L'EPOQUE D'EDO (1603-1867)
1) Une organisation très hiérarchisée et les signes de décadence
Avec l'instauration du Bakufu d'Edo commencent deux siècles et demi de paix relative et de stagnation sociale. Le nouveau régime se caractérise par une réglementation extrêmement stricte de tous les domaines de la société; même l'habillement est fixé par le gouvernement. Les droits fondamentaux ne sont pas reconnus et la liberté de choisir librement son métier ou sa religion est un rêve interdit.
C'est la période de l'histoire du Japon la plus noire pour les femmes : la suprématie de l'homme est indiscutable. Sous l'influence du confucianisme, les idées de "loyauté envers le maître" et de "piété filiale" sont devenues l'idéal des Japonais (tendance soigneusement entretenue par les Tokugawa qui n'auraient pu trouver philosophie plus conforme à leur politique).
Ces concepts confucéens s'infiltrent vite jusque dans l'intimité du couple et on exige de l'épouse une obéissance inconditionnelle et un esprit de sacrifice absolu vis-à-vis de son mari et maître.
Il est bien évident que dans un tel climat social les femmes n'ont pas le droit de quitter de leur plein gré la geôle conjugale.
Pour échapper à leur triste sort, certaines essaient de s'enfuir; si elles ont de la chance et réussissent à gagner le Tôkei-ji sans être rattrapées par leur conjoint, elles se réfugient dans ce havre interdit aux hommes.
Selon la loi, si une femme demeure trois ans au Tôkei-ji, au terme de cette période, le divorce est considéré comme effectif. Le Tôkei-ji, "Temple-refuge", jouit depuis sa fondation, par approbation impériale, de privilèges spéciaux. Tokugawa Ieyasu les a renforcés et garantis; il assure sa protection à ce monastère.
Sur le modèle du Tôkei-ji, Jônen-ni et Jô.on--ni, qui appartiennent à la famille des Tokugawa, fondent le Mantoku-ji, dans le département de Gunma. Le Mantoku-ji est moins connu. A cause de sa situation géographique défavorable, il est plus difficile à atteindre, si bien que ses effectifs seront toujours réduits : quatre moniales y résidaient en 1809, sept en 1861 et cinq en 1870. Le Mantoku-ji a été presque entièrement détruit en 1872 lors des mouvements anti-bouddhistes ; il n'en reste aujourd'hui que des ruines.
En dehors de ces deux monastères qui bénéficiaient d'une autonomie rare à cette époque et d'un statut spécial, sous la haute protection des Tokugawa, les autres étaient soumis à un contrôle strict. Le Bakufu écarta du pouvoir réel la Cour, les nobles et les religieux, incompétents en matière de production et de guerre (les nouvelles valeurs), bien qu'il leur laissât, en principe, la préséance. Mais comme le gouvernement désirait se servir de la religion à des fins politiques, il la protégea, d'où un renouveau du Bouddhisme.
Toutefois, des édits furent promulgués afin d'empêcher des religieux mécontents de troubler la paix du pays (par exemple, l'édit en 7 articles du Mont Hiei, en 1608).
En 1635, des bugyô (gouverneurs) sont nommés dans les temples pour surveiller les moines et les moniales.
En 1638 est institué le système du Dankaseido : toutes les familles japonaises doivent s'inscrire sur les registres du temple dont elles dépendront désormais et auquel elles verseront des redevances (source financière précieuse pour les religieux). Le Dankaseido est un excellent moyen de contrôle de la population ; il est étendu en 1662 par l'obligation annuelle de fournir aux autorités un certificat délivré par le temple dont on relève (Tera.ukeseido).
L'organisation des monastères en "maisons-mères" et "maisons secondaires", qui existait depuis la fin de l'époque de Kamakura, est développée (Hon-ji et Matsu-ji). Le schéma s'est ensuite compliqué avec des filiales de filiales, mais le principe est resté le même. En cas de conflit entre deux temples, le Bakufu intervenait et tranchait, avec sévérité.
A côté des Honji et des Matsuji, il y avait quand même quelques monastères indépendants, surveillés moins étroitement.
Les moniales n'avaient pas été oubliées et leur vie également était fixée par les arrêtés du gouvernement shogunal. Les monastères de nonnes dépendaient d'un monastère masculin et s'appelaient Matsuan ou Kôan. Certains, qui ne relevaient d'aucune école, avaient pu préserver une autonomie relative (Shian). Par la suite, quelques Matsuan eurent des filiales à leur tour, comme le Chû.on-ji.
Sous le nom de Bikunigosho, les temples où entraient des membres de la famille impériale ou de la noblesse se virent conférer un statut particulier; on distingua même ceux particulièrement réservés aux princesses impériales (Kyûmonzeki ou Gokyûshitsu) de ceux affectés aux nobles Gunmonzeki; Gozenshitsu). C'était la première fois au Japon qu'on séparait strictement les moniales d'un rang élevé de leurs soeurs issues du peuple. Il n'existait plus de possibilité d'échapper à son origine sociale et de trouver l'égalité au moins dans la religion.
Les Bikunigosho existeront jusqu'en 1885. Certains sont connus :
Gokyûshitsu :
- le Takenogosho, fondé par la soeur de Mugoku Shigen, Chisen-ni, qui descendait de l'empereur Juntoku. Chisen-ni fut la première supérieure du Tsûgen-ji et, dans sa vieillesse, se retira dans un ermitage situé dans l'enceinte-même du temple, le Takenogosho. Le Takenogosho devint plus tard le Donge-in. Depuis 1951, la supérieure y a ouvert une garderie fréquentée par plus de soixante enfants.
- le Kôshô-in ou Tokiwagosho, dû à la fille de l'empereur Gofushimi, Hongaku-ni.
- le Reikan-ji ou Tanigosho ou Shishigadanigosho fut construit sur l'ordre de l'empereur Gomizunoo (1596-1680). Il est réputa pour sa magnifique collection de poupées (plus de deux cents) apportées par les princesses qui entraient en religion.
- le Rinkyû-ji ou Otowagosho, fondé par la fille de Gomizunoo après la mort de son père, en 1680. - le Chûgû-ji ou Ikarugagosho situé à l'est du Hôryû-ji. Fondé en 607 par Shôtoku Taishi pour sa mère, il fut restauré par Shinnyo-ni, à l'ère Bun.ei (1264-1274).
Gozenshitsu :
- le Sanjichion-ji ou Iriegosho remonte à la princesse Kenshi (fille de l'empereur Gokôgon, 1338-1374) qui le fit construire pour y placer une statue de Zend (moine chinois du 7ème siècle qui enseignait la doctrine de la Terre Pure) qu'avait ramenée Junjô (1166-1227; moine japonais qui étudia en Chine de 1199 à 1211).
- le Hokke-ji (Himurugosho) était autrefois le palais de Fujiwara no Fuhito. Sous l'empereur Shômu, l'impératrice Kômyô le transforma en temple provincial, le principal pour les moniales, qui faisait pendant au Tôdai-ji. L'actuelle desservante, Koga Kôshô, se livre à de nombreuses oeuvres sociales. Elle a donné son soutien à un mouvement en faveur des léproseries du monde entier et a appris le braille pour communiquer avec les aveugles.
- le Zuiryû-ji (Murakumogosho) a été fondé en 1596 par la mère de Toyotomi Hidetsugu.
On ne peut évoquer l'histoire des moniales japonaises à l'époque d'Edo sans penser immédiatement aux "Etokibikuni" de triste réputation. C'étaient à l'origine des nonnes qui parcouraient le pays et rassemblaient des dons. Aux carrefours, elles déployaient des rouleaux où étaient représentés les paradis, ou les enfers, bouddhiques et elles expliquaient la doctrine aux badauds. Ensuite, elles faisaient la quête et poursuivaient leur chemin. Jusque-là, rien de blâmable. Au contraire, elles avaient renoué avec la tradition de l'Inde ancienne et étaient remontées à la source primitive. Mais bientôt, beaucoup d'entre elles profitèrent de la liberté d'une vie errante pour se livrer à des activités moins pieuses, peu aptes à édifier les masses. Tant et si bien que l'appelation "Etokibikuni" devint synonyme de "prostituée". L'apparition des Etokibikuni est une grande tache dans l'histoire des religieuses bouddhistes japonaises. Elles ont jeté le discrédit sur toutes les nonnes, alors qu'elles n'en représentaient qu'une infime minorité, la plupart se consacrant avec zèle à une pratique pure. C'est d'autant plus injuste que les Etokibikuni n'avaient en général pas le droit de se dire religieuses; elles n'avaient fait qu'emprunter l'habit sacré et s'étaient parfois rasé les cheveux pour parfaire l'illusion.
A la fin de la période d'Edo, la corruption des "religieux" devint de plus en plus apparente. Les règles n'existaient plus, semblait-il, que pour être transgressées. Les Japonais en arrivèrent à mépriser les moines et les moniales dans leur ensemble. Ils les considéraient, sans opérer de distinction, comme des créatures indignes et nuisibles. En butte aux sarcasmes et aux critiques de tous, les religieux étaient particulièrement pris à partie par les écrivains populaires, les prêtres shintoïstes et les savants nationalistes. Des temples furent détruits, des moines et nonnes ramenés à l'état laïc, et des statues refondues pour servir à la construction de ... canons ! C'étaient les prémices du mouvement anti-bouddhiste qui sévit dans les premières années de Meiji.
Le blog de MSB. Indications historiques, anecdotiques voire doctrinales sur le bouddhisme.
jeudi 22 novembre 2007
mercredi 21 novembre 2007
Sa Sainteté et son successeur
20 novembre 2007
TOKYO (AP) [1] - Le Dalai Lama pourrait désigner un successeur ou bien s’en remettre à une élection avant sa mort, rompant ainsi avec la tradition, a rapporté mardi un quotidien japonais. Cette décision répondrait aux ordres récents émanant de Chine, selon lesquels elle doit au préalable approuver le leader spirituel du Tibet.
Conformément à des siècles de tradition du Bouddhisme tibétain, la recherche de la réincarnation des lamas, y compris celle du chef spirituel le Dalai Lama, a toujours été menée par des moines tibétains, immédiatement après la mort des leaders.
"Le peuple tibétain ne supporterait pas un successeur choisi par la Chine après ma mort", a indiqué le Dalai Lama au quotidien national Sankei Shimbun, lors d’un voyage au Japon.
"Si le peuple tibétain veut maintenir le système du Dalai Lama, une des possibilités serait de désigner le prochain Dalai Lama de mon vivant", a t-il annoncé durant un entretien.
"Parmi les options en considération, une désignation démocratique par les hauts moines du Bouddhisme tibétain, ou bien la désignation d’un successeur par moi-même", précise t-il.
Le nouvel ordre, imposé en septembre, indique que toutes les futures incarnations des Bouddhas vivants liées au Bouddhisme tibétain "doivent obtenir l’approbation du gouvernement", rapporte Xinhua, l’agence de presse chinoise officielle.
Il prévient aussi les sources extérieures de ne pas "influer" dans le processus de sélection, ajoute l’agence.
Le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala, en Inde, considère la requête chinoise comme une tentative d’intensification de la répression et d’affaiblissement de la culture religieuse dans la région himalayenne.
En 1995, le Dalai Lama désigne Gendun Choekyi Nyima alors âgé de 6 ans, comme étant le 11ème Panchen Lama, la figure la plus élevée du Bouddhisme tibétain après le Dalai Lama. Le garçon et sa famille disparurent peu après, et on n’entendit plus parler d’eux.
Le gouvernement communiste chinois nomma plus tard Gyaltsen Norbu comme 11ème Panchen Lama et déclara que Nyima et sa famille étaient maintenus dans un endroit secret pour leur propre protection.
Sources : AP / Buddhachannel (Hélène, mercredi 21 novembre 2007)
TOKYO (AP) [1] - Le Dalai Lama pourrait désigner un successeur ou bien s’en remettre à une élection avant sa mort, rompant ainsi avec la tradition, a rapporté mardi un quotidien japonais. Cette décision répondrait aux ordres récents émanant de Chine, selon lesquels elle doit au préalable approuver le leader spirituel du Tibet.
Conformément à des siècles de tradition du Bouddhisme tibétain, la recherche de la réincarnation des lamas, y compris celle du chef spirituel le Dalai Lama, a toujours été menée par des moines tibétains, immédiatement après la mort des leaders.
"Le peuple tibétain ne supporterait pas un successeur choisi par la Chine après ma mort", a indiqué le Dalai Lama au quotidien national Sankei Shimbun, lors d’un voyage au Japon.
"Si le peuple tibétain veut maintenir le système du Dalai Lama, une des possibilités serait de désigner le prochain Dalai Lama de mon vivant", a t-il annoncé durant un entretien.
"Parmi les options en considération, une désignation démocratique par les hauts moines du Bouddhisme tibétain, ou bien la désignation d’un successeur par moi-même", précise t-il.
Le nouvel ordre, imposé en septembre, indique que toutes les futures incarnations des Bouddhas vivants liées au Bouddhisme tibétain "doivent obtenir l’approbation du gouvernement", rapporte Xinhua, l’agence de presse chinoise officielle.
Il prévient aussi les sources extérieures de ne pas "influer" dans le processus de sélection, ajoute l’agence.
Le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala, en Inde, considère la requête chinoise comme une tentative d’intensification de la répression et d’affaiblissement de la culture religieuse dans la région himalayenne.
En 1995, le Dalai Lama désigne Gendun Choekyi Nyima alors âgé de 6 ans, comme étant le 11ème Panchen Lama, la figure la plus élevée du Bouddhisme tibétain après le Dalai Lama. Le garçon et sa famille disparurent peu après, et on n’entendit plus parler d’eux.
Le gouvernement communiste chinois nomma plus tard Gyaltsen Norbu comme 11ème Panchen Lama et déclara que Nyima et sa famille étaient maintenus dans un endroit secret pour leur propre protection.
Sources : AP / Buddhachannel (Hélène, mercredi 21 novembre 2007)
On n'arrête pas le progrès...
Voici un sujet de réflexion qui n'est pas près de se tarir. Et vous, qu'en pensez-vous ?
UN MORATOIRE CONTRE LA FABRIQUE DES BEBES TELEPHAGES
(Cf. http://squiggle.be/appel/?petition=2 )
Le lancement d’une nouvelle chaîne de télévision destinée aux enfants de 6 mois à 3 ans pose quatre problèmes graves.
1. Tout d’abord, nous savons aujourd’hui que le développement d’un jeune enfant passe par la motricité et la capacité d’interagir avec les différents objets qu’il rencontre. Alors que l’interactivité est intrapsychique chez l’adulte et l’enfant grand, elle a encore besoin de s’appuyer sur le corps et la sensori-motricité chez l’enfant jeune. L’intelligence, à cet âge, est en effet plus corporelle (sensori - motrice) que imagée ou conceptuelle. Il est à craindre que le temps passé par l’enfant devant les émissions d’une chaîne de télévision - qui rassurera les parents parce qu’elle est présentée comme fabriquée pour les tout-petits – ne l’éloigne des activités motrices, exploratoires et interhumaines, fondamentales pour son développement à cet âge.
2. Nous savons aussi que l’enfant ne se développe, et n’établit une relation satisfaisante au monde qui l’entoure, que s’il peut se percevoir comme un agent de transformation de celui-ci. C’est ce qu’il fait quand il manipule de petits objets autour de lui. Il est à craindre que l’installation d’un tout-petit devant un écran ne réduise son sentiment de pouvoir agir sur le monde et ne l’enkyste dans un statut de spectateur du monde.
3. Alors que les programmes proposés par cette chaîne existent déjà sous la forme de DVD, qui ont l’avantage de proposer une durée limitée, il est à craindre que la création d’une chaîne émettant en continu 24 heures sur 24 n’incite les parents à l’utiliser comme un moyen facile d’endormir leur enfant. Tous les parents savent comme le coucher d’un tout-petit est difficile : il rappelle, les parents y retournent, puis quittent sa chambre… pour revenir un peu plus tard, attirés par de nouveaux cris. Beaucoup de parents risquent d’être tentés par l’installation de la télévision dans la chambre de leur tout-petit comme un moyen de faciliter l’endormissement de celui-ci.
4. De nombreux travaux d’éthologie, y compris appliqués à la relation mère enfant, ont montré combien l’être humain est capable de s’accrocher aux éléments les plus présents de son environnement, dès les débuts de la vie, et notamment à ceux dont il a l’impression qu’ils le regardent. Il est à craindre que de jeunes enfants confrontés sans cesse aux écrans ne développent une relation d’attachement à eux qui les « scotchent » indépendamment de tout contenu. Ces enfants ne pourraient se sentir « bien au monde » - autrement dit sécurisés - que si l’un de ces fameux écrans est allumé près d’eux. L’argument qui consiste à dire que cette chaîne ne contient pas de publicité est particulièrement fallacieux de ce point de vue : les publicistes se rattraperont après, quand l’enfant plus grand ne pourra plus se passer d’une présence permanente d’un écran allumé à côté de lui.
En conclusion : cette chaîne, évidemment lancée pour les actionnaires, risque de séduire certains parents. Mais ce n’est certainement pas pour le bénéfice des enfants qui seront installés devant elle. A une époque où on parle beaucoup d’écologie, prenons conscience que protéger nos enfants du risque de développer une forme d’attachement à un écran lumineux est une forme d’écologie de l’esprit.
