lundi 21 décembre 2020

Les études dans un monastère philosophique 2

Survol non exhaustif du programme
 
* bsdus grva བསྡུས་གྲྭ་
Avant d'aborder l'étude des 5 grands domaines au travers des traités composés par des pandits indiens, les Tibétains qui entament l'étude de la philosophie étudient les bases dans des classes appelées bsdus grva བསྡུས་གྲྭ་ : "classes qui condensent" (tous les sujets à approfondir par la suite).
Le nombre d'années consacrées à l'acquisition de cette vue d'ensemble varie de 3 à 5 ans selon les monastères :
 
-  bsdus chung : classe inférieure
Grandes classifications générales ; définitions des termes principaux.

- bs
dus 'bring : classe médiane
Étude du blo rig : l'esprit et les perceptions

-
bsdus che : classe supérieure
Étude du rtags rigs : étude des raisonnements et démonstrations (syllogismes, etc.) 

* grub mtha' : les 4 systèmes philosophiques
 
* sa lam : les terres et les chemins (selon les sutras), menant à la libération et à l'éveil.
 
* bsam gzugs : les dhyana et samapatti - sphères de concentration des mondes de la forme et du sans-forme.
 
° tshad ma, en sanskrit pramana
L'étude de la logique - pramana - se fait en parallèle avec les 4 autres domaines, et non dans des classes dédiées.
 
° phar phyin, en sanskrit paramita :  
 
* don bdun bcu : 70 points traités dans L'Abhisamayalamkara (commentaire du Sutra de la sagesse), répartis en sagesses de la base, sagesses de la voie, sagesses liées à l'omniscience.
 
- skabs dang po : 1er chapitre de L'Abhisamayalamkara
 
- skabs bzhi pa : 4ème chapitre de L'Abhisamayalamkara 

- skabs brgyad pa : 8ème chapitre de L'Abhisamayalamkara
 
- rten 'brel : l'interdépendance 

- dge 'dun nyi shu : les 20 sanghas

- kun gzhi : l'alayavijnana - la conscience tréfonds

- drang nges : sens à interpréter / sens certain
 
° dbu ma, en sanskrit madhyamika 
 
° mdzod,  en sanskrit abhidharma

° 'dul ba, en sanskrit vinaya

Les études dans un monastère philosophique 1

Le socle commun avec les autres monastères est composé par l'apprentissage de la lecture et désormais de l'écriture (dans le Tibet d'autrefois, il était fréquent de savoir lire, mais pas écrire, le papier étant très rare), puis de la mémorisation des prières et rituels quotidiens.
Le programme de philosophie couvre 5 domaines, connus sous la dénomination trompeuse de les cinq Grands Traités :
– La logique, parfois appelée en français « la connaissance valide » - pramana. Texte racine : Pramanavarttika de Dharmakirti ; etc.. ;
– La perfection de la sagesse – paramita
. Texte racine : Abhisamayalamkara transmis par Maitreya et Asanga et ses commentaires ;
– La voie du milieu – madhyamika
. Texte racine : Madhyamakavatara de Candrakirti, etc. ;
– La phénoménologie – abhidharma
. Texte racine : Abhidharmakoska » Vasoubandhu, etc. ;
– La règle monastique – vinaya
. Texte racine : Vinayasoutra Gunaprabha, etc. 
Bien que tous les collèges philosophiques étudient pareillement les cinq Grands Traités, ils ne les répartissent pas exactement de la même manière et peuvent avoir un sujet de prédilection. Ainsi, Ganden Jangtsé brille-t-il particulièrement dans le domaine du madhyamika, tandis que Gomang est réputé pour son étude des paramita, etc.

      Ganden Jangtsé comporte treize classes : 
trois pour la logique élémentaire, bsdus grva (sur une durée de trois ans) ; 
six pour les paramita (six ans) ; 
deux pour le madhyamika (un an dans la première classe ; 
de trois à dix ans dans la seconde) ; 
une pour l’Abhidharma (au moins trois ans) ; 
une classe pour le Vinaya (environ 5 ans).

