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mardi 24 février 2026

Mönlam "Grande Prière" - 2026

 Du 20 février au 3 mars 2026

À partir du 3ème jour du 1er mois lunaire, les bouddhistes tibétains et apparentés célèbrent le Mönlam སྨོན་ལམ་ཆེན་མོ་, littéralement "la Grande Prière", qui se termine en apothéose le 15ème jour avec la "grande fête des miracles" ཆོ་འཕྲུལ་དུས་ཆེན, cette année le 3 mars.

Cette période commémore les joutes en pouvoirs supranormaux, qui opposèrent autrefois à Shravasti le Bouddha Shakyamouni et six grands Maîtres hindouistes, et dont le Bouddha sortit vainqueur. 


Depuis son instauration à Lhasa par Jé Tsongkhapa en 1409, le Mönlam est l'une des plus grandes fêtes tibétaines.  

Jusqu'aux heures noires de l'histoire récente (révolution culturelle notamment), la seule interruption avait duré une vingtaine d'années, au début du XVIème siècle, suite à des luttes de pouvoir - politique - entre des dirigeants karma-kagyu et gelugpa. 

Traditionnellement, c'était durant le Mönlam placé sous la présidence du Ganden Tripa (le chef suprême de l'école gelugpa) que se déroulaient les examens finaux des geshe lharampa, le titre le plus prestigieux chez les érudits gelugpa. 


Par ailleurs, le Ganden Tripa exposait chaque jour des Jataka : épisodes des vies antérieures du Bouddha Shakyamouni, alors qu'il était encore bodhisattva et s'entraînait aux six paramitas, la générosité, l'éthique, la patience, l'enthousiasme, la concentration et la sagesse.

 

 


mardi 30 septembre 2025

Uttaratantra - plan

 Ratnagotravibhāga Mahāyānottaratantraśāstra

Le Traité de la Continuité suprême du Grand Véhicule


Introduction 


Commentaire : explication détaillée du texte


Chapitre I L'essence des Tathāgata (nature-de-bouddha)

            Première partie : Les trois premiers points de vajra

                        ° Le premier point : le Bouddha

                        ° Le deuxième point : le Dharma

                        ° Le troisième point : la Communauté

            Deuxième partie : Les quatre autres points de vajra

                        ° Le quatrième point : l’Élément[1]


Chapitre II Le cinquième point : l’Éveil


Chapitre III Le sixième point : les Qualités


Chapitre IV Le septième point : les Activités des Bouddha

 

Conclusion

Chapitre V Les bienfaits du présent enseignement

 

Colophon

 



[1] De manière générale, le terme "élément" ཁམས་ désigne un phénomène composé (les 18 dhatu). Ici, il est synonyme de རིགས་ rigs, "lignage" de Bouddha, ou encore de tathāgatagarbha, nature foncière de Bouddha, c'est-à-dire la vacuité de l'esprit de l'être concerné. dans le contexte présent, "élément" désigne donc un existant non-composé et permanent.

dimanche 27 juillet 2025

Chökhor Düchen 2025 - 28 juillet

 La commémoration du premier Enseignement du Bouddha - chos 'khor dus chen ཆོས་འཁོར་དུས་ཆེན་ - coïncide cette année avec le lundi 28 juillet.

C'est à Sarnath, au Parc des gazelles, que jadis le Bouddha Shakyamouni mit en mouvement, pour la première fois, la Roue du Dharma,  en enseignant Le Sutra des Quatre Vérités des arya, socle et quintessence de l'Enseignement qu'il dispensa jusqu'à sa mort 45 ans plus tard.

