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samedi 5 septembre 2020

La Roue de la vie (Bhavacakra)


Peinte sur les portails des temples et des monastères, la Roue de la vie résume l'errance des êtres que leurs karma retiennent dans les cycles des naissances et des morts.

Dans le cercle au centre, les trois poisons de l'esprit sont représentés par un porc noir qui symbolise l’ignorance ; un serpent vert, la haine ; un coq rouge, l'attachement (et/ou l’orgueil).

Le deuxième cercle est divisé verticalement en deux moitiés où sont représentées les deux voies contraires : la voie ‘blanche’, ascendante, des actes méritoires ; la voie ‘noire’, descendante, des actes déméritoires.

Le troisième cercle est divisé en six rayons où sont représentées les six classes d'êtres.

Le quatrième et dernier cercle est divisé en douze segments où sont représentées douze scènes du processus de coproduction, en commençant par le haut et dans le sens des aiguilles d’une montre :
1.     Un vieil homme aveugle cherche son chemin à tâtons en s'appuyant sur un bâton : l'ignorance 
2.     Un potier fabrique un vase sur un tour : les formations karmiques 
3.     Un singe saute de branche en branche pour saisir un fruit : la conscience. 
4.     2 (parfois 5) hommes sur une barque -: le nom et la forme.
5.     Une maison vide à 6 fenêtres : les 6 sphères de connaissance 
6.     Un couple enlacé : le contact (rencontre des sens avec leurs objets)
7.     Un homme la main sur une flèche fichée dans son oeil : la sensation. 
8.     Un homme se désaltère : la soif
9.     Un singe ou un homme cueillant un fruit : l'avidité (la saisie) 
10.   Une femme enceinte : le devenir 
11.   Une femme qui accouche : la naissance 
12.   Un homme emporte un cadavre vers le lieu de crémation : la vieillesse et la mort

Yama, le seigneur de la mort, tient la roue dans ses griffes et ses crocs.
Mais dans l'angle supérieur droit, Bouddha, serein, montre la voie de délivrance et symbolise l'Eveil.

vendredi 17 janvier 2020

La coproduction conditionnée

En pāli        : paṭiccasamuppāda
En sanskrit : pratītyasamutpāda

La « coproduction conditionnée », qui développe le sutra fondateur des Quatre Vérités des aryas, est un enseignement fondamental, mais difficile.

Le dialogue entre le Bouddha et son disciple Ananda, au début du Mahānidānasutta, souligne la complexité du sujet, et son importance :

Ananda : C'est merveilleux, Bienheureux, c'est merveilleux. Cette coproduction conditionnée est très profonde, vraiment très profonde. Cependant, pour moi, elle est claire, très claire.
Bouddha : Ne dis pas cela, Ananda ! C'est justement à cause de la non connaissance de la coproduction conditionnée, parce qu'ils n'ont pas une connaissance pénétrante de la coproduction conditionnée, que l'existence des êtres devient embrouillée comme un écheveau, emmêlée comme une bobine de fils, comme un enchevêtrement de broussailles, qu'ils n'échappent pas aux situations infernales, aux états inférieurs, douloureux, au samsāra !

Le Bouddha énonça également :
Celui qui voit la coproduction conditionnée voit le Dhamma, celui qui voit le Dhamma voit la coproduction conditionnée.
Avec la variante :
Celui qui voit la coproduction conditionnée voit le Dhamma, celui qui voit le Dhamma voit le Bouddha lui-même.

vendredi 11 décembre 2015

La coproduction conditionnée et les 12 liens interdépendants - 6


Point de vue chronologique

* Selon le Theravada, les 12 liens se répartissent sur trois temps (trois vies), ainsi qu'exposé dans l'Abhidhamma, ou sur une seule vie, selon des érudits tels Buddhadasa.
1- Passé : l'ignorance et les formations  karmiques
2 - Futur : la (re)naissance ; la vieillesse et la mort
3 - Présent : les huit éléments restants, répartis entre résultats du passé : conscience, « nom et forme », sphères, contact et sensation, et conditions d'apparition des éléments appartenant à l'avenir (soif, avidité, devenir).