C’est pourquoi il est urgent de se mobiliser pour la création d’un moratoire qui interdise à de telles chaînes de diffuser des programmes pour tout petits en continu, 24H sur 24, avant que nous en sachions un peu plus sur les relations du jeune enfant et des écrans.
Cet appel est lancé à l'initiative de
Serge Tisseron (Psychiatre, psychanalyste et Directeur de recherches à l'Université Paris X) avec Pr Pierre Delion (Chef de service de pédopsychiatrie au CHU de Lille), Philippe Duval (Psychologue Clinicien, Directeur de Publication du Jounal des Professionnels de l'Enfance), Sylviane Giampino (Psychanalyste, psychologue petite enfance, fondatrice d’A.NA.PSY.p.e.), Pr Bernard Golse (Chef de service de pédopsychiatrie CHU Necker-enfants malades, professeur Université Paris V), Vincent Magos (Psychanalyste, responsable de la Coordination de l'aide aux victimes de maltraitances - Belgique) et Pr Marie-Rose Moro (Chef de service au Centre Hospitalier Universitaire Avicenne).
Cet appel est également soutenu par les organismes suivants: Association des psychologues freudiens - Collectif Interassociatif Enfance et Média (CIEM) - Bien-traitance, formation et recherche - Fédération Nationale des Educateurs de Jeunes Enfants - Syndicat National des Médecins de Protection Maternelle et Infantile (SNMPMI).
UN MORATOIRE CONTRE LA FABRIQUE DES BEBES TELEPHAGES
(Cf. http://squiggle.be/appel/?petition=2 )
Le lancement d’une nouvelle chaîne de télévision destinée aux enfants de 6 mois à 3 ans pose quatre problèmes graves.
1. Tout d’abord, nous savons aujourd’hui que le développement d’un jeune enfant passe par la motricité et la capacité d’interagir avec les différents objets qu’il rencontre. Alors que l’interactivité est intrapsychique chez l’adulte et l’enfant grand, elle a encore besoin de s’appuyer sur le corps et la sensori-motricité chez l’enfant jeune. L’intelligence, à cet âge, est en effet plus corporelle (sensori - motrice) que imagée ou conceptuelle. Il est à craindre que le temps passé par l’enfant devant les émissions d’une chaîne de télévision - qui rassurera les parents parce qu’elle est présentée comme fabriquée pour les tout-petits – ne l’éloigne des activités motrices, exploratoires et interhumaines, fondamentales pour son développement à cet âge.
2. Nous savons aussi que l’enfant ne se développe, et n’établit une relation satisfaisante au monde qui l’entoure, que s’il peut se percevoir comme un agent de transformation de celui-ci. C’est ce qu’il fait quand il manipule de petits objets autour de lui. Il est à craindre que l’installation d’un tout-petit devant un écran ne réduise son sentiment de pouvoir agir sur le monde et ne l’enkyste dans un statut de spectateur du monde.
3. Alors que les programmes proposés par cette chaîne existent déjà sous la forme de DVD, qui ont l’avantage de proposer une durée limitée, il est à craindre que la création d’une chaîne émettant en continu 24 heures sur 24 n’incite les parents à l’utiliser comme un moyen facile d’endormir leur enfant. Tous les parents savent comme le coucher d’un tout-petit est difficile : il rappelle, les parents y retournent, puis quittent sa chambre… pour revenir un peu plus tard, attirés par de nouveaux cris. Beaucoup de parents risquent d’être tentés par l’installation de la télévision dans la chambre de leur tout-petit comme un moyen de faciliter l’endormissement de celui-ci.
4. De nombreux travaux d’éthologie, y compris appliqués à la relation mère enfant, ont montré combien l’être humain est capable de s’accrocher aux éléments les plus présents de son environnement, dès les débuts de la vie, et notamment à ceux dont il a l’impression qu’ils le regardent. Il est à craindre que de jeunes enfants confrontés sans cesse aux écrans ne développent une relation d’attachement à eux qui les « scotchent » indépendamment de tout contenu. Ces enfants ne pourraient se sentir « bien au monde » - autrement dit sécurisés - que si l’un de ces fameux écrans est allumé près d’eux. L’argument qui consiste à dire que cette chaîne ne contient pas de publicité est particulièrement fallacieux de ce point de vue : les publicistes se rattraperont après, quand l’enfant plus grand ne pourra plus se passer d’une présence permanente d’un écran allumé à côté de lui.
En conclusion : cette chaîne, évidemment lancée pour les actionnaires, risque de séduire certains parents. Mais ce n’est certainement pas pour le bénéfice des enfants qui seront installés devant elle. A une époque où on parle beaucoup d’écologie, prenons conscience que protéger nos enfants du risque de développer une forme d’attachement à un écran lumineux est une forme d’écologie de l’esprit.
C’est pourquoi il est urgent de se mobiliser pour la création d’un moratoire qui interdise à de telles chaînes de diffuser des programmes pour tout petits en continu, 24H sur 24, avant que nous en sachions un peu plus sur les relations du jeune enfant et des écrans.
Cet appel est lancé à l'initiative de
Serge Tisseron (Psychiatre, psychanalyste et Directeur de recherches à l'Université Paris X) avec Pr Pierre Delion (Chef de service de pédopsychiatrie au CHU de Lille), Philippe Duval (Psychologue Clinicien, Directeur de Publication du Jounal des Professionnels de l'Enfance), Sylviane Giampino (Psychanalyste, psychologue petite enfance, fondatrice d’A.NA.PSY.p.e.), Pr Bernard Golse (Chef de service de pédopsychiatrie CHU Necker-enfants malades, professeur Université Paris V), Vincent Magos (Psychanalyste, responsable de la Coordination de l'aide aux victimes de maltraitances - Belgique) et Pr Marie-Rose Moro (Chef de service au Centre Hospitalier Universitaire Avicenne).
Cet appel est également soutenu par les organismes suivants: Association des psychologues freudiens - Collectif Interassociatif Enfance et Média (CIEM) - Bien-traitance, formation et recherche - Fédération Nationale des Educateurs de Jeunes Enfants - Syndicat National des Médecins de Protection Maternelle et Infantile (SNMPMI).
mardi 20 novembre 2007
Bangladesh !...
A l'intention de Son Excellence Monsieur l'Ambassadeur du Bangladesh
Excellence,
C'est avec une grande émotion que l'Union Bouddhiste de France a pris connaissance de la catastrophe qui a frappé le Bangladesh.
Au nom de la communauté bouddhiste de France, nous voulons, en ces moments difficiles, témoigner de notre profonde compassion et de notre sympathie envers votre peuple et tout particulièrement envers les victimes et leur famille.
L'Union Bouddhiste de France appelle tous ses membres à se rassembler dans la prière et à dédier leurs cérémonies à l'apaisement de toutes ces souffrances.
Nous prions également pour que la communauté internationale se mobilise et puisse apporter rapidement un réconfort aux blessés et aux sans abris.
Nous vous remercions de nous faire connaître les organismes auxquels nos membres pourront faire parvenir leurs dons et marques de solidarité matérielles.
Dans cette épreuve que traverse à nouveau votre pays et votre peuple, nous vous renouvelons, Votre Excellence Monsieur l'Ambassadeur, l'assurance de notre compassion et nos vœux de courage.
Olivier Wang-Genh
président de l'Union Bouddhiste de France
UNION BOUDDHISTE DE FRANCE
Fédération Nationale des Associations Bouddhistes de France
Grande Pagode
Route de la Ceinture du Lac Daumesnil
75012 PARIS
tel / fax / répondeur : 01 42 77 86 17
www.bouddhisme-france.org - e-mail : info@bouddhisme-france.org
Excellence,
C'est avec une grande émotion que l'Union Bouddhiste de France a pris connaissance de la catastrophe qui a frappé le Bangladesh.
Au nom de la communauté bouddhiste de France, nous voulons, en ces moments difficiles, témoigner de notre profonde compassion et de notre sympathie envers votre peuple et tout particulièrement envers les victimes et leur famille.
L'Union Bouddhiste de France appelle tous ses membres à se rassembler dans la prière et à dédier leurs cérémonies à l'apaisement de toutes ces souffrances.
Nous prions également pour que la communauté internationale se mobilise et puisse apporter rapidement un réconfort aux blessés et aux sans abris.
Nous vous remercions de nous faire connaître les organismes auxquels nos membres pourront faire parvenir leurs dons et marques de solidarité matérielles.
Dans cette épreuve que traverse à nouveau votre pays et votre peuple, nous vous renouvelons, Votre Excellence Monsieur l'Ambassadeur, l'assurance de notre compassion et nos vœux de courage.
Olivier Wang-Genh
président de l'Union Bouddhiste de France
UNION BOUDDHISTE DE FRANCE
Fédération Nationale des Associations Bouddhistes de France
Grande Pagode
Route de la Ceinture du Lac Daumesnil
75012 PARIS
tel / fax / répondeur : 01 42 77 86 17
www.bouddhisme-france.org - e-mail : info@bouddhisme-france.org
mercredi 14 novembre 2007
Les chefs de l'école gelugpa
En 1409, Je Rinpoche (c'est-à-dire Je Tsongkhapa, mais dans la tradition tibétaine, il est plus respectueux d'user d'un titre que du nom, d'où acte), Je Rinpoche donc établit le monastère de Ganden, non loin de Lhasa, conformément à une prédiction énoncée par le Bouddha Shakyamouni lorsqu'il reçut un rosaire de cristal des mains d'un jeune garçon - le futur fondateur de l'ordre gelugpa.
Depuis, c'est le "Détenteur du Trône" de Ganden, ou si vous préférez son Abbé, qui est à la tête de l'école. Au Tibet, jusqu'en 1959, le Ganden Tripa était extrêmement respecté, de tous les Tibétains et pas seulement des gelugpa, car il était de notoriété publique que seul un personnage d'un très haut niveau spirituel pouvait impunément accéder à cette charge. Toutes écoles confondues, on n'hésitait pas à traverser le haut plateau pour recevoir de lui l'ordination monastique.
De nos jours qu'en est-il ? L'histoire le dira. Mais nous sommes - hélas - en une période de dégénérescence accélérée, et les grands Maîtres ne font guère recette.
Les tout premiers successeur de Je Rinpoche furent ses disciples principaux, puis de grands Maîtres issus de divers monastères, qui jouissaient d'une telle réputation qu'ils faisaient l'unanimité. Le Ganden Tripa était (et d'ailleurs est toujours) assisté par ses deux prochains successeurs : le Jangste Chöje et le Shartse Chöje qui sont dans l'attente les supérieurs des deux collèges de Ganden et acccèdent en alternance au Trône de Ganden. Le système fonctionna sans heurt jusqu'au début du XVIIème siècle, plus exactement jusqu'au 36ème Ganden Tripa.
Né dans le Kongpo oriental, Tenzin Legshe avait successivement étudié à Dagpo Datsang, Sera Med et Gyudmed Datsang. Après avoir été abbé du collège tantrique, il fut intronisé Jangtsé Chöje puis Ganden Tripa en 1638. Il assumait cette fonction depuis sept ans lorsqu'il provoqua involontairement des troubles tels qu'il dut s'enfuir dans le Khams, à Chödong Pälbargön puis à Dru dans le Kongpo, où il décèda.
L'origine du problème ? C'est que Tenzin Legshe était Kongpowa. Or, les personnes de cette région qui entrent à Ganden ont le choix entre les deux collèges. Aucune règle ne leur impose d'entrer dans l'un ou l'autre. Par conséquent, certains en vinrent à dire que, comme Tenzin Legshe était d'une certaine manière affilié également à Shartse Datsang et qu'il représentait autant ce collège que l'autre (Jangtse), il n'était pas obligatoire que lui succédât le Sharpa Chöje. La situation s'envenima au point que les moines de Shartse prirent les armes pour s'emparer du Trône et y installer leur candidat ! Effectivement, Gedun Rinchen (alias Gedun Gyältsen) fut intronisé en 1644.
Pour éviter que de tels désordres ne se renouvellent, le dirigeant de l'époque, Depa Tsangpa édicta alors un certain nombre de mesures, qui restent appliquée de nos jours par les Tibétains en exil :
- alternance systématique entre Jangtse et Shartse ;
; - durée maximale de la fonction fixée à sept ans ;
- Ganden tripa issus exclusivement des deux collèges tantriques;
- nomination promulguée par le gouvernement tibétain ;
- première phase de l'intronisation obligatoirement au Palais du Dalaï-Lama; deuxième phase à Ganden.
Au Tibet, entre les deux cérémonies d'intronisation, le Ganden Tripa devait faire une halte en chemin chez une famille dénommée Tsangthog : autrefois, Je Rinpoche y avait moulu de l'orge, et son successeur devait faire de même avec du grain fourni par le gouvernement. La quantité obtenue était soigneusement examinée car elle indiquait un bon ou moins bon présage. Il faut dire que la meule à utiliser est en pierre, extrêmement lourde, et donc peu maniable, surtout pour une personne qui est par définition déjà âgée et souvent peu coutumière des tâches manuelles : le simple fait de réussir à manipuler un tel objet démontrait déjà des qualités hors du commun...
Depuis, c'est le "Détenteur du Trône" de Ganden, ou si vous préférez son Abbé, qui est à la tête de l'école. Au Tibet, jusqu'en 1959, le Ganden Tripa était extrêmement respecté, de tous les Tibétains et pas seulement des gelugpa, car il était de notoriété publique que seul un personnage d'un très haut niveau spirituel pouvait impunément accéder à cette charge. Toutes écoles confondues, on n'hésitait pas à traverser le haut plateau pour recevoir de lui l'ordination monastique.
De nos jours qu'en est-il ? L'histoire le dira. Mais nous sommes - hélas - en une période de dégénérescence accélérée, et les grands Maîtres ne font guère recette.
Les tout premiers successeur de Je Rinpoche furent ses disciples principaux, puis de grands Maîtres issus de divers monastères, qui jouissaient d'une telle réputation qu'ils faisaient l'unanimité. Le Ganden Tripa était (et d'ailleurs est toujours) assisté par ses deux prochains successeurs : le Jangste Chöje et le Shartse Chöje qui sont dans l'attente les supérieurs des deux collèges de Ganden et acccèdent en alternance au Trône de Ganden. Le système fonctionna sans heurt jusqu'au début du XVIIème siècle, plus exactement jusqu'au 36ème Ganden Tripa.
Né dans le Kongpo oriental, Tenzin Legshe avait successivement étudié à Dagpo Datsang, Sera Med et Gyudmed Datsang. Après avoir été abbé du collège tantrique, il fut intronisé Jangtsé Chöje puis Ganden Tripa en 1638. Il assumait cette fonction depuis sept ans lorsqu'il provoqua involontairement des troubles tels qu'il dut s'enfuir dans le Khams, à Chödong Pälbargön puis à Dru dans le Kongpo, où il décèda.
L'origine du problème ? C'est que Tenzin Legshe était Kongpowa. Or, les personnes de cette région qui entrent à Ganden ont le choix entre les deux collèges. Aucune règle ne leur impose d'entrer dans l'un ou l'autre. Par conséquent, certains en vinrent à dire que, comme Tenzin Legshe était d'une certaine manière affilié également à Shartse Datsang et qu'il représentait autant ce collège que l'autre (Jangtse), il n'était pas obligatoire que lui succédât le Sharpa Chöje. La situation s'envenima au point que les moines de Shartse prirent les armes pour s'emparer du Trône et y installer leur candidat ! Effectivement, Gedun Rinchen (alias Gedun Gyältsen) fut intronisé en 1644.
Pour éviter que de tels désordres ne se renouvellent, le dirigeant de l'époque, Depa Tsangpa édicta alors un certain nombre de mesures, qui restent appliquée de nos jours par les Tibétains en exil :
- alternance systématique entre Jangtse et Shartse ;
; - durée maximale de la fonction fixée à sept ans ;
- Ganden tripa issus exclusivement des deux collèges tantriques;
- nomination promulguée par le gouvernement tibétain ;
- première phase de l'intronisation obligatoirement au Palais du Dalaï-Lama; deuxième phase à Ganden.
Au Tibet, entre les deux cérémonies d'intronisation, le Ganden Tripa devait faire une halte en chemin chez une famille dénommée Tsangthog : autrefois, Je Rinpoche y avait moulu de l'orge, et son successeur devait faire de même avec du grain fourni par le gouvernement. La quantité obtenue était soigneusement examinée car elle indiquait un bon ou moins bon présage. Il faut dire que la meule à utiliser est en pierre, extrêmement lourde, et donc peu maniable, surtout pour une personne qui est par définition déjà âgée et souvent peu coutumière des tâches manuelles : le simple fait de réussir à manipuler un tel objet démontrait déjà des qualités hors du commun...
dimanche 11 novembre 2007
Les nonnes de Muromachi
NONNES JAPONAISES à l'époque de MUROMACHI (1334-1602) : "Les communautés monastiques et le pouvoir"
Les nouvelles écoles religieuses fondées à l'époque de Kamakura se propagent peu à peu. L'idée que cette période est celle de la dégénérescence s'accentue et entraîne la prospérité du Bouddhisme populaire où l'on prône une foi aveugle et où les pratiques sont d'une extrême simplicité.
