qui que je sois où que ce soit,
Puissé-je me voir comme inférieur à tous,
Et aux tréfonds de mon cœur, les autres,
Puissé-je les chérir suprêmement !

3 - Quoi que je fasse, observant
Mon esprit, sitôt que poindraient des kleshas,
Vu leurs effets néfastes pour autrui et moi-même,
Puissé-je les juguler implacablement !

4 - A la vue d'êtres de nature mauvaise,
Ecrasés par de graves fautes et maux,
Comme si j'avais découvert un précieux trésor,
Difficile à trouver, puissé-je les chérir !

5 - Quand par jalousie envers moi, autrui
Me critique, me dénigre ou me maltraite,
Puissé-je endosser la défaite
Et offrir la victoire à autrui.

6 - Si tel que j'avais fort aidé
Ou en qui je fondais de grands espoirs
M'inflige les pires préjudices,
Puissé-je le regarder comme un parfait maître !

7- En bref, puissé-je offrir à toutes mes mères
Tout bien et bonheur, direct ou indirect !
Quant aux maux et souffrances de mes mères,
Puissé-je tous les endosser, secrètement !

8 - Sans que tout ceci ne soit affecté
Par les souillures des huit conceptions,
Et sachant que les phénomènes sont tels des illusions,
Sans plus de saisie, puissé-je être délivré des liens [du samsara] !

Geshe Losang Tenzin

 Enseignements au monastère de Shedrub Choekhor Ling (Mont Salève) les 4 et 5 juin 2022

Par Geshe Losang Tenzin, moine de Dagpo Datsang






dimanche 24 avril 2022

Les deux manières d'exposer le lamrim

Des grandes universités bouddhistes de l'Inde ancienne, nous viennent deux manières d’exposer le Dharma : 

* Au travers des trois puretés à Nalanda  : 
- la pureté de la parole du maître, 
- la pureté de l’esprit du disciple 
- la pureté de l’enseignement exposé.

* Au travers des quatre grandeurs à Vikramashila où les pandits (dont Atisha) accordaient une grande importance à d’abord souligner les trois  premiers points : 
- grandeur de l’auteur de l’Enseignement, 
- grandeur de l’Enseignement
- manière de l’exposer et de l’écouter
- manière de guider les disciples au moyen de l'instruction à proprement parler.

vendredi 8 avril 2022

De l'art de tirer parti de toutes circonstances

Comment transformer maladies et autres circonstances en voie d'éveil
par Gyalsé Thogmé Zangpo (1295-1369)

 Namo Guru !
 
Ce corps que je possède comme les autres, cet amas illusoire,
S'il est malade, qu'il le soit ! De cette maladie, je me réjouis !
Elle balaie mon karma négatif du passé ;
Et les diverses pratiques du Dharma, après tout,
Servent à purifier les deux obscurcissements.

Si je suis en bonne santé, soit ! Je m'en réjouis !
Avec un corps et un esprit à l'aise,
La pratique de la vertu s'intensifie ;
Et ce qui donne du sens à cette vie humaine, après tout,
Est de tourner actes, paroles et pensées vers le bien.

Me voilà sans fortune, soit ! Je m'en réjouis !
Point du souci incessant de la garder et de la protéger !
Les disputes et les conflits quels qu'ils soient
Viennent, pour sûr, de s'attacher aux biens et aux richesses !

Me voilà riche, soit ! Je m'en réjouis !
Pour augmenter mon accumulation de mérites, rien de tel !
Tout ce que l'on trouve de bonheur, maintenant et dans le futur,
Est, pour sûr, le fruit du mérite !

Si je dois mourir bientôt, soit ! De la mort, je me réjouis !
Si l'adversité ne me barre pas la route,
Aidé par les habitudes positives que j'ai accumulées,
Je rejoindrai, pour sûr, le chemin infaillible !

Si je reste en vie longtemps, soit ! D'être en vie, je me réjouis !
La graine de l'expérience, une fois éclose,
Nourrie sans faiblir par le soleil et la pluie des instructions,
Finira avec le temps par porter ses fruits.
Ainsi, quoi qu'il advienne, entraînons-nous à nous réjouir !

En réponse à un guéshé Śākya qui demandait ce qu'il faut faire en cas de maladie, moi, le moine Thogmé, qui disserte sur le Dharma, j'ai exposé ces façons d'amener maladies et autres circonstances sur le chemin spirituel.
 
Sarva maṅgalaṃ !
 
| Traduction anglaise par Adam Pearcey, 2007. Rédigée par Phillippa Sison. Revue en 2012.
| Traduction française établie sur la base de l'anglais, Comité de traduction française Rigpa, 2013.

samedi 26 février 2022

Conseil d'Atisha Dipamkara

 

Si vous êtes décidé à obtenir l'excellent Éveil et les états d'existence supérieurs, 

ayant pris les Trois Joyaux pour refuge, 

en premier lieu étendez votre compassion à tous.


Atisha
  Bodhisattvacarya sutri krita pabara

lundi 20 décembre 2021

Les Enseignements du Père et des Fils Kadam Pachö P'uchö


 བཀའ་གདམས་ཕ་ཆོས་བུ་ཆོས་

Traduction en anglais de précieux Enseignements des Maîtres kadampa, 

principalement Atisha et Domtönpa


The Kadam school of Tibetan Buddhism emerged in the eleventh century from the teachings of the Indian master Atisa and his principal Tibetan student, Dromtonpa. 

Although it no longer exists as an independent school, Kadam's teachings were incorporated into the four major schools of Tibetan Buddhism and are still prized today for their unique practical application of the bodhisattva's altruistic ideal in everyday life. One of the most cherished teachings stemming from Atisa and Dromtonpa is the collection of esoteric oral transmissions enshrined in The Book of Kadam. 

