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lundi 6 octobre 2025

Karma, liberté et responsabilité individuelle

 Le Bouddha faisait montre d'un grand humour - c'est ce qu'affirme le Professeur Richard Gombrich*, professeur émérite à Oxford :

L'étude croisée des textes bouddhiques et de ceux des autres courants religieux, comme le védisme et le jaïnisme, m'a par exemple révélé que non seulement le Bouddha connaissait à fond les textes de ses rivaux, mais qu'il faisait preuve d'un grand humour en les commentant. Cet humour n'a pas été perçu par ses disciples, confits en dévotion, qui ont transcrit trop rigidement ses paroles... La discussion qu'il fait de la conception jaïn du karma est passionnante. Je suis d'accord avec vous, dit-il, sur ce qu'est un bon ou un mauvais karma. Mais le karma n'est pas, comme vous le croyez, une sorte de poussière qui recouvre l'âme. C'est un processus dynamique, ni entièrement déterminé, ni entièrement contingent, qui laisse toute sa place à la liberté et à la responsabilité individuelles. Quelle audace, dans l'lnde antique, que d'affirmer que chacun est maître de son destin !

Cf. "Nouvel Observateur" n° 2228

La notion de karma selon le bouddhisme

 

 

 

À noter

Le terme karma est presque passé dans le langage courant en français, mais avec des connotations hindouistes de destin ou encore fatalité.


Ici, les karmas sont vus comme dynamiques. De nature impermanente, ils sont changeants et donc modifiables (volontairement ou pas).

 

2 acceptions

 

admises par les 4 écoles philosophiques

bouddhistes

Karma en tant que "volition", facteur mental omniprésent (càd présent dans toute activité mentale) qui permet à l’esprit de se tourner vers un objet.

NB Par lui-même, le karma est neutre, mais influençable : il prend la tonalité des facteurs mentaux concomitants, bons, mauvais ou neutres.

Karma en tant qu'empreinte karmique laissée dans l'esprit par chaque volition qui prend fin : potentialité capable de produire de 1 à 3 types de résultats.

+ 3e acception vaibhashika et madhyamika-prasangika

 

Karma physique (ou oral), relevant de la forme et significatif de la pensée concomitante : 2 divisions, selon qu'il soit ou non visible de l'extérieur. Ex. 1. geste amical ; intonation   2. engagement pris.

 

 

 

 

 

4 propriétés des karmas en tant que potentialités

Les karmas sont certains :

- un karma bon donne un résultat bon (bonheur)

- un karma mauvais donne un résultat mauvais (souffrance)

Les karmas déposés dans l'esprit se développent de jour en jour - à moins d'être contrés par des forces opposées - jusqu'à ce qu'ils produisent leurs résultats.

Il est exclu de rencontrer des résultats issus de karma non accomplis.

Une cause qui n'aurait pas été établie ne pouvant pas donner de résultat, il n'est pas possible d'expérimenter le bonheur si on n'en établi pas les causes.

Un karma une fois établi est par lui-même inépuisable :

il prend fin soit quand il a donné son ou ses résultats, soit parce qu'il a été neutralisé par des forces opposées.
Ex. : La colère dévaste les karmas bénéfiques ; la compréhension du non-soi dévaste les karmas négatifs.

 

 

Résultats potentiels

Résultats à maturité : naissances favorables ou non ; sensations agréables, désagréables ou neutres, etc.

Résultats en concordance avec la cause :

1. Tendances (à la bonté ou à la méchanceté, etc.)

2. Expérimentations analogues (vie longue ou courte résultat d'avoir protégé ou écourté la vie d'autrui).

Résultats environnementaux : le cadre de vie.

Notion de "prière" en culture tibétaine

Traduire le sens, et pas seulement le mot... C'est plus facile à dire qu'à faire. :-)
 
Surtout quand il s'agit de termes ... courants : on ne s'en méfie pas alors qu'ils sont par définition fortement imprégnés de la culture locale.

Un cas typique est celui du mot "prière".
 