Pourtant, l'école qui connaît le plus grand succès est bien le Zen (moins accessible) grâce à la conversion du Shôgun Ashikaga imité par les guerriers des provinces. La rigueur et l'esprit d'ascèse exaltés par le Zen convenaient parfaitement à ces hommes rudes et renforça leurs tendances à la maîtrise de soi et au sacrifice. Protégé par les Ashikaga, le Zen occupa rapidement une position comparable à celles du Tendai et du Shingon à l'époque de Heian. Le système des temples principaux fut établi à Kyôto et à Kamakura.
Parallèlement à ceux des moines, on choisit cinq Amaderagozan (communautés de moniales), dans la branche Rinzai.
A Kyôto :
- le Keiai-ji fondé par Nyodai-ni;
- le Tsûgen-ji construit par Chisen-ni soeur de Mukyoku Shigen (deuxième supérieur du Tenryû-ji);
- le Danrin-ji fondé par Gikû à la demande de l'impératrice Danrin (Tachibana no Kachiko). Le Danrin-ji fut plus tard détruit et, sur ses ruines, Ashikaga Taka.uji (1305-1358) fit édifier le Tenryû-ji.
- le Gônen-ji (fondateur inconnu);
- le Erin-ji fondé en 1330 par un inconnu. Il fut brûlé en 1582 par Oda Nobunaga. On y trouve la tombe de Takeda Shigen (1521-1573) .
A Kamakura :
- le Taihei-ji, restauré par Seikei-ni (descendante de Ashikaka Moto.uji); il fut plus tard réuni au Tôkei-ji.
- le Tôkei-ji fondé par Gakuzan en 1286;
- le Kokuon-ji;
- le Gohô-ji;
- le Zenmyô-ji.
De ces trois derniers, il ne reste que des ruines.
Ces temples se développèrent et de nombreuses moniales s'y retirèrent pour y vivre dans toute la rigueur propre au Zen. Imitant les impératrices, les femmes du clan Ashikaga entrèrent en religion : Yôdô-ni, fille de l'empereur Godaigo, devint la cinquième supérieure du Tôkei-ji. Lui succédèrent à un certain intervalle : Kyokuzan-ni, fille de Ashikaga Yoshiaki (17ème supérieure du Tôkei-ji), puis Shôtai-ni (fille de Mochiuji), Shôzen-ni (fille de Shigeuji), Seigaku-ni (fille de Yoshiaki).
Le Tôkei-ji était un temple indépendant qui jouissait de privilèges spéciaux par décret impérial. A cette époque où les femmes étaient méprisées, rabaissées, n'avaient que le droit d'obéir et de servir leur époux, le Tôkei-ji était l'unique asile où pouvaient se réfugier les malheureuses incapables de supporter plus longtemps la brutalité ou la débauche de leur mari.
L'enceinte du Tôkei-ji était interdite aux hommes; c'était une sorte d'organisme pour la "protection de la femme". C'est ainsi que commença au Japon la tradition d'entrer en religion pour les femmes qui désiraient se séparer de leur époux; c'était la seule procédure de divorce qui leur sera permise pendant longtemps.
Trois religieuses se sont illustrées à cette époque : Shuetsu-ni, Seijun-ni, Shûyô-ni.
Shuetsu-ni, déplorant l'état de délabrement dans lequel se trouvait le pont sacré d'Ise, quêta des fonds à travers le pays entier pour le faire restaurer. Elle fut la première supérieure du Keikô (temple autonome de l'école Rinzai, construit à la fin de l'époque de Muromachi à Ise).
Seijun-ni effectua les travaux de réfection du grand sanctuaire d'Ise, ce qui n'avait pas été entrepris depuis cent trente ans, et fut la troisième supérieure du Keikô-in.
Shûyô-ni, qui lui succéda, recueillit des dons pour achever la construction des deux sanctuaires et accomplit des travaux de rénovation. Le pont qui enjambe la rivière Uji avait été détruit par un incendie; elle veilla à son remplacement et, quand il fut achevé, célébra sa consécration.
Toutes trois ont accompli de grandes tâches nationales, plus que bien des hommes. En récompense, les supérieures du Keikô-in ont reçu le titre de "Shônin" (Saint) et l'autorisation de porter l'habit violet (réservé aux dignitaires).
A la fin de la période de Muromachi, des changements s'annoncent. Le pouvoir des Ashikaga est tombé dans la décadence et les rênes du pays vont bient8t passer dans d'autres mains. L'époque Momoyama (1568-1603) voit l'émergence d'hommes. forts qui vont essayer d'unifier le Japon sous leur férule. Oda Nobunaga (1534-1582) et Toyotomi Hideyoshi (1536-1598) veulent créer un état centralisa- et stable; il est hors de question pour eux de laisser libre cours à la contestation car ils tiennent avant tout à l'Ordre (mot-clé sous le Bakufu d'Edo). Le plus simple étant d'empêcher de nuire ceux qui auraient la possibilité de créer des troubles, les privilèges des communautés religieuses (trop puissantes et, donc, trop dangereuses) sont supprimés. Ceux qui tentent de résister s'en repentent vite : de sanglantes répressions sont menées contre le Mont Hiei (en 1571, Nobunaga fait raser le Enryaku-ji), le Mont Kôya (en 1581) et le Kôfuku-ji (en 1580). Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi montraient la voie à leurs successeurs qui adoptèrent la même politique.
Les nouvelles écoles religieuses fondées à l'époque de Kamakura se propagent peu à peu. L'idée que cette période est celle de la dégénérescence s'accentue et entraîne la prospérité du Bouddhisme populaire où l'on prône une foi aveugle et où les pratiques sont d'une extrême simplicité.
Pourtant, l'école qui connaît le plus grand succès est bien le Zen (moins accessible) grâce à la conversion du Shôgun Ashikaga imité par les guerriers des provinces. La rigueur et l'esprit d'ascèse exaltés par le Zen convenaient parfaitement à ces hommes rudes et renforça leurs tendances à la maîtrise de soi et au sacrifice. Protégé par les Ashikaga, le Zen occupa rapidement une position comparable à celles du Tendai et du Shingon à l'époque de Heian. Le système des temples principaux fut établi à Kyôto et à Kamakura.
Parallèlement à ceux des moines, on choisit cinq Amaderagozan (communautés de moniales), dans la branche Rinzai.
A Kyôto :
- le Keiai-ji fondé par Nyodai-ni;
- le Tsûgen-ji construit par Chisen-ni soeur de Mukyoku Shigen (deuxième supérieur du Tenryû-ji);
- le Danrin-ji fondé par Gikû à la demande de l'impératrice Danrin (Tachibana no Kachiko). Le Danrin-ji fut plus tard détruit et, sur ses ruines, Ashikaga Taka.uji (1305-1358) fit édifier le Tenryû-ji.
- le Gônen-ji (fondateur inconnu);
- le Erin-ji fondé en 1330 par un inconnu. Il fut brûlé en 1582 par Oda Nobunaga. On y trouve la tombe de Takeda Shigen (1521-1573) .
A Kamakura :
- le Taihei-ji, restauré par Seikei-ni (descendante de Ashikaka Moto.uji); il fut plus tard réuni au Tôkei-ji.
- le Tôkei-ji fondé par Gakuzan en 1286;
- le Kokuon-ji;
- le Gohô-ji;
- le Zenmyô-ji.
De ces trois derniers, il ne reste que des ruines.
Ces temples se développèrent et de nombreuses moniales s'y retirèrent pour y vivre dans toute la rigueur propre au Zen. Imitant les impératrices, les femmes du clan Ashikaga entrèrent en religion : Yôdô-ni, fille de l'empereur Godaigo, devint la cinquième supérieure du Tôkei-ji. Lui succédèrent à un certain intervalle : Kyokuzan-ni, fille de Ashikaga Yoshiaki (17ème supérieure du Tôkei-ji), puis Shôtai-ni (fille de Mochiuji), Shôzen-ni (fille de Shigeuji), Seigaku-ni (fille de Yoshiaki).
Le Tôkei-ji était un temple indépendant qui jouissait de privilèges spéciaux par décret impérial. A cette époque où les femmes étaient méprisées, rabaissées, n'avaient que le droit d'obéir et de servir leur époux, le Tôkei-ji était l'unique asile où pouvaient se réfugier les malheureuses incapables de supporter plus longtemps la brutalité ou la débauche de leur mari.
L'enceinte du Tôkei-ji était interdite aux hommes; c'était une sorte d'organisme pour la "protection de la femme". C'est ainsi que commença au Japon la tradition d'entrer en religion pour les femmes qui désiraient se séparer de leur époux; c'était la seule procédure de divorce qui leur sera permise pendant longtemps.
Trois religieuses se sont illustrées à cette époque : Shuetsu-ni, Seijun-ni, Shûyô-ni.
Shuetsu-ni, déplorant l'état de délabrement dans lequel se trouvait le pont sacré d'Ise, quêta des fonds à travers le pays entier pour le faire restaurer. Elle fut la première supérieure du Keikô (temple autonome de l'école Rinzai, construit à la fin de l'époque de Muromachi à Ise).
Seijun-ni effectua les travaux de réfection du grand sanctuaire d'Ise, ce qui n'avait pas été entrepris depuis cent trente ans, et fut la troisième supérieure du Keikô-in.
Shûyô-ni, qui lui succéda, recueillit des dons pour achever la construction des deux sanctuaires et accomplit des travaux de rénovation. Le pont qui enjambe la rivière Uji avait été détruit par un incendie; elle veilla à son remplacement et, quand il fut achevé, célébra sa consécration.
Toutes trois ont accompli de grandes tâches nationales, plus que bien des hommes. En récompense, les supérieures du Keikô-in ont reçu le titre de "Shônin" (Saint) et l'autorisation de porter l'habit violet (réservé aux dignitaires).
A la fin de la période de Muromachi, des changements s'annoncent. Le pouvoir des Ashikaga est tombé dans la décadence et les rênes du pays vont bient8t passer dans d'autres mains. L'époque Momoyama (1568-1603) voit l'émergence d'hommes. forts qui vont essayer d'unifier le Japon sous leur férule. Oda Nobunaga (1534-1582) et Toyotomi Hideyoshi (1536-1598) veulent créer un état centralisa- et stable; il est hors de question pour eux de laisser libre cours à la contestation car ils tiennent avant tout à l'Ordre (mot-clé sous le Bakufu d'Edo). Le plus simple étant d'empêcher de nuire ceux qui auraient la possibilité de créer des troubles, les privilèges des communautés religieuses (trop puissantes et, donc, trop dangereuses) sont supprimés. Ceux qui tentent de résister s'en repentent vite : de sanglantes répressions sont menées contre le Mont Hiei (en 1571, Nobunaga fait raser le Enryaku-ji), le Mont Kôya (en 1581) et le Kôfuku-ji (en 1580). Oda Nobunaga et Toyotomi Hideyoshi montraient la voie à leurs successeurs qui adoptèrent la même politique.
Marche silencieuse pour la Birmanie
COMMUNIQUE DE PRESSE
Près de vingt ans se sont écoulés depuis la dernière oppression violente visible en Birmanie. Vingt années durant lesquelles le pays a plongé dans une pauvreté et une misère toujours plus oppressantes.
En septembre 2007, la communauté monastique bouddhiste a décidé de faire porter la voix de son peuple à genou. En silence et en prière, ils et elles ont marché à travers tout le pays afin de témoigner de leur solidarité, mais surtout pour en appeler à témoin le monde, et ainsi obtenir l'engagement de la junte à dialoguer loyalement avec le peuple.
Les images ont parlé d'elles-mêmes : des milliers d'arrestations, de tortures et un nombre indéfini de morts.
Tandis qu'un calme effrayant est revenu sur le pays, il est plus que jamais nécessaire de continuer la marche initiée par ces moines et nonnes non violents, afin que leur action ne tombe pas dans l'oubli et le silence médiatique.
Un comité de soutien international et interreligieux aux opprimés birmans, constitué autour de Buddhachannel appelle :
COMMUNAUTES RELIGIEUSES ET LAIQUES
ASSOCIATIONS
CITOYENS
à se joindre pour un grand rassemblement sous le signe de la solidarité , la compassion et la fraternité.
GRANDE MARCHE SILENCIEUSE
Samedi 17 novembre – 18H
Au Trocadéro, à Paris
APPORTEZ VOTRE SOURCE DE LUMIERE EN HOMMAGE AUX OPPRIMES DE BIRMANIE
Avec chacun une bougie à la main, ravivons la flamme de l'espoir.
Contact Presse
marchebirmane@yahoo.fr
Près de vingt ans se sont écoulés depuis la dernière oppression violente visible en Birmanie. Vingt années durant lesquelles le pays a plongé dans une pauvreté et une misère toujours plus oppressantes.
En septembre 2007, la communauté monastique bouddhiste a décidé de faire porter la voix de son peuple à genou. En silence et en prière, ils et elles ont marché à travers tout le pays afin de témoigner de leur solidarité, mais surtout pour en appeler à témoin le monde, et ainsi obtenir l'engagement de la junte à dialoguer loyalement avec le peuple.
Les images ont parlé d'elles-mêmes : des milliers d'arrestations, de tortures et un nombre indéfini de morts.
Tandis qu'un calme effrayant est revenu sur le pays, il est plus que jamais nécessaire de continuer la marche initiée par ces moines et nonnes non violents, afin que leur action ne tombe pas dans l'oubli et le silence médiatique.
Un comité de soutien international et interreligieux aux opprimés birmans, constitué autour de Buddhachannel appelle :
COMMUNAUTES RELIGIEUSES ET LAIQUES
ASSOCIATIONS
CITOYENS
à se joindre pour un grand rassemblement sous le signe de la solidarité , la compassion et la fraternité.
GRANDE MARCHE SILENCIEUSE
Samedi 17 novembre – 18H
Au Trocadéro, à Paris
APPORTEZ VOTRE SOURCE DE LUMIERE EN HOMMAGE AUX OPPRIMES DE BIRMANIE
Avec chacun une bougie à la main, ravivons la flamme de l'espoir.
Contact Presse
marchebirmane@yahoo.fr
vendredi 26 octobre 2007
De la normalité
Autrefois, en Inde - ou ailleurs, peu importe - vivaient en paix un roi et son peuple. Il advint que la fontaine à laquelle les sujets s'alimentaient fut empoisonnée par une substance telle que quiconque buvait de cette eau était promptement atteint de folie. Le roi quant à lui avait le privilège d'une source personnelle aux eaux limpides et (surtout) pures.
Que croyez-vous qu'il arriva ?
Le roi, qui était le seul personnage du royaume à être demeuré sain d'esprit, fut déclaré ... fou par ses compatriotes !
Que croyez-vous qu'il arriva ?
Le roi, qui était le seul personnage du royaume à être demeuré sain d'esprit, fut déclaré ... fou par ses compatriotes !
Plan de vie
Un geshe tibétain décrivit de la sorte le cheminement spirituel :
"Au début, le lama est un lama. Ensuite, le lama, ce sont les textes. Enfin, le lama, c'est notre esprit !"
Impossible de pratiquer le bouddhisme sans Maître. Paradoxalement, celui-ci fera tout pour rendre son élève autonome. Mais contrairement à la relation filiale, ici, il n'est en aucun cas question de prendre son autonomie "en se séparant" ou "en se détachant" de l'éducateur. Au contraire, plus la relation devient proche et mieux c'est. La relation spirituelle s'entend, qui n'exige pas une proximité spatiale. Et qui dépasse les frontières du temp. Je suis toujours étonnée pour ne pas dire choquée quand j'entends utiliser l'expression "son/mon ancien Maître" sous prétexte que ledit Maître aurait transmigré : il n'en reste pas moins le Guide que l'on s'est choisi et que l'on a décidé de suivre, toute sa vie - toutes ses vies même.
Peu de temps avant de quitter un corps désormais trop usé, le Père des kadampa, Dromtönpa, aurait ainsi réconforté ses disciples éplorés : "Ne pleurez pas. Et quand je ne serai plus présent parmi vous, prenez le Tripitaka comme maître."
Le Tripitaka ? Eh bien, c'est ce qu'on dénomme en français "les Trois Corbeilles", à savoir les Enseignements du Bouddha, répartis par thèmes en trois collections : les sutra, le vinaya et l'abhidharma.
Ainsi, dès lors que l'on suit correctement un maître (humain), il importerait d'apprendre à le retrouver dans les enseignements (transcrits dans les textes), et finalement en soi-même, c'est-à-dire en son propre esprit : en réalisant l'état de Bouddha, on réalise aussi la nature du Maître. Le Bouddha n'exhortait-il pas ses auditeurs à chercher en eux-mêmes protection et refuge, et à devenir leur propre maître ?
"Au début, le lama est un lama. Ensuite, le lama, ce sont les textes. Enfin, le lama, c'est notre esprit !"
Impossible de pratiquer le bouddhisme sans Maître. Paradoxalement, celui-ci fera tout pour rendre son élève autonome. Mais contrairement à la relation filiale, ici, il n'est en aucun cas question de prendre son autonomie "en se séparant" ou "en se détachant" de l'éducateur. Au contraire, plus la relation devient proche et mieux c'est. La relation spirituelle s'entend, qui n'exige pas une proximité spatiale. Et qui dépasse les frontières du temp. Je suis toujours étonnée pour ne pas dire choquée quand j'entends utiliser l'expression "son/mon ancien Maître" sous prétexte que ledit Maître aurait transmigré : il n'en reste pas moins le Guide que l'on s'est choisi et que l'on a décidé de suivre, toute sa vie - toutes ses vies même.