      Il est dit que le parcours le plus rapide pour un moine qui n’est pas un tülku (lequel bénéficie en général de privilèges - mais guère à Dagpo Datsang) est de dix-sept ans, mais il est extrêmement rare d’aller aussi vite du fait des quotas annuels instaurés : une fois dans l’ultime classe, il faut attendre son tour, et si les promotions précédentes étaient nombreuses, l’attente peut être très longue, mais c’est considéré comme bénéfique pour bien assimiler.

      Par comparaison, à Séra Jé, il y a trois classes de logique élémentaire (trois ans), cinq de paramita (cinq ans) ; deux de madhyamika (deux ans chaque, soit quatre ans) ; deux d’Abhidharma (quatre ans) ; une de Vinaya (durée variable). 
À Séra Med, une classe de logique, six de paramita, deux de madhyamika, deux de vinaya et deux d’Abhidharma.

     
À Gomang, il y a cinq classes de logique élémentaire, quatre de paramita, deux de madhyamika, deux de vinaya et deux d’Abhidharma.

      Les moines qui accomplissent le cursus complet se voient décerner un titre : Géshé au Tibet central ; Kachèn à Tashi Lhunpo ; Rabchampa à Dagpo Datsang. 
    La tradition date de bien avant Djé Rimpotché. Elle remonte au 12ème siècle et a été instaurée par le sixième abbé de Sangpu, Chapa Chökyi Sanggé (1109-1161). Fin du 14ème siècle, trois titres étaient décernés à ceux qui accomplissaient un véritable circuit dialectique, soutenant des débats dans les monastères réputés de l’époque, d’obédience sakyapa ou kadampa. S’ils n’avaient discuté que des paramitas, ils devenaient Rabchampa ; s’ils avaient abordé quatre domaines hormis pramana, ils étaient appelés "Ka zhipa", et s’ils avaient débattu des cinq au complet, "Ka chupa". L’expression de Ka chupa date apparemment de l’époque de Gyèltsap Djé. 

      Les géshé du Tibet central comportent en fait toutes sortes de niveaux, dont les plus connus sont les suivants : géshé lharampa ; géshé tsok-rampa ; géshé lingsé ; géshé rik-rampa et géshé dorampa, par ordre décroissant.
      « Lharampa » est la contraction de « Lhadèn rabchampa », « docteur de Lhasa ». La tradition remonte au 1er Panchen lama, Losang Chökyi Gyèltsèn (1570-1662), réincarnation du fameux Énsapa Losang Döndrup et tuteur du 5ème Dalaï-lama qu’il reconnut en 1622. Lors d’une période de conflit entre le Tsang et le Tibet central, de 1613 à 1618, le
1er Panchen lama remplaça le Ganden Tripa et dirigea donc la Grande Prière. A cette occasion, en vue d’inciter à l’étude des cinq domaines, il fit soutenir des débats par les candidats les plus brillants des grands monastères.

      Jusqu’en 1959, pour présenter les ultimes examens au Jokhang au milieu des milliers et milliers de moines rassemblés, seize candidats étaient chaque année sélectionnés par les abbés des sept collèges philosophiques : les deux de Ganden, les deux de Séra, les trois de Drépung ainsi que Ratö, à raison d’un candidat pour Ratö, deux pour chacun des autres, le dernier par l’un des six collèges des trois piliers, à tout de rôle. Prévenus au moins un an à l’avance, ils étaient astreints à une préparation intense avec obligation de présence et de participation active à tous les débats internes et externes douze mois durant. L’enjeu n’était plus le titre de géshé lharampa, d’ores et déjà acquis, mais le rang décerné, de premier à septième, qui n’était pas un classement des candidats de l’année entre eux, mais avait une portée plus générale, tant et si bien qu’il pouvait y avoir plusieurs ex æquo ou au contraire des rangs non pourvus : aucune premier mais trois deuxième, ou le contraire, etc.

