Kyabje Khen-Rinpoche, Son Éminence Jigmey Gyatso, abbé du monastère de Drepung Gomang en Inde du sud, a accepté de prodiguer un enseignement sur les trois principes du chemin vers l’Éveil complet.
Samedi 31 mai à la Grande Pagode du bois de Vincennes.
S.S. Trizur Rinpoché Lungri Namgyel, disciple proche de Kyabjé Trijang Dorjéchang, est décédé en France le 14 février 2025. Il était dans sa 99e année.
Originaire du Kham, il a d'abord étudié dans sa région. À son arrivée dans le Centre du Tibet, il est entré au monastère philosophique de Ganden, fondé par Je Tsongkhapa en 1409, et s'y est affilié au collège de Shartsé.
Après l'exil en Inde en 1959, il est devenu geshe lharampa en 1971, puis a joint le collège tantrique de Gyutö dont il est devenu abbé en 1983. C'est en 2003 qu'il est devenu le 101e Ganden Tripa, chef de l'école gelugpa.
S.S. Trizur Rinpoché Lungri Namgyel parlait très bien français, ce qui lui avait permis d'acquérir la nationalité française. Invité en France en 1978, il a fondé l’association bouddhiste Thar Deu Ling dès 1979. Après l'avoir dirigé plusieurs années, en 2002, il l'a confié à son disciple Geshe Losang Yeshe pour assumer les hautes fonctions auxquelles il était appelé en Inde, puis pour enseigner dans de nombreux pays d'Asie, mais il revenait régulièrement, puis définitivement dans son pays d'adoption, où il a rendu son dernier souffle au terme d'une longue vie consacrée à l'étude, la pratique et l'enseignement.
Teaching on The 37 Practices of the Bodhisattva by Gyalse Tokme Zangpo (10am-12pm, 3-5pm)
Oral Transmission of The Wish Granting Jewel - The Condensed Essence
of the Ritual According to the Sutra of the Bhagavan Master of
Medicine, by Panchen Losang Chökyi Gyeltsen (3-5pm)
Hayagriva, Vajrapani and Garuda (Ta Chag Khyung Sum) Initiation (9:30am)
Location
L'institut de Services à la Culture Tibétaine, Pagode du bois de Vincennes, Route de La Ceintures du Lac Daumesnil 75012 - Paris; Metro: Porte Dorjee. Contact - 0680729054
Traduction de l'anglais en français (par Yondöl lags - merci à elle)
I : Bonjour Rinpoché,
Merci infiniment d’accepter de
répondre à quelques questions aujourd’hui.
Rinpoché, quel est le but de la pratique
du bouddhisme ?
Rinpoché : Le but de la pratique du bouddhisme
est de parachever le bonheur de tous les êtres, humains et autres. Mais ce qui
est spécifique au bouddhisme c’est que les moyens essentiels pour obtenir le
bonheur et de se libérer des souffrances sont la recherche d’une voie qui
permette de changer nos manières de penser et de percevoir les choses. Ceci
pour la simple raison que, bien qu’existent en général de multiples sources de
bonheur et de souffrance, les principales se trouvent en nous-même, dans notre
esprit, qu’il est nécessaire de ce fait de les transformer. C’est ce que le
Bouddha a enseigné.
I : Alors, que signifie pratiquer le
bouddhisme ?
Rinpoché : Comme je viens juste de
l’expliquer, étant donné qu’à l’origine ce sont nos propres manières de penser
qui créent les problèmes que nous rencontrons, la principale méthode pour
pratiquer le bouddhisme est de travailler en vue d’améliorer nos modes penser.
Nous avons d’innombrables
sortes de pensées qui peuvent être classées en trois principales
catégories :
-Dans
la première catégorie, nous trouvons les pensées qui ont un effet négatif sur
nous
-Dans
le seconde, il y a celles qui nous sont toujours favorables quand elles se
manifestent,
-Dans
la troisième, celles qui vont avoir pour nous un effet ni particulièrement bon
ni particulièrement mauvais.
Pour améliorer nos pensées, par
conséquent nous devons les reconnaître et ainsi, quoi que nous fassions, en
activité ou au repos, nous devrions observer nos pensées. Quand nous découvrons
qu’elles sont bonnes, nous devons les entretenir.
