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lundi 23 décembre 2024

Les écoles philosophiques du bouddhisme

 Enseignement du Vénérable Dagpo Rinpoche paru aux Éditions Guépèle 

Collection des instructions orales Volume 7
 



vendredi 27 mars 2020

Vacuité et interdépendance (selon prasangika)

Un commentaire du Ratnavali de Nagarjuna souligne l'importance de parvenir à comprendre dans le cadre des bases  la complémentarité de la vacuité et de l'interdépendance, qui ne sont pas opposées comme peuvent l'être les touchers respectivement chaud et froid, mais sont associées en ce sens que l'une entraîne l'autre et réciproquement.
Pourquoi ? 
Parce que faute de comprendre leur complémentarité, il est impossible de bien comprendre dans le cadre des voies les deux accumulations, et dans le cadre des résultats les deux Corps.

Pour rappel (ou pour information), les différents systèmes philosophiques du bouddhisme sont présentés au travers d'un même plan ternaire :
1) Les bases : définitions des notions générales et des classifications telles qu'admises, par exemple les deux vérités, les 5 agrégats, l'esprit et les perceptions, l'individu, le temps (présent, passé, futur), etc., etc.
2) Les voies : description et définitions des étapes de la voie, notamment les 5 chemins et leurs subdivisions, éventuellement les 10 terres, etc.
3) Les résultats : libération, nirvana, éveil, etc. 

Selon le système prasangika, le vide de nature en soi (vérité ultime) et le fait d'être imputé en dépendance d'un support (vérité conventionnelle) sont donc des propriétés non pas opposés mais complémentaires de tout existant.

Comprendre le plan conventionnel revient à comprendre l'interdépendance et entraîne l'observance de l'éthique (au sens large), et donc l'accumulation de mérites
Comprendre le plan ultime revient à comprendre le non-soi et permet l'accumulation de sagesse.

L'union et le parachèvement des deux accumulations (mérites et sagesse) génère l'état de Bouddha, qui peut se décrire (entre autres) comme la réalisation des deux Corps (aspects, facettes)  : 
- "Corps de la loi" / Dharmakaya, qui procède de l'accumulation de sagesse,
- "Corps de la forme" / Rupakaya, qui procède de l'accumulation de mérites.




 

mercredi 12 février 2020

Les deux vérités, conventionnelle et ultime

ཀུན་རྫོབ་བདེན་པ་ saṃvṛti-satya -  དོན་དམ་བདེན་པ་   paramārtha-satya


Par définition, les deux vérités ne concernent que ce qui existe.
D’où le terme བདེན་པ་ satya : « vérité », ou encore « réalité ».
Cela exclut ce qui n’existe pas du tout, ni de manière ultime, ni de manière conventionnelle.

Sur ce point, tous les philosophes bouddhistes sont unanimes, même si leurs définitions et découpages peuvent sinon varier.

Pour la suite, par souci de clarté, je précise que je vais ici me fonder sur les vues philosophiques madhyamika, et plus particulièrement madhyamika prasangika.

Observer ce qui existe sous l’angle des deux vérités a pour finalité d’établir le mode d’être de ce qui existe.

Vérité ultime désigne le mode d’être véritable de l’objet observé, c’est-à-dire selon les philosophes madhyamika, le fait que cet objet n’existe pas "réellement", autrement dit n'existe pas en soi.

Vérité conventionelle désigne le mode d’être apparent. L'objet  existe mais en dépendance.
Selon sa nature, composée ou non, tout objet dépend en effet de ses causes et conditions, ou au moins de sa dénomination.

Par exemple, ce blog ne s'est pas auto-généré, et il ne s'autogère pas non plus. Il dépend du support numérique, de l'ordinateur utilisé, des auteurs, des articles, des lecteurs, etc. Il possède donc deux niveaux d'existence, deux "vérités" (ou encore sortes de réalité) : son mode d'existence ultime est de ne pas se suffire à lui à lui-même, et donc d'être vide d'une quelconque réalité propre : c'est ce qu'on appelle le non-soi du blog, ou encore la vacuité du blog.
 

