Le blog de MSB. Indications historiques, anecdotiques voire doctrinales sur le bouddhisme.
jeudi 20 novembre 2008
Biographie de Lorepa
Pour reprendre le résumé proposé par Dungkar Rinpoche dans son encyclopédie, Lo ras pa dBang phyug bTson 'grus (prononcez : Lorèpa Wangtchouk Tsöndru) naît en 1189, l'année de mouton de feu du 3ème cycle. Son père s'appelle rNal 'byor (Nèltchor), sa mère Me bza sKyid (Messa Kyi).
Dès l'âge de 5 ans, il maîtrise la lecture et l'écriture (pas si fréquent à l'époque, et d'ailleurs même de nos jours).
A 15 ans, il rencontre le Maître Chos rje gTsang pa et se met à son service, mais à 17 ans, c'est par le Maître sBal ti (Bèlti) qu'il est ordonné moine au monastère de sKyor mo lung. Il reçoit de lui son nom religieux - Wangchuk Tsöndru.
Bientôt il doit s'en retourner chez lui à la pressante demande paternelle. Arrivé à la maison, il découvre que son père a arrangé pour lui un mariage... Il refuse net et s'enfuit. Il se réfugie auprès de son Maître Chos rje gTsang pa , qu'il accompagne au Bhoutan.
Commence pour lui une période d'étude intense, tant sur le Vinaya que sur les tantra.
Quand il apprend le décès de son père, il vient effectuer à son intention prières et rituels de la manière la plus développée qui soit. Dédiant tout le patrimoine familial au Dharma, il ne conserve strictement rien pour lui.
De retour au Bhoutan, déterminé à se consacrer pleinement à la pratique, il prononce sept serments : - ne pas retourner au pays ; - ne pas quitter les montagnes ; - demeurer continûment assis en méditation ; - se garder de tout contact social ; - se contenter d'un habit de coton; - conserver le silence ; offrir chaque jour les cent torma.
Son Maître, Chos rje gTsang pa, lui dit qu'il ne devra pas à respecter de tels engagements à jamais : à l'image du Bouddha qui s'adonna aux ascèses six années durant, il suffira qu'il observe ses promesses pendant six ans.
Les six années écoulées, Lorepa revient dans le centre du Tibet avec son Maître, et reçoit à nouveau de nombreux Enseignements de lui.
Las ! Il n'a que 24 ans quand Chos rje gTsang pa quitte ce corps.
Des années durant, Lorepa se livre avec ardeur la méditation dans les montagnes, faisant fi du froid et de la faim – car il ne possède rien, et ne veut d'ailleurs rien posséder. Tout obstacle qu'il rencontre, il le transforme en condition favorable qui intensifie encore sa pratique.
Ainsi obtient-il une sagesse d'une grande puissance, alliée aux pouvoirs supranormaux (clairvoyances, etc.), effets secondaire de sa réalisation du calme mental.
Ayant atteint les qualités nécessaires, Lorepa peut désormais se consacrer à accomplir le bien d'autrui. Sans ménager sa peine , il dispense enseignements et initiations - notamment de Samvara.
Au fil des années, il va établir dans différentes régions du Tibet de très nombreux monastères, dont certains vont beaucoup se développer.
Ainsi, la communauté de dBu ri (proncez Ouri), où il demeure sept ans, compte bientôt plus de mille membres.
Ou encore, dKar po chos lung (Karpo Chöloung, fondé l'année du buffle) accueille plusieurs dizaines de milliers de religieux lors des grands événements. Il installe là comme support de foi de nombreux livres écrits en lettres d'or.
Comment décrire ce grand Maître ?
Il présente une générosité portée au plus au point ; une absence totale d'attachement ; un courage et une persévérance sans faille ; une vaste érudition ; une vive compassion qui le pousse à accomplir le bien d'autrui.
Bref, il témoigne de toutes les qualités d'un bodhisattva, jusqu'à sa mort en 1250, le 21ème jour du 9ème mois de l'année du chien de fer.
De la générosité
Oui, mais ! Pas si simple que ça, la générosité, à bien y réfléchir.
Sans même parler de ses aspects plus subtils que sont le don de protection et le don de l'Enseignement, rien qu'en ce qui concerne le don matériel, les pièges ne manquent pas : en toute sincérité, on peut commettre des fautes graves, sans en avoir conscience.
