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lundi 12 mai 2025

Vesak Message du Secrétaire Général de l'ONU

 Message du Secrétaire Général des Nations Unies

En ce jour du Vesak, je présente mes meilleurs vœux aux bouddhistes du monde entier qui commémorent la naissance, l’éveil et la disparition du Bouddha.

Les enseignements du Bouddha sur la compassion, la tolérance et l’altruisme font parfaitement écho aux valeurs de l’Organisation des Nations Unies.

À une époque marquée par de graves problèmes mondiaux, ces principes intemporels nous montrent la voie que nous devons suivre ensemble.

Que ce jour sacré nous incite à jeter des ponts, à favoriser la solidarité et à œuvrer de concert à la création d’un monde plus pacifique, plus durable et plus harmonieux.

Bonne Journée du Vesak à toutes et tous.

 

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=-khSrEw0-1A

 

 

 

jeudi 19 décembre 2024

Ganden Ngamchö 2024 : le 25 décembre

 

Le 25 décembre 2024 coïncidera avec le 25ème jour du 10ème mois lunaire. 

Ce jour-là sera célébré le  Ganden Namchö དགའ་ལྡན་ལྔ་མཆོད་, la commémoration du paranirvana de Je Rinpoche, fondateur du monastère Ganden et de l'école gelugpa.

Que ce soit au Tibet ou en Mongolie, autrefois, tout le monde faisait force offrandes ce jour là, avec des lumières allumées partout. Pas seulement les gelugpa. Les autres bouddhistes, et même les non-bouddhistes. C'est au point que les Mongols avaient retenu cette date comme Jour de l'An ! Et tous de se congratuler, et de se souhaiter "Joyeux Anniversaire", car il n'était pas coutume de noter les jours de naissance des uns et des autres : tout le monde prenait une année de plus en même temps.


Que peut-on faire ? Par exemple :
- allumer des lumières (sous n'importe quelle forme) ;
- réciter le "miktséma" - dmigs brtse ma -, en hommage à Jé Rinpoche ;
- réciter le Ganden lhagyama (dGa' ldan lha brgya ma), guruyoga invoquant Jé Rinpoche ;
- lire une biographie de Jé Rinpoche et formuler des voeux pour suivre ses traces ;
- accomplir toute action bénéfique qu'il serait possible de faire.

mardi 17 décembre 2024

Atisha (982-1054)

 Le Pandit Atisha est pour nous une référence constante ; c'est pourquoi je vais condenser quelques points essentiels de sa vie. Pas relater sa vie entière : d'une part, ce serait trop long ici ; d'autre part, d'excellentes biographies de lui sont disponibles en beaucoup de langues, y compris le français.

Son nom est Dipamkara Shrijnana, "Celui qui fait la lumière grâce à sa glorieuse sagesse suprême". Atisha est en fait un titre, extrêmement honorifique, que faute de mieux l'on rend en français par "seigneur". L'équivalent tibétain est "jowo" (ཇོ་བོ་), de sorte que les nombreux Tibétains qui, soucieux de marquer leur vénération vis-à-vis du Maître, l'appellent Jowo Atisha, disent - j'imagine sans trop s'en rendre compte - : "Seigneur Seigneur" .

Après tout, pourquoi pas ? Mais cela démontre ô combien le roi du Tibet Rälpacän (629–877) avait raison quand il interdisait de traduire les noms propres (cf. article Les Lotsawa de jadis n° 2) : non seulement on ne sait plus de qui on parle, mais tel nom magnifique dans une langue frise le ridicule dans une autre. Ainsi, moi qui savoure les consonances du nom "Ganden" n'apprécierait guère qu'on me parle du "Monastère Joyeux", ou "Monastères des Joyeux", voire "Joyeux Monastère", ou encore "Monastère des Ravis", tant qu'on y est. Vous admettrez que cela n'a pas le même écho !

Le lien avec Atisha ? C'est que la Terre pure de Ganden (en sanskrit Tushita) est, dit-on, sa résidence actuelle, en présence du Bouddha Maitreya et en compagnie de tant d'autres personnages prestigieux.

