Nous devons reconnaître nos propres défauts, nos souffrances, et à partir du jour où nous aurons vraiment bien compris que notre corps est de la nature de la souffrance, qu'il est porteur et générateur de souffrance, nous aurons obtenu une réalisation de la voie.
Si nous avons quelques prétentions à la méditation, nous pourrions avec bénéfice réfléchir de la sorte. Si nous réfléchissons ainsi sur la nature de souffrance du samsara, que nous soyons en train de marcher, debout assis, nous serons toujours en train de méditer.
Pour méditer, il n'est nullement nécessaire de s'installer les jambes croisées sur un coussin !...
Extrait d'un Enseignement de Gen Tati - 1984
Le blog de MSB. Indications historiques, anecdotiques voire doctrinales sur le bouddhisme.
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mercredi 14 juillet 2021
samedi 26 décembre 2020
La Guirlande des valeurs humaines de Dromtönpa (1005-1064)
Ô toi, le premier d’entre nous, les fils du septentrion !
Ayant voyagé par monts et par vaux, j’en ai vu,
Et j’en ai tant entendu.
Aussi mes propos font-ils mouche.
Est réputé sagace celui qui distingue le vrai du faux comme le front de la nuque.
En quelque lieu ou direction que tu te rendes,
En quelque site ou logis que tu t’établisses,
Avec qui que tu entres en relations ou que tu te trouves,
Se mettre en harmonie avec les autres constitue la base des valeurs humaines.
Ecoute l’avis que je vais là-dessus exposer.
Ecoute l’analyse des faits et gestes que je vais mener.
Ecoute l’instruction, qui apaise dieux et nagas, que je vais délivrer.
D’entre les valeurs, excellentes sont ces profondes valeurs humaines.
A l’intention de qui que tu te donnes du mal,
Ne t’en targue point et ne maugrée guère.
Quoi que tu entreprennes ou accomplisses,
Conforme-toi aux usages.
Pour nombreuses que soient tes qualités,
Ne rabaisse guère les autres ni ne les dédaigne.
Même si intense est ton attachement envers tes possessions,
Ne prends guère de privautés avec les biens d’autrui.
Si doué que tu sois en actes, moyens ou desseins,
N’enfreins guère la règle générale.
Alors même qu’il s’agit de biens acquis par toi-même,
Dissimule-les en public et n’en fais guère étalage.
Même si tu es considéré par tous comme un homme de bien,
N’aie guère cet orgueil qu’est l’infatuation.
Même si tu es infiniment supérieur à tous,
Dissipe le moindre sentiment de supériorité.
Alors même que tu es sollicité en tant que guide spirituel,
N’aie guère de dédain pour quiconque, lettré ou inculte.
Même s’il n’est personne qui te soit supérieur,
Mets-toi tout en bas et rends-toi accessible.
Pour exécrable que soit le chef d’aucuns,
Avec déférence rends salut pour salut.
Sitôt qu’apparaîtrait quelqu’un qui serait ton égal,
Accorde-lui la place d’honneur et traite-le avec respect.
A qui demande l’enseignement, qu’il soit lépreux ou mendiant,
Expose abondamment les instructions, et ce au milieu de tous.
Et si c’était pour te déprécier ou encore te tester,
Soigne ton discours, exceptionnellement sublime.
Même si offrandes et services dévoués t’échoient justement,
N’y prête pas attention et mets tout le monde à égalité.
Dès lors qu’il conviendrait de garder le secret,
Demeure silencieux comme si tu étais muet.
Ceci était un exposé rudimentaire des généralités.
Comme je vais encore ouvrir mon cœur, veuille écouter.
Chercher une entente avec les ennemis est plus profond.
Taire à son fils ce qui est confidentiel est plus sûr.
Garder ses prières dans sa gorge est plus pieux.
Celer les torts de part et d’autre est plus sage.
Creuser ses propres fautes est plus sage.
Ne pas faire état des erreurs d’autrui est mieux.
Avec cœur prendre soin de ceux qui s’en remettent à vous est le plus remarquable.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille encore écouter.
Dès la première rencontre parler à cœur ouvert est une erreur.
Sans vérification, accorder sa confiance est une erreur.
Si l’on s’est trompé en vérifiant, continuer est une erreur.
Charger de tâches des gens sans scrupules est une erreur.
Faire communauté de biens avec des gens qui ne vous aiment pas est une erreur.
Prendre pour disciple quelqu’un alors qu’il est dénué de foi est une erreur.
Considérer comme maître quelqu’un alors qu’il est dénué de compassion est une erreur.
Prendre pour ami quelqu’un d’infidèle et sans honte est une erreur.
Prodiguer des conseils à qui n’écoute pas est une erreur.
Solliciter un avis clairvoyant à qui ne sait pas est une erreur.
Une fois qu’on sait que ce sont des erreurs, si l’on ne s’en garde pas encore,
Alors on doit savoir que l’on est insensé.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Au moment de consommer le repas, tout le monde est de bonne composition ;
Après trois jours passés ensemble, nombreux sont ceux qui démasquent leurs défauts.
Proches ou inconnus, si, sans attendre que se soit écoulé un an,
On leur confie des tâches, on s’en repent promptement.
Faire état des défauts qui nous apparaissent en autrui est déplorable.
Rien que d’y penser est perturbant.
En parler à deux est dévastateur.
Qu’on en parle à trois, et le vent propage la rumeur.
Si on ne l’énonce pas et que ça se dissipe dans le vide, c’est mieux avisé.
Si, par divers moyens, on comprend ce que sont les impairs sur le plan oral, il y a de quoi rire.
Si on s’abandonne aux doutes, les démons sont ravis.
Si on prend un fléau pour un ami, c’est la plus grande erreur qui soit.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
N’aie pas trop d’attachement pour la nourriture ; fais-en don.
N’aie pas trop d’avarice envers les possessions ; fais-en offrande.
Ne change pas trop de physionomie ; sois souriant.
Ne lèse pas trop les ennemis tout en favorisant les amis ; cultive une complète égalité.
N’encense pas trop ton entourage ; garde cela en ton for intérieur.
Ne jette pas trop l’anathème promptement ; mets habilement à l’écart.
Ne fais pas trop de promesses à quiconque ; tiens-les.
Ne donne à personne de mauvais conseils ; prodigues-en de bons.
Si tu as failli, ne te laisse pas écraser par le regret ; garde-toi de recommencer.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Se plaindre revient à héler les ennemis ; mets-y vraiment fin.
Les activités multiples commandent les ennuis ; mets-y vraiment fin.
Abondance d’idées perturbe les desseins ; mets-y vraiment fin.
Un mauvais caractère, c’est comme un rassemblement d’ennemis ; mets-y vraiment fin.
Les chimères et autres superstitions sont une halle aux démons ; mets-y vraiment fin.
Un mauvais entourage est source de discrédit ; mets-y vraiment fin.
Les mauvais amis sont causes de regrets ; mets-y vraiment fin.
Les mauvaises contrées sont des spirales de maux ; mets-y vraiment fin.
Les affaires du monde sont des entraves aux pieds ; mets-y vraiment fin.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Quand les cinq dégradations des temps de dégénérescence prennent de l’ampleur,
Le démon qui fait obstruction à tous les pratiquants, c’est d’avoir de l’attachement pour les uns et de l’aversion pour les autres.
Où que tu ailles, modère la partialité.
Quoi que tu fasses, mets-toi au dernier rang.
Les plaines du lointain Népal sont de climat chaud.
Prends garde à ce que tu y boiras pour te désaltérer.
Lateu, dans le sud, abrite des créatures redoutables ;
Prends garde aux maléfices haineux.
A Nyangchab, dans le nord, les commérages vont bon train,
Prends garde aux interminables bavardages.
Au Tibet, le Royaume des morts, il n’est ni honte, ni fidélité ;
Agacé, prends garde à la colère.
De nos jours, les gens sont inconstants ;
Prends garde aux beaux parleurs.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Ne perds pas tes espoirs et ta confiance en la déité tutélaire,
Mais n’attends pas grand chose des hommes en ces temps funestes.
Ne lésine pas tes scrupules ni ta fidélité envers tes compagnons.
Qu’ils agissent bien ou mal, fais peu de remarques.
Ne remets pas à plus tard les « blanches » activités [ bénéfiques ],
Mais engage-toi dans la pratique de l’excellente voie.
Ne recherche point trop la facilité dans toutes tes entreprises,
Mais, par les trois portes [corps, parole, esprit], fais preuve de respect envers tes maîtres.
En résumé, érige en couronnes tous les grands de ce monde.
Prends soin des humbles comme pour les préserver du fil de l’épée.
Sois de compagnie cordiale avec les égaux, comme les bœufs d’un même attelage.
En toute activité, n’aie guère d’attente personnelle.
En toute entreprise, privilégie le bien collectif.
Les conseils que je t’ai ainsi dispensés,
Ne les regarde pas comme l’oiseau sa coquille.