Pour me simplifier la tâche, je partirai du vocabulaire tibétain.

སྨོན་ལམ་ sMon lam 
Dungkar Rinpoche définit smon lam comme signifiant rang nyid kyi 'dod bya'i don 'grub par smon pa. 
Traduction approximative : "souhaiter la réalisation de quelque chose que soi-même l'on désire."
Ex. : sMon lam chen po, rendu en général en français par "la Grande Prière" (NB. les premiers traducteurs étaient des missionnaires chrétiens).

གསོལ་འདེབས་ gSol 'debs 
rang nyid kyi re 'dun zhu ba'i tshig brjod pa, "exprimer ses souhaits" ; "formuler ce que l'on souhaite".
Ex. : bLa ma la gsol ba 'debs pa, "invoquer le Maître" après avoir énoncé un souhait (guérir d'une maladie, ou d'un facteur perturbateur ; progresser sur la voie spirituelle ; obtenir une bonne renaissance, etc.). 
Il s'agit ici de demander au Maître son aide et sa bénédiction afin que se réalisent les souhaits formulés.

བསྔོ་བ་ bsNgo ba : "dédier" (des mérites) ; "dédicace" (de mérites)
Par rapport à smon lam 'debs pa, qui couvre un champ sémantique plus vaste, bsngo ba suppose d'avoir accompli quelque chose de bien (de n'importe quel ordre), que l'on "dédie" en vue de l'accomplissement d'un objectif précis, de préférence élevé.
Par ex., après s'être occupé d'un animal, d'un malade, ou d'ailleurs de n'importe qui ayant eu besoin d'une aide, on pourrait dédier les karma positifs ainsi accumulés en vue de devenir Bouddha, ou de réaliser telle ou telle qualité, ou d'atteindre tout but à son gré.

ཁ་དོན་བྱེད་པ་ Kha don byed pa : "faire ses prières", "faire ses pratiques". 
Consiste pour le pratiquant à réciter, ou à relire, régulièrement des formules et des textes censés sous-tendre une réflexion et/ou une méditation de sa part. Par ex; : réciter chaque fois la formule de la prise de refuge en les trois Joyaux, ou répéter des mantra, ou chanter la Louange à Tara, etc.

jeudi 16 janvier 2025

Samsara, c'est quoi ?

"Samsara" འཁོར་བ་ est un terme récurrent dans le vocabulaire bouddhiste, mais il est souvent mal, ou pas, compris.

 Selon les grands traités, le bouddhisme admet deux définitions, qui sont équivalentes en dépit des formulations respectives sensiblement différentes  :

1) Les 5 (ou 4) agrégats souillés de la personne prise en compte. ཟག་བཅས་ཉེར་ལེན་གྱི་ཕུང་པོ་

2) Naissance prise par la personne concernée sous l'effet de ses karma et klesha, sans la moindre liberté. རང་དབང་མེད་པར་ལས་ཉིན་གྱི་དབང་གིས་སྐྱེ་བ་ལེན་པ་

Une autre expression pour désigner le samsara est "vérité de la souffrance interne".
C'est à dire que ce qu'on appelle samsara n'est pas un lieu extérieur à nous-mêmes, ni un mode d'existence au sens abstrait.
Le samsara est très concrètement le corps et l'esprit qui nous constituent, nous les êtres "ordinaires" encore affligés de facteurs perturbateurs de l'esprit, à commencer par l'ignorance.

20 vues fausses འཇིག་ལྟ་

 De manière générale, l'ignorance en tant que saisie du soi བདག་འཛིན་ constitue la racine du samsara.

Plus précisément, la source de nos misères réside en la saisie du soi qui porte sur nous-mêmes, et qui est dénommée "vue de la collection transitoire"    འཇིག་ཚོགས་ལ་ལྟ་བ་ (satkāya-dṛṣṭi), car elle porte sur les 5 (ou 4) agrégats qui constituent notre base de dénomination. 

La
vue de la collection transitoire comporte 20 aspects, à raison de 4 vues fausses par agrégat.