Lors de l'existence humaine qui nous intéresse, Atisha est un Bengali de souche royale qui, très jeune, renonce aux apanages de son rang pour s'adonner à la pratique spirituelle. Après avoir pratiqué les tantras en tant que yogi dans des lieux écartés et sauvages, il devient moine relativement tard, vers la trentaine. N'oublions pas que nous sommes au XIe siècle ; à l'aune de l'espérance de vie européenne de l'époque, c'aurait déjà été un vieillard. Apparemment pas en Inde, car il entame à peine une longue carrière bien remplie.

Ce grand penseur n'a rien d'un sédentaire. Lors de la périlleuse traversée de 12 mois qui le mène vers son Maître principal Serlingpa, il fait escale dans de nombreuses îles avant d'atteindre sa destination, soit Java soit Sumatra – la question reste à trancher. Ce n'était pas tout d'y aller ; encore faut-il revenir. Il y réussit. Il est désormais le dépositaire des précieuses instructions relatives à l'esprit d'Éveil, et sa réputation s'amplifie au Pays des Aryas. Il a dû retraverser toute la péninsule avec le confort que vous imaginez (encore aujourd'hui c'est long et fatigant) pour regagner les grandes universités monastiques du nord et se voit confier des fonctions élevées à Nalanda, Odantapuri et surtout Vikramashila. C'est là qu'il reçoit des visiteurs qui ont franchi l'Himalaya pour le prier de bien vouloir venir dans leur Tibet natal, afin d'y restaurer l'Enseignement du Bouddha quelque peu malmené depuis un bon demi-siècle.

Je passerai sur les péripéties et autres rebondissements qui aboutissent en 1042 à l'arrivée d'Atisha dans le Ngari. Si je calcule bien, le Pandit a donc 60 ans révolus ! Il sait que l'expédition tibétaine va écourter sa vie – Tara l'en a prévenu, et c'est de toute façon prévisible. Voyages éreintants. Chocs climatiques. Changement radical d'altitude, en passant de la plaine aux montagnes les plus hautes. Régimes alimentaires totalement différents. Quant aux mœurs et coutumes…

Pour accomplir le bien des être, Atisha accepte tout. Il supporte tout. Le prince raffiné cohabite de bonne grâce avec les rudes (rustres ?) montagnards. Il va jusqu'à apprendre leur langue. Mais il n'adopte pas toutes leurs habitudes. Il demeure doux et conciliant, toujours disponible pour tous, animaux y compris. Cela surprend. Cela choque même certains. Le fier Seigneur Kutön lui remontre que, si en Inde on condescend à parler à tout le monde avec aménité, ici ce n'est pas l'usage. Il faudrait quand même que le Maître tienne son rang. Le Maître écoute, sourit et … persiste. Il va jusqu'à caresser avec tendresse les bêtes qu'il a récupérées pour les sauver du couteau. Pire, il leur parle ! Et il s'adresse à elles en les appelant "mes vieilles mères".

C'est qu'Atisha a les plus hautes réalisations. Il sait que chaque être lui a servi de mères un nombre incalculable de fois dans le passé, sous toutes les formes, dans toutes les sphères. Il sait qu'alors et en bien d'autres circonstances chaque être a été pour lui d'une infinie bienveillance. Éperdu de gratitude, il mesure la souffrance de ses proches enlisés dans leurs passions et leurs certitudes fallacieuses. Il sait aussi qu'heureusement tous ont potentiellement la faculté d'évoluer jusqu'à obtenir la libération du samsara et même l'omniscience de Bouddha. Comment n'éprouverait-il pas le plus grand respect pour toutes les créatures ? Pourquoi ferait-il une différence entre elles, qui montrent sans doute ponctuellement des aspects divers, mais sont au fond soumises aux mêmes obstacles et porteuses des mêmes espérances ? Aujourd'hui l'un est roi, l'autre esclave ; demain ce sera le contraire. Mais un jour les deux seront enfin boudddhas.

Le sage versé tant en philosophie qu'en tantra ne cesse, au Tibet, d'enseigner … la prise de refuge et la loi de causalité, ce qui lui vaudra deux surnoms. D'être ainsi appelé (avec un certain dépit de la part de certains qui réclament des instructions "profondes") ravit Atisha : comme cela, dit-il, rien qu'en entendant parler de moi, "le lama de la prise de refuge" ou "le lama de la causalité", les gens acquerront de bonnes empreintes. Et cela leur indiquera l'essentiel." En réalité, bien comprise, toute facette de la voie inclut la totalité. Ce n'est pas une excuse pour vouloir dès le début viser les pratiques les plus élevées : elles sont alors inaccessibles et donc infructueuses, tandis que si, avec humilité, on commence par la base, on peut ensuite l'élargir jusqu'à y intégrer l'ensemble.