Dans le chapitre du Bodhisattvabhumi consacré à l'éthique des bodhisattva, Asanga met en garde contre les "vols" (NB le terme de "vol" n'est pas vraiment approprié ; pour rester plus proche de la lettre, il vaudrait mieux parler de "détournement") très graves aux yeux des bouddhistes : ceux commis à l'égard de Sangha, ici au sens de "communautés religieuses".
Or, la question est au plus haut point délicate.
Pour prendre un exemple, supposons deux monastères dénommés x et y. Pour grossir les traits, admettons que le monastère x soit riche, alors que le monastère y ait des difficultés matérielles.
Au détour d'une conversation avec, disons, Paul, celui-ci nous parle de son intention de faire un don à x. En toute sincérité, nous nous exclamons qu'il vaudrait mieux faire ce don à y, qui en a beaucoup plus besoin. Convaincu, Paul fait donc le don à y.
Eh bien, dit l'éthique de bodhisattva (très stricte, il faut le souligner), cela s'apparente à un vol perprétré au détriment d'une communauté, en l'occurence la communauté x !
En revanche, si Paul nous dit : "J'ai envie de faire un don à un monastère. Que me conseilles-tu ?", lui faire valoir que y a plus de besoin que x est seulement informatif. Il n'y a alors aucun problème.
Autre cas litigieux : nous prenons la décision de faire un don à x, puis nous réfléchissons et changeons d'avis - soit nous gardons ce que nous avions envisagé de donner, soit nous le donner à y : ça revient à reprendre ce qui avait été donné D'ailleurs, chez nous aussi il y a une expression qui dit que c'est du ... vol.
MAIS n'exagérons pas non plus : nous avons le droit (et le devoir) de réfléchir avant de donner quoi que ce soit, à qui que ce soit. Et durant cette phase, il n'y a aucune faute à peser le pour et le contre, et à changer d'opinion, plusieurs fois le cas échéant : de nousveaux éléments peuvent nous apparaître au fur et à mesure.
En fait, toujours selon le bouddhisme (mahâyâna), le pire consiste à faire obstacle à un don (même minime, comme un simple pain) que quelqu'un souhaite faire à un bodhisattva, et par extension à un Maître.
Paul, toujours lui, nous annonce qu'il veut offrir, par exemple, un certain objet en sa possession au Maître Z. Nous lui rétorquons qu'il a bien tort car le Maître Z n'en aura que faire !
En réalité, c'est nous qui avons alors tort...
La foi et les apparences
"La foi des villageois réside dans leurs yeux !"
Pas sûr que cela ne concerne que les villageois...
Pas sûr non plus que nous ayons beaucoup évolué. Le rang, le titre, la vêture font souvent la différence...
samedi 15 novembre 2008
Les Maîtres et les animaux
Dans les années 1045, le Pandit indien Atisha choquait certains de ses disciples tibétains en se montrant doux et affectueux avec les animaux. Il en sauva des dizaines et des dizaines auxquels il permit de mourir de "leur belle mort", comme l'on dit.A son image, Lochen Rinpoche, qui caresse sur cette photo un chien de garde d'origine "tibétaine", recueille souvent des animaux errants.
Actuellement, il a deux gros chiens au monastère, à Kaïs.
Il m'a aussi raconté que, lorsqu'il était astreint au travail obligatoire au Tibet, plutôt que de passer la nuit dans la promiscuité du baraquement, il avait obtenu la permission des gardes de se construire dehors un petit abri, ouvert à tous les vents - trois planches pour les murs et un bout de tôle ondulée en guise de toit. Trois chats lui tenaient compagnie à l'époque.
vendredi 14 novembre 2008
Lorepa
Parmi les principaux disciples de Tsangpa Gyare Yeshe Dorje, il est considéré comme le fondateur d'une branche de l'école Drukpa Kagyu : Meddruk (sMad 'brug).
Ses œuvres complètes représentent rien moins que cinq volumes : Smad 'brug bstan pa'i mnga' bdag rgyal ba Lo ras pa Grags pa dbang phyug mchog gi gsung 'bum rin po che (Khenpo Shedup Tenzin & Lama Thinley Namgyal, Shri Gautam Buddha Vihar, Manjushri Bazar, Kathmandu, Nepal, 2002).
Exemple en action
Lochen Rinpoche, dont c'est le 3ème séjour en France, est né dans la région du Dagpo officiellement en 1943, en fait en 1944. il est le cinquième d'une famille de douze enfants - sept garçons et cinq filles.