Peu de temps avant de quitter un corps désormais trop usé, le Père des kadampa, Dromtönpa, aurait ainsi réconforté ses disciples éplorés : "Ne pleurez pas. Et quand je ne serai plus présent parmi vous, prenez le Tripitaka comme maître."
Le Tripitaka ? Eh bien, c'est ce qu'on dénomme en français "les Trois Corbeilles", à savoir les Enseignements du Bouddha, répartis par thèmes en trois collections : les sutra, le vinaya et l'abhidharma.
Ainsi, dès lors que l'on suit correctement un maître (humain), il importerait d'apprendre à le retrouver dans les enseignements (transcrits dans les textes), et finalement en soi-même, c'est-à-dire en son propre esprit : en réalisant l'état de Bouddha, on réalise aussi la nature du Maître. Le Bouddha n'exhortait-il pas ses auditeurs à chercher en eux-mêmes protection et refuge, et à devenir leur propre maître ?
mardi 23 octobre 2007
Dagpo Datsang
De tous les monastères gelugpa non tantriques, c'est incontestablement le collège philosophique de Dagpo Datsang qui a l'organisation la plus proche de celle du collège tantrique de Gyudmed.
Egalement appelé Dvags-po bshad-grub-gling ou encore Lam-rim grva-tshang , ce collège a été fondé par Je Lodrö Tänpa (Blo-gros brtan-pa ; 1402-1478), originaire duTsang. Ce maître fut disciple de Jé Tsongkhapa qui le bénit en lui posant sur la tête son Grand Lamrim, et l'invita à établir un monastère dévolu à cet enseignement. C'est ce qu'il fit au Dagpo après avoir été abbé du collège Khupe à Sangphu et de Jangtse à Ganden.
Il reprit textuellement la règle conçue par Sherab Senge et adopta le rythme annuel itinérant : les moines de Dapo Datsang, jusqu'en 1959, ne résidaient au siège que durant la session d'automne. Ils passaient celle d'hiver à Or, près de Bamchös, celle de printemps à E et celle d'été à Chökhor Gyäl, fondé par le deuxième Dalaï-lama, qui fut abbé du collège et lui donna ses mélodies particulières.
Comme à Gyudmed, au Tibet les moines dormaient tous ensemble dans le temple, et les lam (sprul-sku) ne bénéficient de guère d'autres privilèges que de celui de devoir étudier plus encore pour ne pas décevoir les espoirs que l'on a mis en eux.
Les abbés sont nommés pour trois ans. Chaque année trois à six moines passent les examens terminaux en philosophie, devenant "geshe", ou plus exactement Dvags-po rab-'byams-pa, selon la terminologie du collège. En général ils quittent alors le collège et n'y reviennent que pour y être abbés, ou dispenser des enseignements. Ils ont le choix entre plusieurs possibilités : rentrer dans leur région ou leur monastère d'origine et y enseigner, se retirer dans un ermitage ou entrer à Gyudmed (exceptionnellement, autrefois, à Gyutö). Dagpo Datsang a ainsi fourni cinq abbés à Gyudmed et cinq Ganden Tripa à l'école : les 36ème, 38ème et 52ème par l'intermédiaire de Gyudmed, et les 35ème et 43ème par celui de Gyutö.
Pour en revenir au fondateur, en 1473, Je Lodrô Tänpa confia le collège à son disciple Nagwang Dagpa car lui-même accédait au trône de Ganden. On lui doit de nombreux ouvrages, à propos de pramāṇa et de quatre des traités de Maitreya.
Le monastère du Dagpo comptait environ sept cents moines en 1959, et un peu plus d'une centaine actuellement. Certains de ceux qui avaient réussi à trouver refuge en Inde se sont d'abord regroupés à Bomdila, mais c'est une région d'accès extrêmement restrictif, de sorte que la communauté ne pouvait ni se développer ni recevoir de maîtres extérieurs. En 1982, les moines ont donc déménagé à Mainpat où le Dalaï-lama leur cédait une résidence qui lui avait été offerte, quelques champs et deux vaches. Ils étaient, en 1996, une soixantaine dont vingt à vingt-cinq d'entre eux séjournaient à Mundgod~ pour étudier et débattre à Gomang où ils ont désormais une maison avec un temple et des cellules.
Depuis deux ans, la communauté est installée à Kaïs, dans la vallée de Kullu, après plusieurs années de durs travaux dirigés par l'un de leurs quatre Lama en exil, Lochen Rinpoche arrivé en 1987 après des années de travaux forcés au Tibet - c'est ainsi, sous la férule chinoise, qu'il est devenu menuisier et architecte !
Autrefois, à Bomdila, désormais à Kaïs, à Mainpat ou à Mundgod, les moines de Dagpo Datsang reçoivent l'aide tant matérielle que spirituelle d'un autre de leurs Lama, Dagpo Rinpoche ( Dvags-po rin-po-che Byams-pa rgya-mtsho), né en 1932 et installé en France depuis 1960, qui chaque année leur rend visite, prend connaissance des problèmes, prodigue des conseils, cherche des solutions et prodigue des enseignements.
Le troisième lama, Guru Rinpoche a réussi en 1996 les examens de geshe et est entré aussitôt à Gyudmed, où après avoir accompli la formation ès tantra, il a déjà assumé la fonction de maître de discipline : la tradition se perpétue en dépit des obstacles, et la communauté place beaucoup d'espoir en son quatrième sLama, Losang tenzin (âgé en 2007 de ving-cinq ans environ).
Egalement appelé Dvags-po bshad-grub-gling ou encore Lam-rim grva-tshang , ce collège a été fondé par Je Lodrö Tänpa (Blo-gros brtan-pa ; 1402-1478), originaire duTsang. Ce maître fut disciple de Jé Tsongkhapa qui le bénit en lui posant sur la tête son Grand Lamrim, et l'invita à établir un monastère dévolu à cet enseignement. C'est ce qu'il fit au Dagpo après avoir été abbé du collège Khupe à Sangphu et de Jangtse à Ganden.
Il reprit textuellement la règle conçue par Sherab Senge et adopta le rythme annuel itinérant : les moines de Dapo Datsang, jusqu'en 1959, ne résidaient au siège que durant la session d'automne. Ils passaient celle d'hiver à Or, près de Bamchös, celle de printemps à E et celle d'été à Chökhor Gyäl, fondé par le deuxième Dalaï-lama, qui fut abbé du collège et lui donna ses mélodies particulières.
Comme à Gyudmed, au Tibet les moines dormaient tous ensemble dans le temple, et les lam (sprul-sku) ne bénéficient de guère d'autres privilèges que de celui de devoir étudier plus encore pour ne pas décevoir les espoirs que l'on a mis en eux.
Les abbés sont nommés pour trois ans. Chaque année trois à six moines passent les examens terminaux en philosophie, devenant "geshe", ou plus exactement Dvags-po rab-'byams-pa, selon la terminologie du collège. En général ils quittent alors le collège et n'y reviennent que pour y être abbés, ou dispenser des enseignements. Ils ont le choix entre plusieurs possibilités : rentrer dans leur région ou leur monastère d'origine et y enseigner, se retirer dans un ermitage ou entrer à Gyudmed (exceptionnellement, autrefois, à Gyutö). Dagpo Datsang a ainsi fourni cinq abbés à Gyudmed et cinq Ganden Tripa à l'école : les 36ème, 38ème et 52ème par l'intermédiaire de Gyudmed, et les 35ème et 43ème par celui de Gyutö.
Pour en revenir au fondateur, en 1473, Je Lodrô Tänpa confia le collège à son disciple Nagwang Dagpa car lui-même accédait au trône de Ganden. On lui doit de nombreux ouvrages, à propos de pramāṇa et de quatre des traités de Maitreya.
Le monastère du Dagpo comptait environ sept cents moines en 1959, et un peu plus d'une centaine actuellement. Certains de ceux qui avaient réussi à trouver refuge en Inde se sont d'abord regroupés à Bomdila, mais c'est une région d'accès extrêmement restrictif, de sorte que la communauté ne pouvait ni se développer ni recevoir de maîtres extérieurs. En 1982, les moines ont donc déménagé à Mainpat où le Dalaï-lama leur cédait une résidence qui lui avait été offerte, quelques champs et deux vaches. Ils étaient, en 1996, une soixantaine dont vingt à vingt-cinq d'entre eux séjournaient à Mundgod~ pour étudier et débattre à Gomang où ils ont désormais une maison avec un temple et des cellules.
Depuis deux ans, la communauté est installée à Kaïs, dans la vallée de Kullu, après plusieurs années de durs travaux dirigés par l'un de leurs quatre Lama en exil, Lochen Rinpoche arrivé en 1987 après des années de travaux forcés au Tibet - c'est ainsi, sous la férule chinoise, qu'il est devenu menuisier et architecte !
Autrefois, à Bomdila, désormais à Kaïs, à Mainpat ou à Mundgod, les moines de Dagpo Datsang reçoivent l'aide tant matérielle que spirituelle d'un autre de leurs Lama, Dagpo Rinpoche ( Dvags-po rin-po-che Byams-pa rgya-mtsho), né en 1932 et installé en France depuis 1960, qui chaque année leur rend visite, prend connaissance des problèmes, prodigue des conseils, cherche des solutions et prodigue des enseignements.
Le troisième lama, Guru Rinpoche a réussi en 1996 les examens de geshe et est entré aussitôt à Gyudmed, où après avoir accompli la formation ès tantra, il a déjà assumé la fonction de maître de discipline : la tradition se perpétue en dépit des obstacles, et la communauté place beaucoup d'espoir en son quatrième sLama, Losang tenzin (âgé en 2007 de ving-cinq ans environ).
Libellés :
biographie,
Dagpo Datsang,
Ganden Tripa,
Gyudmed,
histoire,
Lochen Rinpoche,
Tibet
Jamyang Zhèpa Nagwang Tsöndru
'Jam-dbyangs bzhad-pa Ngag-dbang brtson-'grus* (1648-1721) fut l'un des plus grands philosophes tibétains. Auteur prolifique, il a laissé une quinzaine d'œuvres de référence qui continuent à être mémorisés et étudiés dans les monastères philosophiques, en particulier sGo-mang grva-tshang.
Le jeune Amdowa était venu à 21 ans dans le Centre, et était entré à sGo-mang dont l'abbé était alors Blo-gros rgya-mtsho, qui devint ensuite le 44ème dGa'-ldan khri-pa . Il fit aussi bientôt la connaissance de lCang-skya zhabs-drung Ngag-dbang blo-bzang chos-ldan, qui fut pour lui et un ami et un maître.
Dès qu'il eut achevé ses études philosophiques, en 1676, 'Jam-dbyangs bzhad-pa entra lors de la session de Zhogs Gur-smon à rGyud-smad, dont l'abbé était son maître respecté Blo-gros rgya- mtsho. Il y étudia et fit des retraites jusqu'en 1680.
Comme de nombreuses lignées étaient menacées de disparition, 'Jam-dbyangs bzhad-pa et lCang-skya se répartirent la tâche. Le second se rendit à dBen-sa et y recueillit toutes les instructions de la tradition orale de dBen-sa-pa (1505-1566) tandis que le premier recevait les lignages de Srad-rgyud du grand abbé dKon-mchog yar-'phel* (1602-1682) - qui était persuadé que son brillant disciple tant attendu était la réincarnation de son maître dKon-mchog rgya-mtsho.
Quand en 1682, Blo-gros rgya-mtsho fut intronisé dGa'-ldan khri-pa, 'Jam-dbyangs bzhad-pa le rejoignit et resta auprès de lui jusqu'à ce qu'il parte pour la Chine en 1685, recevant de lui à nouveau maints enseignements et initiations.
Pendant ensuite une vingtaine d'années, 'Jam-dbyangs bzhad-pa resta dans le Centre, se consacrant à son tour à la transmission de l'enseignement. Ainsi, en 1699, il conféra à la communauté de rGyud-smad les initiations de Guhyasamāja, Saṃvara et Vajrabhaïrava, et exposa le Lam-rim.
A 61 ans, en 1709, de retour en A-mdo, quand il fonda Bla-brang bkra-shis dkyil, il ne manqua pas de prévoir un collège tantrique (rgyud-pa grva-tshang) sur le modèle de sMad-rgyud. Il désigna d'abord comme abbé et vice-abbé du collège tantrique 'Dan-ma zhabs-drung et Kan-chen Blo-gros rgya-mtsho. Lorsqu'il le réorganisa en 1716 , après avoir nommé Blo-gsal vice-abbé et Phun-tshogs bstan-'dzin maître de chœur, lui-même assuma quelques temps la fonction d'abbé, et fit au chos-rva les enseignements magistraux, du 'Grel-pa bzhi sbrags, et les exposés de mémoire, des deux stages de Guhyasamāja notamment, puis il se fit remplacer par Blo-spal, assisté de Rab-'byams-pa Ngag-dbang qui n'avaient plus qu'à poursuivre son œuvre.
Le jeune Amdowa était venu à 21 ans dans le Centre, et était entré à sGo-mang dont l'abbé était alors Blo-gros rgya-mtsho, qui devint ensuite le 44ème dGa'-ldan khri-pa . Il fit aussi bientôt la connaissance de lCang-skya zhabs-drung Ngag-dbang blo-bzang chos-ldan, qui fut pour lui et un ami et un maître.
Dès qu'il eut achevé ses études philosophiques, en 1676, 'Jam-dbyangs bzhad-pa entra lors de la session de Zhogs Gur-smon à rGyud-smad, dont l'abbé était son maître respecté Blo-gros rgya- mtsho. Il y étudia et fit des retraites jusqu'en 1680.
Comme de nombreuses lignées étaient menacées de disparition, 'Jam-dbyangs bzhad-pa et lCang-skya se répartirent la tâche. Le second se rendit à dBen-sa et y recueillit toutes les instructions de la tradition orale de dBen-sa-pa (1505-1566) tandis que le premier recevait les lignages de Srad-rgyud du grand abbé dKon-mchog yar-'phel* (1602-1682) - qui était persuadé que son brillant disciple tant attendu était la réincarnation de son maître dKon-mchog rgya-mtsho.
Quand en 1682, Blo-gros rgya-mtsho fut intronisé dGa'-ldan khri-pa, 'Jam-dbyangs bzhad-pa le rejoignit et resta auprès de lui jusqu'à ce qu'il parte pour la Chine en 1685, recevant de lui à nouveau maints enseignements et initiations.
Pendant ensuite une vingtaine d'années, 'Jam-dbyangs bzhad-pa resta dans le Centre, se consacrant à son tour à la transmission de l'enseignement. Ainsi, en 1699, il conféra à la communauté de rGyud-smad les initiations de Guhyasamāja, Saṃvara et Vajrabhaïrava, et exposa le Lam-rim.
A 61 ans, en 1709, de retour en A-mdo, quand il fonda Bla-brang bkra-shis dkyil, il ne manqua pas de prévoir un collège tantrique (rgyud-pa grva-tshang) sur le modèle de sMad-rgyud. Il désigna d'abord comme abbé et vice-abbé du collège tantrique 'Dan-ma zhabs-drung et Kan-chen Blo-gros rgya-mtsho. Lorsqu'il le réorganisa en 1716 , après avoir nommé Blo-gsal vice-abbé et Phun-tshogs bstan-'dzin maître de chœur, lui-même assuma quelques temps la fonction d'abbé, et fit au chos-rva les enseignements magistraux, du 'Grel-pa bzhi sbrags, et les exposés de mémoire, des deux stages de Guhyasamāja notamment, puis il se fit remplacer par Blo-spal, assisté de Rab-'byams-pa Ngag-dbang qui n'avaient plus qu'à poursuivre son œuvre.
Libellés :
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Gyudmed,
philosophie,
Tibet
Une Règle empreinte de respect
La tradition du collège tantrique Gyudmed Datsang exige un langage "déférent et poétique" :
- déférent, c'est-à-dire que les termes honorifiques sont préférés aux mots ordinaires (dbu et non mgo, "tête ; phyag et non lag, "main", etc.).
- Le qualificatif "poétique" est en revanche trompeur. Il ne s'agit nullement de s'abandonner au lyrisme, mais de recourir à des techniques de la poétique, comme de s'exprimer d'abord à mots couverts (gab-tshig) ou par allusions (dgar-tshig), pour redresser les fautes commises par les moines, à condition qu'elles ne soient pas trop graves.
Supposons que l'un ou l'autre ait ouvert ou fermé le rideau à contretemps, ou qu'il ait pénétré chaussé dans le temple, ou que - distrait ou somnolent - il ait laissé tomber son bol ou un instrument de musique, notamment un jour de cérémonie importante comme une grande auto-initiation de Guhyasamāja.
Il est du devoir des supérieurs de le reprendre mais, la première fois, à mots couverts : si le contrevenant est un ancien, ils évoquent "quelqu'un parmi les jeunes" ; s'il est assis en début de rangée, il est décrit comme se trouvant à l'extrémité, et ainsi de suite ; le but est que seule la personne concernée puisse comprendre qu'il s'agit d'elle et qu'elle fasse amende honorable.
Si elle néglige de le faire, une deuxième fois les supérieurs font allusion à son infraction de sorte que ses voisins de travée et les membres de sa section locale (thab-tshang gcig-pa, "du même foyer") puisse la reconnaître, mais pas les autres.
Si le fautif présente des excuses après la première ou la deuxième remontrance, l'affaire en reste là.