ཀུན་རྫོབ་ En tibétain, le mot que je rends par "conventionnel", et que d’autres traduisent par "relatif", signifie littéralement « mensonger ».

Qu’est-ce que la vérité conventionnelle par exemple de notre planète Terre ? C’est la planète apparente. La Terre nous apparaît d’une manière mensongère, mais pas radicalement erronée : indiscutablement, notre planète Terre existe (pour le moment), et elle nous rend bien service !  Elle nous fournit un cadre de vie confortable et généreux.
Mais contrairement aux apparences, elle n’existe pas ultimement. Les apparences sont mensongères en ce sens que nous avons l’impression que l'existence de la Terre va de soi, et nous nous imaginons qu'elle existe en soi. C’est là une grave erreur de notre part. Car la Terre est comme nous : elle dépend de causes et de conditions. Elle est née, elle a une certaine durée d’existence – qui n’est pas fixe – et un jour elle disparaîtra. Comme n’importe quel phénomène composé.
Or, à force de modifier les conditions, en polluant le sol et les eaux, en saccageant la flore, en massacrant la faune, nous risquons de la rendre invivable, et peut-être de provoquer prématurément sa disparition. Et en même temps la nôtre.

C’est pour cela qu’il serait important de mieux réfléchir aux choses en tant que vérités conventionnelles.
Nous le faisons bien sûr, mais nous aurions tout intérêt à continuer à creuser.
A ce jour, l'observation des vérités conventionnelles a quand même déjà permis de faire pas mal de découvertes, sur les plans technique ou scientifiques. 
Par exemple, nous vivons sur la terre, nous nous y déplaçons, nous y vivons, et cela nous semble aller de soi, c’est-à-dire cela nous semble exister en soi. Or, la gravitation ne va pas de soi et n’existe pas en soi.  Le Bouddha l’a énoncé il y a environ deux mille cinq cents ans et en Occident les scientifiques ont fini par l’admettre à leur tour. Les travaux de Newton ont permis d’envoyer des hommes sur la lune, et ceux d’Einstein de passer de la notion de force à celle d’interaction.
Or, qui dit interaction dit interdépendance. Et qui dit interdépendance dit absence de nature propre, et donc vacuité. Vacuité au sens de vide d’existence en soi, de réalité en soi.

D’un autre côté, qui dit interaction dit aussi la nécessité de l’existence des phénomènes susceptibles d'interagir. D’où l’importance de favoriser et développer les phénomènes
pouvant avoir des effets bénéfiques, ou simplement utiles, dont l'amour, la compassion, la sagesse. Inversement, mieux vaudrait neutraliser, et même annihiler les phénomènes nocifs, tels que l'attachement, l'aversion, l'ignorance. Cela a toujours été souhaitable, et il semble que cela devienne urgent, et même vital.

Par exemple, sur le plan matériel, nous ne pouvons plus nous contenter de faire plancher les adolescents sur le sujet « L’eau c’est la vie » dans le cadre d’un simple devoir de philosophie. Il vaudrait mieux que chacun y réfléchisse et en tienne compte, mais dès la prime enfance, et jusqu’à la fin de sa vie. Quand nous arriverons à dépasser la connaissance intellectuelle et aurons pris conscience de ce que représente l'eau pour notre vie (et "accessoirement" celle des autres), nous ne pourrons plus que nous abstenir de gaspiller l'eau et la polluer.

Autrement dit, observer ce qui existe sous l’angle de vérités conventionnelles, peut nous permettre de comprendre que l’existence est par définition interdépendante, ce qui en principe doit au moins nous amener à des conduites plus éthiques.