"Ceci est la vérité de la souffrance des arya (cad telle que vue par les arya - les "nobles")."
"Ceci" désigne ici nos agrégats constitutifs, à nous êtres imparfaits, à savoir notre corps et notre esprit conditionnés par nos facteurs perturbateurs (ignorance en tête) et les karma que nous accumulons sous leur emprise.
-> Un corps et un esprit encore et toujours affectés par les facteurs perturbateurs ne peuvent qu'être "de la nature de la souffrance", cad soumis à la souffrance, sous ses différentes formes.
C'est la "vérité", ou encore la "réalité", que voient les arya, les êtres qui ne sont plus "ordinaires" car ils ont désormais la compréhension directe du non soi (absence de nature propre des choses).

"Ceci est la vérité de l'origine" de la souffrance."
"Ceci" désigne cette fois nos facteurs perturbateurs (alias klesha : ignorance, attachement, aversion, et leurs cohortes) + les karma accumulés sous leur coupe

"Ceci est la vérité de la cessation" de la souffrance."
 Si telle est la situation présente, ce n'est pas irrémédiable. On peut s'en sortir.

"Ceci est la vérité du chemin" menant à la cessation de la souffrance."
Comment se sortir du cercle vicieux du samsara ?
Grâce aux trois instructions (ou encore entraînements) supérieures - de l'éthique, de la concentration, de la sagesse.
Les trois s'entraident et se confortent mutuellement. Cependant, la base nécessaire consiste en l'éthique.

lundi 12 mai 2025

Vesak Message du Secrétaire Général de l'ONU

 Message du Secrétaire Général des Nations Unies

En ce jour du Vesak, je présente mes meilleurs vœux aux bouddhistes du monde entier qui commémorent la naissance, l’éveil et la disparition du Bouddha.

Les enseignements du Bouddha sur la compassion, la tolérance et l’altruisme font parfaitement écho aux valeurs de l’Organisation des Nations Unies.

À une époque marquée par de graves problèmes mondiaux, ces principes intemporels nous montrent la voie que nous devons suivre ensemble.

Que ce jour sacré nous incite à jeter des ponts, à favoriser la solidarité et à œuvrer de concert à la création d’un monde plus pacifique, plus durable et plus harmonieux.

Bonne Journée du Vesak à toutes et tous.

 

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=-khSrEw0-1A

 

 

 

Vesak "jour férié"

 Vesak "ONU"

Quand l'ONU a décidé d'ajouter le Vesak au calendrier international des fêtes religieuses, une question épineuse s'est présentée, car chaque pays d'Asie établit son propre calendrier lunaire (parfois plusieurs) chaque année.

Pour simplifier, il a été décidé que le jour "officiel" du Vesak serait chaque annnée la pleine lune du mois de mai, c'est-à-dire ce lundi 12 mai en 2025.


RÉSOLUTION ADOPTÉE PAR L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS UNIES
Célébration internationale de la Journée du Vesak au Siège de l’Organisation des Nations Unies et dans d’autres bureaux des Nations Unies

L’Assemblée générale,

Considérant que la Conférence bouddhiste internationale tenue à Sri Lanka en novembre 1998 a exprimé l’espoir que la Journée du Vesak, jour de la pleine lune du mois de mai chaque année, serait célébrée sur le plan international, en particulier au Siège de l’Organisation des Nations Unies et dans d’autres bureaux des Nations Unies,
Sachant que le jour de la pleine lune du mois de mai chaque année est le jour sacré le plus important pour les bouddhistes, qui marquent ce jour-là la naissance du Bouddha, son illumination et son décès,

Considérant que, en célébrant cette journée sur le plan international au Siège de l’Organisation des Nations Unies et dans d’autres bureaux des Nations Unies, l’Organisation saluerait la contribution que le
bouddhisme, l’une des plus vieilles religions du monde, apporte depuis plus de 2 500 ans et continue d’apporter à la spiritualité de l’humanité,

Décide que, sans qu’il en coûte quoi que ce soit à l’Organisation des Nations Unies, des dispositions appropriées seront prises pour que la Journée du Vesak soit célébrée sur le plan international au Siège de l’Organisation des Nations Unies et dans d’autres bureaux des Nations Unies, en consultation avec les bureaux pertinents des Nations Unies et avec les missions permanentes qui souhaiteraient également être consultées.