This volume includes the core texts of the Book of Kadam, notably the twenty-three-chapter dialogue between Atisa and Dromtonpa that is woven around Atisa's Bodhisattva's Jewel Garland, as well as complementary texts that illuminate the history and practices of the Kadam tradition.

samedi 20 novembre 2021

Les 4 Enseignements de Gampopa


Accordez moi votre bénédiction afin que mon esprit se tourne vers le Dharma.

Accordez moi votre bénédiction afin que le Dharma me guide sur la voie.

Accordez moi votre bénédiction afin que le Dharma dissipe l’ignorance.

Accordez moi votre bénédiction afin qu’en mon  esprit, l’ignorance laisse la place à la sagesse.

samedi 6 novembre 2021

Quatre Enseignements d'Atisha

 
 
 Ouvrage bilingue (tibétain - français) offrant 
 
Quatre Instructions d'Atisha (982-1054), 
traduites par Marie-Stella Boussemart :
 
            La Lumière de la Voie vers l'Éveil
 
            La Guirlande des joyaux de bodhisattva
 
            Brève Instruction sur les conduites de bodhisattva 
 
            Cristalliser l'essence

    + 1 Louange à Atisha, composée par Dromtönpa

+ Courte biographie d'Atisha, rédigée par Françoise Cartau

 
Éditions Guépèle, 2008      Bon de commande (pdf)

vendredi 18 juin 2021

Autrui est premier

 Avec qui que je sois où que ce soit,

Puissé-je me voir comme inférieur à tous,

Et aux tréfonds de mon cœur, les autres,

Puissé-je les chérir suprêmement !

 

Dans L’Entraînement de l'esprit en huit stances, le géshé kadampa Langri Thangpa Dorjé Séng-gé (1054–1123) exhorte à laisser la première place à autrui, en toutes circonstances.

Tel est l'exemple donné par tant de Maîtres dont l'humilité n'a d'égale que la simplicité. Pour n'en citer que quelques-uns : Domtönpa au XIème siècle, mes Maîtres aujourd'hui - Rinpoche, Genlags...

Exemple magnifique, mais ô combien difficile à suivre. 

 

Y parvenir requiert d'une part de bien réfléchir d'une part aux moult inconvénients millénaires de la tendance à se considérer (soi et les siens) comme sinon le centre du monde, du moins comme prioritaire, d'autre part aux multiples bienfaits de l'altruisme.

 

Les langues asiatiques aident à prendre du recul par rapport à "je" roi, en ce sens qu'elles comportent en général plusieurs niveaux de langage, de l'honorifique (envers autrui) au modeste (à propos de soi), en passant par le neutre (généralités, narrations objectives, etc.).

Ainsi, quand on s'adresse à ses Maîtres, à ses parents, à des aînés, etc., l'on est censé jongler entre les termes de politesse à leur propos, et les termes de modestie envers soi et assimilés.

 

Le Japon (et peut-être d'autres pays d'Asie ?) a la particularité de prôner les termes de modestie non seulement pour parler de soi, mais aussi des siens, y compris ses parents et autres proches - pas quand on s'adresse à eux, mais quand on parle d'eux.   

En revanche, au Tibet, si j'ai bien compris, on se doit d'utiliser à propos des parents des termes honorifiques dans les deux cas.

Deux cultures, deux sensibilités, deux visions des rapports entre les êtres.

 

mardi 16 mars 2021

Les 7 joyaux kadampa

 Emission Voix Bouddhistes du 3 Juin 2007, France 2.

 Invité : Vénérable Dagpo Rimpoche 

Journaliste : Catherine Barry



samedi 26 décembre 2020

La Guirlande des valeurs humaines de Dromtönpa (1005-1064)

Ô toi, le premier d’entre nous, les fils du septentrion !
Ayant voyagé par monts et par vaux, j’en ai vu,
Et j’en ai tant entendu.
Aussi mes propos font-ils mouche.

Est réputé sagace celui qui distingue le vrai du faux comme le front de la nuque.
En quelque lieu ou direction que tu te rendes,
En quelque site ou logis que tu t’établisses,
Avec qui que tu entres en relations ou que tu te trouves,
Se mettre en harmonie avec les autres constitue la base des valeurs humaines.
Ecoute l’avis que je vais là-dessus exposer.
Ecoute l’analyse des faits et gestes que je vais mener.
Ecoute l’instruction, qui apaise dieux et nagas, que je vais délivrer.
D’entre les valeurs, excellentes sont ces profondes valeurs humaines.

A l’intention de qui que tu te donnes du mal,
Ne t’en targue point et ne maugrée guère.
Quoi que tu entreprennes ou accomplisses,
Conforme-toi aux usages.
Pour nombreuses que soient tes qualités,
Ne rabaisse guère les autres ni ne les dédaigne.
Même si intense est ton attachement envers tes possessions,
Ne prends guère de privautés avec les biens d’autrui.
Si doué que tu sois en actes, moyens ou desseins,
N’enfreins guère la règle générale.
Alors même qu’il s’agit de biens acquis par toi-même,
Dissimule-les en public et n’en fais guère étalage.
Même si tu es considéré par tous comme un homme de bien,
N’aie guère cet orgueil qu’est l’infatuation.
Même si tu es infiniment supérieur à tous,
Dissipe le moindre sentiment de supériorité.
Alors même que tu es sollicité en tant que guide spirituel,
N’aie guère de dédain pour quiconque, lettré ou inculte.
Même s’il n’est personne qui te soit supérieur,
Mets-toi tout en bas et rends-toi accessible.
Pour exécrable que soit le chef d’aucuns,
Avec déférence rends salut pour salut.
Sitôt qu’apparaîtrait quelqu’un qui serait ton égal,
Accorde-lui la place d’honneur et traite-le avec respect.
A qui demande l’enseignement, qu’il soit lépreux ou mendiant,
Expose abondamment les instructions, et ce au milieu de tous.
Et si c’était pour te déprécier ou encore te tester,
Soigne ton discours, exceptionnellement sublime.
Même si offrandes et services dévoués t’échoient justement,
N’y prête pas attention et mets tout le monde à égalité.
Dès lors qu’il conviendrait de garder le secret,
Demeure silencieux comme si tu étais muet.