Très jeune, il a été reconnu comme la réincarnation du grand Lorepa, anachorète du XIIème siècle détaché des vanités mondaines et qui était le digne disciple d'un disciple de Jetsun Milarepa.
De fait, il montre encore cette fois les qualités d'un ermite aguerri. L'humilité est son blason.
Comment décrire Rinpoche ? Une persévérance et une résistance hors du commun, alliées à une grande intelligence, le tout agrémenté et d'une extrême bienveillance envers tous, animaux comme humains (sachant que, dans le vocabulaire bouddhiste, bonté ne signifie pas faiblesse !). Et surtout, surtout, une foi et une vénération totales envers ses Maîtres, dont notamment Dagpo Rinpoche.
Après sept années passées dans son propre monastère – Jara Gartog -, vers 12 ans, Rinpoche entre en effet à Dagpo Datsang pour étudier la philosophie, et il prend immédiatement la tête de la classe. Pas pour longtemps : les tragiques événements de 1959 interrompent brutalement ses études.
Son statut de Lama lui vaut aussitôt d'être assigné aux travaux obligatoires.
Il n'a que 15, 16 ans et le voilà en train de construire des routes en altitude. Alors que tant de ses compagnons meurent suite à des accidents et aux mauvais traitements, sa robuste constitution (et son moral d'acier) lui permet de survivre. Quelques années plus tard, sa situation s'améliore notablement quand il est affecté à une équipe de menuisiers. Sa dextérité manuelle le fait très vite apprécier par les militaires chinois pour qui il doit fabriquer tables et armoires. Ce qui lui permet d'obtenir à l'occasion quelques permissions.
C'est ainsi que, quand Dagpo Rinpoche se rend au Tibet en 1983, ils ont l'immense joie de se revoir. Lochen Rinpoche se met au service de son Maître pendant tout son séjour dans leur commune région d'origine.
Puis le travail du bois reprend jusqu'en 1987, année où il est enfin remis en "liberté" (surveillée, bien sûr). Il parvient bientôt à gagner l'Inde.
Il s'installe dans un ermitage non loin de Dharmsala et, durant cinq ans, se consacre à la méditation du Lamrim assidûment.
Dagpo Rinpoche le sort de son ermitage en lui demandant d'aller à Mundgod pour prendre soin des jeunes moines de Dagpo Datsang qui étudient la philosophie au monastère de Drepung Gomang. Lochen Rinpoche décide alors de reprendre ses études, mais … Bientôt, il lui faut aller à Kais pour concevoir et superviser la construction du nouveau complexe monastique.
Mission accomplie avec succès, avec le couronnement de l'inauguration présidée par Sa Sainteté le Dalaï Lama en personne.
Depuis, Rinpoche vit à Kais au sein de la communauté qui compte environ 130 moines désormais. Il s'occupe avec la plus grande attention de ses élèves et réserve à tous ses visiteurs un accueil chaleureux.
lundi 20 octobre 2008
L'égalité dans le samsara
Petite précision (d'importance) : on peut se permettre de manifester de la sorte quand on vit dans des pays et des sociétés comme les nôtres, où les droits de l'homme (incluant la femme, mais si) ne sont pas lettres mortes.
Parce que chez certains de nos voisins proches, ...
Et pourtant ! L'égalité, nous en jouissons "naturellement", hélas, en ce bas monde.
En tant qu'êtres encore soumis au samsara (je parle de moi et de mes semblables, pas de vous), nous sommes fondamentalement égaux devant la souffrance et ses causes, à commencer par "les trois poisons de l'esprit" que sont l'aversion, l'attachement et avant tout l'ignorance - la racine première de tous les maux.
Mais nous sommes aussi fondamentalement égaux dans notre capacité à nous libérer : le mahâyâna, en tout cas, admet que tout être est porteur de la nature de Bouddha. Ce qui ne signifie pas qu'il est déjà Bouddha, mais qu'il est appelé à le devenir un jour ou l'autre.
En dehors de cela, la justice et la perfection sont-elles de ce monde (sous-entendu le samsara) ? Certainement pas !
A ce que j'ai entendu dire, par définition, le samsara est souffrance, et la seule vraie solution serait non pas de désespérément tenter de l'améliorer de l'intérieur - entreprise vouée à l'échec -, mais d'appliquer avec ardeur et détermination les moyens permettant de s'en débarrasser définitivement, soi et autrui.
Bien sûr, ceci n'est en rien une excuse pour ne (plus ?) rien faire sur le plan ordinaire.