Par rapport à la forme, les quatre vues fausses consistent à la considérer
* comme étant le soi                    གཟུགས་བདག་ཡིན་པར་ལྟ་བ་
* comme possédant le soi           གཟུགས་བདག་དང་ལྡན་པར་ལྟ་བ་
* comme appartenant au soi      གཟུགས་བདག་གི་ཡིན་པར་ལྟ་བ་
* comme la résidence du soi      གཟུགས་ལ་བདག་གནས་པར་ལྟ་བ་

Il en va de même à propos des 4 autres agrégats, de la sensation, de l'identification, des formations et de la conscience.

jeudi 25 janvier 2024

Vie humaine disponible et qualifiée

Il est souvent dit, lors des enseignements bouddhistes, que nous devrions nous réjouir d'avoir une vie humaine "disponible et qualifiée", et qu'il serait extrêmement regrettable de ne pas en tirer parti pour progresser - sur le plan spirituel, bien sûr.

 Qu'entend-on par là ?

    * Notre vie humaine est "disponible" : du fait qu'elle échappe à 8 non-libertés (4 types de naissances non-humaines, 4 types de naissances humaines moins favorables - sous-entendu pour pratiquer le Dharma), elle comporte 8 libertés, ou encore 8 disponibilités (il y a également deux mots en tibétain) :
 

1) Ne pas être né dans les enfers ; ne pas être né comme preta (esprit avide) ; ne pas être né comme animal ; ne pas être né comme déité à longue vie.
2) Ne pas être né dans un pays où le Dharma ne serait pas enseigné ; ne pas être né à une époque où aucun Bouddha n'est apparu ; ne pas avoir de facultés déficientes ; ne pas entretenir de vues fausses.

 

* Notre vie humaine est "qualifiée" (pour pratiquer le Dharma) si elle comporte 10 attributs (ou encore atouts) : 5 intérieurs à soi, 5 extérieurs à soi.

Les cinq attributs personnels : être né humain ; être né dans un pays "central" (où le Dharma est répandu) ; jouir de facultés intactes ; être exempt des cinq actes les pires (avoir versé volontairement le sang d'un Bouddha, avoir tué un arhat, son père, sa mère, avoir suscité un schisme dans la communauté monastique) ; avoir confiance dans le Dharma. 

 

Les cinq attributs extérieurs : venue d'un Bouddha ; exposé de l'Enseignement ; pérennité de l'Enseignement ; existence de disciples appliquant l'Enseignement ; entourage favorable à la pratique.


dimanche 9 octobre 2022

Les degrés de l'éthique

 Quelles différences y a-t-il entre

-       « éthique »

-       « instruction supérieure de l’éthique »

-       « éthique de bodhisattva » ?

 

L’éthique est d'abord la « volition (facteur mental omniprésent) de s’abstenir d'une activité ou pensée non-vertueuse.

Elle est commune à de nombreux êtres, toutes traditions et cultures confondues.

Son observance permet d’accumuler des karmas vertueux, causes de renaissances favorables dans le samsara, en tant qu’humain ou deva.

 

L’instruction supérieure de l’éthique est fondée sur le renoncement au samsara.

Elle concourt à l’obtention de la libération du samsara.

 

L’éthique de bodhisattva est fondée sur l’esprit d’Éveil.

Elle concourt à l’obtention de l’Éveil de Bouddha.

Notion de "bénédiction"

Dans la vision bouddhiste des choses, la "bénédiction" du Bouddha est "activité" du Bouddha, laquelle activité a deux spécificités : elle est spontanée et ininterrompue.
 

Pour préciser, l'activité du Bouddha joue sur deux plans :
- le plan intérieur au Bouddha : ses qualités et réalisations ;
- le plan extérieur au Bouddha : son activité en faveur des êtres = la bénédiction qu'il leur accorde, et ce continûment.


Il s'ensuit que tout bonheur ressenti par un être et toute qualité développée par lui relèvent de "l'activité du Bouddha", ou encore est "bénédiction du Bouddha" - en notant qu'ici "Bouddha" est à comprendre au sens large.