 

vendredi 18 décembre 2020

Documentaire sur Dagpo Datsang

Annonce 

Deux émissions des Sagesses bouddhistes seront consacrées à un documentaire sur le monastère Dagpo Datsang, implanté en Inde, à Kais, dans la vallée de Kullu.

Réalisation   : Christion Fienga 

Présentation : Aurélie Godefroy

Dimanche 20 décembre 2020  de 8h30 à 8h45                     
Dagpo Dratsang, un monastère tibétain en Inde
1ère partie : L’histoire

Dimanche 27 décembre 2020  
de 8h30 à 8h45                                  
Dagpo Dratsang, un monastère tibétain en Inde
2ème partie : Pérennité de la tradition

jeudi 17 décembre 2020

De l'intérêt des Français pour le bouddhisme

 Reportage BFMTV 2016

Le bouddhisme est devenue la quatrième religion dans l'Hexagone. Séduits entre autre par la figure du Dalaï-Lama et son pacifisme, près de 600.000 Français sont désormais des adeptes de la religion. Les salles de prière doivent même s'agrandir.

 


 

mercredi 16 décembre 2020

Communauté bouddhiste

Joyau du Sangha : soit un arya, soit une communauté d’au moins 4 bhikshus.

Une communauté monastique bouddhiste est régie par le Vinaya.

À l'origine, c'est à dire du temps du Bouddha, il n'y avait qu'un seul Vinaya, puis dix- huit branches sont apparues, selon les textes anciens.

De nos jours, sur les dix-huit, il n'en reste que trois :

- Theravada Vinaya : pays de Sud-Est asiatique (Thaïlande, Cambodge, etc.) (NB Dans ces pays, les lignées d'ordination féminine ont disparu depuis très longtemps)

- Dharmaguptaka Vinaya : Chine, Corée, Vietnam (au Japon, il a été aboli au XIXème siècle, lors de la persécution anti-bouddhiste)

- Mūlasarvāstivāda Vinaya : Tibet et pays limitrophes, dont la Mongolie, le Bhoutan, etc.

Les différents niveaux d'engagement et d'ordination

  Les niveaux d’engagements pratimoksha (concourant à la libération)

Niveaux

Theravada 

Vinaya

Dharmaguptaka

Vinaya

Mūlasarvāstivāda

Vinaya

Mūlasarvāstivāda

Vinaya




Upavasatha / 24h

8

8

8

 

 

 

Laïcs

Upasaka

1 à 5 vœux

1 à 5

1 à 5

Upasika

1 à 5

1 à 5

1 à 5

Pravajita

Entrée en religion

10

10

10

 8 ans minimum

Shramanera

36

36

36


Shramanerika

36

36

36


Shikshamana

48

48

48

Durée de 2 ans

Bhikshu

227

250

253

20 ans minimum

Bhikshuni

311

348

364

20 ans minimum

mardi 15 décembre 2020

Ananda, un novice, vraiment ?

Le nom d'Ananda vous est dans doute familier : apparenté au Bouddha Shakyamouni, il l'a servi fidèlement des années durant. Saviez-vous qu'Ananda est resté shramanera (getshul) jusqu'au passage en nirvana du Maître ? Ce n'est qu'après la disparition de celui-ci qu'il est devenu bhikshu (gelong), soit des dizaines d'années après être entré en religieux. Alors, traduire "shramanera" par novice ...

lundi 14 décembre 2020

31 ans après

 La Communauté Tibétaine de France vous invite à assister à une cérémonie à l'occasion du 31e anniversaire du Prix Nobel de la Paix décerné à sa Sainteté le Dalaï Lama le 10 décembre 1989 à Oslo, en présence du président du gouvernement Tibétain en exil dr Lobsang Sangay et d’invités prestigieux qui témoigneront de leur amitié à Sa Sainteté le Dalaï Lama. Par ailleurs, l'Administration centrale tibétaine a consacré l'année 2020 comme Année de gratitude à Sa Sainteté le Dalaï Lama. 