Voilà qui était Atisha : un authentique Seigneur, aimable et courageux ; doux et endurant ; modeste et sûr de lui ; érudit et simple, la liste de ses qualités se déroulant à l'infini : logique, quand on sait qu'il est aussi considéré comme une émanation du Bouddha Amitabha.

jeudi 14 mars 2024

Jouer le bon sens contre la susceptibilité ?

 L'époque est morose. 

Comment renforcer le bon sens et surmonter la susceptibilité ? 


C'est sûrement possible. Même de nos jours !

Si on cherche dans les outils du bouddhisme, sans doute que des réflexions et méditations portant - par exemple (liste non exhaustive) - sur l'impermanence, la loi de causalité, ou encore le non-soi, ou l'autochérissement, la bienveillance des autres êtres à notre égard, la gratitude envers eux, cela pourrait aider un peu.

La patience aussi, sans doute.

dimanche 10 décembre 2023

Priorité à autrui

Accorder la préséance à autrui constitue le cœur du mahayana, toutes branches, écoles et lignées confondues.

Exemple de ce conseil émanant du maître japonais Dogen (1200-1253, figure de proue du Zen Soto :

Il est bon de s'établir à l'extérieur de soi.

S'oublier, c'est s'ouvrir à toutes choses.

mercredi 19 avril 2023

Gungthang Jampè-yang

Un grand Maître tibétain, Gungthang Rinpoche གུང་ཐང་འཇམ་པའི་དབྱངས་, résume la voie en quatre points clefs :

 ཆོས་ཆོས་སུ་འགྲོ་བར་གདམས་པ།

ཆོས་ཀྱི་རྩ་བ་བསམ་པའི་བཟང་ངན་ཡིན། ། 

ཆོས་ཀྱི་སྒོ་འབྱེད་རྣམ་དག་ཐོས་པ་ཡིན། ། 

ཆོས་སུ་སོང་ཚད་འདི་སྣང་ཞེན་ལོག་ཡིན། ། 

ཆོས་ཀྱི་སྙིང་པོ་ཐབས་ཤེས་ཟུང་འཇུག་ཡིན། ། 

ཆོས་ལ་ཆོས་བཞིན་སྤྱོད་པར་གྱིས་ཤིག་ཨང༌། ། 

 

       ཆོས་ཀྱི་རྩ་བ་བསམ་པ་བཟང་ངན་ཡིན་ལ། ཆོས་ཀྱི་སྒོ་མོ་འབྱེད་བྱེད་ནི་ཡང་དག་པའི་ཐོས་པ་ཡིན། ཆོས་སུ་སོང་མ་སོང་ནི་ཚེ་འདི་སྣང་ལ་ཞེན་ལོག་འབྱུང་མི་འབྱུང་ཡིན་ལ། ཆོས་ཐམས་ཅད་ཀྱི་སྙིང་པོ་ནི་ཐབས་བྱང་ཆུབ་སེམས་དང་། ཤེས་རབ་སྟོང་རྟོགས་པའི་ཤེས་རབ་ཟུང་དུ་འཇུག་པ་དེ་ཡིན་པས། རང་ཉིད་ཀྱིས་བྱས་པའི་ཆོས་དེ་ཆོས་སུ་འགྲོ་བ་དང་། ཐེག་པ་ཆེན་པོའི་ཆོས་སུ་འགྲོ་བར་གྱིས་ཤིག་ཅེས་བསྐུལ་བའོ།།

 

La racine du Dharma est un état d'esprit bon.
La clef qui ouvre la porte du Dharma est une étude pure.
La mesure du Dharma est le rejet de l'attachement envers la vie actuelle.
L'essence du Dharma  est l'union de la méthode (notamment amour, compassion, esprit d'Éveil) et de la sagesse.
Ainsi faut-il mener la pratique du Dharma conformément au Dharma.
 

dimanche 1 janvier 2023

Nouvelle Année

 

Je vous présente mes vœux les plus chaleureux 
 
de santé et sérénité, d'harmonie et de joie. 
 