79e séance plénière
15 décembre 1999

dimanche 23 février 2025

Mönlam 2025 - "Grande Prière"

 À partir du 3ème jour du 1er mois lunaire (2 mars), les bouddhistes tibétains et apparentés célèbrent le Mönlam སྨོན་ལམ་ཆེན་མོ་, littéralement "la Grande Prière", qui va se terminer en apothéose le 15ème jour avec la "grande fête des miracles" ཆོ་འཕྲུལ་དུས་ཆེན, le 14 mars.

Cette période commémore les joutes en pouvoirs supranormaux, qui opposèrent autrefois à Shravasti le Bouddha Shakyamouni et six grands Maîtres hindouistes, et dont le Bouddha sortit vainqueur. 

Depuis son instauration à Lhasa par Jé Tsongkhapa en 1409, le Mönlam est l'une des plus grandes fêtes tibétaines.


Traditionnellement, c'était durant le Mönlam placé sous la présidence du Ganden Tripa (le chef suprême de l'école gelugpa) que se déroulaient les examens finaux des geshe lharampa, le titre le plus prestigieux chez les érudits gelugpa. 


Par ailleurs, le Ganden Tripa exposait chaque jour des Jataka : épisodes des vies antérieures du Bouddha Shakyamouni, alors qu'il était encore bodhisattva et s'entraînait aux six paramitas, la générosité, l'éthique, la patience, l'enthousiasme, la concentration et la sagesse.

 

 
 

vendredi 14 février 2025

Départ du 101e Ganden Tripa

 S.S. Trizur Rinpoché Lungri Namgyel, disciple proche de Kyabjé Trijang Dorjéchang, est décédé en France le 14 février 2025. Il était dans sa 99e année.

Originaire du Kham, il a d'abord étudié dans sa région. À son arrivée dans le Centre du Tibet, il est entré au monastère philosophique de Ganden, fondé par Je Tsongkhapa en 1409, et s'y est affilié au collège de Shartsé. 

Après l'exil en Inde en 1959, il est devenu geshe lharampa en 1971, puis a joint le collège tantrique de Gyutö dont il est devenu abbé en 1983. C'est en 2003 qu'il est devenu le 101e Ganden Tripa, chef de l'école gelugpa.

 S.S. Trizur Rinpoché Lungri Namgyel parlait très bien français, ce qui lui avait permis d'acquérir la nationalité française. Invité en France en 1978, il a fondé l’association bouddhiste Thar Deu Ling dès 1979. Après l'avoir dirigé plusieurs années, en 2002, il l'a confié à son disciple Geshe Losang Yeshe pour assumer les hautes fonctions auxquelles il était appelé en Inde, puis pour enseigner dans de nombreux pays d'Asie, mais il revenait régulièrement, puis définitivement dans son pays d'adoption, où il a rendu son dernier souffle au terme d'une longue vie consacrée à l'étude, la pratique et l'enseignement.



 

 

samedi 18 janvier 2025

Cours de tibétain à distance

Dans le cadre de son engagement pour la promotion des langues et cultures d'Asie et plus largement du monde, l'Inalco lance à la rentrée 2025 un programme de cours à distance de tibétain dit "commun" ou "standard", destiné à tous ceux qui souhaitent débuter l'apprentissage de cette langue. 

Cette formation d’une durée d’un an, entièrement en ligne, est conçue pour les personnes sans connaissances préalables de la langue. Elle permet d’acquérir les bases  écrites et parlées du tibétain commun. Les cours sont dispensés par des enseignants qualifiés et expérimentés, diplômés en langue et civilisation tibétaines.
 

Un programme détaillé ainsi que les modalités d’inscription sont disponibles sur le site de l'Inalco : https://www.inalco.fr/diplome-distance-en-tibetain

 Brochure en téléchargement 

jeudi 16 janvier 2025

20 vues fausses འཇིག་ལྟ་

 De manière générale, l'ignorance en tant que saisie du soi བདག་འཛིན་ constitue la racine du samsara.