Dans le cadre de cette célébration, la CTF souhaite rendre un vif hommage au Dalaï Lama et exprimer sa sincère gratitude pour ses nombreux engagements humanistes et les devoirs auxquels Sa Sainteté le 14ème Dalaï-Lama s'est engagé : Préserver et promouvoir les valeurs humaines fondamentales, une meilleure compréhension et harmonie entre les religions du monde, la paix et le principe de non-violence, la protection de l'environnement et la promotion du dialogue entre la science et la religion. 

 Invités : le vénérable Dagpo Rinpoché, le moine bouddhiste Matthieu Ricard, la députée Elisabeth Toutut-Picard, présidente du groupe d’études sur le Tibet à l’Assemblée nationale, la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio, présidente du groupe d’information internationale sur le Tibet au Sénat, Jean-Luc Romero-Michel, adjoint à la Maire de Paris, Namgyal Samdup, secrétaire du bureau du Tibet à Paris, Pema Jungney, président du parlement tibétain en exil, et Tashi Phuntsok, représentant du Dalaï Lama en Europe.


 

jeudi 10 décembre 2020

Insaisissable temps

 Le temps qui passe, vu par André Gide.

Le temps s'est écoulé comme une rivière, je ne l'ai pas vu passer !
J'ai compté mes années et j'ai découvert que j'ai moins de temps à vivre ici que je n'en ai déjà vécu.
Je n'ai désormais pas le temps pour des réunions interminables, où on discute de statuts, de règles, de procédures et de règles internes, sachant qu'il ne se combinera rien...
Je n'ai pas le temps de supporter des gens absurdes qui, en dépit de leur âge, n'ont pas grandi.
Je n'ai pas le temps de négocier avec la médiocrité. 

Je ne veux pas être dans des réunions où les gens et leur ego défilent.
Les gens ne discutent pas du contenu, à peine des titres
Mon temps est trop faible pour discuter de titres.
Je veux vivre à côté de gens humains, très humains.
Qui savent sourire de leurs erreurs.
Qui ne se glorifient pas de victoires.
Qui défendent la dignité humaine et qui ne souhaitent qu'être du côté de la vérité et de l'honnêteté.
L'essentiel est ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue.
Je veux m'entourer de gens qui savent arriver au cœur des gens.
Les gens à qui les coups durs de la vie ont appris à grandir avec des caresses minces dans l'âme.
Oui... J'ai hâte... de vivre avec intensité, que seule la maturité peut me donner.
J'exige de ne pas gaspiller un bonbon de ce qu'il me reste...
Je suis sûr qu'ils seront plus délicieux que ceux que j'ai mangé jusqu'à présent - personne n'y échappe, riche, pauvre, intelligent, démuni ...


La compassion pour survivre

 La nécessité de la compassion pour la survie de l'humanité

Sa Sainteté le Dalaï-Lama engage un dialogue virtuel sur la nécessité de la compassion pour la survie de l'humanité avec le Dr Sanjay Gupta, correspondant médical en chef de CNN, et Mme Melani Walton de la Fondation Rob et Melani Walton, organisé par le Centre pour la science contemplative et l'éthique basée sur la compassion de l'Université Emory depuis sa résidence à Dharamsala, Inde, le 9 décembre 2020.  


 

L'hymne à l'interdépendance

 L'Hymne à la production dépendante et l'Exposition concise du chemin vers l'éveil

Sa Sainteté le Dalaï-Lama donne un enseignement virtuel sur l'ouvrage de Tsongkhapa, l'Hymne à la production dépendante et l'Exposition concise du chemin vers l'éveil, depuis sa résidence à Dharamsala, Inde, le 10 décembre 2020.

 


Vers 00:02:08, 00:21:10, 01:04:35 etc. : vignettes d'auditeurs un peu partout dans le monde, dont le Vén. Dagpo Rinpoché (88 ans, France) et le Vén. Khyongla Rinpoché (environ 97 ans, actuellement à Dharamsala).