Ceci était un exposé rudimentaire des généralités.
Comme je vais encore ouvrir mon cœur, veuille écouter.
Chercher une entente avec les ennemis est plus profond.
Taire à son fils ce qui est confidentiel est plus sûr.
Garder ses prières dans sa gorge est plus pieux.
Celer les torts de part et d’autre est plus sage.
Creuser ses propres fautes est plus sage.
Ne pas faire état des erreurs d’autrui est mieux.
Avec cœur prendre soin de ceux qui s’en remettent à vous est le plus remarquable.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille encore écouter.
Dès la première rencontre parler à cœur ouvert est une erreur.
Sans vérification, accorder sa confiance est une erreur.
Si l’on s’est trompé en vérifiant, continuer est une erreur.
Charger de tâches des gens sans scrupules est une erreur.
Faire communauté de biens avec des gens qui ne vous aiment pas est une erreur.
Prendre pour disciple quelqu’un alors qu’il est dénué de foi est une erreur.
Considérer comme maître quelqu’un alors qu’il est dénué de compassion est une erreur.
Prendre pour ami quelqu’un d’infidèle et sans honte est une erreur.
Prodiguer des conseils à qui n’écoute pas est une erreur.
Solliciter un avis clairvoyant à qui ne sait pas est une erreur.
Une fois qu’on sait que ce sont des erreurs, si l’on ne s’en garde pas encore,
Alors on doit savoir que l’on est insensé.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Au moment de consommer le repas, tout le monde est de bonne composition ;
Après trois jours passés ensemble, nombreux sont ceux qui démasquent leurs défauts.
Proches ou inconnus, si, sans attendre que se soit écoulé un an,
On leur confie des tâches, on s’en repent promptement.
Faire état des défauts qui nous apparaissent en autrui est déplorable.
Rien que d’y penser est perturbant.
En parler à deux est dévastateur.
Qu’on en parle à trois, et le vent propage la rumeur.
Si on ne l’énonce pas et que ça se dissipe dans le vide, c’est mieux avisé.
Si, par divers moyens, on comprend ce que sont les impairs sur le plan oral, il y a de quoi rire.
Si on s’abandonne aux doutes, les démons sont ravis.
Si on prend un fléau pour un ami, c’est la plus grande erreur qui soit.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
N’aie pas trop d’attachement pour la nourriture ; fais-en don.
N’aie pas trop d’avarice envers les possessions ; fais-en offrande.
Ne change pas trop de physionomie ; sois souriant.
Ne lèse pas trop les ennemis tout en favorisant les amis ; cultive une complète égalité.
N’encense pas trop ton entourage ; garde cela en ton for intérieur.
Ne jette pas trop l’anathème promptement ; mets habilement à l’écart.
Ne fais pas trop de promesses à quiconque ; tiens-les.
Ne donne à personne de mauvais conseils ; prodigues-en de bons.
Si tu as failli, ne te laisse pas écraser par le regret ; garde-toi de recommencer.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Se plaindre revient à héler les ennemis ; mets-y vraiment fin.
Les activités multiples commandent les ennuis ; mets-y vraiment fin.
Abondance d’idées perturbe les desseins ; mets-y vraiment fin.
Un mauvais caractère, c’est comme un rassemblement d’ennemis ; mets-y vraiment fin.
Les chimères et autres superstitions sont une halle aux démons ; mets-y vraiment fin.
Un mauvais entourage est source de discrédit ; mets-y vraiment fin.
Les mauvais amis sont causes de regrets ; mets-y vraiment fin.
Les mauvaises contrées sont des spirales de maux ; mets-y vraiment fin.
Les affaires du monde sont des entraves aux pieds ; mets-y vraiment fin.

Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Quand les cinq dégradations des temps de dégénérescence prennent de l’ampleur,
Le démon qui fait obstruction à tous les pratiquants, c’est d’avoir de l’attachement pour les uns et de l’aversion pour les autres.
Où que tu ailles, modère la partialité.
Quoi que tu fasses, mets-toi au dernier rang.
Les plaines du lointain Népal sont de climat chaud.
Prends garde à ce que tu y boiras pour te désaltérer.
Lateu, dans le sud, abrite des créatures redoutables ;
Prends garde aux maléfices haineux.
A Nyangchab, dans le nord, les commérages vont bon train,
Prends garde aux interminables bavardages.
Au Tibet, le Royaume des morts, il n’est ni honte, ni fidélité ;
Agacé, prends garde à la colère.
De nos jours, les gens sont inconstants ;
Prends garde aux beaux parleurs.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Ne perds pas tes espoirs et ta confiance en la déité tutélaire,
Mais n’attends pas grand chose des hommes en ces temps funestes.
Ne lésine pas tes scrupules ni ta fidélité envers tes compagnons.
Qu’ils agissent bien ou mal, fais peu de remarques.
Ne remets pas à plus tard les « blanches » activités [ bénéfiques ],
Mais engage-toi dans la pratique de l’excellente voie.
Ne recherche point trop la facilité dans toutes tes entreprises,
Mais, par les trois portes [corps, parole, esprit], fais preuve de respect envers tes maîtres.
En résumé, érige en couronnes tous les grands de ce monde.
Prends soin des humbles comme pour les préserver du fil de l’épée.
Sois de compagnie cordiale avec les égaux, comme les bœufs d’un même attelage.
En toute activité, n’aie guère d’attente personnelle.
En toute entreprise, privilégie le bien collectif.