Plus précisément, la source de nos misères réside en la saisie du soi qui porte sur nous-mêmes, et qui est dénommée "vue de la collection transitoire"    འཇིག་ཚོགས་ལ་ལྟ་བ་ (satkāya-dṛṣṭi), car elle porte sur les 5 (ou 4) agrégats qui constituent notre base de dénomination. 

La
vue de la collection transitoire comporte 20 aspects, à raison de 4 vues fausses par agrégat.

Par rapport à la forme, les quatre vues fausses consistent à la considérer
* comme étant le soi                    གཟུགས་བདག་ཡིན་པར་ལྟ་བ་
* comme possédant le soi           གཟུགས་བདག་དང་ལྡན་པར་ལྟ་བ་
* comme appartenant au soi      གཟུགས་བདག་གི་ཡིན་པར་ལྟ་བ་
* comme la résidence du soi      གཟུགས་ལ་བདག་གནས་པར་ལྟ་བ་

Il en va de même à propos des 4 autres agrégats, de la sensation, de l'identification, des formations et de la conscience.

lundi 23 décembre 2024

Les écoles philosophiques du bouddhisme

 Enseignement du Vénérable Dagpo Rinpoche paru aux Éditions Guépèle 

Collection des instructions orales Volume 7
 



mardi 17 décembre 2024

Atisha (982-1054)

 Le Pandit Atisha est pour nous une référence constante ; c'est pourquoi je vais condenser quelques points essentiels de sa vie. Pas relater sa vie entière : d'une part, ce serait trop long ici ; d'autre part, d'excellentes biographies de lui sont disponibles en beaucoup de langues, y compris le français.

Son nom est Dipamkara Shrijnana, "Celui qui fait la lumière grâce à sa glorieuse sagesse suprême". Atisha est en fait un titre, extrêmement honorifique, que faute de mieux l'on rend en français par "seigneur". L'équivalent tibétain est "jowo" (ཇོ་བོ་), de sorte que les nombreux Tibétains qui, soucieux de marquer leur vénération vis-à-vis du Maître, l'appellent Jowo Atisha, disent - j'imagine sans trop s'en rendre compte - : "Seigneur Seigneur" .

Après tout, pourquoi pas ? Mais cela démontre ô combien le roi du Tibet Rälpacän (629–877) avait raison quand il interdisait de traduire les noms propres (cf. article Les Lotsawa de jadis n° 2) : non seulement on ne sait plus de qui on parle, mais tel nom magnifique dans une langue frise le ridicule dans une autre. Ainsi, moi qui savoure les consonances du nom "Ganden" n'apprécierait guère qu'on me parle du "Monastère Joyeux", ou "Monastères des Joyeux", voire "Joyeux Monastère", ou encore "Monastère des Ravis", tant qu'on y est. Vous admettrez que cela n'a pas le même écho !

Le lien avec Atisha ? C'est que la Terre pure de Ganden (en sanskrit Tushita) est, dit-on, sa résidence actuelle, en présence du Bouddha Maitreya et en compagnie de tant d'autres personnages prestigieux.

Lors de l'existence humaine qui nous intéresse, Atisha est un Bengali de souche royale qui, très jeune, renonce aux apanages de son rang pour s'adonner à la pratique spirituelle. Après avoir pratiqué les tantras en tant que yogi dans des lieux écartés et sauvages, il devient moine relativement tard, vers la trentaine. N'oublions pas que nous sommes au XIe siècle ; à l'aune de l'espérance de vie européenne de l'époque, c'aurait déjà été un vieillard. Apparemment pas en Inde, car il entame à peine une longue carrière bien remplie.