Ce n'est en rien contradictoire avec la loi de causalité.
Il est établi qu'une cause unique ne peut pas donner de résultat.
Tout résultat procède nécessairement d'un ensemble de causes et de conditions.

Ainsi donc, les bonheurs éprouvés résultent certes de karma favorables accomplis par nous-mêmes, mais si nous avons réussi à accumuler de tels karma positifs, c'est parce que nos "maîtres" (sous des formes multiples et diverses) nous ont encouragés à le faire et nous ont expliqués comment nous y prendre.

mardi 7 juin 2022

De l'interdépendance

 En philosophie bouddhique, il est communément admis que tous les phénomènes composés sont interdépendants, et le système madhyamika prasangika, auquel je me réfère ici[1], va jusqu’à poser que tous les existants, incomposés comme composés, sont interdépendants.

 

Oui, mais  quel sens accorder au terme « interdépendance » ? C’est un sujet passionnant, et qui peut permettre d’approcher les notions centrales de « non soi » et de « vacuité », mais c’est aussi un sujet vaste et complexe qu’il serait impossible d’approfondir ici.

 

En très résumé, les phénomènes composés, ou encore impermanents, sont interdépendants, en ce sens qu’ils sont à la fois résultats qui procèdent de leurs causes, et causes générant des résultats. 

 

Tous les existants, toutes catégories confondues, sont interdépendants, car ils dépendent au minimum du sujet qui les perçoit et de la dénomination qui les désigne. 

 

En revanche, tout ne dépend pas de tout et n’importe quoi !



[1] La tradition philosophique bouddhiste recommande de préciser le système sur lequel on se base, par souci de clarté et d’honnêteté.

dimanche 19 décembre 2021

Les dix activités du Dharma

Il est question dans certains textes de "dix activités du Dharma" - chos spyod bcu.
Un dictionnaire en donne la liste suivante (il en existe sûrement d'autres) :

écrire (des soutras, etc.) ; faire des offrandes ; faire des dons ; écouter le Dharma (l'Enseignement) ; le retenir ; le lire ; l'exposer ; le réciter ; réfléchir à son sens ; méditer sur son sens.

jeudi 9 septembre 2021

Dharmapedia

 Rappel en cette période de rentrée : 

un outil fort pratique pour trouver 
les définitions, classifications et autres informations fort utile 
à qui s'intéresse au Dharma
 
Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme indo-tibétain, 
intitulé Fins rayons du soleil du Pays des neiges 
 
Site internet  dharmapedia.fr
 
E-book téléchargeable sur le site
Applications pour tablettes et téléphones portables

dimanche 4 juillet 2021

Les dix fonctions des facteurs perturbateurs (klesha)

Nyon mongs pa'i byed las bcu 

 Nos facteurs perturbateurs nous ligotent de dix manières 

 1 - Consolider les racines                           rtsa ba brtan par byed pa
A chaque manifestation d'un klesha en notre esprit, ses racines, ou encore ses graines, se renforcent.

 2 - Entretenir les continuums                    rgyun gnas par byed pa
Chaque manifestation d'un klesha en notre esprit entretient et alimente la continuité de ce klesha : plus un klesha apparaît souvent, et plus il apparaît facilement.

 3 - Préparer le terrain                                zhing du sgrub par byed pa
Lors des naissantes suivantes, cela entraîne la prise de supports physiques correspondants.

 4 - Générer des causes similaires               rgyu mthun par sgrub par byed pa
Un klesha peut faire naître d'autres kleshas apparentés à lui : l'attachement engendre l'avarice ; l'irritation engendre la colère, la rancune, la malveillance, la jalousie, etc.

 5 - Faire apparaître un karma-devenir      las kyi srid pa mngon par byed pa                 
A chaque manifestation d'un klesha en notre esprit, est accumulé un karma connoté par ce klesha.

 6 - Entretenir les conditions                       rang gi tshogs yongs su 'dzin par byed pa
En résultat de la manifestation d'un klesha en notre esprit, ultérieurement les conditions propices à sa réapparition se réunissent d'autant plus facilement.