Les conseils que je t’ai ainsi dispensés,
Ne les regarde pas comme l’oiseau sa coquille.
Transcris en landza* ces excellentes paroles,
Et dans la solitude contemples-en le grandiose spectacle.
Si tu parviens à les appliquer, tout te réussira.

De ce jour et au fil de toutes nos vies,
Puissions-nous œuvrer ensemble afin de guider les êtres jusqu’au bonheur.
Reprenons avec allégresse les prières mêmes
Que formula Samanthabhadra.»

(landza : écriture népalaise)

lundi 21 décembre 2020

Les études dans un monastère philosophique 1

Le socle commun avec les autres monastères est composé par l'apprentissage de la lecture et désormais de l'écriture (dans le Tibet d'autrefois, il était fréquent de savoir lire, mais pas écrire, le papier étant très rare), puis de la mémorisation des prières et rituels quotidiens.
Le programme de philosophie couvre 5 domaines, connus sous la dénomination trompeuse de les cinq Grands Traités :
– La logique, parfois appelée en français « la connaissance valide » - pramana. Texte racine : Pramanavarttika de Dharmakirti ; etc.. ;
– La perfection de la sagesse – paramita
. Texte racine : Abhisamayalamkara transmis par Maitreya et Asanga et ses commentaires ;
– La voie du milieu – madhyamika
. Texte racine : Madhyamakavatara de Candrakirti, etc. ;
– La phénoménologie – abhidharma
. Texte racine : Abhidharmakoska » Vasoubandhu, etc. ;
– La règle monastique – vinaya
. Texte racine : Vinayasoutra Gunaprabha, etc. 
Bien que tous les collèges philosophiques étudient pareillement les cinq Grands Traités, ils ne les répartissent pas exactement de la même manière et peuvent avoir un sujet de prédilection. Ainsi, Ganden Jangtsé brille-t-il particulièrement dans le domaine du madhyamika, tandis que Gomang est réputé pour son étude des paramita, etc.

      Ganden Jangtsé comporte treize classes : 
trois pour la logique élémentaire, bsdus grva (sur une durée de trois ans) ; 
six pour les paramita (six ans) ; 
deux pour le madhyamika (un an dans la première classe ; 
de trois à dix ans dans la seconde) ; 
une pour l’Abhidharma (au moins trois ans) ; 
une classe pour le Vinaya (environ 5 ans).

      Il est dit que le parcours le plus rapide pour un moine qui n’est pas un tülku (lequel bénéficie en général de privilèges - mais guère à Dagpo Datsang) est de dix-sept ans, mais il est extrêmement rare d’aller aussi vite du fait des quotas annuels instaurés : une fois dans l’ultime classe, il faut attendre son tour, et si les promotions précédentes étaient nombreuses, l’attente peut être très longue, mais c’est considéré comme bénéfique pour bien assimiler.

      Par comparaison, à Séra Jé, il y a trois classes de logique élémentaire (trois ans), cinq de paramita (cinq ans) ; deux de madhyamika (deux ans chaque, soit quatre ans) ; deux d’Abhidharma (quatre ans) ; une de Vinaya (durée variable). 
À Séra Med, une classe de logique, six de paramita, deux de madhyamika, deux de vinaya et deux d’Abhidharma.

     
À Gomang, il y a cinq classes de logique élémentaire, quatre de paramita, deux de madhyamika, deux de vinaya et deux d’Abhidharma.

      Les moines qui accomplissent le cursus complet se voient décerner un titre : Géshé au Tibet central ; Kachèn à Tashi Lhunpo ; Rabchampa à Dagpo Datsang. 
    La tradition date de bien avant Djé Rimpotché. Elle remonte au 12ème siècle et a été instaurée par le sixième abbé de Sangpu, Chapa Chökyi Sanggé (1109-1161). Fin du 14ème siècle, trois titres étaient décernés à ceux qui accomplissaient un véritable circuit dialectique, soutenant des débats dans les monastères réputés de l’époque, d’obédience sakyapa ou kadampa. S’ils n’avaient discuté que des paramitas, ils devenaient Rabchampa ; s’ils avaient abordé quatre domaines hormis pramana, ils étaient appelés "Ka zhipa", et s’ils avaient débattu des cinq au complet, "Ka chupa". L’expression de Ka chupa date apparemment de l’époque de Gyèltsap Djé. 

      Les géshé du Tibet central comportent en fait toutes sortes de niveaux, dont les plus connus sont les suivants : géshé lharampa ; géshé tsok-rampa ; géshé lingsé ; géshé rik-rampa et géshé dorampa, par ordre décroissant.
      « Lharampa » est la contraction de « Lhadèn rabchampa », « docteur de Lhasa ». La tradition remonte au 1er Panchen lama, Losang Chökyi Gyèltsèn (1570-1662), réincarnation du fameux Énsapa Losang Döndrup et tuteur du 5ème Dalaï-lama qu’il reconnut en 1622. Lors d’une période de conflit entre le Tsang et le Tibet central, de 1613 à 1618, le
1er Panchen lama remplaça le Ganden Tripa et dirigea donc la Grande Prière. A cette occasion, en vue d’inciter à l’étude des cinq domaines, il fit soutenir des débats par les candidats les plus brillants des grands monastères.