Quand nous au contraire nous
identifions des pensées erronées, nous devons décider de nous y opposer,
sachant qu’elles nous sont nuisibles.
C’est ainsi que nous devons
procéder.
Mais qu’entend-on par mode de
pensée bon ou mauvais ? Les « bonnes » pensées sont celles qui
sont utiles pour nous et les autres comme vouloir le bonheur des autres, les
aider, éprouver de l’amour, de l’affection, du respect envers eux.
Les « mauvaises »
pensées et sentiments qui nuisent à nous-même et aux autres, ce sont par
exemple la colère, l’obscurité mentale qui nous empêche de comprendre les
phénomènes, la jalousie, le désir de critiquer les autres et ainsi de suite.
Ceux qui s’efforcent
d’améliorer leur mode de pensée et qui parviennent à maintenir la plupart de
pensées bénéfiques en leur esprit, verront leur qualité de vie s’améliorer de
manière vaste. Ils en seront plus heureux et seront capables de rendre autour
d’eux les autres plus heureux également – que ce soit les parents, le conjoint,
les enfants, etc. - et ceci parce qu’ils ont continuellement des pensées de
bonté envers les autres et le désir de ne pas leur nuire.
A titre d’exemple, les méthodes
pour obtenir ce résultat sont la méditation, l’étude, la récitation de prières,
faire des offrandes, pratiquer la générosité, aider les autres et beaucoup
d’autres activités bénéfiques. Ce sont les moyens qui, comme je l’ai dit,
consistent tout d’abord transformer son esprit.
I : Qu’est-ce que le Lamrim ?
Rinpoché : Pour comprendre ce qu’est le Lamrim, il
est nécessaire de comprendre que tous les êtres souhaitent le bonheur et ne
veulent pas de la souffrance. Toutefois, ils aspirent à différents niveaux de
bonheur. Le but de certains est d’obtenir le bonheur et d’échapper à la
souffrance exclusivement dans cette vie-même. D’autres visent le bonheur
maintenant et dans leurs vies futures. Et enfin, voyant que même le bonheur
dans les vies futures ne dure pas, les derniers aspirent à un bonheur durable
qui, selon le bouddhisme, est un objectif réalisable.
Ainsi il y a trois niveaux,
trois objectifs. En poursuivant le premier, le bonheur uniquement dans cette
vie, n’est pas considéré comme valable car ce genre de bonheur est de trop
courte durée – au grand maximum il peut durer 100 ans. Le rechercher seul est
donc considéré comme une perte de temps et de potentiel humain, car nous avons
besoin d'être heureux dans notre prochaine vie également.
En conséquence, le niveau
minimum de bonheur qui vaille la peine d’être recherché est celui de notre vie
future.
Toutefois, étant donné que le
bonheur est aussi impermanent et qu’il alterne avec des périodes de malheur, il
peut être considéré comme insatisfaisant, auquel cas, nous pouvons rechercher
le bonheur de la libération qui, lui, jamais ne s’arrête.
De plus, nous pouvons ne pas
nous contenter de notre bonheur personnel et, au contraire, souhaiter le
bonheur pour tous les êtres et tout faire pour l’accomplir, ce qui est
l’objectif le plus élevé possible.
Nous avons vu trois niveaux.
Pratiquer le Lamrim ou les
étapes de la voie consiste par conséquent à étudier progressivement et
travailler à appliquer les méthodes permettant d’atteindre ces trois objectifs.
I : Rinpoché, comment voyez-vous la mission
du centre du Dharma Kadam Tashi Choeling ?
Rinpoché : Le Bouddha a enseigné
d’innombrables méthodes pour que les êtres puissent obtenir le bonheur et se
libérer des souffrances. Le rôle de Kadam Tashi Choeling est de donner
l’opportunité à ceux qui s’y intéressent de se réunir pour tout d’abord
apprendre ce qu’ils sont. Une fois qu’ils l’auront bien compris, l’idée est de
ne pas se contenter de cette connaissance mais de la mettre en pratique,
constamment, tout au long de leur vie.