Si un affamé frappe à notre porte, donnons-lui quand même à manger. D'accord, ça ne sert pas à grand chose : il aura à nouveau faim dans quelques heures, mais à ce compte-là, nous non plus ne devrions plus nous alimenter.
Et si nous assistons à des actes de cruauté, et que nous ayons les moyens d'intervenir, même si cele n'apporte qu'une amélioration passagère et très limitée, n'attendons pourtant pas pour agir : un léger mieux est ... mieux que rien.
MAIS agissons sans illusion : quoi que nous fassions, nous ne pourrons pas rendre BON le samsara !
Décès de Soeur Emmanuelle
Je suppose que la fervente pratiquante qu'elle était a accueilli la mort avec une joie immense.
C'est le challenge qui est proposé aux pratiquants bouddhistes également, même si l'arrière-plan doctrinal est très différent.
Quelles prières énoncer ?
Vis-à-vis de Soeur Emmanuelle, je ne sais, car - ainsi que le disent les traités bouddhistes -, un être ordinaire (comme moi) est incapable de reconnaître en tant que tel un être supérieur. Il faut être soi-même devenu bodhisattva pour "voir" clairement que X ou Y est bodhisattva, ou Bouddha. En-deça, on peut "croire que", "estimer que", mais on n'a pas de certitude.
Je vais donc opter pour une formulation large, du genre : "Puisse tout se dérouler au mieux pour feu Soeur Emmanuelle, et d'une manière conforme à ses souhaits."
"Puisse son oeuvre perdurer et se développer, pour le bien des êtres en difficulté."
samedi 18 octobre 2008
Samsara
Si vous avez envie d'en savoir plus l'Inde d'aujourd'hui et d'hier, "en vous amusant", d'après les critiques (littéraires).
Merci à Marie de m'avoir conseillé ce livre... Lu à l'éclairage du lamrim, il est passionnant. Et terrifiant. Une excellente photo du samsara.
LES FABULEUSES AVENTURES D'UN INDIEN MALCHANCEUX QUI DEVINT MILLIARDAIRE
par Vikas Swarup
Les objets d'attachement
Il m'a semblé que, dans son idée, certaines choses seraient par définition, ou encore par eux-mêmes, des "objets d'attachement".
Cela m'a posé question. Vous savez - "la paille et la poutre" : c'est toujours plus facile de critiquer l'autre que de voir ses propres errements.
J'ai d'abord été étonnée qu'elle envisage, apparemment, le sujet de cette manière (mais c'était peut-être une projection de ma part, après tout), puis j'ai essayé de regarder de plus près ma propre vision.
Intellectuellement parlant, je "sais", disons j'admets qu'il n'existe aucun objet d'attachement en soi, pas plus d'ailleurs qu'aucun objet en soi en général. C'est ce que mes Maîtres m'ont dit, répété et expliqué maintes fois.
O.K. en ce qui concerne la théorie.
Hélas, sur le terrain, ça se gâte ! Le tout est de trouver un domaine particulièrement sensible pour soi - la nourriture, la mode, le pouvoir, l'argent ou autre. Après, il s'agit d'arriver à observer ses propres réactions au naturel. Pas si simple. Mais édifiant !...
Après, les épithètes de l'attachement deviennent plus "palpables", plus parlantes. La glue, comme disent les textes, ou encore l'huile qui macule et imprègne le tissu.
vendredi 17 octobre 2008
La compassion : qualité masculine ou féminine ?
Cas typique où on n'accorde peut-être pas le même sens aux mots.
Déjà il faudrait bien définir ce qu'on entend par compassion, qui n'est ni apitoiement ni sensiblerie.
D'après ce que j'ai retenu des Enseignements de mes Maîtres, la compassion consiste à prendre conscience de la souffrance de l'autre et à la juger inacceptable, d'où le souhait qu'elle s'apaise. Voire la prise de responsabilité d'oeuvrer à cette fin.
Maintenant, quel serait le genre (masculin ou féminin) de cet état d'esprit ?
D'accord, en français, le mot est au féminin. Le mot. Le contenu aussi forcément ? Pas toujours. Exemple : "le" professeur peut être une femme, etc.
Dans le bouddhisme, en tout cas dans la branche mahâyâna, il est dit que l'obtention de l'Eveil de Bouddha procède du parchèvement des deux classes de qualités : celles qui s'apparentent à la méthode et celles qui relèvent de la sagesse (au sens de discernement ; pas la "sagesse" grecque).