Transcris en landza* ces excellentes paroles,
Et dans la solitude contemples-en le grandiose spectacle.
Si tu parviens à les appliquer, tout te réussira.
De ce jour et au fil de toutes nos vies,
Puissions-nous œuvrer ensemble afin de guider les êtres jusqu’au bonheur.
Reprenons avec allégresse les prières mêmes
Que formula Samanthabhadra.»
(landza : écriture népalaise)
Ayant voyagé par monts et par vaux, j’en ai vu,
Et j’en ai tant entendu.
Aussi mes propos font-ils mouche.
Est réputé sagace celui qui distingue le vrai du faux comme le front de la nuque.
En quelque lieu ou direction que tu te rendes,
En quelque site ou logis que tu t’établisses,
Avec qui que tu entres en relations ou que tu te trouves,
Se mettre en harmonie avec les autres constitue la base des valeurs humaines.
Ecoute l’avis que je vais là-dessus exposer.
Ecoute l’analyse des faits et gestes que je vais mener.
Ecoute l’instruction, qui apaise dieux et nagas, que je vais délivrer.
D’entre les valeurs, excellentes sont ces profondes valeurs humaines.
A l’intention de qui que tu te donnes du mal,
Ne t’en targue point et ne maugrée guère.
Quoi que tu entreprennes ou accomplisses,
Conforme-toi aux usages.
Pour nombreuses que soient tes qualités,
Ne rabaisse guère les autres ni ne les dédaigne.
Même si intense est ton attachement envers tes possessions,
Ne prends guère de privautés avec les biens d’autrui.
Si doué que tu sois en actes, moyens ou desseins,
N’enfreins guère la règle générale.
Alors même qu’il s’agit de biens acquis par toi-même,
Dissimule-les en public et n’en fais guère étalage.
Même si tu es considéré par tous comme un homme de bien,
N’aie guère cet orgueil qu’est l’infatuation.
Même si tu es infiniment supérieur à tous,
Dissipe le moindre sentiment de supériorité.
Alors même que tu es sollicité en tant que guide spirituel,
N’aie guère de dédain pour quiconque, lettré ou inculte.
Même s’il n’est personne qui te soit supérieur,
Mets-toi tout en bas et rends-toi accessible.
Pour exécrable que soit le chef d’aucuns,
Avec déférence rends salut pour salut.
Sitôt qu’apparaîtrait quelqu’un qui serait ton égal,
Accorde-lui la place d’honneur et traite-le avec respect.
A qui demande l’enseignement, qu’il soit lépreux ou mendiant,
Expose abondamment les instructions, et ce au milieu de tous.
Et si c’était pour te déprécier ou encore te tester,
Soigne ton discours, exceptionnellement sublime.
Même si offrandes et services dévoués t’échoient justement,
N’y prête pas attention et mets tout le monde à égalité.
Dès lors qu’il conviendrait de garder le secret,
Demeure silencieux comme si tu étais muet.
Ceci était un exposé rudimentaire des généralités.
Comme je vais encore ouvrir mon cœur, veuille écouter.
Chercher une entente avec les ennemis est plus profond.
Taire à son fils ce qui est confidentiel est plus sûr.
Garder ses prières dans sa gorge est plus pieux.
Celer les torts de part et d’autre est plus sage.
Creuser ses propres fautes est plus sage.
Ne pas faire état des erreurs d’autrui est mieux.
Avec cœur prendre soin de ceux qui s’en remettent à vous est le plus remarquable.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille encore écouter.
Dès la première rencontre parler à cœur ouvert est une erreur.
Sans vérification, accorder sa confiance est une erreur.
Si l’on s’est trompé en vérifiant, continuer est une erreur.
Charger de tâches des gens sans scrupules est une erreur.
Faire communauté de biens avec des gens qui ne vous aiment pas est une erreur.
Prendre pour disciple quelqu’un alors qu’il est dénué de foi est une erreur.
Considérer comme maître quelqu’un alors qu’il est dénué de compassion est une erreur.
Prendre pour ami quelqu’un d’infidèle et sans honte est une erreur.
Prodiguer des conseils à qui n’écoute pas est une erreur.
Solliciter un avis clairvoyant à qui ne sait pas est une erreur.
Une fois qu’on sait que ce sont des erreurs, si l’on ne s’en garde pas encore,
Alors on doit savoir que l’on est insensé.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Au moment de consommer le repas, tout le monde est de bonne composition ;
Après trois jours passés ensemble, nombreux sont ceux qui démasquent leurs défauts.
Proches ou inconnus, si, sans attendre que se soit écoulé un an,
On leur confie des tâches, on s’en repent promptement.
Faire état des défauts qui nous apparaissent en autrui est déplorable.
Rien que d’y penser est perturbant.
En parler à deux est dévastateur.
Qu’on en parle à trois, et le vent propage la rumeur.
Si on ne l’énonce pas et que ça se dissipe dans le vide, c’est mieux avisé.
Si, par divers moyens, on comprend ce que sont les impairs sur le plan oral, il y a de quoi rire.
Si on s’abandonne aux doutes, les démons sont ravis.
Si on prend un fléau pour un ami, c’est la plus grande erreur qui soit.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
N’aie pas trop d’attachement pour la nourriture ; fais-en don.
N’aie pas trop d’avarice envers les possessions ; fais-en offrande.
Ne change pas trop de physionomie ; sois souriant.
Ne lèse pas trop les ennemis tout en favorisant les amis ; cultive une complète égalité.
N’encense pas trop ton entourage ; garde cela en ton for intérieur.
Ne jette pas trop l’anathème promptement ; mets habilement à l’écart.
Ne fais pas trop de promesses à quiconque ; tiens-les.
Ne donne à personne de mauvais conseils ; prodigues-en de bons.
Si tu as failli, ne te laisse pas écraser par le regret ; garde-toi de recommencer.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Se plaindre revient à héler les ennemis ; mets-y vraiment fin.
Les activités multiples commandent les ennuis ; mets-y vraiment fin.
Abondance d’idées perturbe les desseins ; mets-y vraiment fin.
Un mauvais caractère, c’est comme un rassemblement d’ennemis ; mets-y vraiment fin.
Les chimères et autres superstitions sont une halle aux démons ; mets-y vraiment fin.
Un mauvais entourage est source de discrédit ; mets-y vraiment fin.
Les mauvais amis sont causes de regrets ; mets-y vraiment fin.
Les mauvaises contrées sont des spirales de maux ; mets-y vraiment fin.
Les affaires du monde sont des entraves aux pieds ; mets-y vraiment fin.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Quand les cinq dégradations des temps de dégénérescence prennent de l’ampleur,
Le démon qui fait obstruction à tous les pratiquants, c’est d’avoir de l’attachement pour les uns et de l’aversion pour les autres.
Où que tu ailles, modère la partialité.
Quoi que tu fasses, mets-toi au dernier rang.
Les plaines du lointain Népal sont de climat chaud.
Prends garde à ce que tu y boiras pour te désaltérer.
Lateu, dans le sud, abrite des créatures redoutables ;
Prends garde aux maléfices haineux.
A Nyangchab, dans le nord, les commérages vont bon train,
Prends garde aux interminables bavardages.
Au Tibet, le Royaume des morts, il n’est ni honte, ni fidélité ;
Agacé, prends garde à la colère.
De nos jours, les gens sont inconstants ;
Prends garde aux beaux parleurs.
Comme je t’ouvre mon cœur, veuille écouter encore.
Ne perds pas tes espoirs et ta confiance en la déité tutélaire,
Mais n’attends pas grand chose des hommes en ces temps funestes.
Ne lésine pas tes scrupules ni ta fidélité envers tes compagnons.
Qu’ils agissent bien ou mal, fais peu de remarques.
Ne remets pas à plus tard les « blanches » activités [ bénéfiques ],
Mais engage-toi dans la pratique de l’excellente voie.
Ne recherche point trop la facilité dans toutes tes entreprises,
Mais, par les trois portes [corps, parole, esprit], fais preuve de respect envers tes maîtres.
En résumé, érige en couronnes tous les grands de ce monde.
Prends soin des humbles comme pour les préserver du fil de l’épée.
Sois de compagnie cordiale avec les égaux, comme les bœufs d’un même attelage.
En toute activité, n’aie guère d’attente personnelle.
En toute entreprise, privilégie le bien collectif.
Les conseils que je t’ai ainsi dispensés,
Ne les regarde pas comme l’oiseau sa coquille.
Transcris en landza* ces excellentes paroles,
Et dans la solitude contemples-en le grandiose spectacle.
Si tu parviens à les appliquer, tout te réussira.
De ce jour et au fil de toutes nos vies,
Puissions-nous œuvrer ensemble afin de guider les êtres jusqu’au bonheur.
Reprenons avec allégresse les prières mêmes
Que formula Samanthabhadra.»
(landza : écriture népalaise)
jeudi 27 août 2020
Méditation - par quoi commencer ?