* Selon le Sarvāstivāda, la conscience étant considérée comme un « support de renaissance » les douze liens se répartissent sur deux vies minimum, trois vies maximum.

Répartition sur deux vies
1 - les liens introducteurs et les liens producteurs
2 - les liens résultants (introduits et produits)

Répartition sur trois  vies
1 - Les liens introducteurs
2 - les liens producteurs
3 - les quatre résultants
NB Entre les liens introducteurs et les liens producteurs, de nombreuses vies peuvent se dérouler, mais elles relèvent d'autres cycles de liens interdépendants.

Les six classes d'êtres du saṃsāra
Trois renaissances défavorables :
- damnés des enfers
- esprits avides (preta)
- animaux
Trois renaissances favorables :
- humains
- demi-dieux (asura)
- dieux (deva)

mercredi 9 décembre 2015

La coproduction conditionnée et les 12 liens interdépendants - 5


Du point de vue de leur fonction, les 12 liens se répartissent en quatre types
 
-        2 1/2 liens introducteurs : l'ignorance, les karma inducteurs, et en ce qui concerne la conscience, la conscience du moment de la cause.
On compare l'ignorance à celui qui plante les graines et les karmas inducteurs accomplis sous son influence, aux graines en question. Quant au fait de mettre en terre ces graines, cela illustre le fait que soient laissées sur la conscience du moment de la cause les empreintes des karmas accumulés.

-        3 liens producteurs : la soif, l'avidité et le devenir
De même qu'on prend soin des graines avec force eau, engrais, chaleur et humidité, la soif et l'avidité activent le karma de telle sorte qu'il devient capable de générer des résultats.
À l'image de la graine qui, grâce à l'eau, l'engrais, la chaleur, l'humidité, etc., est devenue capable de donner une pousse, activé par la soif et l'avidité, le karma concerné - en tant que devenir - ne peut plus qu'obligatoirement produire les agrégats de la naissance suivante.

-        4 1/2 liens de résultats introduits : la conscience du moment du résultat, le lien du nom et éventuellement de la forme, les bases de connaissance, le contact et la sensation

-        2 liens de résultats produits : la naissance, la vieillesse et la mort
Pousses issues des graines.

lundi 7 décembre 2015

La coproduction conditionnée et les 12 liens interdépendants - 4


La voie à suivre

Le pratiquant est invité à méditer sur les souffrances génériques du samsara en référence avec les processus générateur et destructeur des douze liens interdépendants.

Sitôt que jaillit en lui le désir de se délivrer du samsara – de même que l'envie d'échapper à sa geôle obsède le prisonnier -, il a réalisé le renoncement. 

Poussé par la volonté de se libérer, il va s'adonner à la voie qui mène à la libération et qui consiste en éthique, concentration et sagesse.

samedi 5 décembre 2015

La coproduction conditionnée et les 12 liens interdépendants - 3


Du point de vue de leur nature, les 12 liens se répartissent en trois groupes :
les karma, les kleśa (en pāḷi, kilesa) et les souffrances.

Nāgārjuna décrit le processus en ces termes :
À partir des trois, deux surviennent,
Desquels deux, sept naissent. Et des sept
Derechef les trois : c'est la roue de la vie,
Et elle tourne ainsi, encore et encore.
Les premier, huitième et neuvième sont des kleśa ;
Le deuxième et le dixième sont des karma ;
Quant aux sept autres, ils sont souffrances.

L'ignorance, la soif et l'avidité sont tous trois des kleśa (facteurs perturbateurs) et constituent les motivations.
Le karma inducteur et le devenir sont tous deux des karma (physiques et oraux).
Les sept autres liens relèvent de la souffrance, cad ce qui est expérimenté.

Les trois kleśa occasionnent les deux liens des karma à partir desquels se produisent les sept souffrances. Les sept souffrances attisent les trois facteurs perturbateurs, et ainsi de suite, en une ronde continuelle. Voilà pourquoi et comment la roue de la vie ne cesse de tourner, mue par la souffrance.