La sagesse est aussi qualifiée de "Mère", et elle est donc "féminine".
La "méthode", qui inclut toutes les qualités en dehors des divers aspects revêtus par la sagesse, symbolise quant à elle le "Père" et donc le côté masculin.
Pourquoi ?
N'oublions pas que l'Enseignement du Boudha est issu de la culture indienne, avec en toile de fond une société à castes.
Par analogie, la sagesse est la "Mère" car tous les êtres réalisés (arhat, Bouddhas, bodhisattva) naissent d'elle.
La méthode est le "Père" car de même que la caste d'un Indien est déterminée par celle de son père, la "caste", ou le "lignage", des êtres réalisés dépend de l'ampleur de la compassion et de l'amour développés, ou encore de la présence ou non de l'esprit d'Eveil.
C'est de ce point de vue là que la compassion est considérée comme une qualité "masculine".
Mais elle n'est un apanage ni des hommes ni d'ailleurs des femmes. Seulement des personnes au grand coeur.
Enfin, je crois.
Sortie de l'hôpital
D'après son entourage (très attentif, soyons-en sûrs), il est en pleine forme. D'ailleurs, dès la fin octobre, les voyages autour du monde vont reprendre de plus belle, en commençant par le Japon.
Après tout, ce ne sont pas quelques menus décalages horaires, ou quelques légères variantes climatologiques ou alimentaires qui pourraient freiner le rétablissement d'un jeune homme de 73 ans à peine.
Les congés de maladie ou de convalescence, non, ça ne fait pas partie du package des lamas.
On a trop foi en eux pour pouvoir ne serait-ce qu'imaginer qu'ils puissent avoir envie/besoin de se reposer, n'est-ce pas ?
mardi 14 octobre 2008
Sa Sainteté hospitalisé à Delhi
A Mundgod, et sans doute ailleurs, les cérémonies succèdent aux cérémonies.
Les moines de Ganden se relaient pour réciter les Louanges à Tara 24 heures sur 24, ai-je appris.
Ils montrent ainsi un exemple de ce qu'il est bien de faire quand on s'inquiète pour la santé de son Maître (ou de quelqu'un d'autre, d'ailleurs).
L'habit fait le moine
Pas de prêtre - le curé du "coin" est en charge de je ne sais combien de paroisses, et il est totalement débordé.
La cérémonie (qui n'est pas une messe, faute d'officiant assermenté) est célébrée par deux laïcs, en civil. Âgés. Ils font de leur mieux, indéniablement. Mais ...
Un enterrement n'a jamais rien de bien gai. Mais là, c'est sinistre. J'en suis navrée pour la famille qui aurait bien eu besoin d'un réconfort.
Avant-hier, me revoilà dans une église. A Paris. Pour assister à la première prédication d'un ami ordonné diacre il y a huit jours. L'office est célébré par le curé, assisté de son diacre. Tous deux ont revêtu aubes, étoles et chasubles.
Eh bien, rien que ça, ça change déjà l'ambiance !
Pourquoi ici parler "chiffons" ?
Parce qu'en France, et sans doute dans les autres pays occidentaux, pas mal de religieux bouddhistes n'osent plus porter l'habit, en tout quand ils sortent.
Je trouve que c'est dommage.
Je reconnais que les premiers jours après l'ordination, je n'étais pas particulièrement à l'aise pour sortir dans la rue avec ma nouvelle tenue.
Je craignais le regard des autres, surtout celui des personnes âgées.
Je m'inquiétais à tort.
Faute de signes visibles, les gens ne savent plus à qui s'adresser. Je suis donc parfois abordée dans la rue, le train, le bus, par des personnes (hommes comme femmes) d'un certain âge, voire d'un âge certain, qui éprouvent le besoin d'exprimer leur peur de la mort, et demandent des prières.
A quelqu'un d'une autre religion qu'elles !
La morale de l'histoire (très subjective) : osons les symboles !
Le renoncement
Un exemple contemporain.
Comme quoi la lecture des journaux et équivalents peuvent illustrer le lamrim, en fonction du regard que l'on porte sur eux.
Quand un trader quitte tout pour devenir moine Samedi 11 octobre, 12h04
AFP Maureen COFFLARDPassé des salles de marchés aux cités populaires, l'ex-trader millionnaire Henry Quinson, aujourd'hui moine et éducateur dans les quartiers pauvres du nord de Marseille (sud-est), vit sa reconversion comme une quête de sens, loin de la crise financière.