Puissent tous les êtres établir les causes nécessaires 
 
pour échapper à la souffrance et accéder au bonheur:
 
éthique, concentration, sagesse
 
renoncement, équanimité, amour, compassion, esprit d'Éveil.
 
 

 
 

 

dimanche 9 octobre 2022

Les degrés de l'éthique

 Quelles différences y a-t-il entre

-       « éthique »

-       « instruction supérieure de l’éthique »

-       « éthique de bodhisattva » ?

 

L’éthique est d'abord la « volition (facteur mental omniprésent) de s’abstenir d'une activité ou pensée non-vertueuse.

Elle est commune à de nombreux êtres, toutes traditions et cultures confondues.

Son observance permet d’accumuler des karmas vertueux, causes de renaissances favorables dans le samsara, en tant qu’humain ou deva.

 

L’instruction supérieure de l’éthique est fondée sur le renoncement au samsara.

Elle concourt à l’obtention de la libération du samsara.

 

L’éthique de bodhisattva est fondée sur l’esprit d’Éveil.

Elle concourt à l’obtention de l’Éveil de Bouddha.

Les voies d'éveil

Socle commun à tous les bouddhistes : Les 3 entraînements supérieurs : éthique – concentration – sagesse, développés en le noble sentier octuple.

        Cf. Sutra des 4 vérités des arya (Soutra des 4 Nobles Vérités)

 

Mahayana : Union de la méthode et de la sagesse

        Cf. Sutra de la perfection de la sagesse

 

° La méthode : toutes les qualités à l’exception de la sagesse, principalement la grande compassion, cad la compassion portant sur tout être souffrant, et l'esprit d'éveil (bodhicitta).

 

° La sagesse : le discernement, principalement en tant que compréhension du non-soi, cad de l’absence de réalité intrinsèque (indépendante) de la personne et des choses.

 

mardi 2 août 2022

Les 12 préceptes de l'esprit d'Eveil aspiration avec promesse

Un pratiquant peut faire apparaître l'esprit d'Eveil sous la forme de l'aspiration à devenir Bouddha pour le bien de tous les êtres, sans encore aller jusqu'à prendre l'engagement d'accomplir toutes les  pratiques de bodhisattva, mais en se promettant déjà de ne jamais se détourner de ce but.

Ce serment une fois pris, l'application de 12 préceptes permettent au pratiquant d'aller jusqu'au bout, cad l'Eveil suprême, quel que soit le temps nécessaire pour y parvenir.

Sur les 12  4 préceptes concourent à préserver l'esprit d'Eveil tout au long de la vie en cours, et les 8 autres lors des vies suivantes, jusqu'à la réalisation de l'Eveil suprême.

1 Les 4 préceptes pour maintenir l'esprit d'Eveil dans cette vie
1 - Songer aux bienfaits de l'esprit d'Eveil 3 fois le jour et 3 fois la nuit.
2 - Procéder à la production de l'esprit d'Eveil 3 fois le jour et 3 fois la nuit.
3 - Réunir les deux accumulations, de mérites et de sagesse.
4 - Ne jamais abandonner un être (c.a.d. à propos de qui que ce soit, ne jamais penser que jamais on ne fera rien pour lui).

2 Les 8 préceptes pour maintenir l'esprit d'Eveil dans les vies suivantes
Ils sont répartis en 2 groupes en miroir : 4 attitudes à éviter ; 4 attitudes à adopter.

21 Les 4 dharmas noirs à éviter
1 - Mentir avec malveillance au maître, à l'abbé, à ses parents.
2 - Critiquer des personnes dotées de qualité (à portée d'oreille).
3 - Inspirer du regret à quelqu'un qui a bien agi.
4 - Sans raison valable, faire montre d'hypocrisie et de duplicité.

22 Les 4 dharmas blanc à mettre en œuvre
1 - Adopter un langage véridique (cad rejeter le mensonge).
2 - Considérer tout être en tant que guide, en tant que maître.
3 - Aider les personnes qui auraient de manifestes tendances mahayanistes à s'engager dans cette voie (bien évidemment, sans jamais forcer qui que ce soit !).
4 - Faire montre de droiture, de probité.



vendredi 10 juin 2022

L'entraînement de l'esprit en 8 stances

L'Entraînement de l'esprit en huit stances
de Géshé Langri Thangpa Dorjé Séng-gé (1054–1123)

(Traduction de Marie-Stella Boussemart)

1 - Songeant que pour moi, tous les êtres
Surpassent les joyaux exauceurs de désirs
Pour que j'accomplisse le but ultime,
Puissé-je les chérir continûment !