Si on désire pratiquer le Dharma et si en particulier on veut s'adonner à la méditation, il n'est pas utile de s'inquiéter en se demandant quelle méditation faire et comment arriver à méditer. C'est en fait très facile. Il suffit de s'installer et d'observer ses propres pensées, les paroles que l'on a tendance à prononcer, les conduites physiques que l'on adopte, et si on s'aperçoit que telles ou telles conduites sont mauvaises, il faut s'efforcer de les stopper. Ce serait la première forme de méditation qu'il conviendrait de faire.
En faisant régulièrement ce genre d'examen
introspectif, en observant ce que l'on pense, ce que l'on fait, ce que
l'on dit, on arrive à mieux cerner son propre caractère et on pourra plus
facilement le modifier et l'améliorer. Si on parvient ainsi à apporter une
amélioration dans toutes ses conduites, mentales, orales ou physiques, on
pourrait alors se targuer d'avoir usé d'une bonne méditation.
De toute façon, pour pouvoir bien
méditer, il faut d'abord une éthique pure, car si on n'a pas une éthique pure,
notre esprit est toujours agité par des pensées mauvaises. Ce n'est que sur la
base d'une bonne éthique que l'on peut obtenir la concentration.
L'éthique, la concentration et la
sagesse ont des relations d'interdépendance. À partir de l'éthique, on peut
obtenir une meilleure concentration ; à partir de la concentration, on peut
plus facilement développer la sagesse.
Extrait d'un enseignement de Gen Tati sur les 10 non vertus (1982)
Extrait d'un enseignement de Gen Tati sur les 10 non vertus (1982)
jeudi 7 mai 2020
Louange à Atisha, composée par Dromtönpa

(Traduit par Marie-Stella Boussemart
Sous la direction de Gyudmed Khensur Rinpoche Sonam Gyaltsen)
En le sublime pays du Bengale (vous êtes né) dans le noble lignage de la famille royale de Sahor, celui-là même dont était issu le bodhisattva Shantarakshita ; ô Dimpakara, je vous invoque.
Avec art vous avez honoré vos père et mère, et vous les respectiez ; doté de la beauté, du charme, de la sagesse et de la compassion, vous étiez pondéré, bienveillant, plein de tact et courageux ; ô Dimpakara, je vous invoque.
Qu’il s’agisse des traités profanes ou des diverses sciences, médicales, techniques ou artistiques, ou encore des Veda, de l’ensemble vous aviez la connaissance et l’intelligence complètes ; ô Dimpakara, je vous invoque.
Dénué d’attachement envers les objets de désir, vous avez abandonné le pouvoir, les richesses et les autres biens et vous vous êtes fait moine [bhikshu] mahasamghika ; ô glorieux Atisha, je vous invoque.
Les préceptes et les règles énoncés par le Tathagata, tels qu’ils sont exposés dans les quatre sections du Vinaya, vous les avez gardés dans toute leur pureté, sans les entacher de la moindre faute ; ô glorieux Atisha, je vous invoque.
Vous avez suivi de nombreux maîtres érudits, et qu’il s’agisse des Trois Corbeilles, de la langue, de la logique, ou bien encore des Instructions, de l’ensemble vous aviez la connaissance et l’intelligence complètes ; ô glorieux Atisha, je vous invoque.
De votre Maître, le Roi souverain de Serling, vous avez obtenu le nectar salvateur de l’esprit d’Eveil, et vous avez œuvré pour le bien de tous les êtres ; ô glorieux Atisha, je vous invoque.
Empli de compassion pour les si nombreux êtres misérables et ô combien souffrants, vous êtes leur protecteur, qu’ils fussent des déités du monde, des titans ou des hommes ; ô Père unique, je vous invoque.
A des maîtres qui en avaient obtenu les plus hautes qualités, vous avez demandé les transmissions permettant de réaliser les déités tutélaires, puis vous vous êtes appliqué à les accomplir ; ô Vous qui aviez fait l’objet de prophéties (de la part du Bouddha), je vous invoque.
Sachant que vous aviez des disciples au Tibet, vous êtes venu au Pays des neiges, et vous êtes devenu le Maître des dirigeants et notables ; Vous qui êtes digne des honneurs et des hommages, je vous invoque.
Si un éminent sage tel que vous n’était pas venu au Tibet, bien que l’Enseignement du Bouddha y eût cependant existé, on y serait sans doute demeuré dans l’ignorance du sens profond ; ô Vous qui l’avez excellemment exposé, je vous invoque.
En effectuant et en révisant des traductions de traités, en les expliquant et en composant des ouvrages, vous avez excellemment guidé sur la Voie parfaite ; ô Vous qui avez épanoui l’Enseignement, je vous invoque.
Les démons et les penseurs fourvoyés - hérétiques et zélateurs d’Ishvara -, qui professaient des vues funestes et s’égaraient sur des chemins pernicieux, vous les avez réduits par le raisonnement et les avez introduits dans la Voie libératrice : ô Guide de ceux qui aspirent à la libération je vous invoque.
La générosité, l’éthique, la patience, l’enthousiasme, la concentration et la sagesse, bref, les six perfections, vous les avez constamment méditées au fil de nombreuses vies ; ô Vous qui avez parachevé les deux accumulations, je vous invoque.
Fournir le nécessaire et tenir des propos plaisants, accomplir le bien des êtres (en les incitant à pratiquer) et agir soi-même en accord (avec ce que l’on enseigne) : ô Vous qui, (grâce aux ressources des quatre moyens rassembleurs), avez accompli avec flamme le bien d’autrui, je vous invoque.
La foi, l’éthique, l’écoute, le don, le respect de soi-même et d’autrui, la sagesse, de ces sept joyaux vous êtes riche ; ô vous qui êtes le trésor dont procèdent les qualités, je vous invoque.
Quand Gyälwè Jung-nè, l’excellent disciple qui avait jadis formulé des vœux, est arrivé de contrées lointaines, vous avez annoncé : « L’upasaka arrivera aujourd’hui. » ; ô Vous qui possédez la faculté de la vision divine, je vous invoque.
Lorsqu’au Magadha l’un de vos disciples, avec déférence, a fait résonner des cymbales et vous a adressé des invocations, vous l’avez entendu au Tibet et en avez fait part à Drom ; ô Vous qui possédez la faculté de l’ouïe divine, je vous invoque.
Lorsqu’à Lhasa vous avez entendu la musique des dieux, vous vous êtes précipité et, après avoir présenté des offrandes aux déités dans le déambulatoire, vous avez effectué des circumambulations dans l’espace ; ô Vous qui possédiez la faculté des pouvoirs supranormaux, je vous invoque.
(Du pilier) où le testament du Roi était caché, la dakini l’a sorti et vous l’a montré ; grande est votre bienveillance, vous qui représentez Shakyamuni ; ô bienveillant Atisha, je vous invoque.
Les personnes touchées par les maladies des nagas (lèpre, etc.), toujours vous les avez maintenues en vie ; de vous procèdent les cycles de protection, vous qui guérissiez les maladies des êtres ; ô Vous qui êtes connu comme un second Nagarjuna, je vous invoque.
Alors qu’à Nyethang vous étiez assis sur le sable à ’Or, dans l’espace Indra et les assemblées de dieux ont déversé des pluies de fleurs en les cinq gemmes ; ô Maître, Dieu des dieux, je vous invoque.
A Yorpo de Ching-ru, une jeune fille vous a offert ses bijoux ; lorsque vous avez appris sa mort, vous avez purifié ses voiles et vous avez annoncé qu’elle avait repris naissance en tant que déité ; ô Guide des êtres, je vous invoque.
« D’ici, j’irai à Tushita et ceux qui témoignent de foi et de respect envers moi, m’y rencontreront. », avez-vous prédit ; ô Vous qui voyiez à l’avance l’avenir, je vous invoque.
A Tushita, vous êtes Namkha Drima Med ; au pays des Arya, vous étiez Dipamkara, et ici, au Tibet, vous étiez le glorieux Atisha ; ô Vous dont la renommée couvre la terre, je vous invoque.
Quand moi, Dromtön, j’ai fondé le temple de Rating, lorsque je vous ai prié de guider les êtres, de Tushita vous avez jeté les fleurs de la consécration ; ô Vous qui avez ainsi directement accordé votre bénédiction, je vous invoque.
Lorsqu’en voyant et en entendant vos qualités, je vous invoque haut et clair l’esprit plein de ferveur, de Tushita, veuillez me regarder avec compassion et, comme je vous en implore, veuillez m’accorder votre bénédiction.
Comme au Tibet il est encore tant de disciples qui n’ont foi qu’en vous et suivent (votre lignée), veuillez le prendre en considération, et avec l’amour d’une mère pour son fils, veuillez nous servir de Maître spirituel.
En les temps de dégénérescence, tels des aveugles, les êtres suivent de prétendus maîtres imparfaits ; ceux qui sont ainsi dépourvus de guide dans les abysses du samsara, veuillez vite les en extraire avec le crochet de votre compassion.