Tant qu’en dépit des avertissements des scientifiques, nous continuerons à croire que les océans existent en soi, nous continuerons à les polluer en toute insouciance. Tant que nous croirons que la faune et la flore existent en soi, nous continuerons à massacrer et dévaster.
En revanche, quand nous réaliserons que nous dépendons de la planète, que nous dépendons des réserves d’eau, que nous dépendons des abeilles et des plantes, nous devrions devenir plus respectueux de l’environnement, des autres êtres et aussi de nous-mêmes.
Par exemple, alors qu’il est évident que notre santé et notre vie dépendent étroitement de notre alimentation, nous achetons à prix fort des aliments qui sont de véritables poisons bourrés de mercure, de sucre, de graisse et d’OGM. Pourquoi ?
À un niveau superficiel, nous agissons ainsi par attachement au court terme, au plaisir immédiat, et aussi par égoïsme.
Si nous poursuivons notre enquête, nous allons découvrir qu'en amont, la source première de nos erreurs, et de leurs conséquences, est l'ignorance qui nous aveugle, nous empêchant de prendre conscience que nous sommes certes des « réalités » mais « conventionnelles », pas absolues, pas autosuffisantes. Loin d'être des entités indépendantes, capables de vivre isolément par nous-mêmes, nous sommes des réalités conventionnelles qui dépendent des autres réalités conventionnelles. Ce n'est pas un défaut, mais une manière d'être, et même la seule manière d'être : rien n'est absolu. Résignons-nous à cette évidence, et tirons-en des conclusions.
De toute façon, dans l'hypothèse où existerait quelque chose d'absolu, il serait isolé. Par définition, ce serait sans lien avec quoi que ce soit d'autre que lui. Ce qui signifie que cela ne pourrait être ni perçu, ni nommé, et ne pourrait pas avoir d'effet - faute de pouvoir entrer en interaction.

Comprendre la notion de vérité conventionnelle ne suffit pas pour obtenir la libération du samsara, mais cela y contribue.
Même si la vérité conventionnelle se cantonne au mode apparent des choses, mieux nous la comprendrons, mieux nous irons. Car sa compréhension nous permettrait de comprendre la causalité, les interactions, et comme nous l’avons déjà vu, cela nous mènerait à l’éthique. Or, l’éthique est nécessaire pour l’ordre public, la paix sociale, l’harmonie. Comme l'énonce Nagarjuna dans Le Ratnavali : De l'éthique procède le bonheur.

Une fois que nous aurons bien compris que toute vérité conventionnelle suppose un mode d'existence interdépendant, il nous suffira d'en déduire le vide de toute existence indépendante, et nous aurons compris la vacuité. Nous aurons alors obtenu notre sésame pour la cité de la libération !

mardi 28 janvier 2020

La vacuité

Selon les sources, on distingue deux, quatre, seize, dix-huit ou vingt vacuités.

Selon Nagarjuna : dix-huit vacuités
1. vacuité des phénomènes internes ; vacuité du sujet
2. vacuité des phénomènes externes ; vacuité de l'objet
3. vacuité à la fois interne et externe
4. vacuité de la vacuité (la vacuité elle-même n'est pas une essence)
5. vacuité du grand
6. vacuité de l'ultime
7. vacuité des phénomènes composés
8. vacuité des phénomènes non composés
9. vacuité de ce qui est au-delà des extrêmes
10. vacuité de ce qui n'a ni commencement ni fin
11. vacuité de l'indestructible
12. vacuité de nature des phénomènes
13. vacuité de tous les "dharmas" (existants)
14. vacuité des caractères propres
15.  vacuité de l'imperceptible
16. vacuité des non choses
17. vacuité de nature propre
18. vacuité de soi et de non soi


Selon Candrakirti, sur la base du Sutra de la sagesse : seize vacuités (même liste moins les deux dernières).
"Vide signifie dénué d'existence inhérente... La vacuité est une propriété commune à tous les phénomènes."

vendredi 16 septembre 2016

SS le Dalaï Lama à Strasbourg - horaire avancé samedi matin

L'horaire de samedi matin est avancé d'une heure. 

Sa Sainteté souhaitant débuter les enseignements à 8 heures 30, 
les portes du Zénith ouvriront à 7 heures au lieu de 8 heures initialement prévu.

jeudi 5 mai 2016

Les causes du bonheur et du malheur

Des non vertus procèdent toutes souffrances,

De même que tous les états infortunés.

Des vertus procèdent tous états fortunés

Et lors de toutes les vies, les bonheurs.