Il y a près de vingt ans, à 28 ans, ce Franco-Américain abandonnait une augmentation de 30% et un confortable bonus offerts par la banque Indosuez où il travaillait pour se retirer dans un monastère.
Cette décision avait stupéfait ses proches et sa hiérarchie, persuadée qu'il partait à la concurrence pour une offre plus lucrative.
Mais le dieu-dollar ne séduisait plus ce jeune financier élevé à New York dans une famille pratiquante, qui décida, la "trouille au ventre", de rejoindre l'abbaye cistercienne de Tamié, dans les Alpes, pour se consacrer à la prière et à la fabrication de fromage.
C'est juste avant cette retraite de presque six ans qu'il eut une vision: "Je me suis vu à Marseille, où je n'étais jamais allé, où je ne connaissais personne, entouré d'enfants maghrébins à qui je faisais l'école".
Vision devenue réalité en 1996 avec son arrivée dans les quartiers Nord et la création de la fraternité religieuse St-Paul dans une cité dont 70% des habitants sont musulmans.
Avant cela, il s'est "débarrassé" de ses millions en les cédant à différentes associations et non à l'Eglise catholique. "C'est bien de faire des discours sur les pauvres, mais c'est encore mieux d'en faire partie", explique-t-il.
Dans l'appartement qu'il partage dans la cité avec l'un des quatre moines de sa fraternité, son quotidien mêle prières, cours d'anglais, soutien scolaire aux enfants, écoute, mission d'écrivain public et aide aux étudiants pour décrocher des bourses d'étude.
Ce moine moderne, maniant avec autant d'aisance l'humour que les références bibliques, estime que l'argent "perturbe la relation avec les personnes" et préfère "faire de l'éducatif".
"Si un jeune vient chez nous trois jours par semaine pendant dix ans, il va non seulement faire des progrès scolaires mais sa vision du monde va être transformée", juge-t-il.
Ce qui lui manque le plus de sa précédente vie, ce n'est ni l'argent, ni l'effervescence des marchés mais... les femmes: "peut être la plus grande souffrance", avoue-t-il.
Sur la crise financière, il reste philosophe. "Un gros rhume pour le marché", tranche-t-il, estimant qu'il "y a toujours eu des crises même si celle-ci est particulièrement grave".
"J'ai conseillé à tous ceux qui me le demandaient il y a un an de complètement sortir du marché d'actions, je ne sais pas s'ils m'ont écouté", sourit-il.
"Aujourd'hui mon salaire annuel de professeur à l'Education nationale correspond à une prime mensuelle de mon salaire de trader à l'époque", mais, poursuit-il, "j'ai infiniment plus de pouvoir en tant que professeur qu'en tant que trader", car "la vraie richesse, c'est l'éducation", "seule apte à changer le monde".
vendredi 3 octobre 2008
Liberté chérie
En particulier, l'incorrigible Française que je suis (vous savez, avec un fond culturel fortement ancré, style "droits de l'homme", goût de la démocratie, esprit cartésien, etc.) apprécie particulièrement cette expression tibétaine :
tshong dang bla ma gang zag gsum, littéralement "dans les trois cas du commerce, du lama et des gens".
Le sens est que tout un chacun est libre de ses choix dans les trois domaines privilégiés que sont : faire ou non un négoce ; suivre ou non un Maître ; fréquenter ou non quelqu'un, et que ce sont là des libertés naturelles et intangibles.
C'est là l'une des raisons qui m'ont décidé à opter pour la voie bouddhiste.
Par exemple, "fréquenter ou non quelqu'un", n'est-ce pas un droit fondamental pour tout être ? Et pas seulement humains, à mon avis - de là la chattière qui, "chez moi" (expression tout ce qu'il y a de plus conventionnelle), permet aux deux chats venus s'installer sur le même terrritoire que moi d'aller et venir à leur guise.
L'activité spontanée des Bouddhas
mkhyen : La connaissance des Bouddhas est totale. Eux seuls ont la capacité de percevoir en même temps le plan utime et le plan relatif des phénomènes existant.
rtse : La (grande, bien sûr) compassion des Bouddhas embrasse tous les êtres, en toute impartialité, que les êtres aient des comportements amicaux ou inamicaux à leur égard.
nus : Les Bouddhas ont réalisé tous les pouvoirs possibles - je précise, car il est bien spécifié dans les Traités qu'ils ne peuvent accomplir l'impossible : ça paraît évident, mais... Ainsi les Boudhas ne peuvent-il pas modifier les propriétés physiques des grands éléments (terre, eau, feu, air) ni arranger à leur guise les karma des êtres (sinon, il y a longtemps que plus personne ne moisirait dans le samsara. Las, chacun est le seul artisan de ses propres karma).