      Jusqu’en 1959, pour présenter les ultimes examens au Jokhang au milieu des milliers et milliers de moines rassemblés, seize candidats étaient chaque année sélectionnés par les abbés des sept collèges philosophiques : les deux de Ganden, les deux de Séra, les trois de Drépung ainsi que Ratö, à raison d’un candidat pour Ratö, deux pour chacun des autres, le dernier par l’un des six collèges des trois piliers, à tout de rôle. Prévenus au moins un an à l’avance, ils étaient astreints à une préparation intense avec obligation de présence et de participation active à tous les débats internes et externes douze mois durant. L’enjeu n’était plus le titre de géshé lharampa, d’ores et déjà acquis, mais le rang décerné, de premier à septième, qui n’était pas un classement des candidats de l’année entre eux, mais avait une portée plus générale, tant et si bien qu’il pouvait y avoir plusieurs ex æquo ou au contraire des rangs non pourvus : aucune premier mais trois deuxième, ou le contraire, etc.

 

mardi 1 décembre 2020

Ganden Namchö

 En 2020, le Ganden Namchö (dGa' ldan lnga mchod) tombe le jeudi 10 décembre.


Le Ganden Namchö, le 25ème jour 10ème mois lunaire, est la commémoration du passage en nirvana de Je Rinpoche, c'est à dire Je Tsongkhapa, fondateur du monastère de Ganden (dGa' ldan) et partant de l'école des dGa' ldan pa, également connus sous les noms de dGe lugs pa (prononcé guélougpa : "Vertueux"), ou encore de bKa' gdams gsar ma ba (c'est à dire "Nouveaux Kadampa"), et ce donc depuis le début du XVème siècle, le monastère de Ganden ayant été fondé en 1409. 
Que faire ? Par exemple :
- allumer des lumières (sous n'importe quelle forme) ;
- réciter le "miktséma" - dmigs brtse ma -, en hommage à Je Rinpoche ;
- réciter le Ganden lhagyama (dGa' ldan lha brgya ma), guruyoga invoquant Je Rinpoche ;
- lire une biographie de Je Rinpoche et formuler des voeux pour suivre ses traces.

Ne pas oublier de souhaiter la Bonne Année aux amis mongols bouddhistes, qui depuis des siècles célèbrent à cette occasion la nouvelle année.

samedi 29 août 2020

Les 7 joyaux kadampa

Emission Voix Bouddhistes du 3 Juin 2007, France 2.
Invité : vénérable Dagpo Rimpoché

samedi 20 juin 2020

Les 37 pratiques de bodhisattva


Les geshe kadampa sont réputés entre autres pour leurs enseignements limpides, fondés sur l'expérience. Parmi eux, Gyälsè Thogmé Zangpo (1295-1369) a composé une instruction à propos des 37 pratiques de bodhisattva. Comme dans tout lamrim, cela commence par une exhortation
 
Namo Lokeshvara

Tout en voyant que les existants sont tous dénués d'apparition et disparition,
Avec ardeur, vous vous consacrez au bien des êtres ;
Maîtres suprêmes et Protecteur Avalokiteshvara,
Avec respect je vous rends continument hommage par les trois portes.

Les parfaits Bouddhas, sources de bienfait et bonheur,
Naissent de l'accomplissement du sublime Dharma.
Comme cela suppose de savoir le mettre en pratique,
J'exposerai ici les pratiques des bodhisattvas.

1. En cette occasion où tu as un précieux corps humain, vaisseau si difficile à obtenir, écouter, réfléchir et méditer jour et nuit sans distraction en vue de libérer toi-même et autrui de l’océan du samsara, est agir en bodhisattva.

2. Quand envers les proches, les flots d'attachement t'emportent, qu'envers les ennemis, le feu de l'aversion t'embrase, que les ténèbres de l'ignorance font sombrer dans l'oubli ce qui est à rejeter et à effectuer, quitter la patrie est agir en bodhisattva.

3. Tout objet délétère mis au ban, les facteurs perturbateurs s'étiolent peu à peu. Hors distraction, la pratique vertueuse s'épanouit naturellement. D'un esprit limpide naît la certitude en le Dharma. Cultiver la solitude est agir en bodhisattva.

4. Les amis de longue date sont séparés. Les biens acquis avec acharnement sont laissés derrière soi. L’auberge du corps est abandonnée par la conscience, son hôte. Bannir tout souci envers cette vie est agir en bodhisattva.

5. Quiconque au contact de qui les trois poisons s'amplifient, l’écoute, la réflexion et la méditation s'altèrent et l'amour et la compassion s'évaporent, est un mauvais ami et le rejeter est agir en bodhisattva.

6. Quiconque grâce aux conseils de qui les défauts s'atténuent en soi et les qualités augmentent comme la lune croissante, est un parfait ami spirituel, et le chérir plus encore que son propre corps est agir en bodhisattva.

7. Enchaînées qu'elles sont elles aussi dans les geôles du samsara, les déités mondaines ne peuvent protéger quiconque. C'est pourquoi, prendre refuge en les Trois Joyaux qui jamais ne déçoivent quiconque s'adresse à eux, est agir en bodhisattva.

8. Les insoutenables souffrances des états infortunés sont les fruits des karma négatifs, a expliqué le Mouni. C'est pourquoi, fût-ce au prix de la vie, ne jamais commettre de mauvais karma est agir en bodhisattva.

9. Les bonheurs des trois mondes, tels la rosée à la pointe d'un brin d’herbe, sont dans l'instant périssables. La suprême libération étant immuable, diriger son intérêt vers elle est agir en bodhisattva.

10. Quand ces mères qui depuis la nuit des temps t'ont prodigué leur affection, sont dans la souffrance, que faire d'un bonheur limité à toi ? C'est pourquoi engendrer l'esprit d'Éveil en vue de libérer les infinités d'êtres est agir en bodhisattva.

11. Les souffrances émanent toutes du désir de son propre bonheur. Le parfait Bouddha naît de l'intérêt du bien d'autrui. C’est pourquoi échanger son bonheur personnel contre les souffrances d’autrui est agir en bodhisattva.