Pourquoi procéder de la sorte au lieu de le convoquer directement ?
Parce que le bouddhisme prône la compassion et que, par ailleurs, on considère que le contrevenant n'a pas mal agi délibérément, mais sous le coup d'un obstacle. Par conséquent, les deux premières interventions des supérieurs visent à l'aider, et non à le punir, mais si elles restent lettre morte, il s'ensuit une troisième, où ils le morigènent sans plus de détours et prononcent, presque toujours, son renvoi. Les infractions les plus graves entraînent quant à elles l'exclusion immédiate et sans appel : alcool, vol (qu'il soit minime ou important), tabac à chiquer ou à priser, bagarre.
- déférent, c'est-à-dire que les termes honorifiques sont préférés aux mots ordinaires (dbu et non mgo, "tête ; phyag et non lag, "main", etc.).
- Le qualificatif "poétique" est en revanche trompeur. Il ne s'agit nullement de s'abandonner au lyrisme, mais de recourir à des techniques de la poétique, comme de s'exprimer d'abord à mots couverts (gab-tshig) ou par allusions (dgar-tshig), pour redresser les fautes commises par les moines, à condition qu'elles ne soient pas trop graves.
Supposons que l'un ou l'autre ait ouvert ou fermé le rideau à contretemps, ou qu'il ait pénétré chaussé dans le temple, ou que - distrait ou somnolent - il ait laissé tomber son bol ou un instrument de musique, notamment un jour de cérémonie importante comme une grande auto-initiation de Guhyasamāja.
Il est du devoir des supérieurs de le reprendre mais, la première fois, à mots couverts : si le contrevenant est un ancien, ils évoquent "quelqu'un parmi les jeunes" ; s'il est assis en début de rangée, il est décrit comme se trouvant à l'extrémité, et ainsi de suite ; le but est que seule la personne concernée puisse comprendre qu'il s'agit d'elle et qu'elle fasse amende honorable.
Si elle néglige de le faire, une deuxième fois les supérieurs font allusion à son infraction de sorte que ses voisins de travée et les membres de sa section locale (thab-tshang gcig-pa, "du même foyer") puisse la reconnaître, mais pas les autres.
Si le fautif présente des excuses après la première ou la deuxième remontrance, l'affaire en reste là.
Pourquoi procéder de la sorte au lieu de le convoquer directement ?
Parce que le bouddhisme prône la compassion et que, par ailleurs, on considère que le contrevenant n'a pas mal agi délibérément, mais sous le coup d'un obstacle. Par conséquent, les deux premières interventions des supérieurs visent à l'aider, et non à le punir, mais si elles restent lettre morte, il s'ensuit une troisième, où ils le morigènent sans plus de détours et prononcent, presque toujours, son renvoi. Les infractions les plus graves entraînent quant à elles l'exclusion immédiate et sans appel : alcool, vol (qu'il soit minime ou important), tabac à chiquer ou à priser, bagarre.
samedi 20 octobre 2007
Enseigner par l'exemple
L'un des tout premiers lama tibétains à être venus en France après les évènements de 1959 était un "abbé retiré du collège tantrique de Gyudmed et s'appelait Geshe Nagwang Legden (1899 -1971). Il était l'un des maîtres de Dagpo Rinpoche, arrivé quant à lui dès 1960 dans notre beau pays et avait répondu à son invitation, pour diriger une petite communauté que Rinpoche essayait de mettre sur pied dans l'Yonne.
Né à Shangpa dans le Tsang, c'est à Drepung, et plus précisément au collège de Gomang que le futur abbé effectue sa formation. Ses deux professeurs principaux sont Mongols : Öser Dorje et Jamyang Chöphel. Ce dernier a été maître de discipline à Gyudmed Datsang et quand plus tard il retournera en Mongolie, il deviendra le supérieur de Padkar Chöling.
Le jeune Nagwang Legden se distingue rapidement par sa brillante intelligence et son éloquence intarissable, ; il est particulièrement bon en pramāṇa (logique) et forme à son tour un grand nombre de disciples. Il obtient bientôt le grade de geshe lharampa, "geshe de Lhasa", le titre le plus prestigieux pour lequel les examens finaux se déroulaient au grand temple du Jokhang devant des milliers et des milliers de moines lettrés, lesquels avaient le droit d'intervenir durant les débats qui abordaient successivement les cinq grands domaines.
Le nouveau geshe entre à Gyudmed Datsang pour approfondir sa connaissance des tantra et il y gravit tous les échelons de la hiérarchie. Il est déjà abbé retiré lors de l'exil en 1959 et il prend une part active au départ du Dalaï-Lama, en collaboration avec le grand chambellan Phala, le ministre Zurkhangpa et l'abbé de Sera Med, Nagwang Dagpa. Avec ce dernier, il part même en avant-garde pour effectuer les préparatifs nécessaires.
En Inde, après avoir été abbé remplaçant (mkhan-tshab) à Gomang Datsang, il assure cette même fonction un an durant à Gyudmed Datsang, à Dalhaousie, puis regagne le camp de Buxa (Bengale) où il dispense à nouveau de précieux enseignements aux cinquante moines rescapés de Gomang (cinquante sur les milliers de moines que comptaient le collège au Tibet !). A la demande du gouvernement en exil, il parcourt ensuite les camps de réfugiés tibétains pour y prodiguer encouragements et conseils, y compris à la troupe de théâtre (zlos-gar) constituée à Dharamsala...
Gyudmed Khenzur Rinpoche accepte ensuite l'invitation de son disciple, Dagpo Rinpoche, et arrive en France en novembre 1964. Il dispense des enseignements aux membre de la communauté établie dans l'Yonne, mais aussi à une vingtaine d'enfants tibétains venus étudier à Lyon, et aux réfugiés acceptés par la Suisse. Bien que déjà relativement âgé, il conserve son dynamisme et se met à étudier le français, témoignant la plus grande déférence à la dame qui lui sert de professeur : il se porte dehors à sa rencontre, lui sert le thé avec les gestes les plus respectueux . autrement dit il se comporte en disciple empressé. Elève studieux, il retient aisément les règles de grammaire française, mais a bien du mal avec la prononciation. Il faut dire qu'il n'a plus guère de dents ...
C'est à cette époque que l'évêque local vient très aimablement rendre une visite de courtoisie aux moines tibétains. Il a pris soin de se renseigner et quand il est reçu par l'assistant de Rinpoche, Geshelags (Geshe Thupten Phuntsog), il évoque devant lui "le grand véhicule". Mais son interlocuteur ne maîtrise pas encore la langue de Molière et répond : "Non, non, petit, tout petit véhicule...", car il pense à la voiture - une deux-chevaux - mise à leur disposition par une amie...
En août 1968, l'Abbé accède à la requête d'un autre de ses disciples, mongol, Sogpo Wangyäl, et s'installe à New-York, où il finit ses jours en formant de nouveaux élèves, cette fois américains, dont Jeffrey Hopkins. Toujours par souci d'intégration, il s'est derechef mis à l'anglais...
Ajoutons que ses maîtres principaux étaient Khangsar Dorjechang, Kyabje Ling Dorjechang, Kyabje Trijang Dorjechang et Mochog Rinpoche.
Son intelligence n'avait d'égale que son ouverture. C'est lui qui, au Tibet, a organisé la première bibliothèque de prêt à Gomang Datsang, bientôt imité par les autres collèges. A Buxa, il ne se contentait pas de donner des cours de philosophie. Il essayait par tous les moyens de faire comprendre à ses compagnons d'exil les implications de leur nouvelle situation. Et pour les convaincre de la nécessité d'accepter le cours des choses et de s'adapter, eh bien ! il montrait l'exemple. On le retrouvait donc balayette à la main, en train de nettoyer les toilettes du camp - qui en avaient bien besoin ! Il n'hésitait pas davantage à donner un coup de balai si nécessaire, faisant fi de son rang et des privilèges afférents.
Né à Shangpa dans le Tsang, c'est à Drepung, et plus précisément au collège de Gomang que le futur abbé effectue sa formation. Ses deux professeurs principaux sont Mongols : Öser Dorje et Jamyang Chöphel. Ce dernier a été maître de discipline à Gyudmed Datsang et quand plus tard il retournera en Mongolie, il deviendra le supérieur de Padkar Chöling.
Le jeune Nagwang Legden se distingue rapidement par sa brillante intelligence et son éloquence intarissable, ; il est particulièrement bon en pramāṇa (logique) et forme à son tour un grand nombre de disciples. Il obtient bientôt le grade de geshe lharampa, "geshe de Lhasa", le titre le plus prestigieux pour lequel les examens finaux se déroulaient au grand temple du Jokhang devant des milliers et des milliers de moines lettrés, lesquels avaient le droit d'intervenir durant les débats qui abordaient successivement les cinq grands domaines.
Le nouveau geshe entre à Gyudmed Datsang pour approfondir sa connaissance des tantra et il y gravit tous les échelons de la hiérarchie. Il est déjà abbé retiré lors de l'exil en 1959 et il prend une part active au départ du Dalaï-Lama, en collaboration avec le grand chambellan Phala, le ministre Zurkhangpa et l'abbé de Sera Med, Nagwang Dagpa. Avec ce dernier, il part même en avant-garde pour effectuer les préparatifs nécessaires.
En Inde, après avoir été abbé remplaçant (mkhan-tshab) à Gomang Datsang, il assure cette même fonction un an durant à Gyudmed Datsang, à Dalhaousie, puis regagne le camp de Buxa (Bengale) où il dispense à nouveau de précieux enseignements aux cinquante moines rescapés de Gomang (cinquante sur les milliers de moines que comptaient le collège au Tibet !). A la demande du gouvernement en exil, il parcourt ensuite les camps de réfugiés tibétains pour y prodiguer encouragements et conseils, y compris à la troupe de théâtre (zlos-gar) constituée à Dharamsala...
Gyudmed Khenzur Rinpoche accepte ensuite l'invitation de son disciple, Dagpo Rinpoche, et arrive en France en novembre 1964. Il dispense des enseignements aux membre de la communauté établie dans l'Yonne, mais aussi à une vingtaine d'enfants tibétains venus étudier à Lyon, et aux réfugiés acceptés par la Suisse. Bien que déjà relativement âgé, il conserve son dynamisme et se met à étudier le français, témoignant la plus grande déférence à la dame qui lui sert de professeur : il se porte dehors à sa rencontre, lui sert le thé avec les gestes les plus respectueux . autrement dit il se comporte en disciple empressé. Elève studieux, il retient aisément les règles de grammaire française, mais a bien du mal avec la prononciation. Il faut dire qu'il n'a plus guère de dents ...
C'est à cette époque que l'évêque local vient très aimablement rendre une visite de courtoisie aux moines tibétains. Il a pris soin de se renseigner et quand il est reçu par l'assistant de Rinpoche, Geshelags (Geshe Thupten Phuntsog), il évoque devant lui "le grand véhicule". Mais son interlocuteur ne maîtrise pas encore la langue de Molière et répond : "Non, non, petit, tout petit véhicule...", car il pense à la voiture - une deux-chevaux - mise à leur disposition par une amie...
En août 1968, l'Abbé accède à la requête d'un autre de ses disciples, mongol, Sogpo Wangyäl, et s'installe à New-York, où il finit ses jours en formant de nouveaux élèves, cette fois américains, dont Jeffrey Hopkins. Toujours par souci d'intégration, il s'est derechef mis à l'anglais...
Ajoutons que ses maîtres principaux étaient Khangsar Dorjechang, Kyabje Ling Dorjechang, Kyabje Trijang Dorjechang et Mochog Rinpoche.
Son intelligence n'avait d'égale que son ouverture. C'est lui qui, au Tibet, a organisé la première bibliothèque de prêt à Gomang Datsang, bientôt imité par les autres collèges. A Buxa, il ne se contentait pas de donner des cours de philosophie. Il essayait par tous les moyens de faire comprendre à ses compagnons d'exil les implications de leur nouvelle situation. Et pour les convaincre de la nécessité d'accepter le cours des choses et de s'adapter, eh bien ! il montrait l'exemple. On le retrouvait donc balayette à la main, en train de nettoyer les toilettes du camp - qui en avaient bien besoin ! Il n'hésitait pas davantage à donner un coup de balai si nécessaire, faisant fi de son rang et des privilèges afférents.
jeudi 18 octobre 2007
Des usages
Difficile de ne pas heurter la sensibilité d'autrui. Surtout quand on est issu de cultures différentes.
Prenons quelques exemples. Rien que dans le monde profane, d'un pays à l'autre, les règles de politesse varient énormément. Autant il est impoli chez nous (en France) de roter au cours d'un repas (et même en dehors, je crois), autant il est impoli en Chine ou au Japon de ne pas roter à la fin des repas : c'est signe qu'on s'est régalé et qu'on est rassasié.
Dans un autre domaine, celui des noms et termes d'adresse, les Tibétains évitent au maximum d'user des noms personnels : c'est ressenti comme abrupt et beaucoup trop familier. Ils ont donc mis au point toute une panoplie de termes d'adresse, et à défaut ils vont appeler leur interlocuteur "Père", "Mère", "Frère", "Soeur", "Fils" ou "Fille". De toute façon, dans l'optique de la réincarnation, ces termes sont parfaitement justifiés, puisque nous avons eu toutes les relations possibles et imaginables avec tout un chacun.
Si vous avez regardé d'un peu près les "noms" des lama tibétains, vous aurez remarqué qu'en général ce sont non pas leurs noms personnels (qui demeurent inconnus du commun des mortels), mais des noms de lieu qu'on fait suivre de "Rimpoche" (ce qui signifie "gemme", ou encore "précieux", comme le savent les lecteurs de Tintin). C'est le même genre de système que quand on parle du Duc d'Anjou ou du Comte de Bourgogne, etc. Les lama portent alors le nom de la région d'origine ou du monastère du personnage auquel remonte la lignée dans laquelle ils s'inscrivent.
En société tibétaine, on peut donc impunément prononcer le nom des lama, puisque ce sont plutôt des titres ? Eh bien ! non. C'est terriblement impoli. Surtout s'il s'agit de notre propre Maître. Il faut s'en tenir aux termes d'adresse, sans aucune indication de nom : Rimpoche, Geshelags, Genlags,Kousho, selon le statut du maître et les liens que l'on a avec lui.
En fait, en tant que disciple, il ne faut prononcer le nom de son Maître que quand c'est absolument nécessaire, et avec des marques de respect.
Concernant les maîtres de nos interlocuteurs, l'usage est de reprendre à notre compte le terme que ceux-ci ont utilisé pour nous parler d'eux. En aucun cas, il ne convient d'évoquer leur maître crûment, avec son seul nom, sans ajouter le moindre mot de politesse : ce serait le comble de la grossièreté.
Or, en Occident, surtout de nos jours, on trouve de bon ton d'employer directement le nom de quelqu'un. "C'est plus sympathique.", avance-t-on. Et comme la syntaxe tibétaine est inversée par rapport à la nôtre, beaucoup de gens décomposent les noms des lama en prénom + nom.
En francisant, supposons qu'un lama soit dénommé "Aquitaine Rimpoché". Pour beaucoup de Français, Aquitaine sera son prénom et Rimpoché son nom. Du coup, s'ils se sentent proches de lui, ils vont l'appeler "Aquitaine". Et commettre un impair.
Il est probable que le lama, dans son infinie compassion, ne leur en tiendra pas rigueur, mais l'entourage dudit lama peut se montrer plus sensible et moins indulgent
J'avoue que, quand on parle devant moi de Rimpoché mais sans justement utiliser le terme de Rimpoche, seulement son "nom" (en réalité, le nom de la région où est situé le monastère auquel il est affilié, Dagpo Datsang), je me sens blessée, et je suis très peu réceptive aux propos qui suivent. Je sais que c'est stupide de ma part, car le "gaffeur" n'est tout simplement pas au courant. De là ce petit article explicatif. Pour ménager ma sensiblilité...
Prenons quelques exemples. Rien que dans le monde profane, d'un pays à l'autre, les règles de politesse varient énormément. Autant il est impoli chez nous (en France) de roter au cours d'un repas (et même en dehors, je crois), autant il est impoli en Chine ou au Japon de ne pas roter à la fin des repas : c'est signe qu'on s'est régalé et qu'on est rassasié.
Dans un autre domaine, celui des noms et termes d'adresse, les Tibétains évitent au maximum d'user des noms personnels : c'est ressenti comme abrupt et beaucoup trop familier. Ils ont donc mis au point toute une panoplie de termes d'adresse, et à défaut ils vont appeler leur interlocuteur "Père", "Mère", "Frère", "Soeur", "Fils" ou "Fille". De toute façon, dans l'optique de la réincarnation, ces termes sont parfaitement justifiés, puisque nous avons eu toutes les relations possibles et imaginables avec tout un chacun.
Si vous avez regardé d'un peu près les "noms" des lama tibétains, vous aurez remarqué qu'en général ce sont non pas leurs noms personnels (qui demeurent inconnus du commun des mortels), mais des noms de lieu qu'on fait suivre de "Rimpoche" (ce qui signifie "gemme", ou encore "précieux", comme le savent les lecteurs de Tintin). C'est le même genre de système que quand on parle du Duc d'Anjou ou du Comte de Bourgogne, etc. Les lama portent alors le nom de la région d'origine ou du monastère du personnage auquel remonte la lignée dans laquelle ils s'inscrivent.