Ce grand penseur n'a rien d'un sédentaire. Lors de la périlleuse traversée de 12 mois qui le mène vers son Maître principal Serlingpa, il fait escale dans de nombreuses îles avant d'atteindre sa destination, soit Java soit Sumatra – la question reste à trancher. Ce n'était pas tout d'y aller ; encore faut-il revenir. Il y réussit. Il est désormais le dépositaire des précieuses instructions relatives à l'esprit d'Éveil, et sa réputation s'amplifie au Pays des Aryas. Il a dû retraverser toute la péninsule avec le confort que vous imaginez (encore aujourd'hui c'est long et fatigant) pour regagner les grandes universités monastiques du nord et se voit confier des fonctions élevées à Nalanda, Odantapuri et surtout Vikramashila. C'est là qu'il reçoit des visiteurs qui ont franchi l'Himalaya pour le prier de bien vouloir venir dans leur Tibet natal, afin d'y restaurer l'Enseignement du Bouddha quelque peu malmené depuis un bon demi-siècle.

Je passerai sur les péripéties et autres rebondissements qui aboutissent en 1042 à l'arrivée d'Atisha dans le Ngari. Si je calcule bien, le Pandit a donc 60 ans révolus ! Il sait que l'expédition tibétaine va écourter sa vie – Tara l'en a prévenu, et c'est de toute façon prévisible. Voyages éreintants. Chocs climatiques. Changement radical d'altitude, en passant de la plaine aux montagnes les plus hautes. Régimes alimentaires totalement différents. Quant aux mœurs et coutumes…

Pour accomplir le bien des être, Atisha accepte tout. Il supporte tout. Le prince raffiné cohabite de bonne grâce avec les rudes (rustres ?) montagnards. Il va jusqu'à apprendre leur langue. Mais il n'adopte pas toutes leurs habitudes. Il demeure doux et conciliant, toujours disponible pour tous, animaux y compris. Cela surprend. Cela choque même certains. Le fier Seigneur Kutön lui remontre que, si en Inde on condescend à parler à tout le monde avec aménité, ici ce n'est pas l'usage. Il faudrait quand même que le Maître tienne son rang. Le Maître écoute, sourit et … persiste. Il va jusqu'à caresser avec tendresse les bêtes qu'il a récupérées pour les sauver du couteau. Pire, il leur parle ! Et il s'adresse à elles en les appelant "mes vieilles mères".

C'est qu'Atisha a les plus hautes réalisations. Il sait que chaque être lui a servi de mères un nombre incalculable de fois dans le passé, sous toutes les formes, dans toutes les sphères. Il sait qu'alors et en bien d'autres circonstances chaque être a été pour lui d'une infinie bienveillance. Éperdu de gratitude, il mesure la souffrance de ses proches enlisés dans leurs passions et leurs certitudes fallacieuses. Il sait aussi qu'heureusement tous ont potentiellement la faculté d'évoluer jusqu'à obtenir la libération du samsara et même l'omniscience de Bouddha. Comment n'éprouverait-il pas le plus grand respect pour toutes les créatures ? Pourquoi ferait-il une différence entre elles, qui montrent sans doute ponctuellement des aspects divers, mais sont au fond soumises aux mêmes obstacles et porteuses des mêmes espérances ? Aujourd'hui l'un est roi, l'autre esclave ; demain ce sera le contraire. Mais un jour les deux seront enfin boudddhas.

Le sage versé tant en philosophie qu'en tantra ne cesse, au Tibet, d'enseigner … la prise de refuge et la loi de causalité, ce qui lui vaudra deux surnoms. D'être ainsi appelé (avec un certain dépit de la part de certains qui réclament des instructions "profondes") ravit Atisha : comme cela, dit-il, rien qu'en entendant parler de moi, "le lama de la prise de refuge" ou "le lama de la causalité", les gens acquerront de bonnes empreintes. Et cela leur indiquera l'essentiel." En réalité, bien comprise, toute facette de la voie inclut la totalité. Ce n'est pas une excuse pour vouloir dès le début viser les pratiques les plus élevées : elles sont alors inaccessibles et donc infructueuses, tandis que si, avec humilité, on commence par la base, on peut ensuite l'élargir jusqu'à y intégrer l'ensemble.