En tous temps et toutes circonstances, ô vous le Parfait, vous êtes mon Protecteur ; pour qu’au plus vite je devienne un bouddha pleinement accompli, veuillez m’accorder (les sagesses de) étude, réflexion et méditation.
* * *
A cette louange composée par Dromtönpa, ses disciples ont ajouté une vibrante stance à sa gloire :
De tous vous êtes le Guide spirituel ; de tous vous êtes le Protecteur. Substitut des Victorieux, fils des Victorieux, pour tous, vous êtes l’inestimable source du bonheur. Ô Maître Tönpa, je vous invoque.
lundi 16 mars 2020
Exhortation à la pratique, de Dromtönpa
Extrait de l'Exhortation à moi-même, composée par Dromtönpa
"Ohé, fils de l’excellent et glorieux Dipamkara (Atisha) ! Ce support de vie humaine dotée des atouts et des libertés est extrêmement difficile à obtenir. Quant à rencontrer l’Enseignement du Bouddha, c’est encore plus rare.
Ne gaspille pas inconsidérément les atouts et libertés qu’il est si difficile de conquérir. Pourquoi ? L’abîme des existences infortunées est insondable, et sans avoir la base que constitue l’éthique, tu voudrais hisser au sommet les remèdes en boule compacte ?
Sans doute es-tu un héros puisque tu n’es pas naguère tombé dans le précipice effrayant ( des renaissances infortunées) , mais de même qu’on prépare en un mois les réserves d’une année, au moment où tu pourrais te mettre en sécurité pour toutes tes vies à venir, ne reste pas à traînasser ; exploite à fond les remèdes. La vie n’est pas éternelle ; elle est telle l’éclair dans le firmament : par nature, à peine apparu, il s’efface. Il en va de même pour ma vie, ai-je vu. Ne flâne pas ; tire la quintessence de ce corps. La vie n’est pas éternelle ; elle est telle le rocher qui dévale à flanc de montagne : il descend à vive allure, nul ne pourrait l’attraper. Il en va de même pour ma vie, ai-je vu. Ne reste pas à paresser ; pratique l’excellent Dharma sublime."
"Ohé, fils de l’excellent et glorieux Dipamkara (Atisha) ! Ce support de vie humaine dotée des atouts et des libertés est extrêmement difficile à obtenir. Quant à rencontrer l’Enseignement du Bouddha, c’est encore plus rare.
Ne gaspille pas inconsidérément les atouts et libertés qu’il est si difficile de conquérir. Pourquoi ? L’abîme des existences infortunées est insondable, et sans avoir la base que constitue l’éthique, tu voudrais hisser au sommet les remèdes en boule compacte ?
Sans doute es-tu un héros puisque tu n’es pas naguère tombé dans le précipice effrayant ( des renaissances infortunées) , mais de même qu’on prépare en un mois les réserves d’une année, au moment où tu pourrais te mettre en sécurité pour toutes tes vies à venir, ne reste pas à traînasser ; exploite à fond les remèdes. La vie n’est pas éternelle ; elle est telle l’éclair dans le firmament : par nature, à peine apparu, il s’efface. Il en va de même pour ma vie, ai-je vu. Ne flâne pas ; tire la quintessence de ce corps. La vie n’est pas éternelle ; elle est telle le rocher qui dévale à flanc de montagne : il descend à vive allure, nul ne pourrait l’attraper. Il en va de même pour ma vie, ai-je vu. Ne reste pas à paresser ; pratique l’excellent Dharma sublime."
Libellés :
Atisha,
doctrine,
Dromtonpa,
Genlags,
impermanence,
Kadampa,
Mongolie,
pratique,
Tibet,
Traduction
vendredi 21 février 2020
De la solitude
... Une autre pratique de
bodhisattva consiste à demeurer dans la solitude. Pourquoi ? Premièrement, en résidant
dans la solitude, on s'écarte des objets nocifs, d'où un affaiblissement des facteurs perturbateurs. Deuxièmement,
dans la solitude, il y a nettement moins d'occasions d'être distrait, ce qui
favorise l'épanouissement des conduites et pensées vertueuses, bénéfiques. Troisièmement,
dans la solitude, on peut aiguiser une intelligence, un esprit plus limpide, et
ainsi une plus grande acuité qui permet de mieux pénétrer le Dharma, d'en acquérir
une meilleure compréhension et par là même, des convictions mieux fondées. Pour
pratiquer, il est donc recommandé de rechercher la solitude. Or, nous, nous
faisons exactement le contraire. Quand nous n'avons pas d'amis ou de relations,
nous sommes angoissés, inquiets, et nous nous ingénions à trouver de nouvelles connaissances.
Les bodhisattvas font l'inverse. Ils sont enclins à fuir la compagnie et à
chercher la solitude. ...
En fait, quand on parle
de solitude, il faut savoir qu'il y en a de deux sortes : la solitude
géographique et la solitude mentale. La première, c'est évident : il s'agit de
se trouver dans un endroit écarté, isolé, loin des autres. Mais pour ce qui est
de la solitude mentale, c'est tout à fait différent. On peut parfaitement être
au milieu des autres et cultiver quand même la solitude mentale. Il y a
solitude mentale lorsqu'on arrive à écarter les pensées inutiles - rêvasseries,
superstitions et autres. Si on réussit à instaurer en soi la solitude mentale,
on a alors acquis la véritable solitude, et dès lors on peut très bien rester
dans la foule ; ça ne risque plus nuire.
(Extrait Enseignement de Genlags - 1990)
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solitude,
Tibet
Étude, réflexion et méditation
Étude, réflexion et
méditation, il faut les trois. Il faut commencer par l'étude, mais il ne faut surtout
pas dissocier la réflexion de l'étude, c'est-à-dire que, dès que nous avons
étudié un sujet, il faut immédiatement y réfléchir, et dès que nous y avons
réfléchi, il faut sans attendre méditer ce point. Il faut pratiquer de manière
progressive les trois approches à propos d'un même sujet, mais il ne faut pas les séparer pour
autant. Il ne faut pas croire qu'on va étudier un sujet, réfléchir à un autre
et méditer un troisième. L'étude est fondamentale et dans les soutras, on
la compare à la lampe, à la lumière qui éclaire. L'étude est également la
meilleure des possessions car c'est une possession qui ne peut pas nous être dérobée.
N'importe quoi d'autre que nous puissions obtenir, des voleurs ou brigands
pourraient s'en emparer, nous l'arracher, mais l'étude, une fois que nous
l'avons, nous pouvons la conserver.
Je peux en attester. J'en
ai fait l'expérience... Lorsque j'ai quitté le Tibet pour gagner l'Inde, tout
ce que j'ai pu emporter, c'était mon corps et mes connaissances. Tout le reste,
il a fallu le laisser derrière moi. Les possessions, la famille, les parents,
les amis.
(Extrait d'un Enseignement de Genlags - 1990)
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vendredi 7 décembre 2018
Ne nous laissons pas abattre
En ces temps moroses, un peu de réconfort est bienvenu.
Voici un court extrait d'un Enseignement donné par Gen Tat en 1985.
Voici un court extrait d'un Enseignement donné par Gen Tat en 1985.
Il ne faut pas nous décourager en pensant que jamais
nous ne pourrons éliminer les facteurs perturbateurs, que jamais nous ne
pourrons obtenir la libération. Il n'y a pas lieu d'avoir ce genre de crainte parce
que les phénomènes sont vides de nature propre. Il est donc possible d'éliminer les
facteurs perturbateurs.
Nous avons en nous l'ignorance, c'est vrai, mais
l'ignorance elle-même n'a pas de
nature propre. Étant donné qu'elle n'a pas de nature propre, elle est soumise à
transformation. Nous n'avons pas à la conserver éternellement, nous pouvons la
réduire d'abord, puis l'éliminer et nous pouvons obtenir la libération.
samedi 4 août 2018
Difficile de pratiquer seul
Si vous êtes vraiment intéressés par le bouddhisme, si vous avez vraiment envie d'étudier, de pratiquer, la première chose à faire serait de vous informer pour savoir où se trouvent actuellement les Maîtres qualifiés pour donner des enseignements.
Désormais, lorsqu'on entend parler d'un Maître authentique, on peut sans difficulté se rendre auprès de lui pour étudier avec lui. Autrefois, les Tibétains, lorsqu'ils voulaient aller auprès d'un Maître, devaient partir à pied en portant sur leur dos leurs bagages, mais maintenant, il suffit de prendre l'avion, et en quelques heures on est arrivé.
Mais si on veut étudier, pratiquer, il faut également un entourage propice. On doit avoir des amis dans le Dharma.
Ce que l'on entend par entourage favorable pour la pratique, par amis dans le Dharma, ce sont les personnes qui montrent le bon exemple, qui elles-mêmes s'efforcent d'être constamment attentives à leurs attitudes, à leur conduite.
Supposons que l'on soit en compagnie d'un ami et que soi-même on ait envie par exemple de fumer. On va peut-être se dire : "Si je fume, il ne va peut-être pas être content ; cela va le déranger."