C'est parce que les Bouddhas détiennent de telles facultés que leur activité est désormais spontanée, c'est-à-dire qu'elle s'accomplit sans plus leur demander d'effort, pas même simplement "d'y penser".
En clair, cela signifie que, sitôt que quelque part, un quelconque être est "mûr" pour recevoir une quelconque aide, les Bouddhas la lui apporte instantanément, sous la forme adéquate (nourriture, médicament, eau, pont, véhicule, Enseignement, etc.).
Il est dit qu'en réalité, l'activité des Bouddhas est ininterrompue. Mais pour que des résultats se produisent, il est également admis qu'une cause unique ne suffira jamais.
Il est nécessaire qu'il y ait conjonction entre l'aide apportée par les Bouddhas (constante) et l'ouverture, ou encore la disponibilité des êtres en demande d'aide.
En bref, la balle est dans notre camp. A nous de jouer !
mercredi 1 octobre 2008
Pour que les Maîtres demeurent
Oui, Lydie, la longévité du Maître dépend des karma, c'est à dire des mérites, de leurs disciples. Et aussi des tâches qu'ils peuvent ou non accomplir pour le moment.
Si un Maître montre des signes de maladie, que peut-on faire ?
Prier "pour" lui ? Oui, mais pas comme on le fait dans le cas d'un ami ou un parent - ce qui reviendrait à sous-estimer le Maître.
Il faut en fait adresser des requêtes au Maître pour qu'il fasse en sorte de demeurer encore longtemps.
Il est utile aussi d'essayer d'accumuler des karma positifs (tous domaines confondus), dédiés à la longévité du Maître et à l'accomplissement de son oeuvre, etc.
Vie et mort des Bouddha et Maîtres
Rinpoche a expliqué que le but de tout Bouddha (et donc, de tout Maître) est de venir en aide aux disciples prêts à recevoir une aide, principalement en leur prodiguant des Enseignements, qui portent sur les sujets les plus divers, dont tout particulièrement l'impermanence, et la mort (qui est une forme très grossière de l'impermanence).
La mort d'un Bouddha, a dit Rinpoche, est en fait un Enseignement sur l'impermance, une mise en garde : les Bouddhas ne sont plus soumis aux contraintes ordinaires, mais leurs disciples si. Or, ils ont une fâcheuse tendance à ne pas vouloir regarder la réalité en face. D'où de tels Enseignements, concrets et un tantinet brutaux - hélas.
Mais, Chère Lydie, dans un cas tel que celui du 100ème Ganden Tripa qui est pour le moment en état de mort clinique, tout en poursuivant manifestement une méditation (par définition, sur la vacuité), outre le rappel de l'issue fatale de toute naissance, il y a également la démonstration flagrante que la pratique peut aboutir à des résultats indéniables !
Il faut être parvenu à un haut niveau de réalisation pour ainsi être capable d'utiliser la claire lumière de la mort.
C'est difficile, mais pas impossible, même de nos jours, nous montre ce Maître plein d'amour et de compassion - un vieil ami de Genlags, ajouterai-je, pour ceux qui pourront situer : ils étaient ensemble à Varanasi, avec l'actuel Ganden Tripa (Geshe Longri Namgyal-lags) ou encore Geshe Jampa Gyatso de Pomaïa, décédé l'an dernier.
En m'apprenant la mort de son ami, Genlags m'a aussi parlé de la disparition de l'un de ses principaux Maîtres : Phara Rinpoche, à Buxa. Lui aussi est resté quelque temps en méditation après la mort apparente, environ sept jours (en pleine chaleur du Bengale).
Genlags m'a dit que la tristesse profonde qui l'avait envahi à l'annonce du décès s'est dissipée lorsqu'il est venu saluer la dépouille et qu'il a vu son Maître rayonnant, magnifique, pas du tout "mort" au sens habituel du terme. Jamais il n'avait semblé aussi "vivant" !
L'équanimité
Je parie que beaucoup vont me répondre : la sagesse et la compassion, ou encore l'esprit d'Eveil, l'amour, etc.
C'est vrai.