Voilà qui était Atisha : un authentique Seigneur, aimable et courageux ; doux et endurant ; modeste et sûr de lui ; érudit et simple, la liste de ses qualités se déroulant à l'infini : logique, quand on sait qu'il est aussi considéré comme une émanation du Bouddha Amitabha.

samedi 16 novembre 2024

La causalité

Dans Le Sūtra de la Pousse de riz, le Bouddha énonce :
Cela existant, ceci survient.
Cela étant né, ceci apparaît. 
Ainsi, l'ignorance conditionne les karma inducteurs. 
 
Cela cessant, ceci cesse (de naître). 

 

En résumé, rien (aucun phénomène composé) n'est sans cause et rien n'est sa propre cause.

*   Tout phénomène composé naît de causes et de conditions, qui lui sont antérieures.

*   Une cause unique ne produit pas de fruit.

*   Quand les causes et conditions sont réunies, le fruit apparaît nécessairement.

*   Quand les causes et conditions ne sont pas réunies, le fruit n'apparaît pas.

 

La pratique du Dharma concourt donc notamment à s'entraîner à éviter la réunion des causes et conditions de souffrance (principalement les facteurs mentaux perturbateurs) et à favoriser la réunion des causes et conditions de bonheur (principalement les facteurs mentaux vertueux, associés aux facteurs mentaux à objets déterminés).


La vérité de la souffrance sous différents angles

 Les six portes de souillures, et donc de souffrances

1 Zag pa'i bdag nyi                             ཟག་པའི་བདག་ཉིད་

Ce qui est de la nature même des souillures : klesha (facteurs perturbateurs, à commencer par l'ignorance, l'attachement et l'irritation)

 

2 Zag pa dang 'brel ba                   ཟག་པ་དང་འབྲེལ་བ་     

Ce qui est corrélé aux souillures : les autres facteurs mentaux et les 5 sens de tout être du samsara

 

3 Zag pas bcings pa                        ཟག་པས་བཅིངས་པ་

Ce qui est liés par les souillures : karma introducteurs au samsara

 

4 Zag pa dang rjes su 'brel ba         ཟག་པ་དང་རྗེས་སུ་འབྲེལ་བ་

Ce qui est affecté par les souillures : être du samsara

 

5 Zag pa dang rjes su mthun pa       ཟག་པ་དང་རྗེས་སུ་མཐུན་པ་

Ce qui est en adéquation avec les souillures : les objets des klesha

 

6 Zag pa las 'byung ba                  ཟག་པ་ལས་འབྱུང་བ་     

Ce qui est issu des souillures : les agrégats souillés d'un être encore prisonnier du samsara

Les quatre vérités vues par les arya

Sources :
Sutra des quatre vérités des arya
Enseignements du Vénérable Dagpo Rinpoche sur la base d’un traité de Gunthang Könchok Tenpai Drönmé.

 

Vérité de la souffrance : les phénomènes souillés qui naissent à partir de leurs causes, lesquelles causes étant les karma et les facteurs perturbateurs.

 

Vérité de l’origine : les karma et les facteurs perturbateurs qui génèrent la vérité de la souffrance, qui constitue leurs résultats

 

Vérité de la cessation : cessation issue de l’analyse qui élimine les voiles qui constituant les les objets d’abandon - le chemin ininterrompu que cela permet d’obtenir.

Cessation issue de l’analyse qui est susceptible de rejeter les voiles lui correspondant à ce stade du sentier ininterrompu[1] qu’il lui permet alors d’obtenir.