12. Même si, sous l’emprise d’un fort attachement, d'aucuns s’emparent de tous tes biens ou les font dérober, leur dédier ton corps, tes possessions et tes vertus des trois temps est agir en bodhisattva.

13. Même si quelqu'un te coupe la tête alors que tu n'as pas le moindre tort, mû par la compassion, prendre sur soi toutes ses fautes est agir en bodhisattva.

14. Même si quelqu’un répand maintes calomnies sur toi partout dans les trois mille mondes, avec amour, faire en retour l'éloge de ses qualités est agir en bodhisattva.

15. Même si au sein d'une vaste assemblée, quelqu’un passe tes fautes au crible et t'insulte, t’incliner avec déférence devant lui en le regardant comme un maître est agir en bodhisattva.

16. Même si une personne que tu as choyée comme ton fils, te regarde comme un ennemi, telle la mère envers son fils frappé par la maladie, le chérir tout particulièrement est agir en bodhisattva.

17. Même si quelqu’un d’égal ou d’inférieur à toi te dénigre sous l'emprise de l’orgueil, le placer respectueusement au sommet de ta tête tel un Maître, est agir en bodhisattva.

18. Même tombé dans le dénuement et constamment en butte au mépris des gens, foudroyé par une maladie grave ou par un démon, prendre sur toi les fautes et les souffrances de tous les êtres et ne pas céder au découragement est agir en bodhisattva.

19. Même célèbre et porté aux nues par les foules, entré en possession de richesses semblables à celles de Vaishravana, voir que les biens de ce monde sont dénués d'essence et n'avoir aucune arrogance est agir en bodhisattva.

20. Faute d'avoir pu soumettre l'ennemi qu'est sa propre aversion, on combat les ennemis extérieurs, lesquels se multiplient. C’est pourquoi, avec les armées de l’amour et de la compassion, maîtriser son propre courant de conscience est agir en bodhisattva.

 21. Les plaisirs des sens sont semblables à de l’eau salée : plus on en jouit et plus la soif augmente. Abandonner immédiatement tout objet qui suscite l'attachement est agir en bodhisattva.

22. Toute apparence est (forgée par) l'esprit, mais l'essence dudit esprit est depuis toujours libre de l’extrême des fabrications. L'ayant compris, ne plus concevoir de caractéristiques objet / sujet est agir en bodhisattva.

23. À toute rencontre avec un objet attrayant, comme pour un arc-en-ciel en été, ne pas lui accorder de réalité en dépit de sa beauté apparente et rejeter l'attachement est agir en bodhisattva.

24. Les diverses souffrances sont semblables à la mort de son fils en rêve. Parce qu'on saisit comme vraies les apparences fausses, on en est accablé. C'est pourquoi, quand on rencontre des circonstances défavorables, les regarder comme fallacieuses est agir en bodhisattva.

25. Si, lorsqu’on aspire à l’Éveil, on doit donner jusqu’à son propre corps, concernant les objets extérieurs, cela va sans dire. C'est pourquoi pratiquer une générosité qui n’attend ni retour ni résultat est agir en bodhisattva.

26. Alors que, dénué d'éthique, on ne peut accomplir son propre bien, vouloir œuvrer à celui d'autrui est risible. C’est pourquoi, sans plus d'intérêt pour ce bas monde, observer l'éthique est agir en bodhisattva.

27. Pour le fils de Victorieux qui aspire à des moissons de vertus, toute malveillance est semblable à un précieux trésor. C’est pourquoi, sans plus la moindre aversion, cultiver la patience est agir en bodhisattva.

28. Quand les auditeurs et les bouddhas solitaires, qui travaillent seulement à leur propre bien, se démènent comme pour éteindre un feu qui aurait pris sur leur tête, pour le bien de tous les êtres, cultiver l'enthousiasme, source des qualités, est agir en bodhisattva.

29. Ayant compris que la vue profonde dotée du calme mental annihile les facteurs perturbateurs, méditer la concentration (dhyâna) qui transcende les quatre absorptions (du monde) sans forme est agir en bodhisattva.

30. En l'absence de la sagesse, les cinq autres perfections ne permettant pas de réaliser l'Éveil, méditer une sagesse munie de la méthode et libre des notions des trois sphères est agir en bodhisattva.

31. Faute d'observer soi-même ses erreurs, bien qu'ayant l'allure d'un pratiquant, il peut arriver de contrevenir au Dharma. C'est pourquoi continuellement scruter ses erreurs et les rejeter est agir en bodhisattva.

32. Sous l’emprise des facteurs perturbateurs, divulguer les fautes d’autres bodhisattvas faisant régresser, ne pas évoquer les fautes de quiconque engagé dans le grand véhicule est agir en bodhisattva.

33. Comme, sous l’influence des richesses et des honneurs, des querelles divisent et les activités d’écoute, de réflexion et de méditation se dégradent, rejeter tout attachement envers les maisonnées des proches et des bienfaiteurs est agir en bodhisattva.

34. Suite à des mots blessants, l’esprit d'autrui étant agité et les conduites de fils des Victorieux altérées, bannir tout propos dur désagréable à autrui est agir en bodhisattva.

35. L'accoutumance aux klesha rendant difficile de les contrer avec les antidotes, doté de la mémoire et de vigilance, s'armer des remèdes et faucher l'attachement ou autre facteur perturbateur dès qu'il point est agir en bodhisattva.

36. En résumé, en tout lieu et toutes circonstances, en vérifiant dans quel état d'esprit l'on est, avec l'aide constante de la mémoire et de la vigilance, se consacrer au bien d’autrui est agir en bodhisattva.

37. Grâce aux efforts ainsi déployés, sont accomplies force vertus. En vue de dissiper les souffrances des innombrables êtres, les dédier à l'Éveil au travers de la sagesse pure des trois sphères est agir en bodhisattva.