En société tibétaine, on peut donc impunément prononcer le nom des lama, puisque ce sont plutôt des titres ? Eh bien ! non. C'est terriblement impoli. Surtout s'il s'agit de notre propre Maître. Il faut s'en tenir aux termes d'adresse, sans aucune indication de nom : Rimpoche, Geshelags, Genlags,Kousho, selon le statut du maître et les liens que l'on a avec lui.
En fait, en tant que disciple, il ne faut prononcer le nom de son Maître que quand c'est absolument nécessaire, et avec des marques de respect.
Concernant les maîtres de nos interlocuteurs, l'usage est de reprendre à notre compte le terme que ceux-ci ont utilisé pour nous parler d'eux. En aucun cas, il ne convient d'évoquer leur maître crûment, avec son seul nom, sans ajouter le moindre mot de politesse : ce serait le comble de la grossièreté.
Or, en Occident, surtout de nos jours, on trouve de bon ton d'employer directement le nom de quelqu'un. "C'est plus sympathique.", avance-t-on. Et comme la syntaxe tibétaine est inversée par rapport à la nôtre, beaucoup de gens décomposent les noms des lama en prénom + nom.
En francisant, supposons qu'un lama soit dénommé "Aquitaine Rimpoché". Pour beaucoup de Français, Aquitaine sera son prénom et Rimpoché son nom. Du coup, s'ils se sentent proches de lui, ils vont l'appeler "Aquitaine". Et commettre un impair.
Il est probable que le lama, dans son infinie compassion, ne leur en tiendra pas rigueur, mais l'entourage dudit lama peut se montrer plus sensible et moins indulgent
J'avoue que, quand on parle devant moi de Rimpoché mais sans justement utiliser le terme de Rimpoche, seulement son "nom" (en réalité, le nom de la région où est situé le monastère auquel il est affilié, Dagpo Datsang), je me sens blessée, et je suis très peu réceptive aux propos qui suivent. Je sais que c'est stupide de ma part, car le "gaffeur" n'est tout simplement pas au courant. De là ce petit article explicatif. Pour ménager ma sensiblilité...
Complexité de l'éthique
L'éthique constitue le fondement de la pratique bouddhiste, et l'éthique de base suppose de s'abstenir des "dix non-vertus" : 3 physiques (tuer, voler, se livrer à des inconduites sexuelles) ; 4 orales (énoncer des mensonges, des paroles de discorde, des propos blessants, des propos futiles) ; 3 mentales (convoitise, malveillance, vues fausses).
Cela a l'air simple. Ce n'est qu'une apparence, car dès que l'on tente d'appliquer, on a du mal à démêler le vrai du faux, le bien du mal.
Prenons l'exemple des "propos futiles". A ce propos, je vois souvent utilisée l'expression "bavardages inutiles".
A moi, le terme "bavardage" évoque l'idée de conversation, activité qui requiert au moins deux personnes. Or, pour commettre la non-vertu orale des "propos futiles", on n'a nullement besoin de compagnie ! Dès lors que l'on émet des paroles qui ne sont pas indispensables, l'affaire est dans le sac, si j'ose dire. Par conséquent, quand on parle tout seul, ou que l'on chantonne sous la douche, il se peut qu'il s'agisse de cette non-vertu. Pas toujours. Pour le déterminer, le critère est celui déjà indiqué, de l'utilité. Si on parle ou chante tout seul pour se réconforter, parce qu'on a peur ou qu'on est triste, il y a utilité. En revanche, si on le fait par attachement, par distraction, etc., je suis désolée, mais si, c'est la non-vertu.
Par ailleurs, la formulation "propos futiles" est à peine plus explicite que "bavardages inutiles", car bien qu'il soit question d'une non-vertu classée "orale", elle englobe ... les lectures inutiles. Et moi qui ai passé des jours et des nuits à dévorer des romans...
C'est que, selon l'analyse bouddhiste, l'écrit n'est jamais que la transcription de l'oral, et il ne faut pas confondre la graphie (qui relève de la forme) et le mot lui-même (qui est son).
Maintenant, à votre avis, quand nous écoutons la radio ou regardons (et a priori écoutons) la télévision, un film, etc., peut-il s'agir ou non de cette même non-vertu des "propos futiles" ?
Cela a l'air simple. Ce n'est qu'une apparence, car dès que l'on tente d'appliquer, on a du mal à démêler le vrai du faux, le bien du mal.
Prenons l'exemple des "propos futiles". A ce propos, je vois souvent utilisée l'expression "bavardages inutiles".
A moi, le terme "bavardage" évoque l'idée de conversation, activité qui requiert au moins deux personnes. Or, pour commettre la non-vertu orale des "propos futiles", on n'a nullement besoin de compagnie ! Dès lors que l'on émet des paroles qui ne sont pas indispensables, l'affaire est dans le sac, si j'ose dire. Par conséquent, quand on parle tout seul, ou que l'on chantonne sous la douche, il se peut qu'il s'agisse de cette non-vertu. Pas toujours. Pour le déterminer, le critère est celui déjà indiqué, de l'utilité. Si on parle ou chante tout seul pour se réconforter, parce qu'on a peur ou qu'on est triste, il y a utilité. En revanche, si on le fait par attachement, par distraction, etc., je suis désolée, mais si, c'est la non-vertu.
Par ailleurs, la formulation "propos futiles" est à peine plus explicite que "bavardages inutiles", car bien qu'il soit question d'une non-vertu classée "orale", elle englobe ... les lectures inutiles. Et moi qui ai passé des jours et des nuits à dévorer des romans...
C'est que, selon l'analyse bouddhiste, l'écrit n'est jamais que la transcription de l'oral, et il ne faut pas confondre la graphie (qui relève de la forme) et le mot lui-même (qui est son).
Maintenant, à votre avis, quand nous écoutons la radio ou regardons (et a priori écoutons) la télévision, un film, etc., peut-il s'agir ou non de cette même non-vertu des "propos futiles" ?
mardi 16 octobre 2007
Mode d'emploi, S.V.P.
Si vous êtes des bouddhistes confirmés de longue date, et que vous ayez affaire à des débutants complets, s'il vous plaît, soyez PRECIS et expliquez TOUT.
Pour nous qui sommes nés dans des pays de culture non bouddhiste, ce qui est évident pour un Tibétain ou un Japonais ne l'est nullement en ce qui nous concerne. Le moindre geste, il nous faut l'apprendre, par exemple comment joindre les mains (et en plus, il y a plusieurs versions, même pour ça) ; comment faire des prosternations ou comment réciter des mantra avec l'aide d'un mala (un rosaire).
Pas facile de se comprendre. Et c'est incroyable les idées qu'on peut se faire. Sur des détails tout simples.
Pour prendre un exemple, lorsqu'à l'issue du tout premier enseignement bouddhiste que j'ai écouté en cette vie, le Maître nous a transmis le mantra d'Avalokiteshvara, le fameux "Om mani padmé houm" connu des Tibétains dès le berceau, il nous a conseillé de le répéter désormais le plus souvent possible - jusque là, pas de problème. Les choses se sont corsées quand il a poursuivi sa phrase en recommandant de compter les mantra en égrenant un mala.
Or, à l'époque (1974), en France, un rosaire bouddhiste, c'était introuvable en magasin. Peut-être à prix d'or chez un antiquaire, mais...
Eh bien, vous ne me croirez sans doute pas, mais je n'ai pas osé dire de mantra tant que je ne me suis pas procuré de mala, soit plusieurs semaines plus tard. Et encore, cela a été relativement rapide car j'ai eu la chance de me rendre au Japon quasiment au sortir de l'Enseignement. C'est donc dans un magnifique temple zen de Kyoto que j'ai acquis mon premier rosaire. Avec une joie mêlée d'un immense soulagement.
Stupide, me direz-vous. Premièrement, on peut tout à fait énoncer des mantra sans égrener un mala. Deuxièmement, n'importe qui peut se confectionner un rosaire avec 108 ou 110 "perles" en plastique, en bois ou autre, et une cordelette assez fine - toutes les petites filles ont joué à ça de par chez nous.
Oui, mais encore faut-il être au courant.
Tout cela pour dire qu'on n'est jamais assez précis. Et que, quand on est dans le rôle de débutant, il vaudrait mieux ne pas hésiter à poser plein de questions. Sur tout. Même si on a l'impression d'avoir compris.
Pour nous qui sommes nés dans des pays de culture non bouddhiste, ce qui est évident pour un Tibétain ou un Japonais ne l'est nullement en ce qui nous concerne. Le moindre geste, il nous faut l'apprendre, par exemple comment joindre les mains (et en plus, il y a plusieurs versions, même pour ça) ; comment faire des prosternations ou comment réciter des mantra avec l'aide d'un mala (un rosaire).
Pas facile de se comprendre. Et c'est incroyable les idées qu'on peut se faire. Sur des détails tout simples.
Pour prendre un exemple, lorsqu'à l'issue du tout premier enseignement bouddhiste que j'ai écouté en cette vie, le Maître nous a transmis le mantra d'Avalokiteshvara, le fameux "Om mani padmé houm" connu des Tibétains dès le berceau, il nous a conseillé de le répéter désormais le plus souvent possible - jusque là, pas de problème. Les choses se sont corsées quand il a poursuivi sa phrase en recommandant de compter les mantra en égrenant un mala.
Or, à l'époque (1974), en France, un rosaire bouddhiste, c'était introuvable en magasin. Peut-être à prix d'or chez un antiquaire, mais...
Eh bien, vous ne me croirez sans doute pas, mais je n'ai pas osé dire de mantra tant que je ne me suis pas procuré de mala, soit plusieurs semaines plus tard. Et encore, cela a été relativement rapide car j'ai eu la chance de me rendre au Japon quasiment au sortir de l'Enseignement. C'est donc dans un magnifique temple zen de Kyoto que j'ai acquis mon premier rosaire. Avec une joie mêlée d'un immense soulagement.
Stupide, me direz-vous. Premièrement, on peut tout à fait énoncer des mantra sans égrener un mala. Deuxièmement, n'importe qui peut se confectionner un rosaire avec 108 ou 110 "perles" en plastique, en bois ou autre, et une cordelette assez fine - toutes les petites filles ont joué à ça de par chez nous.
Oui, mais encore faut-il être au courant.
Tout cela pour dire qu'on n'est jamais assez précis. Et que, quand on est dans le rôle de débutant, il vaudrait mieux ne pas hésiter à poser plein de questions. Sur tout. Même si on a l'impression d'avoir compris.
Frissons mystiques
L'intérêt de vieillir, en âge et en "expérience" est que l'on devient un peu plus réaliste, par la force des choses.
Si on me demande ce que m'a principalement apporté le bouddhisme, j'hésiterai entre deux réponses : 1. grâce à lui, je me sens indéniablement plus heureuse qu'auparavant ; 2. grâce à lui, j'ai perdu pas mal d'illusions sur moi-même et j'ai dû me résigner à admettre que je suis tout, sauf parfaite. Assez étonnamment, c'est un grand soulagement : du coup, je me donne le droit à l'erreur.
Bouddhiste, oui. Bouddha, eh bien, à ce jour, oh que non, et pour un temps certain encore.
Dans mes débuts laborieux, nourrie que j'étais de la lecture de biographies de grands maîtres et pratiquants du passé, je guettais les signes annonciateurs de progrès, voire de réalisations. On est ambitieux quand on est jeune, c'est bien naturel.
Tenez, ce soir là, à Paris, nous étions une petite quarantaine réunis aux pieds de l'un de nos Maîtres tibétains - Geshe Rabten - pour recevoir de sa part un "jenang" (rjes gnang), disons pour simplifier une initiation ou plus exactement dans notre cas (débutants complets) une bénédiction.
Gen Rinpoche avait médité et invoquait pour nous trois Bouddhas qui sont réputés comme particulièrement puissants pour contrer les obstacles. Bouddhistes fraîchement émoulus, nous étions attentifs et fervents, mais pour être francs, nous étions quelque peu dépassés par le sujet. En tout cas, nous étions pleins d'espoirs et d'attentes.
A un moment, mon regard croise celui de ma voisine - nous étions inséparables ici comme en fac - : mais oui, ça y était. Tous les symptômes étaient présents. Enfin ! enfin ! Comme jadis Milarepa rencontrant Marpa, ou comme Dromtönpa entendant pour la première fois fois le nom d'Atisha, nous avions une expérience mystique : sans conteste, nous avions la chair de poule. Tous nos poils se dressaient sur notre peau, et nous étions prises de frissons.
Quelques secondes durant, nous avons rêvé ainsi au comble de la félicité. Puis nous avons eu du mal à étouffer notre éclat de rire, car il ne fallait pas troubler l'assistance : nous venions de nous rendre compte que ... nous étions en plein courant d'air. Adieu, veau, vache et réalisation.
Si on me demande ce que m'a principalement apporté le bouddhisme, j'hésiterai entre deux réponses : 1. grâce à lui, je me sens indéniablement plus heureuse qu'auparavant ; 2. grâce à lui, j'ai perdu pas mal d'illusions sur moi-même et j'ai dû me résigner à admettre que je suis tout, sauf parfaite. Assez étonnamment, c'est un grand soulagement : du coup, je me donne le droit à l'erreur.
Bouddhiste, oui. Bouddha, eh bien, à ce jour, oh que non, et pour un temps certain encore.
Dans mes débuts laborieux, nourrie que j'étais de la lecture de biographies de grands maîtres et pratiquants du passé, je guettais les signes annonciateurs de progrès, voire de réalisations. On est ambitieux quand on est jeune, c'est bien naturel.
Tenez, ce soir là, à Paris, nous étions une petite quarantaine réunis aux pieds de l'un de nos Maîtres tibétains - Geshe Rabten - pour recevoir de sa part un "jenang" (rjes gnang), disons pour simplifier une initiation ou plus exactement dans notre cas (débutants complets) une bénédiction.
Gen Rinpoche avait médité et invoquait pour nous trois Bouddhas qui sont réputés comme particulièrement puissants pour contrer les obstacles. Bouddhistes fraîchement émoulus, nous étions attentifs et fervents, mais pour être francs, nous étions quelque peu dépassés par le sujet. En tout cas, nous étions pleins d'espoirs et d'attentes.
A un moment, mon regard croise celui de ma voisine - nous étions inséparables ici comme en fac - : mais oui, ça y était. Tous les symptômes étaient présents. Enfin ! enfin ! Comme jadis Milarepa rencontrant Marpa, ou comme Dromtönpa entendant pour la première fois fois le nom d'Atisha, nous avions une expérience mystique : sans conteste, nous avions la chair de poule. Tous nos poils se dressaient sur notre peau, et nous étions prises de frissons.
Quelques secondes durant, nous avons rêvé ainsi au comble de la félicité. Puis nous avons eu du mal à étouffer notre éclat de rire, car il ne fallait pas troubler l'assistance : nous venions de nous rendre compte que ... nous étions en plein courant d'air. Adieu, veau, vache et réalisation.
lundi 15 octobre 2007
Fortuné, mais pas riche
Si vous vous intéressez au bouddhisme tel que pratiqué au tibet, vous connaissez probablement le nom du grand yogi Milarepa. Peut-être même avez-vous lu le récit de sa vie. En ce cas, vous aurez retenu que si Jetsun Milarepa fut riche en dons divers (dont celui de faire tomber la grêle sur les importuns...) puis en réalisations spirituelles, sur le plan matériel, il vécut dans un dénuement qui aurait été insupportable pour n'importe qui d'autre.
Mais fut-il un exemple unique dans l'histoire du boudhisme ?
Oh que non.
En Inde, les siddha (personnages d'un très haut niveau spirituel) vivaient en général de rien, et passaient pour des vagabonds inquiétants aux yeux des "gens bien".
Au Tibet, eh bien, on pourrait citer Ensapa, dépositaire de la lignée orale des gelugpa, dont on dit qu'il atteignit l'état de Bouddha en une vie.
A date plus récente, les deux Tuteurs de Sa Sainteté le Dalaï Lama ne roulaient pas sur l'or dans leur jeunesse, c'est le moins qu'on puisse dire. Au collège de Loseling, Ling Rinpoche était le plus mal attifé de tous les lama, et peut-être de tous les moines, relate sa biographie. Quant à la pitance, c'était pour le moins frugal. Quand Ling Rinpoche devait assurer son rang lors d'un événement officiel, son intendant faisait la tournée des autres lamas pour emprunter le nécessaire.
De son côté, Kyabje Trijang Rinpoche rivalisait avec Jetsun Milarepa en ce qui concerne les déboires familiaux et la captation d'héritage après la mort du chef de famille. Mais lui n'utilisa jamais les sortilèges... A ce propos, bien des années plus tard, lorsque des siens disciples le mirent en garde contre des ennemis susceptibles de chercher à faire usage de sorts contre lui, il répondit paisiblement : "'Si ces gens sont à un niveau inférieur au mien, ils ne pourront pas m'atteindre. S'ils sont à un niveau égal ou supérieur au mien, ils ne feront jamais rien qui puisse nuire à qui que ce soit. Ne vous faites donc pas de souci."
Il n'empêche que les années de vache maigre avaient parfois été pénibles, comme il le racontait au cours de ses enseignements : "Depuis que j'assume des fonctions de professeur auprès de Kundun, les invitations à déjeuner affluent, et je suis obligé d'en refuser la plupart, sinon je passerai mes journées à manger. Autrefois, quand mon estomac criait famine et que j'aurais tant voulu être convié à faire des prière chez quelqu'un pour profiter au moins d'un en-cas, personne, absolument personne ne faisait appel à moi. Comme quoi le samsara est bel et bien de la nature de la souffrance..."