Si en pensant à l'autre personne et à ses réactions, on s'abstient de quelque chose qu'il vaut mieux éviter, cela indique qu'il est un ami dans le Dharma.
En fait, chaque fois que l'on serait tenté d'accomplir une action plutôt négative, défavorable, mais qu'on s'en abstient en pensant aux réactions éventuelles de l'ami en craignant l'opinion qu'il pourrait avoir de nous, en craignant les reproches qu'il pourrait nous faire, cela veut dire que cet ami est un ami dans le Dharma. Par contre, les compagnons avec lesquels on va s'amuser, se promener, rire, ce ne sont pas toujours des amis dans le Dharma !
Puisque nous parlons d'étudier, de pratiquer le Dharma, le bouddhisme, lorsque nous étudions un certain sujet, lisons un texte et qu'il y a quelque chose que nous ne comprenons pas, s'il se trouve une personne à laquelle nous pouvons poser des questions et qui peut éclaircir nos doutes, cette dernière est un ami dans le Dharma.
Actuellement, nous réunissons tous un grand nombre de conditions favorables pour la pratique. Il nous reste maintenant à faire des efforts. Nous devons déployer de l'énergie et étudier le plus possible. Lorsqu'on étudie, on ne doit jamais être complètement satisfait, on ne doit jamais penser que maintenant cela suffit, que l'on a suffisamment étudié.
Extrait d'un Enseignement de Gen Tati - 1984
Désormais, lorsqu'on entend parler d'un Maître authentique, on peut sans difficulté se rendre auprès de lui pour étudier avec lui. Autrefois, les Tibétains, lorsqu'ils voulaient aller auprès d'un Maître, devaient partir à pied en portant sur leur dos leurs bagages, mais maintenant, il suffit de prendre l'avion, et en quelques heures on est arrivé.
Mais si on veut étudier, pratiquer, il faut également un entourage propice. On doit avoir des amis dans le Dharma.
Ce que l'on entend par entourage favorable pour la pratique, par amis dans le Dharma, ce sont les personnes qui montrent le bon exemple, qui elles-mêmes s'efforcent d'être constamment attentives à leurs attitudes, à leur conduite.
Supposons que l'on soit en compagnie d'un ami et que soi-même on ait envie par exemple de fumer. On va peut-être se dire : "Si je fume, il ne va peut-être pas être content ; cela va le déranger."
Si en pensant à l'autre personne et à ses réactions, on s'abstient de quelque chose qu'il vaut mieux éviter, cela indique qu'il est un ami dans le Dharma.
En fait, chaque fois que l'on serait tenté d'accomplir une action plutôt négative, défavorable, mais qu'on s'en abstient en pensant aux réactions éventuelles de l'ami en craignant l'opinion qu'il pourrait avoir de nous, en craignant les reproches qu'il pourrait nous faire, cela veut dire que cet ami est un ami dans le Dharma. Par contre, les compagnons avec lesquels on va s'amuser, se promener, rire, ce ne sont pas toujours des amis dans le Dharma !
Puisque nous parlons d'étudier, de pratiquer le Dharma, le bouddhisme, lorsque nous étudions un certain sujet, lisons un texte et qu'il y a quelque chose que nous ne comprenons pas, s'il se trouve une personne à laquelle nous pouvons poser des questions et qui peut éclaircir nos doutes, cette dernière est un ami dans le Dharma.
Actuellement, nous réunissons tous un grand nombre de conditions favorables pour la pratique. Il nous reste maintenant à faire des efforts. Nous devons déployer de l'énergie et étudier le plus possible. Lorsqu'on étudie, on ne doit jamais être complètement satisfait, on ne doit jamais penser que maintenant cela suffit, que l'on a suffisamment étudié.
Extrait d'un Enseignement de Gen Tati - 1984
mercredi 1 août 2018
Le samsara, un beau pétrin !
Être dans le samsara, c'est se trouver dans un beau pétrin !
Parce que, pour ce qui est de trouver des conditions favorables à la pratique, on a beau chercher, il est extrêmement difficile de découvrir de bons amis qui nous permettent de progresser. A l'inverse, les conditions adverses, ce n'est pas la peine de nous mettre en quête ; elles sont toujours là, tout autour de nous. Nous avons parfois peur des fantômes, des esprits soi-disant malfaisants, mais pourquoi les craindre ? En fait, ils ne peuvent guère nous nuire. Par contre, tous ces prétendus amis qui se montrent tellement aimables avec nous et qui nous entraînent vers le bas, là, il y a de quoi être effrayés.
Qu'est-ce qui est nuisible à un bon pratiquant ? Les mauvais amis, mais également la notoriété, la renommée, ainsi que les postes haut placés. Pourquoi ? Parce que plus on s'élève dans les rangs de la société, plus on acquiert de renommée et plus on se trouve soumis à toutes sortes d'obligations, tant et si bien qu'on n'a plus guère de loisir pour la pratique du Dharma.
Extrait d'un enseignement de Gen Tati - juillet 1990
Parce que, pour ce qui est de trouver des conditions favorables à la pratique, on a beau chercher, il est extrêmement difficile de découvrir de bons amis qui nous permettent de progresser. A l'inverse, les conditions adverses, ce n'est pas la peine de nous mettre en quête ; elles sont toujours là, tout autour de nous. Nous avons parfois peur des fantômes, des esprits soi-disant malfaisants, mais pourquoi les craindre ? En fait, ils ne peuvent guère nous nuire. Par contre, tous ces prétendus amis qui se montrent tellement aimables avec nous et qui nous entraînent vers le bas, là, il y a de quoi être effrayés.
Qu'est-ce qui est nuisible à un bon pratiquant ? Les mauvais amis, mais également la notoriété, la renommée, ainsi que les postes haut placés. Pourquoi ? Parce que plus on s'élève dans les rangs de la société, plus on acquiert de renommée et plus on se trouve soumis à toutes sortes d'obligations, tant et si bien qu'on n'a plus guère de loisir pour la pratique du Dharma.
Extrait d'un enseignement de Gen Tati - juillet 1990
dimanche 29 juillet 2018
"Pratiquer le Dharma", ça veut dire quoi ?
On parle souvent de pratiquer le Dharma. Pratiquer le Dharma ou pas, agir de manière vertueuse ou non, cela désigne en
fait les comportements que l'on adopte, sachant qu'on peut avoir des conduites par
les trois portes : corps, parole et esprit. Donc, pratiquer le Dharma revient à
modifier les habitudes que l'on avait jusqu'alors. Pratiquer le Dharma signifie
que désormais on s'efforce d'améliorer sa conduite, que ce soit sur le plan du
corps, de la parole ou de l'esprit, en éliminant toutes les mauvaises conduites
que l'on avait pu avoir précédemment.
À quoi sert de pratiquer le Dharma ?
Il faut d'abord observer la situation des êtres dans
l'Univers. Laissons de côté pour le moment les créatures des enfers ou les pretas
puisque nous ne pouvons pas les voir. Il nous suffira d'observer la situation
des animaux qui est beaucoup plus claire à nos yeux et également celle des
humains. Il est évident que les animaux sont dans une situation bien pire que
celle des humains. Parmi les humains même, il y a plusieurs catégories.
Certains souffrent plus que d'autres. Si on pratique le Dharma, c'est dans le
but d'obtenir par la suite des renaissances dans les catégories des êtres plutôt
favorisés. Inversement, si on désire obtenir des renaissances humaines et parmi
les êtres humains, avoir une renaissance dotée des libertés et des attributs,
il est indispensable de pratiquer le Dharma, c'est-à-dire le bien.
Ce qui permet principalement d'avoir une bonne renaissance,
c'est l'observance de l'éthique. Qu'est-ce que l'éthique ? Essentiellement elle
suppose d'éliminer les dix mauvaises conduites que sont les dix non vertus et
de s'efforcer d'accomplir le contraire, les dix vertus.
Extrait d'un enseignement de Gen Tati sur les 10 non vertus (1982)
Extrait d'un enseignement de Gen Tati sur les 10 non vertus (1982)
jeudi 28 juin 2018
De la puissance de l'esprit
Le Bouddha Shakyamouni a donné une
grande somme d'enseignements. La collection tibétaine compte une bonne centaine
de livres. Par la suite, les pandits indiens ont composé beaucoup de
commentaires ; cela fait plus de deux cents volumes de format tibétain. Mais
tous ces textes, ce sont autant de méthodes dont la finalité est de mieux
maîtriser l'esprit et l'améliorer. Le Bouddha Shakyamouni n'a cessé de dire que
le bonheur est obtenu par la maîtrise de l'esprit. Dans le bouddhisme, vous
savez que l'on ne se réfère pas à un dieu créateur. Le principe fondamental, c'est
l'esprit. Au fond, ce qui génère tout, c'est l'esprit. Ce qui nous fait
éventuellement renaître dans les enfers et nous fait subir les souffrances infernales,
c'est notre esprit. Ce qui provoque des états d'existence terriblement pénibles
comme les esprits avides ou les animaux, à nouveau, c'est l'esprit. Si un jour,
nous nous retrouvons en prison, ce sera la faute de notre propre esprit, car ce
sera notre esprit qui nous aura poussés à commettre les délits causes de notre
emprisonnement. Personne d'extérieur n'est responsable.