2 - Avec qui que je sois où que ce soit,
Puissé-je me voir comme inférieur à tous,
Et aux tréfonds de mon cœur, les autres,
Puissé-je les chérir suprêmement !

3 - Quoi que je fasse, observant
Mon esprit, sitôt que poindraient des kleshas,
Vu leurs effets néfastes pour autrui et moi-même,
Puissé-je les juguler implacablement !

4 - A la vue d'êtres de nature mauvaise,
Ecrasés par de graves fautes et maux,
Comme si j'avais découvert un précieux trésor,
Difficile à trouver, puissé-je les chérir !

5 - Quand par jalousie envers moi, autrui
Me critique, me dénigre ou me maltraite,
Puissé-je endosser la défaite
Et offrir la victoire à autrui.

6 - Si tel que j'avais fort aidé
Ou en qui je fondais de grands espoirs
M'inflige les pires préjudices,
Puissé-je le regarder comme un parfait maître !

7- En bref, puissé-je offrir à toutes mes mères
Tout bien et bonheur, direct ou indirect !
Quant aux maux et souffrances de mes mères,
Puissé-je tous les endosser, secrètement !

8 - Sans que tout ceci ne soit affecté
Par les souillures des huit conceptions,
Et sachant que les phénomènes sont tels des illusions,
Sans plus de saisie, puissé-je être délivré des liens [du samsara] !

mardi 24 mai 2022

RIP Kyabjé Rato Khyongla Rinpoche


Kyabjé Rato Khyongla Rinpoche, affectueusement surnommé Blue jean Rinpoche par ses disciples américains, a dispensé ce matin un enseignement sur l'impermanence en cessant de respirer à Dharamsala (Inde). Il avait près de 100 ans.

Que faire quand un grand Maître décide de quitter un support physique ?

Il est recommandé de formuler des prières pour que les vœux et souhaits du Maître s'accomplisse, pour qu'il revienne vite sous une forme que nous puissions à nouveau rencontrer et qu'il poursuive son activité d'enseignement.

Outre les prières, afin d'établir les causes et conditions leur permettant de se réaliser, il importe de mettre en pratique du mieux possible les instructions dispensées par le Maître, à savoir pratiquer les étapes de la voie menant à l'Éveil suprême de Bouddha, pour le bien de tous les êtres. 

Devenir Bouddha suppose d'unir "la méthode et la sagesse", en d'autres termes de réaliser les trois principes du chemin : le renoncement, l'esprit d'Éveil et la compréhension du non-soi.


vendredi 8 avril 2022

De l'art de tirer parti de toutes circonstances

Comment transformer maladies et autres circonstances en voie d'éveil
par Gyalsé Thogmé Zangpo (1295-1369)

 Namo Guru !
 
Ce corps que je possède comme les autres, cet amas illusoire,
S'il est malade, qu'il le soit ! De cette maladie, je me réjouis !
Elle balaie mon karma négatif du passé ;
Et les diverses pratiques du Dharma, après tout,
Servent à purifier les deux obscurcissements.

Si je suis en bonne santé, soit ! Je m'en réjouis !
Avec un corps et un esprit à l'aise,
La pratique de la vertu s'intensifie ;
Et ce qui donne du sens à cette vie humaine, après tout,
Est de tourner actes, paroles et pensées vers le bien.

Me voilà sans fortune, soit ! Je m'en réjouis !
Point du souci incessant de la garder et de la protéger !
Les disputes et les conflits quels qu'ils soient
Viennent, pour sûr, de s'attacher aux biens et aux richesses !

Me voilà riche, soit ! Je m'en réjouis !
Pour augmenter mon accumulation de mérites, rien de tel !
Tout ce que l'on trouve de bonheur, maintenant et dans le futur,
Est, pour sûr, le fruit du mérite !

Si je dois mourir bientôt, soit ! De la mort, je me réjouis !
Si l'adversité ne me barre pas la route,
Aidé par les habitudes positives que j'ai accumulées,
Je rejoindrai, pour sûr, le chemin infaillible !