 7 - Obscurcir la perception des objets       dmigs pa la kun tu rmongs par byed pa
Les kleshas nous aveuglent. Sitôt qu'ils se manifestent en notre esprit, ils obscurcissent la vision de l'objet et empêchent de le percevoir tel qu'il est.


 8 - Orienter le continuum de conscience     rnam par shes pa'i rgyun 'khrid par byed pa
Par nature, une conscience est neutre, mais sitôt qu'elle est accompagnée d'un klesha non vertueux, elle devient elle aussi non vertueuse.

 9 - Détourner du vertueux                            dge ba'i phyogs las g.yo bar byed pa
L'apparition d'un klesha en notre esprit y provoque la dissipation de tout facteur vertueux, par incompatibilité.

10 - Empêcher d'échapper aux trois mondes khams las mi 'da ba   
Nos kleshas nous empêchent de progresser et de nous affranchir des trois sphères d'existence du samsara.

vendredi 2 juillet 2021

Philosophie bouddhiste

L'Enseignement du Bouddha est riche et varié - c'est qu'il a été dispensé rien moins que 45 années durant. De plus, le Bouddha n'énonçait pas la "Vérité", au sens d'une Vérité absolue et unique à laquelle chacun serait tenu d'adhérer. Non, il exposait la voie que lui-même avait suivie, en adaptant la présentation aux capacités et aspirations des auditeurs.

Sur une base commune - la finalité est de surmonter la souffrance et d'accéder au bonheur -, le bouddhisme offre donc différentes branches.

Les "véhicules", yana en sanskrit, (grand et petit, ou encore des shravaka, pratyekabouddha et bodhisattva) se distinguent de par leur conception de la souffrance à rejeter et du bonheur à réaliser, et donc de l'objectif à atteindre et des conduites à adopter pour ce faire.

Les "systèmes philosophiques", siddhanta en skt ("qui est allé au bout de l'analyse") se démarquent par les vues professées, notamment à propos du non-soi.

Pour simplifier, il y a quatre systèmes principaux :
- Vaibhashika, établi par la Première Roue du Dharma, avec le Soutra des quatre nobles vérités ;
- Sautrantika, établi par la Première Roue du Dharma, avec le Soutra des quatre nobles vérités ;
- Cittamatra, établi par la Troisième Roue du Dharma, avec le Soutra commentant la Pensée ;
- Madhyamika, établi par la Deuxième Roue du Dharma, avec le Soutra de la Sagesse.

Le Bouddha, qui n'a d'ailleurs cessé d'enseigner la loi de causalité et l'interdépendance, a forcément tenu compte du contexte dans lequel il vivait : l'Inde d'il y a 2 500, 2 600 ans.
L'Inde dont la culture était d'ores et déjà ancienne et très raffinée.

Le Bouddha a donc repris bien des notions déjà connues et admises de ses contemporains, quitte à apporter un éclairage nouveau sur certains points, ou à introduire des nuances, ou des précisions : passage d'une naissance à l'autre ; samsara et libération ; karma bien sûr, sans oublier la logique et l'art du débat remarquablement maîtrisés.

Mais il est aussi arrivé que le Bouddha réfutât certaines vues pour en affirmer d'autres, en particulier à propos du soi (skt atman ; tib. bdag) et du non-soi.

Les écoles hindouistes étaient déjà à l'époque extrêmement nombreuses.
Toujours pour simplifier, on parle de 5 ou de 6 courants principaux.

Classification en 5 :
Vaishnava, Aishvara, Jaina, Kapila (Samkhya), Barhaspatya.

Classification en 6 :
Vaishesika, Naiyayika, Samkhya, Mimamsaka, Nirgrantha, Lokayata (Carvaka)
Il est dit que, parmi ces 6 écoles, les 5 admettaient un soi (atman) "éternel", tandis que le système Carvaka n'envisageait qu'une seule et unique vie : l'actuelle.