Les 4 engagements de SS le Dalaï lama

 En français

 


 

The virtual talk series on His Holiness the Dalai Lama’s four principal commitments is an initiative by the Department of Information and International Relations as part of the celebration of the year 2020 as the 'Year of Gratitude to His Holiness the Dalai Lama' by the Central Tibetan Administration. 

This panel features a talk in French language by Mathieu Ricard, Scientist, Writer, Translator and Recipient of French National Order of Merit, Claire Charpentier, Disciple of Dagpo Rinpoche, Paris, France, Lola Rose, Official French interpreter of His Holiness the Dalai Lama and Chandra Pelle, Cultural Director of French Center in Gujarat, Disciple of Dagpo Rinpoche, Paris, France.

 

Vu sur le site de SS 14ème Dalaï-Lama

Premièrement, en tant qu'être humain, Sa Sainteté encourage les gens à être heureux, en les aidant à comprendre que si leur esprit est contrarié, le simple confort physique ne leur apportera pas la paix, mais si leur esprit est en paix, même la douleur physique ne perturbera pas leur calme. Il préconise la pratique du bon cœur et des valeurs humaines telles que la compassion, le pardon, la tolérance, le contentement et l'autodiscipline. Il dit qu'en tant qu'êtres humains, nous sommes tous les mêmes. Nous voulons tous le bonheur et ne voulons pas souffrir. Même les personnes qui n'ont aucune croyance religieuse gagnent à intégrer ces valeurs humaines dans leur vie. Sa Sainteté se réfère à des valeurs humaines telles que l'éthique séculière ou les valeurs universelles. Il s'engage à parler de l'importance de ces valeurs et à les partager avec tous ceux qu'il rencontre.


Deuxièmement, en tant que moine bouddhiste, Sa Sainteté s'engage à promouvoir l'harmonie entre les traditions religieuses du monde. Malgré les différences philosophiques qui les séparent, toutes les grandes religions du monde ont le même potentiel de nous aider à être des meilleurs êtres humains. Il est donc important que toutes les traditions religieuses se respectent mutuellement et reconnaissent leurs valeurs respectives. L'idée qu'il y a une vérité et une religion est pertinente pour le pratiquant individuel. Cependant, en ce qui concerne la communauté au sens large, dit-il, il est nécessaire de reconnaître que les êtres humains observent plusieurs religions et plusieurs aspects de la vérité.


Troisièmement,
Sa Sainteté est un Tibétain et, en tant que « Dalaï-Lama », il concrétise l'espoir et la confiance du peuple tibétain. Par conséquent, il s'engage à préserver la langue et la culture tibétaine, le patrimoine tibétain reçu des maîtres de l'Université Nalanda de l'Inde, tout en défendant la protection de l'environnement naturel du Tibet.


Quatrièmement, Sa Sainteté a récemment parlé de son engagement à raviver la réalisation de la valeur de la sagesse ancestrale de l'Inde chez les jeunes Indiens d'aujourd'hui. Sa Sainteté est convaincu que la riche compréhension ancestrale indienne du fonctionnement de l'esprit et des émotions, ainsi que les techniques d'entraînement mental, telles que la méditation développées par les traditions indiennes, sont d'une grande pertinence aujourd'hui. L'Inde ayant une longue histoire de développement de la logique et du raisonnement, il est convaincu que son savoir ancestral peut tout à fait être combiné avec l'éducation moderne à un niveau séculier et académique. Il considère que l'Inde a, en fait, une place privilégiée qui lui permet de combiner les sagesses anciennes et modernes avec succès pour promouvoir au sein de la société contemporaine un mode de vie plus intègre et plus éthique dans le monde.

 

jeudi 3 décembre 2020

L'interdépendance, par Ven Dagpo Rinpoché

 Conférence du Vénérable Dagpo Rinpoché sur "L 'interdépendance", 

lors de la journée Portes Ouvertes de l'institut Guépele, en juin 2012.