Si je reste en vie longtemps, soit ! D'être en vie, je me réjouis !
La graine de l'expérience, une fois éclose,
Nourrie sans faiblir par le soleil et la pluie des instructions,
Finira avec le temps par porter ses fruits.
Ainsi, quoi qu'il advienne, entraînons-nous à nous réjouir !

En réponse à un guéshé Śākya qui demandait ce qu'il faut faire en cas de maladie, moi, le moine Thogmé, qui disserte sur le Dharma, j'ai exposé ces façons d'amener maladies et autres circonstances sur le chemin spirituel.
 
Sarva maṅgalaṃ !
 
| Traduction anglaise par Adam Pearcey, 2007. Rédigée par Phillippa Sison. Revue en 2012.
| Traduction française établie sur la base de l'anglais, Comité de traduction française Rigpa, 2013.

dimanche 27 février 2022

Lamrim en 4 vers

Le grand maître sakyapa Sachen Kunga Nyingpo (1092-1158) résume la voie spirituelle en ces quatre énoncés (mis en forme par Dakpa Gyaltsen, 1147-1216) :

Si je suis attaché à cette vie (principalement), je ne suis pas un pratiquant.
Si je suis attaché au samsara, je n'ai pas le renoncement.
Si je suis attaché à mon propre bien  (principalement), je n'ai pas l'esprit d'Éveil.
Si j'ai la saisie du soi, je n'ai pas la vue (du non-soi).

Sachen Kunga Nyingpo est le fils du fondateur de l'école sakyapa (Khön Khönchog Gyalpo), 3ème chef de l'école (Sakya Trizin) et 1er des cinq grands Hiérarques de cette école.
Il est réputé - entre autres - pour avoir obtenu la vision directe du Bouddha Manjoushri en l'espace de six mois. Ce, alors qu'il était âgé de 12 ans.

samedi 26 février 2022

Conseil d'Atisha Dipamkara

 

Si vous êtes décidé à obtenir l'excellent Éveil et les états d'existence supérieurs, 

ayant pris les Trois Joyaux pour refuge, 

en premier lieu étendez votre compassion à tous.


Atisha
  Bodhisattvacarya sutri krita pabara

mercredi 14 juillet 2021

Khunu Lama Rinpoche Tenzin Gyaltsen


 

Khunu Lama Rinpoche Tenzin Gyaltsen (1894-1977) est l'un des Maîtres de mes Maîtres, 
Rinpoche et Genlags.

Grand philosophe et grand grammairien, ce grand siddha né à la frontière côté indien, eut des disciples dans toutes les traditions et dans toutes les strates de la société. Il n'était pas moine, mais qu'importe ?

Il était aussi un poète insigne, et son Eloge de l'esprit d'Eveil est un bijou 
tant pour le fond que pour la forme.
 
Il disait, nous a raconté Rinpoche, qu'il existe deux voies pour comprendre la vacuité
et ainsi atteindre la libération : 
le raisonnement certes, mais aussi la grammaire, sanskrite ou tibétaine.


Nul doute qu'il parlait en connaissance de cause.


 

vendredi 18 juin 2021

Pas de bonheur sans éthique

 De l’éthique émane le bonheur, affirme Nagarjuna dans le Ratnavali.

 

Si l’éthique est ainsi la source incontournable de notre bonheur, présent et futur, elle devient l’urgence et la priorité.

 

Mais qu’est-ce que l’éthique – selon le bouddhisme ?

 

 La définition première est que l’éthique consiste en la « volition » (facteur mental omniprésent assurant la mobilité de toute perception) de s’abstenir de comportement « non-vertueux », cad causes de souffrance, tant pour soi qu’autrui : si on tue un être, dans l’immédiat, on inflige une terrible souffrance à la victime en le privant de son bien le plus précieux : sa vie, et à plus long terme, on s’expose soi-même à divers résultats pénibles, par effet boomerang.

 

De ce point de vue, l’éthique fondamentale suppose de s’efforcer de s’abstenir des dix non-vertus, qui sont les aspects les plus courants et les plus grossiers des conduites néfastes du corps (ôter la vie, s’emparer de quelque chose, commettre des inconduites sexuelles), de la parole (propos mensongers, propos de discorde, propos blessants, paroles futiles) et de l’esprit (convoitise, malveillance, vues fausses consistant à nier ce qui est).