Le sens énoncé dans les soutras, les tantras et les commentaires,
En me conformant aux explications des Maîtres excellents,
Je l'ai condensé en ces trente-sept pratiques de fils de Victorieux,
A l'intention de ceux qui souhaitent parcourir la voie des bodhisattvas.

Mon intelligence étant médiocre et mes connaissances faibles,
Je ne puis composer de manière à réjouir les lettrés,
Mais comme je me suis fondé sur les soutras et les écrits des Maîtres,
Je pense que ce sont là les authentiques pratiques de fils de Victorieux.

Cependant, comme les vastes conduites des fils de Victorieux
Sont difficiles à pénétrer pour un esprit inférieur tel que moi,
Envers les contradictions, incohérences et autres erreurs de mon fait,
J'implore des Maîtres leur mansuétude.

Par les vertus issues de la (rédaction de ce texte), puissent tous les êtres
Devenir semblables au Protecteur Avalokiteshavra,
Au-delà des extrêmes du samsara et du nirvana
Grâce aux excellents esprits d'Éveil ultime et conventionnel.

Composé en la précieuse Grotte du vif-argent par le moine Thogmed, docteur en écritures et en dialectique, pour le bien d'autrui et lui-même.

Traduction de Marie-Stella Boussemart - août 2018



jeudi 7 mai 2020

Louange à Atisha, composée par Dromtönpa


(Traduit par Marie-Stella Boussemart
Sous la direction de Gyudmed Khensur Rinpoche Sonam Gyaltsen)

En le sublime pays du Bengale (vous êtes né) dans le noble lignage de la famille royale de Sahor, celui-là même dont était issu le bodhisattva Shantarakshita ; ô Dimpakara, je vous invoque.

Avec art vous avez honoré vos père et mère, et vous les respectiez ; doté de la beauté, du charme, de la sagesse et de la compassion, vous étiez pondéré, bienveillant, plein de tact et courageux ; ô Dimpakara, je vous invoque.


Qu’il s’agisse des traités profanes ou des diverses sciences, médicales, techniques ou artistiques, ou encore des Veda, de l’ensemble vous aviez la connaissance et l’intelligence complètes ; ô Dimpakara, je vous invoque.

Dénué d’attachement envers les objets de désir, vous avez abandonné le pouvoir, les richesses et les autres biens et vous vous êtes fait moine [bhikshu] mahasamghika ; ô glorieux Atisha, je vous invoque.  

Les préceptes et les règles énoncés par le Tathagata, tels qu’ils sont exposés dans les quatre sections du Vinaya, vous les avez gardés dans toute leur pureté, sans les entacher de la moindre faute ; ô glorieux Atisha, je vous invoque.

Vous avez suivi de nombreux maîtres érudits, et qu’il s’agisse des Trois Corbeilles, de la langue, de la logique, ou bien encore des Instructions, de l’ensemble vous aviez la connaissance et l’intelligence complètes ; ô glorieux Atisha, je vous invoque. 

 De votre Maître, le Roi souverain de Serling, vous avez obtenu le nectar salvateur de l’esprit d’Eveil, et vous avez œuvré pour le bien de tous les êtres ; ô glorieux Atisha, je vous invoque.

Empli de compassion pour les si nombreux êtres misérables et ô combien souffrants, vous êtes leur protecteur, qu’ils fussent des déités du monde, des titans ou des hommes ; ô Père unique, je vous invoque.

A des maîtres qui en avaient obtenu les plus hautes qualités, vous avez demandé les transmissions permettant de réaliser les déités tutélaires, puis vous vous êtes appliqué à les accomplir ; ô Vous qui aviez fait l’objet de prophéties (de la part du Bouddha), je vous invoque.

Sachant que vous aviez des disciples au Tibet, vous êtes venu au Pays des neiges, et vous êtes devenu le Maître des dirigeants et notables ; Vous qui êtes digne des honneurs et des hommages, je vous invoque.

Si un éminent sage tel que vous n’était pas venu au Tibet, bien que l’Enseignement du Bouddha y eût cependant existé, on y serait sans doute demeuré dans l’ignorance du sens profond ; ô Vous qui l’avez excellemment exposé, je vous invoque.

En effectuant et en révisant des traductions de traités, en les expliquant et en composant des ouvrages, vous avez excellemment guidé sur la Voie parfaite ; ô Vous qui avez épanoui l’Enseignement, je vous invoque.

Les démons et les penseurs fourvoyés - hérétiques et zélateurs d’Ishvara -, qui professaient des vues funestes et s’égaraient sur des chemins pernicieux, vous les avez réduits par le raisonnement et les avez introduits dans la Voie libératrice : ô Guide de ceux qui aspirent à la libération je vous invoque.


La générosité, l’éthique, la patience, l’enthousiasme, la concentration et la sagesse, bref, les six perfections, vous les avez constamment méditées au fil de nombreuses vies ; ô Vous qui avez parachevé les deux accumulations, je vous invoque.

Fournir le nécessaire et tenir des propos plaisants, accomplir le bien des êtres (en les incitant à pratiquer) et agir soi-même en accord (avec ce que l’on enseigne) : ô Vous qui, (grâce aux ressources des quatre moyens rassembleurs), avez accompli avec flamme le bien d’autrui, je vous invoque.

La foi, l’éthique, l’écoute, le don, le respect de soi-même et d’autrui, la sagesse, de ces sept joyaux vous êtes riche ; ô vous qui êtes le trésor dont procèdent les qualités, je vous invoque.

Quand Gyälwè Jung-nè, l’excellent disciple qui avait jadis formulé des vœux, est arrivé de contrées lointaines, vous avez annoncé : « L’upasaka arrivera aujourd’hui. » ; ô Vous qui possédez la faculté de la vision divine, je vous invoque.
 