 


 

mardi 1 décembre 2020

L'union fait la force

« Individuellement nous sommes une goutte d'eau, ensemble nous sommes l'océan »

Ryunosuke Satoro (poète japonais)

Ganden Namchö

 En 2020, le Ganden Namchö (dGa' ldan lnga mchod) tombe le jeudi 10 décembre.


Le Ganden Namchö, le 25ème jour 10ème mois lunaire, est la commémoration du passage en nirvana de Je Rinpoche, c'est à dire Je Tsongkhapa, fondateur du monastère de Ganden (dGa' ldan) et partant de l'école des dGa' ldan pa, également connus sous les noms de dGe lugs pa (prononcé guélougpa : "Vertueux"), ou encore de bKa' gdams gsar ma ba (c'est à dire "Nouveaux Kadampa"), et ce donc depuis le début du XVème siècle, le monastère de Ganden ayant été fondé en 1409. 
Que faire ? Par exemple :
- allumer des lumières (sous n'importe quelle forme) ;
- réciter le "miktséma" - dmigs brtse ma -, en hommage à Je Rinpoche ;
- réciter le Ganden lhagyama (dGa' ldan lha brgya ma), guruyoga invoquant Je Rinpoche ;
- lire une biographie de Je Rinpoche et formuler des voeux pour suivre ses traces.

Ne pas oublier de souhaiter la Bonne Année aux amis mongols bouddhistes, qui depuis des siècles célèbrent à cette occasion la nouvelle année.

Message du Vénérable Dagpo Rimpoché

 En français

 

Traduction en anglais




mercredi 25 novembre 2020

Je pense, donc je suis

 Quoique parlant souvent de non-soi, les bouddhistes ne sont pas des nihilistes !

Loin de nier l'évidence, ils admettent qu'il existe un soi, un moi, un "je", bref un individu.

 

Cet individu qui existe est décrit de différentes manières par les différents 

courants philosophiques.

Sammitya (sous-école vaibhashika)

Le moi est indescriptible anabhilapyatman

Vaibhashika en général

Le moi n’est que l’assemblage des 4 ou 5 agrégats,

qui forment sa base d’imputation (prajnapya)

Quelques vaibhashika

Le moi n’est autre que la forme samsthana

Sautrantika suivant les textes

Le moi est le continuum des agrégats skandhapravaha

Sautrantika et cittamatrin suivant les raisonnements + madhyamika svatantrika

Le moi est la conscience mentale manovijnana

Cittamatra suivant les textes

Le moi est la conscience tréfonds alayavijnana

 

Madhyamika prasangika

Le moi est une notion qui apparaît à partir

 des 4 ou 5 agrégats, base d’imputation

Le moi n’est que la conception du moi formée

à partir des 4 ou 5 agrégats, base d’imputation

Tous les bouddhistes

C’est le continuum mental qui passe d’une vie à l’autre


Le bouddhisme au Tibet

Exposer l'histoire du bouddhisme au Tibet serait très, trop long. 

En très simplifié, le bouddhisme est officiellement introduit au Tibet au VIIème siècle par Songtsen Gampo. Ce 33ème roi de la dynastie Yarlung (qui remonte au IIème siècle avant J.-C.) unifie le Tibet en réunissant les 3 provinces du Centre (Ü et Tsang), du Kham et de l'Amdo, et envoie en Inde une délégation menée par Thönmi Sambhota avec mission de créer une langue et d'une écriture communes pour traduire et diffuser le bouddhisme. 

Son œuvre est poursuivie par ses successeurs, notamment les 38ème et 41ème rois : Trisong Detsen (704 ? – 797) et Tri Rälpachen (806-838). Tous trois sont connus dans l’histoire du Tibet comme les « Trois Rois religieux », Chögyal. Ils invitent des maîtres érudits, subventionnent des équipes mixtes de traducteurs (des lettrés ayant pour langue maternelle le chinois, le népalais, la langue de Gilgit et surtout - et bientôt uniquement - le sanskrit + des traducteurs tibétains)1, prennent des décrets pour uniformiser la langue de traduction, organisent des colloques, parrainent la construction de monastères et de temples, etc.