(Extrait du Ratnavali - Guirlande des joyaux), de Nagarjuna)

dimanche 24 janvier 2016

Aller à l'essentiel

Les conditions de mort sont nombreuses ;
   Celles qui maintiennent en vie sont rares,
   Et elles aussi peuvent entraîner la mort.
                Par conséquent, pratiquez le Dharma constamment ! 
           (Nagarjuna,  Ratnavali)

lundi 2 février 2015

S.S. le Dalaï Lama à Bâle les 7 et 8 février 2015

Sa Sainteté le 14ème Dalai Lama enseignements ainsi qu´une conférence publique à Bâle, en Suisse, les 7 et 8 Février 2015



Le 7 février de 9h30 à 11h30 : Commentaire sur Bodhicitta de Nagarjuna

Le 7 février de 13h à 15h : Entraînement de l'esprit en huit stances de Langri Thangpa

Le 8 février de 9h30 à 11h30 : Initiation d'Avalokitesvara


Le 8 février de 13h à 15h : Ethique séculaire pour le monde d'aujourd'hui

samedi 3 janvier 2015

Pour une justice clémente


Dans un texte intitulé la Guirlande des avis au roi, au IIème siècle, le pandit Nagarjuna énonce des recommandations qui gardent tout leur sens aujourd’hui. En particulier, il prône de miser sur l’instruction, en valorisant les enseignants et en leur fournissant les moyens matériels nécessaires. 

Il plaide pour une justice qui viserait à protéger la société, avec un système de peines modérées, excluant la peine de mort, la torture et la prison à perpétuité, car acculer quelqu’un au désespoir le rend potentiellement dangereux. 
     De même que les fils indignes sont châtiés
     Avec l’intention de les amender,
     De même châtie avec compassion,
    Sans aversion ni désir de richesses.

Il faut fournir aux prisonniers des conditions de vie décente, avec une nourriture correcte et l’accès aux soins. Il faut aussi prendre soin des voyageurs et aménager aux grands carrefours des aires de repos où ils trouveront à manger et à boire, et pourront se faire masser. Par ailleurs, les taxes doivent être réduites au minimum, recommande Nagarjuna à un roi de ses amis.

dimanche 21 décembre 2014

La Précieuse Guirlande des avis au Roi


La précieuse guirlande des Avis au Roi, de... par sakiamuni
Vidéo mise en ligne le 27 12 2009 par Mickaël

Emission Sagesses Bouddhistes dimanche 27 décembre

La Précieuse Guirlande des avis au Roi, de Nagarjuna

Invité : Vénérable Dagpo Rimpoché

mardi 9 décembre 2014

Ne pas perdre son temps


Les conditions de mort sont nombreuses ;
   Celles qui maintiennent en vie sont rares,
   Et elles aussi peuvent entraîner la mort.
   Par conséquent, pratiquez le Dharma constamment ! 
 
(Nagarjuna,  Ratnavali)

lundi 11 janvier 2010

Ratnavali par Rinpoche

Si vous n'avez pas vu l'émission "Sagesses Bouddhistes" du 27 décembre 2009, où Rinpoche commente la Précieuse Guirlande des Avis au roi, de Nagarjuna, vous pouvez combler cette lacune sur ce site

Balades au gré du vent :

http://www.dailymotion.com/video/xbngsz_la-precieuse-guirlande-des-avis-au_webcam

mercredi 2 avril 2008

Vie et mort

Les trois mondes sont impermanents, tels les nuages d'automne.
Les naissances et les morts des êtres sont telles des comédies regardées.
La vie des êtres passe tel un éclair dans le ciel ;
Tel un torrent de montagne, elle s'écoule vite, si vite.
(Extrait du Lalitavistara-sutra)

Jour et nuit, sans jamais se figer,
Cette vie ne fait jamais que filer.
S'il n'est jamais rien pour la prolonger,
Comment quelqu'un tel que moi pourrait-il ne point trépasser ?
(Extrait du Bodhicaryavatara de Shantideva, Chapitre 2, strophe 39)

Les conditions de mort sont nombreuses ;
Celles qui maintiennent en vie sont rares,
Et elles aussi peuvent entraîner la mort.
Par conséquent, pratiquez le Dharma constamment !
(Extrait du Ratnavali de Nagarjuna)