==> Il est nécessaire de pratiquer une voie capable de juguler ces liens par un processus inverse : en donnant un coup d'arrêt à l'ignorance, mettre un terme aux karma inducteurs, ainsi de suite jusqu'au vieillissement et la mort, de sorte que toutes les souffrances prennent fin.

jeudi 3 décembre 2015

La coproduction conditionnée et les 12 liens interdépendants - 2

Les 12 liens interdépendants (nidhana)

(En gras, les 8 éléments mentionnés dans les textes les plus anciens.)

1.     Ignorance (avijjā / avidyā)
2.     Formations karmiques (sankhāra / samskāra)
3.     Conscience (viññāna / vijñāna)
4.     Nom et forme (nāma-rūpa)
5.     Bases de connaissance (6 sens) (salāyatana / sadāyatana),
6.      Contact (phassa / sparśa)
7.      Sensation (vedanā)
8.     Soif (tanhā / trisnā)
9.     Avidité (upādāna)
10.   Devenir ( bhava )
11.   Naissance (jāti)
12.   Vieillesse et mort (jarā - marana)

1- L'ignorance [ou non-connaissance]
Aux antipodes de la sagesse, l'ignorance constitue la cause première de l'errance dans le saṃsāra.
L'ignorance est une obscurité comparable à un aveuglement. Elle présente deux aspects : l'obscurité à propos des karma et de leurs effets, et l'obscurité à propos de l'absence de soi inhérent.

2 - Les karmas inducteurs 
Sous l'influence de l'ignorance relative aux karma et à leurs effets, sont accumulés des karma inducteurs défavorables - des démérites.
Sous l'influence de l'ignorance concernant le mode d'être, sont accumulés des karma soit favorables - des mérites -, soit "immuables".

3 - La conscience
NB On distingue la conscience du moment de la cause et la conscience du moment du résultat.
La première est la conscience à l'instant même où est déposée l'empreinte du karma inducteur concerné. La seconde est la conscience à l'instant de la conception en tant que phase de naissance.

4 - "Le nom et (selon le type de naissance) la forme", cad les cinq ou quatre agrégats (skandha)
"Le nom" consiste en la sensation, l'identification, les formations volitionnelles et la conscience.
La forme désigne l'ovule fécondé dans lequel pénètre la conscience puis tout son développement.

5 - Les sphères (ou bases) de connaissance [“ qui génèrent et développent ”]
Il s'agit des six sens, visuel, auditif, etc., en notant que le sens physique et le sens mental existent dès le premier stade embryonnaire.

En cas de naissance spontanée dans les deux mondes inférieurs, le lien du nom et de la forme et le lien des sphères de connaissance se produisent simultanément.
Dans le monde du sans forme (arūpaloka), ne se produisent que le lien du nom et le lien de la faculté mentale (cad que le lien de la forme et le lien des cinq bases relevant de la forme n'y existent pas).

6 - Le contact
Le rôle du lien du contact est d'enregistrer que l'objet est agréable, désagréable ou neutre.

7 - La sensation
Un contact suscite une sensation, agréable, désagréable ou neutre.

8 - La "soif" (attachement portant uniquement sur une sensation)
À l'égard d'une sensation de bonheur surgit la soif sous la forme du désir de ne pas en être séparé.
À l'égard d'une souffrance, la soif se traduit par le désir d'en être séparé ; elle est attachement envers cette séparation.
À l'égard d'une sensation neutre se produit la soif qu'elle ne décline pas.

9 - L'avidité [ou la saisie] (appétence et attachement pour l'objet nés de l'intensification de la soif)
On distingue quatre sortes d'avidité :
-        l'avidité pour les objets des sens : attachement aux objets des sens
-        l'avidité pour les vues : attachement pour les vues mauvaises à l'exception de la vue portant sur "la collection transitoire" des agrégats ;
-        l'avidité pour les fausses éthiques et observances, qui est un attachement à des éthiques et pratiques de bas étage, en relation avec les vues mauvaises ;
-        l'avidité pour l'assertion du moi, qui n'est autre que la saisie conceptuelle d'absolu et qui porte principalement sur la collection transitoire des agrégats.

10 - Le devenir
Une fois qu'une empreinte karmique déposée précédemment sur la conscience par un karma inducteur a été mûrie par la soif et l'avidité, l'empreinte devenue capable de provoquer le corps de la vie suivante est appelée “devenir”.