 

Vérité de la voie : la voie des arya qui inclut les moyens directs et indirects permettant d’obtenir ou encore d’actualiser la Vérité de la cessation. « Directe », cela désigne ce dont on vient de parler, c’est-à-dire le sentier sans obstacles qui stoppe le pan des voiles consistant en la saisie du soi acquise et manifeste. « Indirecte », c’est-à-dire tout ce qui n’étant pas forcément ce chemin sans obstacles va y contribuer d’une manière ou d’une autre. Donc, d’une manière plus générale, pour simplifier, on peut dire que ce que l’on entend par Vérité du chemin, ce sont toutes les connaissances et qualités du continuum mental des arya.

 

Première vérité, de la souffrance

  1. Impermanence
  2. Nature de souffrance
  3. Être vide

D’une part, vide d’un soi qui serait comme le créateur ou encore l’auteur du monde, etc.

D'autre part, vide d’une existence ne dépendant de rien, d’une existence en soi.

  1. Non-soi (anatta)

 

Deuxième vérité, de l'origine

  1. Cause
  2. Origine
  3. Source (production)
  4. Condition

 

Troisième vérité, de la cessation

  1. Cessation
  2. Apaisement (paix)
  3. Excellence
  4. (Libération/délivrance) irréversible (« renoncement » : se sortir à tout prix de…)

 

Quatrième vérité, du chemin

  1. Voie
  2. Connaissance
  3. Réalisation / accomplissement) ; « demeure » (sur l'objet : non-soi)
  4. Ce qui libère, ce qui délivre

Les 4 vues fausses ainsi contrées

 

Vérité de la souffrance

-       Voir comme propres des choses qui ne sont pas propres.

-       Voir comme étant bonheurs des choses qui ne sont pas bonheurs, qui sont souffrances.

-       Voir comme permanentes et éternelles des choses qui ne sont ni permanentes ni éternelles.

-       Saisie du soi.

 

Vérité de l’origine vues fausses[2]  :

- soit considérer qu’il n’y a pas du tout de causes,

- soit admettre des causes qui sont en fait insuffisantes ou incompatibles (pas valides).

  1. Estimer qu’il n’y a aucune cause à la souffrance.
  2. Estimer qu’il y aurait en tout et pour tout une seule cause, unique, permanente.
  3. Estimer que la cause serait fondamentalement permanente, mais que momentanément elle pourrait être changeante.
  4. Estimer que cela serait du ressort de la volonté, ou de la pensée, d’un dieu créateur tel qu’Ishvara.

 

Vérité de la cessation

1. Nier toute possibilité de libération.

2. Confondre la libération avec des phénomènes souillés, par ex imaginer la libération comme une sphère supérieure décrite comme un grand parasol blanc (un peu comme un paradis) (gSal byed pa).

3. Imaginer que la libération est atteinte une fois le soi (indépendant et permanent) isolé des reliquats de composantes grâce à la méditation (Samkhya).

4. Estimer qu'il est possible, grâce à la méditation, d'obtenir une libération momentanée (mais pas irréversible).

 

Vérité de la voie

1. Estimer qu’il n’existe pas de voie de libération ;

2. que la sagesse comprenant le non-soi, loin d’être une voie excellente, constitue une voie mauvaise ;

3. qu'il existe des voies de libérations supérieures à la sagesse comprenant directement le non-soi, comme par exemple entrer dans le mandala d'Ishvara et recevoir les instructions afférentes ; ou encore s’installer en méditation au milieu de cinq brasiers enflammés, etc. ;

4. que, même si l’on médite la sagesse comprenant le non-soi, en aucun cas cela ne pourrait permettre d’éliminer définitivement la souffrance.

 



[1] Cf. Chemins ininterrompus et de la délivrance qui se succèdent lors des chemins de la vision et de la méditation au fur et à mesure des éliminations des voiles à rejeter.

 

[2] gSal byed pa ; Rig pa can (Nayayika) ; rGyang 'phen pa (Carvaka) ; Grangs can pa (Samkhya)

dBang phyug (Ishvara)