Par rapport à ces vues, le Bouddha a introduit la notion de "non-soi" : absence d'un "soi" qui serait à la fois "permanent, un et indépendant", ou encore qui serait "établi de manière autonome et auto-substantielle", MAIS avec en parallèle l'affirmation d'un soi qui existe sur un mode relatif, ou encore conventionnel, c'est à dire qui existe en dépendance de ses agrégats constitutifs, etc.
Rapporté à l'individu, c'est ce soi nominal qui passe d'une vie à la suivante, qui va et vient, mange et réfléchit, etc.
Entre autres propriétés, un tel soi est impermanent : il change d'instant en instant.


Il n'empêche que certains systèmes philosophiques hindouistes sont très proches de leurs homologues bouddhistes.
C'est au point, dit-on, que quand Atisha, au Tibet, a appris la mort en Inde de Shantipa, il s'est exclamé :
"Il n'y avait que lui et moi pour savoir distinguer entre les deux. Maintenant que Shantipa est mort, il n'y a plus personne en Inde !"

jeudi 25 mars 2021

L'étude

 La pratique bouddhiste se décline en : étude, réflexion, méditation ཐོས་བསམ་སྒོམ་གསུམ་.

Comme l'énumération l'indique, la première étape est "l'étude" ཐོས་པ་, plus littéralement "l'écoute", car la transmission orale est essentielle, et historiquement, l'écriture n'a été inventée que bien après l'apparition du langage articulé. D'ailleurs, encore aujourd'hui, des langues ne sont pas écrites, ou ne l'ont été que récemment, ce qui n'a nullement empêché les populations concernées d'avoir des civilisations riches et de se transmettre leurs valeurs de génération en génération.

Bref, qui souhaite s'engager dans une pratique du bouddhisme se doit de commencer par une étude - pas forcément très détaillée, mais juste et complète.

Encore faut-il s'entendre sur le sens accordé aux mots "étude" ou "écoute".

Cela désigne la démarche d'acquérir de nouvelles connaissances (apprendre de nouveaux mots ou de nouveaux sens) auprès de sources extérieurs : professeurs ou textes. 
Autrement dit, il y a eu étude à condition d'avoir retenu.  
Inversement, si l'on a entendu, ou lu, mais qu'on a ensuite oublié, il n'y a pas encore eu véritablement "étude".


samedi 20 mars 2021

Présentation succincte du bouddhisme

 La logique impose de remonter à la source, c’est à dire à l’exemple fondateur donné par le Bouddha Shakyamouni il y a environ 2600 ans. L’histoire – d’aucuns diraient la légende, mais peu importe, car cela n’altère pas le sens, au contraire – rapporte qu’à la naissance du jeune prince Siddharta, les astrologues prédisent à l’enfant une carrière exceptionnelle, soit en tant qu’empereur universel (cakravartin), soit en tant qu’Eveillé, cad bouddha. Le roi Suddhodana qui tient à assurer sa succession s’ingénie à faire de son fils un souverain éclairé, mais à 29 ans, juste après la naissance de son fils Rahula, Siddharta ayant prouvé sa virilité et rempli son devoir en assurant la descendance, quitte nuitamment le palais. Pour marquer symboliquement son départ du monde profane et de ses objets de jouissance, dont le pouvoir et ses attributs, il coupe sa longue chevelure. Après six années de recherche spirituelle et de rudes ascèses, il acquiert la conviction qu’il faut suivre la voie du milieu, en rejetant les vues et les conduites extrêmes, et il obtient l’Eveil.

 

Gautama Bouddha, également connu sous le nom de Shakyamouni, consacre désormais sa vie, qui durera encore 45 ans, à dispenser son Enseignement, qui n’est pas une religion révélée, mais une voie spirituelle fondée sur l’éthique (y compris le respect de soi, d’autrui, de l’environnement) et la notion de karma[1]. C’est une méthode qui vise à se délivrer de la souffrance en en éliminant les causes, à commencer par l’ignorance flanquée de l’attachement et de l’aversion, et à atteindre le bonheur en en établissant les causes, telles que l’éthique, la sagesse, l’amour et la compassion.