Par exemple, si nous sommes arrêtés pour assassinat, c'est sans doute parce qu'avec un très mauvais état d'esprit, nous avons voulu nous débarrasser de quelqu'un. Nous avons perpétré un meurtre et de ce fait, on nous a mis en prison. On ne nous met pas en prison par hasard, sans raison. Mais comment habituellement interprétons-nous les choses ? Nous estimons que la faute incombe à autrui. Si nous sommes en colère contre quelqu'un, nous disons que c'est de sa faute parce qu'il s'est mal conduit, alors qu'en réalité non, c'est nous le fautif. C'est toujours notre esprit qui est responsable. C'est lui qui nous entraîne dans les situations les plus pénibles.
Mais c'est également notre esprit qui peut nous hisser jusqu'aux états supérieurs qui nous donneront accès à la libération. En fait, la nature de l'esprit est bonne. Pour le moment, notre esprit est voilé mais par nature, il a un énorme potentiel. Si nous arrivons à bien utiliser notre esprit, à bien travailler sur lui, c'est grâce à lui, grâce à sa nature, que nous pouvons devenir un Bouddha.
Par exemple, si nous sommes arrêtés pour assassinat, c'est sans doute parce qu'avec un très mauvais état d'esprit, nous avons voulu nous débarrasser de quelqu'un. Nous avons perpétré un meurtre et de ce fait, on nous a mis en prison. On ne nous met pas en prison par hasard, sans raison. Mais comment habituellement interprétons-nous les choses ? Nous estimons que la faute incombe à autrui. Si nous sommes en colère contre quelqu'un, nous disons que c'est de sa faute parce qu'il s'est mal conduit, alors qu'en réalité non, c'est nous le fautif. C'est toujours notre esprit qui est responsable. C'est lui qui nous entraîne dans les situations les plus pénibles.
Mais c'est également notre esprit qui peut nous hisser jusqu'aux états supérieurs qui nous donneront accès à la libération. En fait, la nature de l'esprit est bonne. Pour le moment, notre esprit est voilé mais par nature, il a un énorme potentiel. Si nous arrivons à bien utiliser notre esprit, à bien travailler sur lui, c'est grâce à lui, grâce à sa nature, que nous pouvons devenir un Bouddha.
Extrait d'un enseignement de Gen Tati - juillet 1990
jeudi 21 juin 2018
Lamrim et tantras
Autrefois,
au Tibet, il y avait un maître qui s'appelait Pourchok Ngawang Jampa. C'était
un très grand maître qui donnait des initiations et expliquait les tantras, mais
à chaque fois qu'il était censé enseigner les tantras, il commençait toujours
par exposer le lamrim, la voie progressive menant vers l'éveil. Evidemment, beaucoup
de gens trouvaient que c'était du temps perdu et le critiquaient. Comme de tout
temps les rumeurs se propagent très rapidement, le bruit en était venu aux oreilles
d'un autre maître, Cangkya Rölpai Dorjé qui à l'époque séjournait en Chine.
Quand il lui a été dit: " Au Tibet, ce maître Pourchok Ngawang Jampa est vraiment
très bizarre. Au lieu de parler des tantras immédiatement, il perd toujours un
temps infini avec le lamrim. C'est d'un long !", aussitôt Cangkya Rölpai
Dorjé, lui, a joint les mains en s'exclamant : "Enfin, quelqu'un qui a
compris l'essence même des tantras !" En effet, toute la puissance des
tantras vient du lamrim, de la voie progressive menant à l'éveil. Sans cette
base, les tantras n'ont pas la moindre puissance.
Après
tout, si l'on veut faire une statue du Bouddha en bois, en premier il faut un
morceau de bois. Si on veut faire une statue en argent, il faut avoir de l'argent.
La matière première est indispensable. Eh bien, pour pouvoir pratiquer avec
force les tantras et qu'ils puissent donner tous leurs résultats, il faut
également avoir de la matière à travailler, et la matière à travailler est fournie
par les soutras.
Extrait d'un enseignement de Gen Tati - juillet 1990
Extrait d'un enseignement de Gen Tati - juillet 1990
vendredi 19 janvier 2018
Tibétaine, nonne et grande méditante
Un de mes Maîtres, Gyudmed Khensur Rinpoche Sonam Gyaltsen - Gen Tati pour ses co-religionnaires - (1926-2018) me parlait souvent de l'une de ses Maîtres, exilée en Inde puis rentrée au Tibet vers 1982.
Non, les "e" ci-dessus ne sont pas des fautes d'accord : si j'ai mis le féminin, c'est parce que Gyaltsen Lhamo (rGyal mtshan lha mo) est une femme ; une nonne même. Qui a beaucoup de disciples, hommes et femmes, religieux et laïcs. Et pas au Moyen-Âge ; de nos jours : elle est née dans le centre du Tibet dans les années 1920, mais comme on n'a pas eu de ses nouvelles depuis son retour au Tibet, on ne sait pas si elle vit encore ou pas.
D'abord mariée contre son gré, elle a eu un bébé, mort en bas âge, après quoi elle a été alitée des années durant par une maladie dont aucun remède ni aucun rituel ne venait à bout. Jusqu'au jour de cette visite de Kangyur Rinpoche, lama respecté de Drepung Loseling.
Toute la maisonnée s'inclinait pour recevoir par apposition des mains sur la tête la bénédiction du Maître encore assis sur son cheval, quand à la surprise générale, la jeune Gyaltsen Lhamo survint, cheveux en bataille et robe de travers, le teint grisâtre : c'était la première fois qu'elle se levait depuis des mois. La stupéfaction fut à son comble quand on vit le grand lama ôter son chapeau et se pencher pour toucher du front le front de la malade, d'égal à égal.
La mère de l'intéressée fut particulièrement impressionnée par ce geste, tant et si bien que, quand sa fille lui annonça sa décision de se retirer dans une grotte de montagne pour méditer, elle quitta la maison et l'accompagna pour la servir.
Dès lors, notre yogi tibétaine se consacra à la pratique sans jamais accorder la moindre importance au côté matériel : Zong Rinpoche (qui fut abbé de Ganden Shartse) fit un jour la remarque que sa jupe était tellement rafistolée qu'il en devenait impossible de distinguer ce qui avait été le tissu d'origine par rapport aux multiples pièces rapportées.
Assez curieusement (à nos yeux d'Occidentaux pas toujours bien informés), ce n'est qu'après avoir affectué la longue retraite de Vajrabhairava de trois ans que Gyaltsen Lhamo reçut l'Enseignement du lamrim d'un Geshe érudit de Ganden Jangtse : Geshe Nyima, professeur de philosophie de Gyudmed Khensur Rinpoche (le mien, de professeur, que j'appelle donc "Genlags").
Pour l'occasion, Gyaltsen Lhamo avait invité Geshe Nyima "chez elle" - une grotte dans le Phenpo. Comme c'était une période d'intersession au collège, Genlags avait accompagné son maître : pendant que celui-ci exposait le lamrim à leur hôtesse, Genlags mémorisait les traités philosophiques au programme de l'année. Un jour, il demanda à Geshe Nyima la transmission d'un texte de pratique, et s'entendit répondre qu'il ferait beaucoup mieux de demander cette transmission à Gyaltsen Lhamo. Ce qu'il fit, établissant ainsi avec elle un lien de maître à disciple.
Notez que, dans cette relation, "le" maître est une nonne tibétaine, qui a donc au maximum l'ordination mineure de getsulma (shramanerika) puisque l'ordination majeure de gelongma (bhikshuni) n'a jamais été introduite au Tibet. Le disciple est un gelong (bhikshu), qui plus est plus très loin du rang de geshe lharampa, et qui agit sur les conseils de son professeur, lui-même gelong et geshe lharampa. Le tout dans les années 1954-1955.
Au Tibet comme en Inde, Gyaltsen Lhamo était souvent sollicitée pour effectuer des divinations, et beaucoup de personnes la "soupçonnaient" d'avoir réalisé les pouvoirs de clairvoyance, au moins (consécutifs à l'obtention du calme mental - shamatha), tellement les réponses qu'elle donnait tombaient juste.
Vivant de rien, elle utilisait les offrandes qu'elle recevait pour faire le don sous ses différentes formes, surtout le don du Dharma (de l'Enseignement) : aux débuts de l'exil en Inde, quand les réfugiés manquaient de tout, c'est elle qui invita pour la première fois au camp de Bylakuppe, où elle habitait, Kyabje Trijang Dorjechang, prenant en charge les frais pour organiser l'Enseignement du Grand Lamrim qu'il dispensa alors. Elle invita aussi à Bylakuppe Zong Rinpoche, pour enseigner bien sûr. Par ailleurs, elle fit ériger de grandes statues, qu'elle offrit à des monastères.