11 - La naissance
La naissance se produit à l'instant précis de la conception, quand la conscience pénètre dans l'un ou l'autre des quatre lieux de naissance, et ce sous l'impulsion du karma qui a développé le pouvoir de produire une renaissance après avoir été activé par la soif et l'avidité.

12 - La vieillesse et la mort
Consécutivement à la naissance, les liens du vieillissement et de la mort se produisent de manière graduelle.
Par vieillissement, on désigne le processus de transformation progressive et de maturation des agrégats.
Par mort, on entend le rejet, ou encore la destruction d'une certaine chaîne d'agrégats.

Résumé
L'ignorance amène à créer les karma qui s'impriment sur une conscience, produisant les agrégats et les six sens, ce qui permet au contact d'entraîner la sensation, qui suscite la soif puis la saisie, ce qui provoque le devenir, lequel déclenche la naissance, dont découlent a vieillesse et la mort

mardi 1 décembre 2015

La coproduction conditionnée et les 12 liens interdépendants - 1


La coproduction conditionnée décrit l'apparition et la disparition des phénomènes composés en montrant que leur production forme une chaîne, dont le nombre des maillons peut atteindre 12, chaque élément étant condition du suivant. Elle met ainsi en évidence le processus de naissance dans le saṃsāra, ainsi que le processus de libération - car l'objectif est de permettre aux auditeurs d'atteindre la libération par la force de la sagesse.


Pour reprendre la présentation du grand Maître tibétain Pabongkha Rinpoche (1878-1941) dans la Libération  dans la paume de la main (1921) :
À présent, plus particulièrement dans le but de faire naître un profond dégoût envers le saṃsāra, va être exposé comment réfléchir à l'origine de la souffrance et aux inconvénients du saṃsāra au travers des douze liens interdépendants.


Dans le Sūtra de la Pousse de riz, le Bouddha énonce :
Quand ceci est, cela est ;
Ceci apparaissant, cela apparaît.
Quand ceci n'est pas, cela n'est pas ;
Ceci cessant, cela cesse.  


vendredi 13 février 2015

Les douze liens interdépendants

Les douze liens interdépendants (ou encore les douze liens d'interdépendance, ou la coproduction conditionnée)
pratītyasamutpāda

Trois facteurs projetants - 'phen pa'i yan lags
  1 - L'ignorance (initiale) avidyā
  2 - Les formations karmiques samskāra
  3 - La conscience vijñāna

Quatre facteurs projetés - 'phangs pa'i yan lag
  4 - Le nom et (éventuellement) la forme nāma-rūpa)
  5 - Les sphères de connaissance (les sphères sensorielles) sadāyatana,
  6 - Le contact sparśa
  7 - La sensation vedanā

Trois facteurs producteurs - grub byed yan lag
  8 - La soif tṛṣna
  9 - La saisie, l'avidité upādāna
10 - Le devenir bhava
Deux facteurs produits - grub pa'i yan lag
11 - La naissance jāti
12 - La vieillesse et la mort  jarā-maraṇa

Cf. Nagarjuna
Répartition des douze liens
Trois sont des klesha  : les liens 1, 8 et 9     /   Ces cinq liens relèvent de
Deux sont des karma : les liens 2 et 10        /   la vérité de l'origine
Les autres sept liens relèvent de                       la vérité de la souffrance               

Une série de douze liens se répartit au minimum sur deux vies qui se succèdent, au maximum sur trois vies, avec un décalage plus ou moins long entre la première vie et la deuxième vie, les deuxième et troisième devant en revanche se succéder (il y a des débats sur ce point).
Sur deux vies
Dans la vie n° 1 : Liens 1, 2, la moitié de 3 (conscience du moment de la cause), 8, 9, 10
Dans la vie n° 2 : Les autres liens dont l'autre moitié de 3 (conscience du moment du résultat)

Sur trois vies
Dans la vie n° 1 : Liens 1, 2, 3
Dans la vie n° 2 : 8, 9, 10
Dans la vie n° 3 : Les autres liens