A titre d’exemple, entre autres mesure pour favoriser l'implantation du bouddhisme, Rälpachen fait construire à l'ouest de Lhasa un bâtiment qui comporte rien moins que neuf étages : les trois étages supérieurs, en bois, abritent les textes sacrés et les statues ; les trois étages médians, en briques, sont réservés aux pandits et aux traducteurs. C'est dans les trois étages inférieurs, en pierre, que résident et travaillent le roi et ses ministres. Rälpacän encourage – déjà ! – une simplification de l'orthographe tibétaine.  Il ne néglige pas ses devoirs de souverain et fait frapper la monnaie tibétaine, sur le modèle de la monnaie indienne du Maghada. La centralisation planifiée par ce "tyran éclairé", son dirigisme ainsi que, sans doute, l'impulsion qu'il donne au bouddhisme déplaisent foncièrement à certains nobles qui voient s'effriter leurs pouvoirs et privilèges. 

L’assassinat de Rälpacän marque la fin de la « Première Diffusion » du bouddhisme au Tibet, et bientôt celle de la monarchie. Son frère Langdarma (803-842), soutenu par la noblesse favorable à la religion indigène, le bön, est assassiné à son tour, par un moine bouddhiste qui parvient à s’enfuir dans l’est du Tibet.

Après environ 80 ans dans la clandestinité et la morcelisation de l’empire suite aux rivalités entre les deux fils de Langdarma, le bouddhisme connaît un nouvel essor au XIème siècle.  De 1246 à 1959, au fil des alliances avec les Mongols puis les Mandchous, le pouvoir va être assuré successivement par diverses écoles du bouddhisme "tibétain"2, le plus souvent par un gouvernement civil sous le parrainage spirituel des chefs religieux :
- de 1246 à 1354 : sakyapa
- à partir de 1354 : phagmodrupa (école kagyupa)
- à partir de 1434 : rinpung (école kagyupa)
- à partir de 1566 : tsangpa (école kagyupa)
      à partir du XVIème siècle : ascension des gelugpa :
* vers 1574, Altan Khan offre le titre de dalaï-lama à Sönam Gyatso, et à titre posthume à ses deux prédécesseurs
* le 4ème dalaï-lama, Yönten Gyatso, naît en Mongolie et vient au Tibet à 12 ans. Il est petit-fils d’Altan Khan.

- De 1642 au 10 mars 1959, gelugpa
En 1642, Güshi Khan vainc le roi de Tsang, lié aux écoles kagyupa et jonangpa (qui de ce fait vont être les objets de mesures répressives : confiscation de monastères, etc.), et institue le 5e dalaï-lama Lobsang Gyatso (1617-1682) chef spirituel et temporel du Tibet, qui s'étend à l’époque de Dartsédo aux portes de la Chine jusqu'aux frontières du Ladakh. Débute alors ce que l’on appelle souvent la théocratie des dalaï-lama, lesquels exercent peu ou pas le pouvoir temporel, à l’exception des 5ème, 13ème et 14ème dalaï-lama. Même du temps du 5ème dalaï-lama, les régents (premiers ministres), laïques, jouent des rôles prépondérants, au point que le Régent Sangyé Gyatso parvient à cacher sa mort rien moins que … 12 ans, afin d’achever la construction de l’immense palais du Potala.

Le 6ème dalaï-lama, Tsangyang Gyatso (1683-1706 ou beaucoup plus tard, en Mongolie), n’est pas non plus tibétain, mais Mönpa. Reconnu tout enfant mais mis au secret jusqu’en 1697 par Sangyé Gyatso qui tient à terminer le palais (et peut-être bien à garder le pouvoir), il se rebelle et refuse de mener une vie monastique, tant et si bien que, taxé de « dépravé » (il a laissé de nombreux chants d’amour, très poétiques), il est déposé par Lhazang Khan en 1706 et contraint à l’exil. Selon les versions, il meurt en chemin ou gagne la Mongolie, où il prend femme.