Cela vous permettra d’améliorer
progressivement vos comportements, de réduire vos défauts et erreurs et
d’épanouir et accroître vos bonnes qualités.
Une fois parvenu à ce stade,
l’objectif est de faire tout votre possible pour aider les amis, humains et
autres êtres, à résoudre leurs difficultés et surmonter leurs souffrances, qui
plus est, servir tous les êtres existant, spécialement l’humanité dans le monde
où nous nous trouvons actuellement.
La principale fonction du
centre est de faire de son mieux pour rendre cela possible.
I : Dans le bouddhisme il y a beaucoup
d’écoles différentes. Alors, à quelle école bouddhiste Kadam Tashi Choeling
appartient-il ?
Rinpoché : Bien qu’il y ait beaucoup d’écoles
différentes dans le bouddhisme, qu’elles soient d’obédience theravada ou
mahayana, elles partagent les mêmes fondamentaux.
De plus, à l’intérieur de
chaque école, il y a de légères différences concernant les vues et les modes
d’action. Ces nuances permettent de répondre aux besoins des auditeurs qui ont
des facultés, des capacités variables.
A l’intérieur de la branche du
bouddhisme mahayana, il y a le bouddhisme tibétain. Au Tibet, il y a quatre
principales branches du bouddhisme. Kadam Tashi Choeling, ainsi que le suggère
son nom, suit l’école kadampa fondée par les disciples tibétains du grand
Maître indien, Dimpamkara Shri Jnana (Atisha). Il avait un grand nombre de
disciples au Tibet.
Parmi eux, on observe les
traditions spécifiques au monastère de Dagpo Shedrup Ling concernant la manière
d’étudier etc.
I : Rinpoché, il y a de nombreuses religions
différentes dans le monde. Quelle est la place du bouddhisme ?
Rinpoché : Ainsi que vous le soulignez, il y a
en effet beaucoup de religions dans le monde et je pense que c’est très
important que cela soit ainsi.
Elles sont inestimables car,
compte tenu d’une population très nombreuse dans le monde et le fait que tous
les gens ont des points de vue différents, il est inconcevable qu’une seule et
unique religion puis être bénéfique à chacun d’eux.
Chacun a besoin d’une méthode
pour obtenir le bonheur qui corresponde à ses propres capacités et aspirations.
Quand existe une variété de religions, les gens peuvent choisir celle qui est
la meilleure pour eux. Quand quelqu’un a trouvé une religion qui lui convient
et qu’il l’a choisie, il est important de la comprendre profondément et de bien
la pratiquer.
De plus, sachant que chaque
religion permet à un nombre incalculable de personnes de surmonter leurs
problèmes et d’obtenir plus de bonheur, en tant que bouddhistes nous accordons
une profonde importance et respectons d’autres religions que la nôtre.
Nous pratiquons la religion qui
nous correspond le mieux et par rapport aux autres religions nous admettons que
si, à ce stade, elles ne sont pas faites pour nous, elles sont cependant très
bénéfiques à de nombreuses autres personnes et de ce fait, elles ont une
importance vitale. Par conséquent, nous les chérissons toutes comme nous
chérissons notre propre religion.
I : Rinpoché, je me considère comme une
bouddhiste. Mais pourriez-vous, s’il vous plaît expliquer ce qu’est être
bouddhiste ?
Rinpoché : Un bouddhiste est quelqu’un qui a
foi en les activités du Bouddha, qui y prend plaisir et croit en ce qu’il
enseigne. Sur cette base, il prend refuge en le Bouddha ou, en d’autres mots,
il place sa confiance en lui.
Il y a plusieurs façons de
placer sa confiance en le Bouddha, mais la première est de chercher sa
protection contre vos problèmes et pour trouver un bonheur plus grand.
Mais le plus important est de
faire ce que le Bouddha a enseigné de faire. Ceci signifie étudier ce qu’il a
enseigné, réfléchir à ses paroles et, ensuite, méditer. Cela va permettre de
progressivement s’améliorer, progresser. Il est important d’espérer et de prier
pour devenir Bouddha, car, si on peut parvenir à devenir Bouddha, alors on peut
à notre tour aider un nombre incalculable d’autres êtres.