 

Rien que l’observance d’un point parmi les dix permet déjà d’établir de bons karmas capables d’entraîner des renaissances favorables.

Heureusement, car s’il est assez facile - en temps de paix - de s’abstenir de tuer d’autres êtres humains, c’est plus délicat vis-à-vis des animaux… Quant à éviter des pensées de convoitise ou de malveillance de s’élever dans notre esprit, … cela exige un véritable entraînement.

 

À un niveau plus élevé, l’instruction supérieure de l’éthique, qui est fondée sur le renoncement au samsara (cad le dégoût envers les pseudo plaisirs du samsara), concourt à l’obtention de la libération du samsara.

 

À un niveau encore plus élevé, l’éthique de bodhisattva, qui est fondée sur l’esprit d’Éveil et inclut toutes les conduites de bodhisattva, concourt à l’obtention de l’Éveil de Bouddha.

 

Autrui est premier

 Avec qui que je sois où que ce soit,

Puissé-je me voir comme inférieur à tous,

Et aux tréfonds de mon cœur, les autres,

Puissé-je les chérir suprêmement !

 

Dans L’Entraînement de l'esprit en huit stances, le géshé kadampa Langri Thangpa Dorjé Séng-gé (1054–1123) exhorte à laisser la première place à autrui, en toutes circonstances.

Tel est l'exemple donné par tant de Maîtres dont l'humilité n'a d'égale que la simplicité. Pour n'en citer que quelques-uns : Domtönpa au XIème siècle, mes Maîtres aujourd'hui - Rinpoche, Genlags...

Exemple magnifique, mais ô combien difficile à suivre. 

 

Y parvenir requiert d'une part de bien réfléchir d'une part aux moult inconvénients millénaires de la tendance à se considérer (soi et les siens) comme sinon le centre du monde, du moins comme prioritaire, d'autre part aux multiples bienfaits de l'altruisme.

 

Les langues asiatiques aident à prendre du recul par rapport à "je" roi, en ce sens qu'elles comportent en général plusieurs niveaux de langage, de l'honorifique (envers autrui) au modeste (à propos de soi), en passant par le neutre (généralités, narrations objectives, etc.).

Ainsi, quand on s'adresse à ses Maîtres, à ses parents, à des aînés, etc., l'on est censé jongler entre les termes de politesse à leur propos, et les termes de modestie envers soi et assimilés.

 

Le Japon (et peut-être d'autres pays d'Asie ?) a la particularité de prôner les termes de modestie non seulement pour parler de soi, mais aussi des siens, y compris ses parents et autres proches - pas quand on s'adresse à eux, mais quand on parle d'eux.   

En revanche, au Tibet, si j'ai bien compris, on se doit d'utiliser à propos des parents des termes honorifiques dans les deux cas.

Deux cultures, deux sensibilités, deux visions des rapports entre les êtres.

 

vendredi 4 juin 2021

Comment faire flèche de tout bois

 Le Pandit cachemirien (Khache Panchen) Śākyaśrībhadra, qui vécut de 1127 à 1225 et résida 10 ans au Tibet (1204-1214), tirait parti de toutes circonstances, conformément à l'éthique de bodhisattva.

Quand je ressens un bien-être, je le dédie au bonheur de tous. Puisse ainsi l'espace s'emplir de joie et de bonheur !
Quand je ressens un mal-être, j'endosse les souffrances de tous. Puisse ainsi l'océan de souffrances s'assécher

སྐྱིད་ན་བདེ་བ་ཚོགས་སུ་བསྔོ། །ཕན་བདེས་ནམ་མཁའ་གང་བར་ཤོག
།སྡུག་ན་ཀུན་གྱི་དུཿཁ་འཁུར། །དུཿཁ་རྒྱ་མཚོ་སྐེམས་པར་ཤོག

Biographie en anglais de Shakyashribhadra :

samedi 24 octobre 2020

Les quatre détachements

Le grand maître sakyapa Sachen Kunga Nyingpo résume la voie spirituelle en quatre énoncés :

Qui est attaché à cette vie n'est pas un pratiquant.
Qui est attaché au samsara n'a pas le renoncement.
Qui est attaché à son propre bien n'a pas l'esprit d'Eveil.
Qui a la saisie (du soi) n'a pas la vue (de la vacuité).