 

Le Bouddha invite ses disciples à suivre son exemple et à se défaire de toute forme d’attachement et d’avidité pour les objets de jouissance de cette vie, en vue d’atteindre l’Eveil. Il prône l’esprit critique et exhorte ses disciples à ne pas le croire pour la seule raison qu’il serait le Bouddha, mais à réfléchir, vérifier et comprendre par eux-mêmes :

 

Ô moines, n'acceptez pas ma parole  

Par simple respect, mais après l'avoir examinée      

Comme on éprouve l'or

En le chauffant, le coupant et le frottant. 

 

N’accordez pas votre confiance à l’individu mais à son enseignement.

N’accordez pas votre confiance aux mots mais à leur signification.

N’accordez pas votre confiance au sens provisoire (qui doit être interprété) mais au sens certain.

N’accordez pas votre confiance à la conscience ordinaire mais à la sagesse. 

(Catuh-pratisarana énoncés dans le  Sutra du Mahaparanirvana.)

 

Le Bouddha organise la communauté religieuse selon le critère d’ancienneté, sans tenir compte de l’origine sociale ni de la caste. Les  décisions sont prises de préférence à l’unanimité, sinon à la majorité. A peine six ans après sa fondation, le Bouddha y admet des femmes, à peu près en même temps que le jaïnisme. Outre les moines et nonnes, il a également de nombreux disciples laïques, dont des rois et des ministres.



[1] Le terme karma a plusieurs acceptions. En très résumé, selon le bouddhisme, tout ce que l’on fait, par le corps, la parole et l’esprit, comporte des karma de nature mentale qui au fur et à mesure imprègnent l’esprit de karma en tant que potentialités, susceptibles d’entraîner divers résultats dont les sensations, les renaissances, etc.



lundi 15 mars 2021

Nirvana

 Le terme "nirvana" signifie littéralement "être passé au-delà de la souffrance" (du samsara).

"Nirvana" désigne donc une libération, issue de l'élimination de la souffrance, au travers de l'élimination des causes de la souffrance, dont principalement l'ignorance en tant que saisie d'un soi inhérent.

 

Pour simplifier, disons qu’on admet principalement trois types de nirvana :

 

- Le nirvana « avec reste » et et le nirvana « sans reste » sont atteints par tous les arhats, qui se sont libérés du samsara en éliminant l'attachement, l'aversion et l'ignorance.

 

Le « reste » désigne soit la persistance du corps impur jusqu'à la mort de l'arhat, soit la dualité entre sujet percevant et objet perçu qui persiste hors concentration sur le non-soi.

 

- Le nirvana « sans demeure » est atteint par les Bouddhas qui, bien que libérés du samsara, y reprennent forme pour venir en aide à autrui - c'est le cas, par exemple, des Dalaï-lama, émanations d’Avalokiteshvara, Bouddha de compassion.

 

 

Le « nirvana sans demeure » (ou non fixé) qualifie un nirvana qui ne demeure ni dans le samsara, ni dans le nirvana personnel.

 

N.B. Nirvana et samsara sont de la même nature de vacuité sur le plan ultime.

mardi 16 février 2021

Enfin un dictionnaire tibétain-français !

 Excellente nouvelle ! 

Mise en ligne d'un dictionnaire encyclopédique du bouddhisme indo-tibétain, 
intitulé Fins rayons du soleil du Pays des neiges 
 
Projet de longue date réalisé sous la direction du Vénérable Dagpo Rimpoché 
entrepris par toute une équipe dont Pierre et Martine Lafforgue,
 et mené à terme par Jérémy Lafitte.
Bravo et merci à eux.
 
Cet ouvrage sera disponible gratuitement à travers trois formats :
un site internet dédié  dharmapedia.fr
un e-book téléchargeable sur ce même site
ainsi qu’une application pour tablettes et téléphones portables prévue pour fin mars.

Cet ouvrage comporte aujourd'hui environ 6400 entrées, et un peu plus de 1000 pages,
et sera amené à évoluer et à être complété progressivement.