Lorsqu’au Magadha l’un de vos disciples, avec déférence, a fait résonner des cymbales et vous a adressé des invocations, vous l’avez entendu au Tibet et en avez fait part à Drom ; ô Vous qui possédez la faculté de l’ouïe divine, je vous invoque.

Lorsqu’à Lhasa vous avez entendu la musique des dieux, vous vous êtes précipité et, après avoir présenté des offrandes aux déités dans le déambulatoire, vous avez effectué des circumambulations dans l’espace ; ô Vous qui possédiez la faculté des pouvoirs supranormaux, je vous invoque.

(Du pilier) où le testament du Roi était caché, la dakini l’a sorti et vous l’a montré ; grande est votre bienveillance, vous qui représentez Shakyamuni ; ô bienveillant Atisha, je vous invoque.

Les personnes touchées par les maladies des nagas (lèpre, etc.), toujours vous les avez maintenues en vie ; de vous procèdent les cycles de protection, vous qui guérissiez les maladies des êtres ; ô Vous qui êtes connu comme un second Nagarjuna, je vous invoque.

Alors qu’à Nyethang vous étiez assis sur le sable à ’Or, dans l’espace Indra et les assemblées de dieux ont déversé des pluies de fleurs en les cinq gemmes ; ô Maître, Dieu des dieux, je vous invoque.

A Yorpo de Ching-ru, une jeune fille vous a offert ses bijoux ; lorsque vous avez appris sa mort, vous avez purifié ses voiles et vous avez annoncé qu’elle avait repris naissance en tant que déité ; ô Guide des êtres, je vous invoque.


« D’ici, j’irai à Tushita et ceux qui témoignent de foi et de respect envers moi, m’y rencontreront. », avez-vous prédit ; ô Vous qui voyiez à l’avance l’avenir, je vous invoque.


A Tushita, vous êtes Namkha Drima Med ; au pays des Arya, vous étiez Dipamkara, et ici, au Tibet, vous étiez le glorieux Atisha ; ô Vous dont la renommée couvre la terre, je vous invoque.

Quand moi, Dromtön, j’ai fondé le temple de Rating, lorsque je vous ai prié de guider les êtres, de Tushita vous avez jeté les fleurs de la consécration ; ô Vous qui avez ainsi directement accordé votre bénédiction, je vous invoque.

Lorsqu’en voyant et en entendant vos qualités, je vous invoque haut et clair l’esprit plein de ferveur, de Tushita, veuillez me regarder avec compassion et, comme je vous en implore, veuillez m’accorder votre bénédiction.

Comme au Tibet il est encore tant de disciples qui n’ont foi qu’en vous et suivent (votre lignée), veuillez le prendre en considération, et avec l’amour d’une mère pour son fils, veuillez nous servir de Maître spirituel.

En les temps de dégénérescence, tels des aveugles, les êtres suivent de prétendus maîtres imparfaits ; ceux qui sont ainsi dépourvus de guide dans les abysses du samsara, veuillez vite les en extraire avec le crochet de votre compassion.

En tous temps et toutes circonstances, ô vous le Parfait, vous êtes mon Protecteur ; pour qu’au plus vite je devienne un bouddha pleinement accompli, veuillez m’accorder (les sagesses de) étude, réflexion et méditation.

* * *

A cette louange composée par Dromtönpa, ses disciples ont ajouté une vibrante stance à sa gloire :
De tous vous êtes le Guide spirituel ; de tous vous êtes le Protecteur. Substitut des Victorieux, fils des Victorieux, pour tous, vous êtes l’inestimable source du bonheur. Ô Maître Tönpa, je vous invoque.

jeudi 19 mars 2020

La vie, précieuse et brève

Le corps humain est précieux, ne le gaspillez pas. La mort étant inévitable, on risque de n'avoir pas le temps [d'en tirer parti]. 

Extrait de Brève Instruction sur les conduites de bodhisattva d'Atisha



Les conseils du cœur d'Atisha

Puisqu'il est impossible de dompter l'esprit d'autrui avant d'avoir dompté le sien, commencez par dompter votre esprit.

Extrait des Conseils du cœur d'Atisha

lundi 16 mars 2020

Exhortation à la pratique, de Dromtönpa

Extrait de l'Exhortation à moi-même, composée par Dromtönpa

"Ohé, fils de l’excellent et glorieux Dipamkara (Atisha) ! Ce support de vie humaine dotée des atouts et des libertés est extrêmement difficile à obtenir. Quant à rencontrer l’Enseignement du Bouddha, c’est encore plus rare.
Ne gaspille pas inconsidérément les atouts et libertés qu’il est si difficile de conquérir. Pourquoi ? L’abîme des existences infortunées est insondable, et sans avoir la base que constitue l’éthique, tu voudrais hisser au sommet les remèdes en boule compacte ?
Sans doute es-tu un héros puisque tu n’es pas naguère tombé dans le précipice effrayant ( des renaissances infortunées) , mais de même qu’on prépare en un mois les réserves d’une année, au moment où tu pourrais te mettre en sécurité pour toutes tes vies à venir, ne reste pas à traînasser ; exploite à fond les remèdes.
La vie n’est pas éternelle ; elle est telle l’éclair dans le firmament : par nature, à peine apparu, il s’efface. Il en va de même pour ma vie, ai-je vu. Ne flâne pas ; tire la quintessence de ce corps. La vie n’est pas éternelle ; elle est telle le rocher qui dévale à flanc de montagne : il descend à vive allure, nul ne pourrait l’attraper. Il en va de même pour ma vie, ai-je vu. Ne reste pas à paresser ; pratique l’excellent Dharma sublime."