Mais fut-il un exemple unique dans l'histoire du boudhisme ?
Oh que non.
En Inde, les siddha (personnages d'un très haut niveau spirituel) vivaient en général de rien, et passaient pour des vagabonds inquiétants aux yeux des "gens bien".
Au Tibet, eh bien, on pourrait citer Ensapa, dépositaire de la lignée orale des gelugpa, dont on dit qu'il atteignit l'état de Bouddha en une vie.
A date plus récente, les deux Tuteurs de Sa Sainteté le Dalaï Lama ne roulaient pas sur l'or dans leur jeunesse, c'est le moins qu'on puisse dire. Au collège de Loseling, Ling Rinpoche était le plus mal attifé de tous les lama, et peut-être de tous les moines, relate sa biographie. Quant à la pitance, c'était pour le moins frugal. Quand Ling Rinpoche devait assurer son rang lors d'un événement officiel, son intendant faisait la tournée des autres lamas pour emprunter le nécessaire.
De son côté, Kyabje Trijang Rinpoche rivalisait avec Jetsun Milarepa en ce qui concerne les déboires familiaux et la captation d'héritage après la mort du chef de famille. Mais lui n'utilisa jamais les sortilèges... A ce propos, bien des années plus tard, lorsque des siens disciples le mirent en garde contre des ennemis susceptibles de chercher à faire usage de sorts contre lui, il répondit paisiblement : "'Si ces gens sont à un niveau inférieur au mien, ils ne pourront pas m'atteindre. S'ils sont à un niveau égal ou supérieur au mien, ils ne feront jamais rien qui puisse nuire à qui que ce soit. Ne vous faites donc pas de souci."
Il n'empêche que les années de vache maigre avaient parfois été pénibles, comme il le racontait au cours de ses enseignements : "Depuis que j'assume des fonctions de professeur auprès de Kundun, les invitations à déjeuner affluent, et je suis obligé d'en refuser la plupart, sinon je passerai mes journées à manger. Autrefois, quand mon estomac criait famine et que j'aurais tant voulu être convié à faire des prière chez quelqu'un pour profiter au moins d'un en-cas, personne, absolument personne ne faisait appel à moi. Comme quoi le samsara est bel et bien de la nature de la souffrance..."
Libellés :
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Tibet,
Trijang Rinpoche
Le collège tantrique de Gyudmed
En 1432, Je Sherab Sengé fonde une communauté tantrique au monastère de Ganden. Il accomplit ainsi la mission que lui a confiée son Maître, Je Rimpoche (Je Tsongkhapa) 13 ou 14 ans auparavant : maintenir et diffuser le tantra souverain qu'est Guhyasamajatantra.La communauté établit son siège à Ganden mais adopte un mode de vie itinérant, à l'imitation des moines indiens d'antan, et jusqu'en 1959 effectue un circuit annuel d'un site sacré à un autre.
Bientôt, elle est connue sous le nom de rGyud smad Grva tshang (prononcer Gyudmed Datsang), ou en renversant l'ordre des syllabes, sMad rgyud (Medgyud), par comparaison à Gyutö Datsang (rGyud stod grva tshang) : respectivement le Collège tantrique du Bas (Lhasa) et le Collège tantrique du Haut (Lhasa). Vous aurez deviné que ces dénominations dérivent de l'implantation des temples dans la capitale du Pays de neiges.
Il se trouve que pour des raisons diverses, je me suis intéressée de près au collège de Gyudmed, au point de lui consacrer ma thèse de doctorat, dont voici un court extrait. Un peu rébarbatif, car écrit à la mode universitaire...
* * *
La communauté de sMad-rgyud comporte des "postulants" et des membres à part entière. Tous sont au strict minimum rab-tu byung-ba, (pravajita), c'est-à-dire des religieux, au sens de "personnes entrées en religion, qui ont renoncé au monde" ; ces clercs ont huit "voeux" (sdom-pa, saṃvara) à observer, dont les cinq fondamentaux. Ils deviennent ensuite dge-tshul (shrāmaṇera, 36 voeux) puis éventuellement dge-slong (bikshu, 253 voeux).
J'appelle ici "postulants" les religieux qui souhaitent devenir membres du collège mais n'ont pas encore passé ou réussi l'examen d'entrée. De fait, contrairement aux autres monastères où il suffit de remplir les critères requis par le vinaya (santé physique et mentale; moralité) pour être admis, les deux collèges tantriques dge-lugs-pa, rGyud-smad grva-tshang et rGyud-stod grva-tshang, n'acceptent que des candidats âgés d'au moins seize ans (en principe) et qui ont déjà un certain niveau de connaissances. Non seulement il faut déjà savoir lire et écrire, mais aussi avoir mémorisé des ouvrages de base (indiqués plus loin). Au Tibet, jusqu'en 1959, dès qu'on les avait assimilés, on pouvait se présenter à l'examen d'entrée. Aujourd'hui, en Inde, une probation de trois années a été instaurée, de manière à ce que le candidat vérifie sa vocation et que ses parrain et tuteur pressentis aient le temps de le connaître et d'évaluer ses affinités avec la communauté. En dehors de ce que requiert le vinaya, les principales qualités souhaitées sont la mémoire, la discipline et la propreté.
Les postulants sont d'âge variable, mais eu égard aux conditions à remplir, la plupart avaient et ont entre quinze et vingt-cinq ans environ. Aujourd'hui, il en est de plus jeunes, d'une douzaine d'années. Il arrive qu'il y ait des postulants un peu plus âgés mais il leur faut être vraiment déterminés vu les tâches qu'ils auront à effectuer, obligatoirement au pas de course, quand ils seront éventuellement admis comme nouveaux membres (phyag bde-ba, "aux mains agiles"!). Par ailleurs, un bla-ma rgyud-pa (moine de l'un des deux collèges tantriques dge-lugs-pa) devant mémoriser énormément de textes, il vaut mieux s'y être entraîné jeune, de même que pour apprendre les mélodies spécifiques aux collèges.
Sinon, le postulant peut ne jamais avoir été moine auparavant et être venu directement à sMad-rgyud, ou au contraire, il peut venir d'un autre monastère. En ce cas, il est appelé grva-rgyun ("moine de longue date"), et avant de l'accepter, on contrôle les raisons de son transfert : un moine expulsé de sa communauté d'origine, ou simplement fauteur de troubles, etc., n'est pas admissible. Notons que si le grva-rgyun était déjà dge-slong (bhikshu), c'est-à-dire avait déjà reçu l'ordination supérieure, il devra y renoncer à son admission, et donc rendre momentanément ses voeux de bhikshu : les nouveaux (phyag bde-ba) devant servir leurs aînés, dont certains ne sont encore que dge-tshul (shrāmaṇera : religieux ayant reçu la première ordination), ils ne peuvent en aucun être dge-slong : il serait opposé au vinaya qu'un dge-slong serve un dge-tshul, mais la règle interne du collège prescrit que tout nouveau accomplisse les travaux subalternes, avec célérité et en silence.
Les postulants sont donc comme des candidats en attente, tolérés mais pas intégrés. Autrement dit, ils n'ont pas le droit d'assister aux réunions et cérémonies communautaires, ce qui signifie qu'ils ne reçoivent pas les allocations ou distributions de thé et nourriture qui y sont faites. Au Tibet, il leur fallait subvenir à leurs propres moyens. En Inde, ils sont considérés comme faisant partie de l'École et, à ce titre et dans ce cadre, sont logés et nourris.
Les membres à part entière, qui sont soit encore seulement rab-byung soit dge-tshul soit dge-slong, constituent deux populations très différentes l'une de l'autre : les bskyed-rim-pa ("ritualistes") et les bka'-rams-pa ("philosophes").
Les bskyed-rim-pa
Admis exclusivement par voie d'examen, les bskyed-rim-pa, qui sont les plus nombreux, mènent en parallèle études et tâches matérielles (cuisine, ménage, intendance, etc.). A la différence d'autres communautés, il est ici obligatoire pour tous d'étudier, et le cursus est couronné par l'examen de sngags-rams-pa, "tantriste". L'idée est que tout bskyed-rim-pa devienne capable de jouer n'importe quel rôle lors de n'importe quel rituel, depuis le service du thé à la direction de la cérémonie en tant que (mkhan-po, upādhyāya). en passant par la fonction de maître de chant (byang-'dren-pa). Tous doivent donc arriver à connaître par cœur les textes de nombreux rituels et à mener au fur et à mesure les méditations correspondantes, mais doivent bien sûr aussi savoir comment préparer et disposer les offrandes - dont les gtor-ma - pour chaque rituel particulier, pouvoir tracer et colorier sans erreur les différents maṇḍala, et ce en fonction des quatre types d'activités : d'apaisement (zhi-ba'i las), d'accroissement (rgyas-pa'i las), de domination (dbang-po'i las), de force violente (drag-po'i las), accomplir les danses sacrées ('cham) et célébrer les rituels du feu (sbyin-sreg, homa).
Si tous doivent ainsi acquérir des compétences suffisantes dans les différents domaines, en fonction des dons de chacun, les uns pourront se former plus particulièrement en chant, et devenir le maître de choeur attitré ou en second du collège, ou de l'unité régionale ; d'autres apprennent l'art des thang-ka, ou l'ébénisterie de manière à pouvoir confectionner des maṇḍala en deux ou trois dimensions, etc.
A rGyud-smad grva-tshang, les intendants comme les maîtres de chant sont toujours des bskyed-rim-pa. En revanche, les trois postes de direction : dge-bskos (maître de discipline), bla-ma dbu-mdzad (vice-abbé) et mkhan-po (abbé) leur sont fermés.
Bien des bskyed-rim-pa des deux collèges tantriques se sont fait une réputation de grands méditants, voire de grands maîtres. A date relativement récente (dans les années 45-50), un bskyed-rim-pa de sMad-rgyud était ainsi reconnu comme un siddha (grub-thob) et il était continuellement sollicité pour des enseignements et transmissions. Bien qu'il ne fût pas docteur en philosophie, on l'appelait (au sens étymologique) dge-bshes bSam-grub rin-po-che. Sa photo se trouve dans le temple de Tara (sGrol-ma'i lha-khang) du monastère reconstitué en Inde, à Hunsur.
Les bka'-rams-pa
Les bka'-rams-pa sont des dge-bshes - docteurs en philosophie - qui viennent principalement (et aujourd'hui en Inde uniquement) des trois "piliers" dge-lugs-pa : dGa-ldan, 'Bras-spungs et Se-ra, mais jusqu'en 1959, au Tibet, les docteurs en philosophie, appelés rab-'byams-pa, de quelques autres monastères "philosophiques" (mtshan-nyid grva-tshang) pouvaient également venir poursuivre leur formation en tantra à rGyud-smad grva tshang. Les plus connus sont ceux de Dvags-po grva-tshang, monastère situé dans la région de Dvags-po et fondé par un disciple direct de Tsong-kha-pa, Blo-gros brtan-pa* (1402-1488 ; septième dGa'-ldan khri-pa de 1473 à 1478, Tab. G) qui a repris à quelques détails près la règle de sMad-rgyud pour le collège qu'il organisait. Certains bka'-rams-pa de Dvags-po grva-tshang sont devenus abbés de rGyud-smad grva-tshang, et même dGa'-ldan khri-pa. En sus, dans sa biographie de 'Jam-dbyangs bzhad-pa (1648-1721), 'Jigs-med dbang-po précise qu'à cette époque, la communauté accueillait également des moines de bKra-shis lhun-po, Rva-ba stod et mNga'-ris grva-tshang.
En ce qui concerne les conditions d'admission, depuis la loi édictée par le treizième Dalaï-Lama en 1918, les dge-bshes lha-rams-pa sont acceptés sur titre, et tous les lha-rams-pa reçus dans les premiers (rangs 1 à 7) sont tenus d'entrer dans l'un des deux collèges tantriques. Il semble qu'en Inde le respect de cette règle est affaire personnelle.
Les dge-bshes non lha-rams-pa sont soumis à un examen sans doute symbolique mais incontournable : il faut qu'ils fournissent au moins une réponse (même médiocre) à l'une ou l'autre des trois questions que l'abbé leur pose. S'ils sont paralysés au point de rester muets, leur candidature est rejetée, et en principe les deux moines qui l'ont présentée, le chef de l'unité régionale (vajrācārya) et le parrain (kha-theg khag-'khur). encourent l'exclusion : ils sont censés vérifier les capacités et compétences du candidat avant d'intercéder en sa faveur auprès de l'abbé. Ne pas l'avoir fait, ou mal, constitue une faute grave.
Une fois admis à sMad-rgyud, les rab-'byams-pa- comme on appelle ici les dge-bshes non encore "tantristes" - sont tenus de participer à un cycle annuel complet (à rGyud-stod, actuellement, à un cycle semestriel, avec des autorisations de sortie éventuelles), ce qui leur donne le droit d'ultérieurement soutenir les débats en tantra et de devenir sngags-rams-pa, à raison de deux candidats par an. Après cette première année d'assiduité obligatoire, les uns demeurent quelques années supplémentaires (c'était fréquent au Tibet jusqu'en 1959, rare en Inde de nos jours), ou regagnent immédiatement leur monastère d'origine où, en général, ils ont déjà de nombreux disciples et où ils ont conservé leur affiliation (skyid-sdug). sauf dans le cas de Dvags-po grva-tshang où tout moine entrant à sMad-rgyud était automatiquement radié. Les bka'-rams-pa habitant en dehors de la communauté de sMad-rgyud y restent pourtant affiliés, à la condition de participer à au moins une session dans l'année (des exemptions peuvent être obtenues si, par exemple, les bka'-rams-pa résident désormais à l'étranger). Les dirigeants du monastère sont choisis parmi les lha-rams-pa, et dge-bshes bKra-shis rdo-rje, abbé de 1990 à 1993, constitue une unique exception.
En revanche, un bka'-rams-pa qui est nommé abbé de l'un des collèges des trois grands monastères est forcément radié de sMad-rgyud car certaines obligations de ses nouvelles fonctions (apparat, etc.) sont incompatibles avec la règle de sobriété du collège tantrique.
La communauté actuelle de sMad-rgyud au Tibet ne comporte que des bskyed-rim-pa et aucun bka'-rams-pa, d'où l'impossibilité de perpétuer la tradition, qui en revanche a été maintenue aussi scrupuleusement que possible en Inde.
Bientôt, elle est connue sous le nom de rGyud smad Grva tshang (prononcer Gyudmed Datsang), ou en renversant l'ordre des syllabes, sMad rgyud (Medgyud), par comparaison à Gyutö Datsang (rGyud stod grva tshang) : respectivement le Collège tantrique du Bas (Lhasa) et le Collège tantrique du Haut (Lhasa). Vous aurez deviné que ces dénominations dérivent de l'implantation des temples dans la capitale du Pays de neiges.
Il se trouve que pour des raisons diverses, je me suis intéressée de près au collège de Gyudmed, au point de lui consacrer ma thèse de doctorat, dont voici un court extrait. Un peu rébarbatif, car écrit à la mode universitaire...
* * *
La communauté de sMad-rgyud comporte des "postulants" et des membres à part entière. Tous sont au strict minimum rab-tu byung-ba, (pravajita), c'est-à-dire des religieux, au sens de "personnes entrées en religion, qui ont renoncé au monde" ; ces clercs ont huit "voeux" (sdom-pa, saṃvara) à observer, dont les cinq fondamentaux. Ils deviennent ensuite dge-tshul (shrāmaṇera, 36 voeux) puis éventuellement dge-slong (bikshu, 253 voeux).
J'appelle ici "postulants" les religieux qui souhaitent devenir membres du collège mais n'ont pas encore passé ou réussi l'examen d'entrée. De fait, contrairement aux autres monastères où il suffit de remplir les critères requis par le vinaya (santé physique et mentale; moralité) pour être admis, les deux collèges tantriques dge-lugs-pa, rGyud-smad grva-tshang et rGyud-stod grva-tshang, n'acceptent que des candidats âgés d'au moins seize ans (en principe) et qui ont déjà un certain niveau de connaissances. Non seulement il faut déjà savoir lire et écrire, mais aussi avoir mémorisé des ouvrages de base (indiqués plus loin). Au Tibet, jusqu'en 1959, dès qu'on les avait assimilés, on pouvait se présenter à l'examen d'entrée. Aujourd'hui, en Inde, une probation de trois années a été instaurée, de manière à ce que le candidat vérifie sa vocation et que ses parrain et tuteur pressentis aient le temps de le connaître et d'évaluer ses affinités avec la communauté. En dehors de ce que requiert le vinaya, les principales qualités souhaitées sont la mémoire, la discipline et la propreté.
Les postulants sont d'âge variable, mais eu égard aux conditions à remplir, la plupart avaient et ont entre quinze et vingt-cinq ans environ. Aujourd'hui, il en est de plus jeunes, d'une douzaine d'années. Il arrive qu'il y ait des postulants un peu plus âgés mais il leur faut être vraiment déterminés vu les tâches qu'ils auront à effectuer, obligatoirement au pas de course, quand ils seront éventuellement admis comme nouveaux membres (phyag bde-ba, "aux mains agiles"!). Par ailleurs, un bla-ma rgyud-pa (moine de l'un des deux collèges tantriques dge-lugs-pa) devant mémoriser énormément de textes, il vaut mieux s'y être entraîné jeune, de même que pour apprendre les mélodies spécifiques aux collèges.
