jeudi 20 novembre 2008

De la générosité

Parmi les six perfections, la générosité est énoncée en premier, car elle est considérée comme plus facile à mettre en application - les six paramita sont de fait énumérées par ordre de difficulté croissante.

Oui, mais ! Pas si simple que ça, la générosité, à bien y réfléchir.

Sans même parler de ses aspects plus subtils que sont le don de protection et le don de l'Enseignement, rien qu'en ce qui concerne le don matériel, les pièges ne manquent pas : en toute sincérité, on peut commettre des fautes graves, sans en avoir conscience.

Dans le chapitre du Bodhisattvabhumi consacré à l'éthique des bodhisattva, Asanga met en garde contre les "vols" (NB le terme de "vol" n'est pas vraiment approprié ; pour rester plus proche de la lettre, il vaudrait mieux parler de "détournement") très graves aux yeux des bouddhistes : ceux commis à l'égard de Sangha, ici au sens de "communautés religieuses".

Or, la question est au plus haut point délicate.

Pour prendre un exem
ple, supposons deux monastères dénommés x et y. Pour grossir les traits, admettons que le monastère x soit riche, alors que le monastère y ait des difficultés matérielles.
Au détour d'une conversation avec, disons, Paul, celui-ci nous parle de son intention de faire un don à x. En toute sincérité, nous nous exclamons qu'il vaudrait mieux faire ce don à y, qui en a beaucoup plus besoin. Convaincu, Paul fait donc le don à y.

Eh bien, dit l'éthique de
bodhisattva (très stricte, il faut le souligner), cela s'apparente à un vol perprétré au détriment d'une communauté, en l'occurence la communauté x !

En revanche, si Paul nous dit : "J'ai envie de faire un don à un monastère. Que me conseilles-tu ?", lui faire valoir que y a plus de besoin que x est seulement informatif. Il n'y a alors aucun problème.

Autre cas litigieux : nous prenons la décision de faire un don à x, puis nous réfléchissons et changeons d'avis - soit nous gardons ce que nous avions envisagé de donner, soit nous le donner à y : ça revient à reprendre ce qui avait été donné D'ailleurs, chez nous aussi il y a une expression qui dit que c'est du ... vol.
MAIS n'exagérons pas non plus : nous avons le droit (et le devoir) de réfléchir avant de donner quoi que ce soit, à qui que ce soit. Et durant cette phase, il n'y a aucune faute à peser le pour et le contre, et à changer d'opinion, plusieurs fois le cas échéant : de nousveaux éléments peuvent nous apparaître au fur et à mesure.

En fait, toujours selon le bouddhisme (mahâyâna), le pire consiste à faire obstacle à un don (même minime, comme un simple pain) que quelqu'un souhaite faire à un bodhisattva, et par extension à un Maître.
Paul, toujours lui, nous annonce qu'il veut offrir, par exemple, un certain objet en sa possession au Maître Z. Nous lui rétorquons qu'il a bien tort car le Maître Z n'en aura que faire !
En réalité, c'est nous qui avons alors tort...






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