Chaleureuse et disponible, elle était d'une extrême humilité, mais ses qualités étaient telles qu'elles ne pouvaient échapper à ceux qui avaient la chance de la rencontrer. Un grand lama gelugpa laissa un jour échapper une petite phrase qui laissait à entendre qu'elle était une émanation de Dulzin Takpa Gyaltsen - celui des disciples de Je Tsongkhapa qui est considéré comme le détenteur du Vinaya !
Non, les "e" ci-dessus ne sont pas des fautes d'accord : si j'ai mis le féminin, c'est parce que Gyaltsen Lhamo (rGyal mtshan lha mo) est une femme ; une nonne même. Qui a beaucoup de disciples, hommes et femmes, religieux et laïcs. Et pas au Moyen-Âge ; de nos jours : elle est née dans le centre du Tibet dans les années 1920, mais comme on n'a pas eu de ses nouvelles depuis son retour au Tibet, on ne sait pas si elle vit encore ou pas.
D'abord mariée contre son gré, elle a eu un bébé, mort en bas âge, après quoi elle a été alitée des années durant par une maladie dont aucun remède ni aucun rituel ne venait à bout. Jusqu'au jour de cette visite de Kangyur Rinpoche, lama respecté de Drepung Loseling.
Toute la maisonnée s'inclinait pour recevoir par apposition des mains sur la tête la bénédiction du Maître encore assis sur son cheval, quand à la surprise générale, la jeune Gyaltsen Lhamo survint, cheveux en bataille et robe de travers, le teint grisâtre : c'était la première fois qu'elle se levait depuis des mois. La stupéfaction fut à son comble quand on vit le grand lama ôter son chapeau et se pencher pour toucher du front le front de la malade, d'égal à égal.
La mère de l'intéressée fut particulièrement impressionnée par ce geste, tant et si bien que, quand sa fille lui annonça sa décision de se retirer dans une grotte de montagne pour méditer, elle quitta la maison et l'accompagna pour la servir.
Dès lors, notre yogi tibétaine se consacra à la pratique sans jamais accorder la moindre importance au côté matériel : Zong Rinpoche (qui fut abbé de Ganden Shartse) fit un jour la remarque que sa jupe était tellement rafistolée qu'il en devenait impossible de distinguer ce qui avait été le tissu d'origine par rapport aux multiples pièces rapportées.
Assez curieusement (à nos yeux d'Occidentaux pas toujours bien informés), ce n'est qu'après avoir affectué la longue retraite de Vajrabhairava de trois ans que Gyaltsen Lhamo reçut l'Enseignement du lamrim d'un Geshe érudit de Ganden Jangtse : Geshe Nyima, professeur de philosophie de Gyudmed Khensur Rinpoche (le mien, de professeur, que j'appelle donc "Genlags").
Pour l'occasion, Gyaltsen Lhamo avait invité Geshe Nyima "chez elle" - une grotte dans le Phenpo. Comme c'était une période d'intersession au collège, Genlags avait accompagné son maître : pendant que celui-ci exposait le lamrim à leur hôtesse, Genlags mémorisait les traités philosophiques au programme de l'année. Un jour, il demanda à Geshe Nyima la transmission d'un texte de pratique, et s'entendit répondre qu'il ferait beaucoup mieux de demander cette transmission à Gyaltsen Lhamo. Ce qu'il fit, établissant ainsi avec elle un lien de maître à disciple.
Notez que, dans cette relation, "le" maître est une nonne tibétaine, qui a donc au maximum l'ordination mineure de getsulma (shramanerika) puisque l'ordination majeure de gelongma (bhikshuni) n'a jamais été introduite au Tibet. Le disciple est un gelong (bhikshu), qui plus est plus très loin du rang de geshe lharampa, et qui agit sur les conseils de son professeur, lui-même gelong et geshe lharampa. Le tout dans les années 1954-1955.
Au Tibet comme en Inde, Gyaltsen Lhamo était souvent sollicitée pour effectuer des divinations, et beaucoup de personnes la "soupçonnaient" d'avoir réalisé les pouvoirs de clairvoyance, au moins (consécutifs à l'obtention du calme mental - shamatha), tellement les réponses qu'elle donnait tombaient juste.
Vivant de rien, elle utilisait les offrandes qu'elle recevait pour faire le don sous ses différentes formes, surtout le don du Dharma (de l'Enseignement) : aux débuts de l'exil en Inde, quand les réfugiés manquaient de tout, c'est elle qui invita pour la première fois au camp de Bylakuppe, où elle habitait, Kyabje Trijang Dorjechang, prenant en charge les frais pour organiser l'Enseignement du Grand Lamrim qu'il dispensa alors. Elle invita aussi à Bylakuppe Zong Rinpoche, pour enseigner bien sûr. Par ailleurs, elle fit ériger de grandes statues, qu'elle offrit à des monastères.
Chaleureuse et disponible, elle était d'une extrême humilité, mais ses qualités étaient telles qu'elles ne pouvaient échapper à ceux qui avaient la chance de la rencontrer. Un grand lama gelugpa laissa un jour échapper une petite phrase qui laissait à entendre qu'elle était une émanation de Dulzin Takpa Gyaltsen - celui des disciples de Je Tsongkhapa qui est considéré comme le détenteur du Vinaya !
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jeudi 28 décembre 2017
RIP Geshe Thubten Dargyé
Geshe Thubten Dargyé, lama résident de l'Institut Samatabahdra de Rome depuis 2008 est décédé ce matin (28 décembre) des suites d'un Avc.
Né en 1949 au Bouthan, Geshe Thubten Dargyé est entré à 15 ans au monastère de Tawang, puis est allé étudier à Ganden Jangtsé et à Gyudmed. En 2005, lors d'une tournée d'un groupe de moines de Jangtsé qu'il dirigeait, il a séjourné dans plusieurs pays d'Europe, dont la France, et a donné de nombreuses conférences.
Je le connaissais depuis 1978, car à Mundgod, il logeait dans la chambre voisine de celle de Gen Tati, dont il était également élève, et je lui ai servi d'interprète en 2005 lors de la tournée en France.
Je suis de tout cœur avec les membres de l'Institut Samantabhadra qui se retrouvent brutalement "orphelins", et je joins mes prières aux leurs.
mardi 12 octobre 2010
Départ d'un grand Geshe
Ce matin, vers 10 h 30 (heure indienne), Geshe Jampa Choedak a poussé son dernier souffle.
Il avait 83 ou 84 ans.
Issu du monastère philosophique de Ganden Jangtse Datsang, il est entré au collège tantrique de Gyudmed Datsang après avoir brillamment réussi ses examens de geshe lharampa, et il ne l'a plus quitté. C'est un fait assez rare pour être souligné car en général les geshe se hâtent de repartir après l'année obligatoire pour valider la formation ès tantras.
C'est que la règle de Gyudmed est stricte, très stricte.
Cela convenait à merveille à Geshe Jampa Choedak, qui en vrai geshe kadampa, cultivait l'humilité et la frugalité. A ce jeune Occidental tibétanisant qui venait lui présenter une offrande, il répondit qu''au monastère, on a besoin de geshe. Pas de dollars !"
Il en voyait tant, de geshe plus ou moins jeunes, prendre la chemin des Etats Unis, ou d'Europe, pour ne plus en revenir, beaucoup quittant la robe pour les plaisirs profanes.
Pas loin de 40 années durant, Geshe Jampa Choedak enseigna les tantras et la philosophie aux promotions successives de jeunes geshe fraîchement émoulus. Quand une crise d'asthme montait, il attendait qu'elle passât, puis reprenait son explication comme si de rien n'était.
C'est une ultime crise qui l'aurait emporté.
A leur arrivée à Gyudmed Datsang, il était le compagnon de chambre de mon Maître, Gyudmed Khensur Rinpoche Sonam Gyaltsen, qui est d'un an son aîné. Ils étaient de grands amis.
Il avait 83 ou 84 ans.
Issu du monastère philosophique de Ganden Jangtse Datsang, il est entré au collège tantrique de Gyudmed Datsang après avoir brillamment réussi ses examens de geshe lharampa, et il ne l'a plus quitté. C'est un fait assez rare pour être souligné car en général les geshe se hâtent de repartir après l'année obligatoire pour valider la formation ès tantras.
C'est que la règle de Gyudmed est stricte, très stricte.
Cela convenait à merveille à Geshe Jampa Choedak, qui en vrai geshe kadampa, cultivait l'humilité et la frugalité. A ce jeune Occidental tibétanisant qui venait lui présenter une offrande, il répondit qu''au monastère, on a besoin de geshe. Pas de dollars !"
Il en voyait tant, de geshe plus ou moins jeunes, prendre la chemin des Etats Unis, ou d'Europe, pour ne plus en revenir, beaucoup quittant la robe pour les plaisirs profanes.
Pas loin de 40 années durant, Geshe Jampa Choedak enseigna les tantras et la philosophie aux promotions successives de jeunes geshe fraîchement émoulus. Quand une crise d'asthme montait, il attendait qu'elle passât, puis reprenait son explication comme si de rien n'était.