Obtenir l’état de Bouddha est
donc l’objectif principal.
I : Merci
beaucoup d’avoir bien voulu partager votre temps, Rinpoché. Merci
À partir du 3ème jour du 1er mois lunaire, les bouddhistes tibétains et apparentés célèbrent le Mönlam སྨོན་ལམ་ཆེན་མོ་, littéralement "la Grande Prière", qui va se terminer en apothéose le 15ème jour avec la "grande fête des miracles" ཆོ་འཕྲུལ་དུས་ཆེན་, cette année le 24 février. Cette
période commémore les joutes en pouvoirs supranormaux, qui opposèrent
autrefois à Shravasti le Bouddha Shakyamouni et six grands Maîtres
hindouistes, et dont le Bouddha sortit vainqueur. Depuis
son instauration à Lhasa par Jé Tsongkhapa en 1409, le Mönlam est l'une
des plus grandes fêtes tibétaines. Traditionnellement,
c'était durant le Mönlam placé sous la présidence du Ganden Tripa (le
chef suprême de l'école gelugpa) que se déroulaient les examens finaux
des geshe lharampa, le titre le plus prestigieux chez les érudits
gelugpa.
Par ailleurs, le Ganden Tripa exposait chaque jour des Jataka
: épisodes des vies antérieures du Bouddha Shakyamouni, alors qu'il
était encore bodhisattva et s'entraînait aux six paramitas, la
générosité, l'éthique, la patience, l'enthousiasme, la concentration et
la sagesse.
Il est souvent dit, lors des enseignements bouddhistes, que nous devrions nous réjouir d'avoir une vie humaine "disponible et qualifiée", et qu'il serait extrêmement regrettable de ne pas en tirer parti pour progresser - sur le plan spirituel, bien sûr.
Qu'entend-on par là ?
* Notre vie humaine est "disponible" : du fait qu'elle échappe à 8 non-libertés (4 types de
naissances non-humaines, 4 types de naissances humaines moins
favorables - sous-entendu pour pratiquer le Dharma), elle comporte 8 libertés, ou encore 8 disponibilités (il y a également deux mots
en tibétain) :
1) Ne pas être né dans les enfers ; ne pas être né comme preta (esprit avide) ; ne pas être né
comme animal ; ne pas être né comme déité à longue vie. 2) Ne pas être né dans un
pays où le Dharma ne serait pas
enseigné ; ne pas être né à une époque où aucun Bouddha n'est apparu ; ne pas
avoir de facultés déficientes ; ne pas entretenir de vues fausses.
* Notre vie humaine est "qualifiée" (pour pratiquer le Dharma) si elle comporte 10 attributs (ou
encore atouts) : 5 intérieurs à soi, 5 extérieurs à soi.
Les cinq attributs personnels : être né
humain ; être né dans un pays "central" (où le Dharma est répandu) ; jouir de facultés intactes ; être exempt des
cinq actes les pires (avoir versé volontairement le sang d'un Bouddha, avoir
tué un arhat, son père, sa mère,
avoir suscité un schisme dans la communauté monastique) ; avoir confiance dans
le Dharma.
Les cinq attributs extérieurs
: venue d'un Bouddha ; exposé de l'Enseignement ; pérennité de l'Enseignement ;
existence de disciples appliquant l'Enseignement ; entourage favorable à la
pratique.
Stages of the Path and the Oral Transmission: Selected Teachings of the Geluk School (Volume 6) Relié – 20 décembre 2022 Édition en Anglais de Thupten Jinpa (Traduction), Rosemary Patton (Traduction), Dagpo Rinpoché (Traduction)
énonçait dans le magnifique poème qu'est le Bodhicaryavatara(chapitre 3, versets 16, 17, 18) :
Si une pensée
de colère ou de foi
Surgit chez ceux qui me rencontrent,
Que cela me serve à jamais
De cause pour la réalisation de tous leurs souhaits !
Que ceux qui
m'insultent,
Me nuisent
Ou me raillent
Aient la fortune d'accéder à l'Éveil !
Puissé-je
être le protecteur des abandonnés,
Le guide de ceux qui cheminent,
La barque, le navire et le pont
Pour ceux qui désirent traverser les eaux !