Sinon, le postulant peut ne jamais avoir été moine auparavant et être venu directement à sMad-rgyud, ou au contraire, il peut venir d'un autre monastère. En ce cas, il est appelé grva-rgyun ("moine de longue date"), et avant de l'accepter, on contrôle les raisons de son transfert : un moine expulsé de sa communauté d'origine, ou simplement fauteur de troubles, etc., n'est pas admissible. Notons que si le grva-rgyun était déjà dge-slong (bhikshu), c'est-à-dire avait déjà reçu l'ordination supérieure, il devra y renoncer à son admission, et donc rendre momentanément ses voeux de bhikshu : les nouveaux (phyag bde-ba) devant servir leurs aînés, dont certains ne sont encore que dge-tshul (shrāmaṇera : religieux ayant reçu la première ordination), ils ne peuvent en aucun être dge-slong : il serait opposé au vinaya qu'un dge-slong serve un dge-tshul, mais la règle interne du collège prescrit que tout nouveau accomplisse les travaux subalternes, avec célérité et en silence.
Les postulants sont donc comme des candidats en attente, tolérés mais pas intégrés. Autrement dit, ils n'ont pas le droit d'assister aux réunions et cérémonies communautaires, ce qui signifie qu'ils ne reçoivent pas les allocations ou distributions de thé et nourriture qui y sont faites. Au Tibet, il leur fallait subvenir à leurs propres moyens. En Inde, ils sont considérés comme faisant partie de l'École et, à ce titre et dans ce cadre, sont logés et nourris.
Les membres à part entière, qui sont soit encore seulement rab-byung soit dge-tshul soit dge-slong, constituent deux populations très différentes l'une de l'autre : les bskyed-rim-pa ("ritualistes") et les bka'-rams-pa ("philosophes").
Les bskyed-rim-pa
Admis exclusivement par voie d'examen, les bskyed-rim-pa, qui sont les plus nombreux, mènent en parallèle études et tâches matérielles (cuisine, ménage, intendance, etc.). A la différence d'autres communautés, il est ici obligatoire pour tous d'étudier, et le cursus est couronné par l'examen de sngags-rams-pa, "tantriste". L'idée est que tout bskyed-rim-pa devienne capable de jouer n'importe quel rôle lors de n'importe quel rituel, depuis le service du thé à la direction de la cérémonie en tant que (mkhan-po, upādhyāya). en passant par la fonction de maître de chant (byang-'dren-pa). Tous doivent donc arriver à connaître par cœur les textes de nombreux rituels et à mener au fur et à mesure les méditations correspondantes, mais doivent bien sûr aussi savoir comment préparer et disposer les offrandes - dont les gtor-ma - pour chaque rituel particulier, pouvoir tracer et colorier sans erreur les différents maṇḍala, et ce en fonction des quatre types d'activités : d'apaisement (zhi-ba'i las), d'accroissement (rgyas-pa'i las), de domination (dbang-po'i las), de force violente (drag-po'i las), accomplir les danses sacrées ('cham) et célébrer les rituels du feu (sbyin-sreg, homa).
Si tous doivent ainsi acquérir des compétences suffisantes dans les différents domaines, en fonction des dons de chacun, les uns pourront se former plus particulièrement en chant, et devenir le maître de choeur attitré ou en second du collège, ou de l'unité régionale ; d'autres apprennent l'art des thang-ka, ou l'ébénisterie de manière à pouvoir confectionner des maṇḍala en deux ou trois dimensions, etc.
A rGyud-smad grva-tshang, les intendants comme les maîtres de chant sont toujours des bskyed-rim-pa. En revanche, les trois postes de direction : dge-bskos (maître de discipline), bla-ma dbu-mdzad (vice-abbé) et mkhan-po (abbé) leur sont fermés.
Bien des bskyed-rim-pa des deux collèges tantriques se sont fait une réputation de grands méditants, voire de grands maîtres. A date relativement récente (dans les années 45-50), un bskyed-rim-pa de sMad-rgyud était ainsi reconnu comme un siddha (grub-thob) et il était continuellement sollicité pour des enseignements et transmissions. Bien qu'il ne fût pas docteur en philosophie, on l'appelait (au sens étymologique) dge-bshes bSam-grub rin-po-che. Sa photo se trouve dans le temple de Tara (sGrol-ma'i lha-khang) du monastère reconstitué en Inde, à Hunsur.
Les bka'-rams-pa
Les bka'-rams-pa sont des dge-bshes - docteurs en philosophie - qui viennent principalement (et aujourd'hui en Inde uniquement) des trois "piliers" dge-lugs-pa : dGa-ldan, 'Bras-spungs et Se-ra, mais jusqu'en 1959, au Tibet, les docteurs en philosophie, appelés rab-'byams-pa, de quelques autres monastères "philosophiques" (mtshan-nyid grva-tshang) pouvaient également venir poursuivre leur formation en tantra à rGyud-smad grva tshang. Les plus connus sont ceux de Dvags-po grva-tshang, monastère situé dans la région de Dvags-po et fondé par un disciple direct de Tsong-kha-pa, Blo-gros brtan-pa* (1402-1488 ; septième dGa'-ldan khri-pa de 1473 à 1478, Tab. G) qui a repris à quelques détails près la règle de sMad-rgyud pour le collège qu'il organisait. Certains bka'-rams-pa de Dvags-po grva-tshang sont devenus abbés de rGyud-smad grva-tshang, et même dGa'-ldan khri-pa. En sus, dans sa biographie de 'Jam-dbyangs bzhad-pa (1648-1721), 'Jigs-med dbang-po précise qu'à cette époque, la communauté accueillait également des moines de bKra-shis lhun-po, Rva-ba stod et mNga'-ris grva-tshang.
En ce qui concerne les conditions d'admission, depuis la loi édictée par le treizième Dalaï-Lama en 1918, les dge-bshes lha-rams-pa sont acceptés sur titre, et tous les lha-rams-pa reçus dans les premiers (rangs 1 à 7) sont tenus d'entrer dans l'un des deux collèges tantriques. Il semble qu'en Inde le respect de cette règle est affaire personnelle.
Les dge-bshes non lha-rams-pa sont soumis à un examen sans doute symbolique mais incontournable : il faut qu'ils fournissent au moins une réponse (même médiocre) à l'une ou l'autre des trois questions que l'abbé leur pose. S'ils sont paralysés au point de rester muets, leur candidature est rejetée, et en principe les deux moines qui l'ont présentée, le chef de l'unité régionale (vajrācārya) et le parrain (kha-theg khag-'khur). encourent l'exclusion : ils sont censés vérifier les capacités et compétences du candidat avant d'intercéder en sa faveur auprès de l'abbé. Ne pas l'avoir fait, ou mal, constitue une faute grave.
Une fois admis à sMad-rgyud, les rab-'byams-pa- comme on appelle ici les dge-bshes non encore "tantristes" - sont tenus de participer à un cycle annuel complet (à rGyud-stod, actuellement, à un cycle semestriel, avec des autorisations de sortie éventuelles), ce qui leur donne le droit d'ultérieurement soutenir les débats en tantra et de devenir sngags-rams-pa, à raison de deux candidats par an. Après cette première année d'assiduité obligatoire, les uns demeurent quelques années supplémentaires (c'était fréquent au Tibet jusqu'en 1959, rare en Inde de nos jours), ou regagnent immédiatement leur monastère d'origine où, en général, ils ont déjà de nombreux disciples et où ils ont conservé leur affiliation (skyid-sdug). sauf dans le cas de Dvags-po grva-tshang où tout moine entrant à sMad-rgyud était automatiquement radié. Les bka'-rams-pa habitant en dehors de la communauté de sMad-rgyud y restent pourtant affiliés, à la condition de participer à au moins une session dans l'année (des exemptions peuvent être obtenues si, par exemple, les bka'-rams-pa résident désormais à l'étranger). Les dirigeants du monastère sont choisis parmi les lha-rams-pa, et dge-bshes bKra-shis rdo-rje, abbé de 1990 à 1993, constitue une unique exception.
En revanche, un bka'-rams-pa qui est nommé abbé de l'un des collèges des trois grands monastères est forcément radié de sMad-rgyud car certaines obligations de ses nouvelles fonctions (apparat, etc.) sont incompatibles avec la règle de sobriété du collège tantrique.
La communauté actuelle de sMad-rgyud au Tibet ne comporte que des bskyed-rim-pa et aucun bka'-rams-pa, d'où l'impossibilité de perpétuer la tradition, qui en revanche a été maintenue aussi scrupuleusement que possible en Inde.
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dimanche 14 octobre 2007
Témoignage oculaire
"Mais j'y étais. Je l'ai vu !"
Combien de fois avons-nous sorti ce genre de phrases, en toute sincérité ? Et pourtant...
En tant que bouddhistes, on nous a expliqué que les apparences sont ô combien trompeuses et que de toute façon, ce qui nous apparaît correspond bien plus aux karmas dont nous sommes porteurs qu'à une quelconque "réalité", dont nous ne pouvons finalement pas connaître grand chose. Tous ceux qui ont étudié un peu le Dharma (l'Enseignement du Bouddha) ont lu ou entendu le fameux exemple du liquide : pour le deva, c'est du nectar ; de l'eau aux yeux de l'humain mais rien que du pus pour le preta (esprit famélique).
Seulement, de la théorie à la pratique, il y a un pas (de géant). Et s'il y a quelque chose à quoi nous tenons, c'est à nos opinions, lesquelles sont - forcément - fondées sur ce qui nous apparaît à l'esprit ! C'est dire leur degré de fiabilité.
Mais cela ne nous empêche nullement de nous y accrocher. Allez ! Avouons qu'en règle générale, nous estimons avoir raison, et si les autres ne sont pas d'accord avec nous, c'est donc qu'ils ont tort, ou qu'ils sont de mauvaise foi, ou que... Nous voilà à défendre becs et ongles notre point de vue. Cela ne va pas toujours jusqu'au pugilat, bien heureusement. Parfois, cela se termine dans un éclat de rire contagieux quand l'erreur commise est évidente - c'est d'ailleurs un filon constamment exploité dans le secteur "comique".
Une anecdote me revient à la mémoire. Nous sommes en Suisse, à Zurich, en hiver 1976, ou 77 (je n'ai pas la mémoire des chiffres ), et nous venons de bénéficier à nouveau des précieux enseignements dispensés par Geshe Rabten-lags, avec sa clarté et sa précision coutumières.
Certains d'entre nous l'ont rencontré dans son ermitage de Dharamsala, en Inde, et le suivent depuis plusieurs années. D'autres, comme moi, avons eu la chance de l'écouter à Rolle (tout près de Lausanne) durant ce magnifique été 1974 où pour la toute première fois en Europe a été transmis un enseignement guélougpa à des Occidentaux. C'était le lamrim intitulé la "Voie aisée". Tout un programme. Depuis, Geshe Rabten-lags est revenu plusieurs fois, malgré ses nombreuses obligations en Inde - c'est qu'il est l'un des "tsènshab" (assistants en philosophie) de Sa Sainteté le Dalaï Lama.
Notre maître est en fait d'une bonté et d'une douceur infinies, mais il nous impressionne au plus haut point. Nous le regardons installé sur le trône, et nous le voyons imposant, immense même. Une montagne très sécurisante tant elle dégage de calme et de force. Et puis, nous nous sommes laissé dire qu'il est un Khampa. Vous savez, ces courageux guerriers de l'est du Tibet.
Une enveloppe a circulé et des conciliabules se multiplient : qu'offrir au Maître pour lui marquer notre reconnaissance, et tant qu'à faire, que lui donner qui puisse lui être utile ? Les habitués de Dharamsala conseillent l'achat d'une chaude veste en peau de mouton et de chaussettes de laine. C'est entendu, et une équipe se charge d'effectuer le emplettes. La dernière matinée se déroule paisiblement en dépit de l'émotion qui grandit : l'heure de la douloureuse séparation approche. Qui sait si on aura l'occasion de se revoir dans cette vie ? Ca y est, c'est l'offrande du mandala* de remerciement. Les organisateurs se lèvent, se prosternent et présentent sur un long khata blanc nos menus (enfin, est-ce le terme ?) cadeaux.
Geshe Rabten-lags prend le paquet et pour cette fois déroge aux habitudes asiatiques, je suppose exprès : il regarde devant nous le contenu, et le déploie. D'abord les chaussettes, taille 45 si mes souvenirs sont bons, puis la veste, taille 50 au moins. Il éclate de rire, puis nous montre à ses côtés son interprète, un moine d'origine suisse : il nous explique gestuellement que ce sera parfait pour ce grand gaillard. Car c'est ce jour-là que nous avons vu que Geshe Rabten-lags n'était pas de haute taille, contrairement, à ce qu'il nous semblait depuis des années. Et il chaussait du 38 !
Mais il était un grand Maître, un très grand Maître.
* Offrande du mandala : offrande symbolique de l'univers.
Combien de fois avons-nous sorti ce genre de phrases, en toute sincérité ? Et pourtant...
En tant que bouddhistes, on nous a expliqué que les apparences sont ô combien trompeuses et que de toute façon, ce qui nous apparaît correspond bien plus aux karmas dont nous sommes porteurs qu'à une quelconque "réalité", dont nous ne pouvons finalement pas connaître grand chose. Tous ceux qui ont étudié un peu le Dharma (l'Enseignement du Bouddha) ont lu ou entendu le fameux exemple du liquide : pour le deva, c'est du nectar ; de l'eau aux yeux de l'humain mais rien que du pus pour le preta (esprit famélique).
Seulement, de la théorie à la pratique, il y a un pas (de géant). Et s'il y a quelque chose à quoi nous tenons, c'est à nos opinions, lesquelles sont - forcément - fondées sur ce qui nous apparaît à l'esprit ! C'est dire leur degré de fiabilité.
Mais cela ne nous empêche nullement de nous y accrocher. Allez ! Avouons qu'en règle générale, nous estimons avoir raison, et si les autres ne sont pas d'accord avec nous, c'est donc qu'ils ont tort, ou qu'ils sont de mauvaise foi, ou que... Nous voilà à défendre becs et ongles notre point de vue. Cela ne va pas toujours jusqu'au pugilat, bien heureusement. Parfois, cela se termine dans un éclat de rire contagieux quand l'erreur commise est évidente - c'est d'ailleurs un filon constamment exploité dans le secteur "comique".
Une anecdote me revient à la mémoire. Nous sommes en Suisse, à Zurich, en hiver 1976, ou 77 (je n'ai pas la mémoire des chiffres ), et nous venons de bénéficier à nouveau des précieux enseignements dispensés par Geshe Rabten-lags, avec sa clarté et sa précision coutumières.
Certains d'entre nous l'ont rencontré dans son ermitage de Dharamsala, en Inde, et le suivent depuis plusieurs années. D'autres, comme moi, avons eu la chance de l'écouter à Rolle (tout près de Lausanne) durant ce magnifique été 1974 où pour la toute première fois en Europe a été transmis un enseignement guélougpa à des Occidentaux. C'était le lamrim intitulé la "Voie aisée". Tout un programme. Depuis, Geshe Rabten-lags est revenu plusieurs fois, malgré ses nombreuses obligations en Inde - c'est qu'il est l'un des "tsènshab" (assistants en philosophie) de Sa Sainteté le Dalaï Lama.
Notre maître est en fait d'une bonté et d'une douceur infinies, mais il nous impressionne au plus haut point. Nous le regardons installé sur le trône, et nous le voyons imposant, immense même. Une montagne très sécurisante tant elle dégage de calme et de force. Et puis, nous nous sommes laissé dire qu'il est un Khampa. Vous savez, ces courageux guerriers de l'est du Tibet.
Une enveloppe a circulé et des conciliabules se multiplient : qu'offrir au Maître pour lui marquer notre reconnaissance, et tant qu'à faire, que lui donner qui puisse lui être utile ? Les habitués de Dharamsala conseillent l'achat d'une chaude veste en peau de mouton et de chaussettes de laine. C'est entendu, et une équipe se charge d'effectuer le emplettes. La dernière matinée se déroule paisiblement en dépit de l'émotion qui grandit : l'heure de la douloureuse séparation approche. Qui sait si on aura l'occasion de se revoir dans cette vie ? Ca y est, c'est l'offrande du mandala* de remerciement. Les organisateurs se lèvent, se prosternent et présentent sur un long khata blanc nos menus (enfin, est-ce le terme ?) cadeaux.
Geshe Rabten-lags prend le paquet et pour cette fois déroge aux habitudes asiatiques, je suppose exprès : il regarde devant nous le contenu, et le déploie. D'abord les chaussettes, taille 45 si mes souvenirs sont bons, puis la veste, taille 50 au moins. Il éclate de rire, puis nous montre à ses côtés son interprète, un moine d'origine suisse : il nous explique gestuellement que ce sera parfait pour ce grand gaillard. Car c'est ce jour-là que nous avons vu que Geshe Rabten-lags n'était pas de haute taille, contrairement, à ce qu'il nous semblait depuis des années. Et il chaussait du 38 !
Mais il était un grand Maître, un très grand Maître.
* Offrande du mandala : offrande symbolique de l'univers.
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