Le 7ème dalaï-lama, Kelzang Gyatso (708-1757) lettré, poète et mystique, est néanmoins celui qui pose le cadre du gouvernement et de l’administration, en vigueur jusqu’à 1959 : en 1751, il remplace le poste de régent par un conseil des ministres, car il estime dangereux que trop de pouvoir soient entre les mains d’un seul homme. En 1753, il crée l’école de Tsé, qui forme les cadres du gouvernement, répartis en deux groupes parallèles : les laïcs et les religieux. Tolérant, il autorise la construction d’une église catholique à Lhasa, pour répondre aux besoins des 25 catholiques présents dans la capitale.

Tenzin Gyatso, 14ème dalaï-lama (né en 1935), quitte le Tibet en mars 1959, suite à l’invasion du Tibet par les troupes chinoises. Il s’installe en Inde, à Dharamsala, où il reconstitue un « gouvernement en exil ». Il reçoit le prix Nobel de la paix en 1989. En mars 2011, il annonce qu’il renonce au pouvoir temporel, mais continue à parcourir le monde.

Il est à noter que les dalaï-lama ne sont pas les chefs de l’école Gelugpa à laquelle ils appartiennent3  et qui est dirigée par le Ganden Tripa, ancien abbé de l’un des deux grands monastères tantriques, Gyudmed et Gyutö, en alternance. Gedun Gyatso (1391-1474), rétroactivement premier dalaï-lama, pressenti pour cette fonction, l’avait décliné pour se consacrer à l’organisation du monastère qu’il venait de fonder dans la région du Tsang : Tashi Lhunpo, devenu par la suite le siège des Panchen lama, titre très honorifique offert par le 5ème dalaï-lama à son maître et à son lignage de réincarnations.

1 Ils traduisent également des traités d'astrologie, de médecine et de techniques.
2 Quatre écoles principales se sont constituées : l’école des Anciens : Nyingmapa (qui remonte de la Première Diffusion) et trois écoles des Nouveaux : Kadampa/Gelugpa, Sakyapa et Kagyupa.
3 Les 5ème, 6ème et 14ème dalaï lama, nés dans des familles nyingmapa (qui remonte à la Première Diffusion), mettent beaucoup l’accent sur les enseignements nyingma.

mardi 24 novembre 2020

Bouddhisme et démocratie

C'est le jour des partages. :-) Un grand merci à D. T. qui m'a communiqué un lien vers une vidéo en tibétain.

Si vous préférez, il y a l'équivalent dans cet article en anglais.

En résumé, l'auteur se réfère à un extrait du Mahaparinirvana Sutra qui rapporte entre autres 7 points soulevés par le Bouddha à propos de la nation des Vrijjis, en quelque sorte les critères qui décriraient un système démocratique en bonne santé.

Il faut bien sûr tenir compte du contexte culturel et de l'époque - cela remonte à 2600 ans.

En traduction française approximative :

1° Les Vrijjis tiennent-ils des assemblées fréquentes et régulières et tous les membres 
y participent-ils régulièrement ? 
 
2° Les Vrijjis commencent-ils et terminent-ils leurs assemblées dans un climat amical, 
 et mènent-ils les affaires en bonne entente ?
 
3° Les Vrijjis agissent-ils conformément à la constitution, ou érigeraient-ils 
sans cesse de nouvelles règles au mépris des lois existantes ?
 
4° Les Vrijjis respectent-ils et honorent les aînés, et veillent-ils à tenir 
compte de leurs conseils ?
 
5° Les Vrijjis s'abstiennent-ils d'enlever des femmes et des jeunes filles et 
de les maltraiter ?
 
6° Les Vrijjis font-ils preuve de respect et de vénération envers les sanctuaires ?
 
7° Les Vrijjis prennent-ils des dispositions appropriées pour assurer la sécurité 
et le bien-être des arhats (sages/saints), afin que les arhats se sentent les bienvenus 
sur leur terre ?