C'est une ultime crise qui l'aurait emporté.
A leur arrivée à Gyudmed Datsang, il était le compagnon de chambre de mon Maître, Gyudmed Khensur Rinpoche Sonam Gyaltsen, qui est d'un an son aîné. Ils étaient de grands amis.
lundi 9 mars 2009
Geshe Sonam Jangchub 2
Gen Peltsé avait de bonnes raisons de rire : l'astrologue consulté à sa naissance avait annoncé, la mine sombre, à ses parents atterrés que le nouveau-né ne vivrait pas bien longtemps.D'où le nom - Peltsé - qu'ils lui ont choisi et qui signifie "vie qui se développe".
Ca a quand même plutôt bien fonctionné. Certes, nous aurions préféré qu'il reste encore longtemps parmi nous sous cette même forme, mais il a quand même réussi à franchir le cap de la 80ème année, en gardant jusqu'au bout le sens de l'humour et sans jamais oublier d'aller à l'essentiel.
Les derniers mots qu'il a adressés à l'une de nos amies, venue lui rendre une petite visite à Ganden Jangtse en janvier, furent ainsi : "Médite l'esprit l'Eveil !"
Geshe Lobsang Tempa
Cet hiver, nous avons eu le plaisir de recevoir Geshe Lobsang Tempa, réfugié "climatique" arrivé du Québec et qui a passé 3 mois, plus précisément 90 jours à la maison - le temps maximal d'un visa.Geshelags est un élève de longue date de Genlags puiqu'ils sont sortis ensemble du Tibet en 1959. Ils étaient dix. Ils ne sont plus que trois désormais, maintenant que Gen Peltsé est décédé. Ou deux, car on n'a pas de nouvelles depuis longtemps de l'éventuel troisième survivant.
En espérant que Geshe Lobsang Tempa se remette : il a été hospitalisé d'urgence le jeudi 26 février et a subi il y a quelques jours un triple pontage, à ce que j'ai cru comprendre. Pour le moment le pronostic reste réservé.
Quelle vie que celle de réfugié !
En ce qui concerne Geshe Lobsang Tempa, après quelques temps en Inde, il se retrouve au Népal, au monastère de Kopan.
De là il est expédié au Brésil pour en principe diriger un centre. Oui mais, quand il débarque, il n'y a pas grand chose en guise de centre, et surtout pas l'interprète annoncé ! Geshelags devient donc un expert du langage des signes, et pour tout enseignement, dirige surtout des séances de prières, durant plusieurs années. Dans le même temps, il fait de courts séjours dans divers pays tels que Singapour, Indonésie et autres.
Il est ensuite invité à Taiwan où il finit par créer un centre. Las ! Pour une regrettable histoire de papiers mal renouvelés par l'interprète (ah ! ces interprètes...), l'un et l'autre sont priés de quitter le sol taiwanais.
Ils se retouvent à la case presque départ, en Inde, où des amis tibétains installés au Canada font le nécessaire pour les y faire venir, le Maître au Québec, l'assistant à Toronto.
Le Canada est une vraie terre d'accueil, et tous deux ont obtenu en quelques mois des cartes de réfugiés. Mais si les autochtones sont chaleureux, le climat du Québec s'avère un tantinet rigoureux en hiver, surtout pour un moine âgé accoutumé à la chaleur et affecté d'une insuffisance cardiaque.
C'est l'occasion de venir rendre visite à son Maître - Genlags - qui vit en région parisienne.
Sitôt dit sitôt fait - enfin, en tenant compte des délais assez longs pour réunir les documents nécessaires à l'obtention d'un visa
Geshelags apprécie la douceur de la vie française et sa santé s'améliore un peu, mais le médecin consulté annonce qu'il serait dangereux de le renvoyer au froid.
D'où demande de prolongation de visa avec certificat médical à l'appui, histoire d'attendre le printemps. Demande refusée net. Sans aucune possibilité d'expliquer la situation à qui que ce soit. Procédure strictement administrative.
Geshelags s'en est donc retourné au Canada, à Toronto où il fait un peu moins froid qu'au Québec. Son avion a été retardé ; c'était le 12 février, jour de tempête, mais le voyage s'est finalement plutôt bien passé, d'autant que l'avion était presque vide. Et au grand soulagement de Geshelags , et au nôtre, les températures étaient assez douces à l'arrivée, où il a été accueilli par son ex-interprète de Taiwan. J'avais tellement qu'il ne meure en débarquant dans la neige et la glace.
Le répit aura été de courte durée : deux semaines. Depuis, Geshelags est aux soins intensifs.
Grâce à lui, je commence à mieux percevoir l'ampleur du drame des réfugiés.
Entre autres : après avoir dû quitter leur pays et tous ceux de leurs proches qui y restent, ils se retrouvent coincés là où ils obtiennent l'asile, sans avoir la liberté de circuler comme les heureux détenteurs de passeport officiels que nous sommes.
Leur frère, ou leur meilleur ami, etc., est dans un autre pays ? Eh bien, tant pis pour eux ; ils ne se reverront pas / jamais.
Puissent tous les êtres du samsara être au plus vite délivrés de la souffrance - causes et résultats !
Geshe Sonam Jangchub
Certains d'entre vous ont eu l'occasion de rencontrer Geshe Sonam Jangchub (1928-2009), l'un des frères de Genlags, car il a longtemps résidé à Rome, à l'Institut Samathabhadra, suite à un "mo" - une divination - effectué par Kyabje Trijang Dorjechang à la demande de Rinpoche.Geshelags nous a quitté paisiblement ce dimanche vers 18 heures - heure indienne : il avait regagné son monastère - Ganden Jangtse Datsang - il y a une dizaine de mois, contre l'avis de son frère aîné et par ailleurs Maître, qui lui avait conseillé de rester en Italie. Mais ...
Geshelags venait de "fêter" ses 82 ans à la mode asiatique - il était donc pour nous dans sa 81ème année.
Je l'ai connu quasiment en même temps que Genlags. C'était en 1978, et je venais d'arriver à Mundgod où j'allais passer les plus beaux mois de ma vie : rien d'autre à faire que d'étudier dans un cadre approprié. Le rêve !
Bref, je venais à peine de faire la connaissance de celui qui allait devenir l'un de mes Maîtres principaux (Genlags , bien sûr) et je marchais dans les ruelles du monastères quand je fus accostée par un moine de haute taille et de belle allure, qui se présenta - mais sans que j'arrive trop à comprendre ce qu'il me racontait-, après quoi il se mit à me prodiguer force conseils.
Interloquée, j'avoue m'être alors demandée de quoi cet inconnu se mêlait...
Cétait Gen Peltsé, comme on l'appelait au Collège, le second d'une fratrie de sept enfants dont les trois rescapés sont éparpillés de par le monde : l'aîné en France, l'ex-troisième (désormais second) en Inde, et le n° 4 au Tibet.
Puisse Gen Peltsé renaître à ... Ganden / Tushita, où résident Je Rinpoche et nombre de Maîtres Kadampa.
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dimanche 10 août 2008
Je Lhündrub Tsöndrü
Le 69ème abbé de Gyudmed Datsang était originaire du Tsang.
Devenu moine à Shanga Chöde, il étudia ensuite à Sera Jey, puis à Gyudmed.
C'est en en 1940 qu'il devint Ganden Tripa, l'année de l'intronisation du 14ème Dalaï-Lama mais aussi de la destitution du régent Rateng Rinpoche qui mourut en prison en 1947, assassiné sur ordre du Conseil des ministres de l'époque.
Je Lhündrub Tsöndrü se retira cette même année et décéda à 64 ans.
Khenzur Rinpoche Sonam Gyaltsen avait eu l'occasion de le rencontrer à Ganden : "C'était, dit-il, un personnage très impressionnant. Un grand maître, conscient de l'être.
Je Lhündrub Tsöndrü disait de lui-même : "nga mkhas pa yin", "je suis savant". Il était effectivement réputé comme remarquablement versé en sutra, et aussi comme extrêmement sévère."
Devenu moine à Shanga Chöde, il étudia ensuite à Sera Jey, puis à Gyudmed.
C'est en en 1940 qu'il devint Ganden Tripa, l'année de l'intronisation du 14ème Dalaï-Lama mais aussi de la destitution du régent Rateng Rinpoche qui mourut en prison en 1947, assassiné sur ordre du Conseil des ministres de l'époque.
Je Lhündrub Tsöndrü se retira cette même année et décéda à 64 ans.
Khenzur Rinpoche Sonam Gyaltsen avait eu l'occasion de le rencontrer à Ganden : "C'était, dit-il, un personnage très impressionnant. Un grand maître, conscient de l'être.
Je Lhündrub Tsöndrü disait de lui-même : "nga mkhas pa yin", "je suis savant". Il était effectivement réputé comme remarquablement versé en sutra, et aussi comme extrêmement sévère."
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