Mais reprenons le lamrim au chapitre afférent : pour devenir Bouddha, il faut avoir réalisé l'esprit d'Eveil spontané, lequel suppose d'avoir développé l'engagement supérieur, lequel requiert la compassion, qui se fonde sur l'amour (en tant qu'amitié - yid 'ong byams pa -, l'autre forme d'amour apparaissant avant ou après la compassion en fonction des tempéraments), etc. etc., le tout reposant sur l'EQUANIMITE.
Alors, on ne me fera pas croire que si le "moindre" bodhisattva fraîchement émoulu doit avoir réalisé l'équanimité (pas l'indifférence, je vous prie ! L'équanimité consiste en l'égalité d'esprit, ou encore en l'impartialité), le Bouddha pourrait favoriser les uns (les moines) au détriment des autres (les nonnes).
En tant que bouddhiste novice, j'ai du mal à bien cerner l'ampleur de la prise de refuge, mais quand même ! Il me semble qu'adresser des critiques à l'adresse du Bouddha, en le taxant ouvertement ou presque de "machisme", est carrément à l'encontre de la prise de refuge - dont la teneur est la foi en le Bouddha et son Enseignement (dont le Vinaya), si je ne m'abuse.
Le Premier Ministre à Ganden
Et par Ganden, j'entends ici le monastère de Ganden reconstitué à Mundgod, dans le Sud de l'Inde ; pas la Terre pure de Maitreya.
Donc, en déplacement à Mundgod où il était venu discuter agriculture avec les villageois (qui rencontrent bien des problèmes, les malheureux), Katri (Bka' tri) Rinpoche, pour reprendre le titre en vigueur a fait un détour par Ganden, plus exactement Ganden Shartse, et plus précisément encore par Trijang Labrang : la Demeure de Kyabje Trijang Dorjechang.
Le Premier Ministre en exercice s'est prosterné devant la satue du Tuteur junior de Sa Sainteté le Dalaï Lama, a offert une khata de cérémonie, puis s'en est retourné à Dharamsala.
Pour ceux qui ne le connaissent pas bien, Samdong Rinpoche est originaire du Kham. Il a fait ses études de philosophie à Drepung Loseling, sous la houlette de son bien-aimé professeur, Gyalrong Khensur Rinpoche.
Avant de devenir le premier Premier Ministre, Samdong Rinpoche a été plusieurs années Directeur de l'Institut de Hautes Etudes tibétaines de Varanasi (aprsè Gomang Khensur Rinpoche Nagwang Nyimalags ou encore Jangtse Khensur Rinpoche Gedun Sangpo).
Ordination de bhikshuni
Le problème posé est, à mon avis, un faux problème : puisque la lignée chinoise a, paraît-il, été maintenue, celles qui souhaitent recevoir l'ordination majeure pourraient aisément l'y recevoir. C'est d'ailleurs ce que pas mal d'Occidentales et quelques Asiatiques ont fait depuis une bonne vingtaine d'années.
Là où ça se complique, c'est qu'au lieu de conserver les traditions existantes chacune en l'état, il y a une demande (ou plus exactement, une exigence) pressante de les mélanger. Et ça, c'est un vrai problème.
Pourquoi ?
Certes, à l'origine, c'est à dire du temps du Bouddha, il n'y avait qu'une seule tradition de Vinaya, et les 18 branches ne sont apparues que plus tard, au fil des siècles.
Sur les 18, il n'en reste que 3.
Je vais vous épargner les noms (pour qui est intéressé, ils sont faciles à retrouver, y compris ici ou là dans ce blog).
Pour simplifier, subsistent à ce jour
- le Vinaya appliqué dans les pays de Sud-Est asiatique (Thaïlande, Cambodge, etc.) et où, d'ailleurs, même lea lignée d'ordination mineure féminine a disparu depuis bien longtemps ;
- le Vinaya qui s'est propagé en Chine et de là, en Corée, au Vietnam ou encore au Japon (mais au Pays du soleil levant, il a été aboli au XIXème siècle, lors de la persécution anti-bouddhiste) ;
- le Vinaya qui a été implanté au Tibet par Shantarakshita et s'est répandu dans des régions limitrophes, dont la Mongolie, le Bhoutan, etc.
O.K. Il s'agit toujours de la Règle monastique, avec un même fonds, et une même finalité.
Mais, ainsi que le dit clairement Pad ma 'Byung gnas, alias Padmasambhava, "très grandes sont les différences" entre les écoles de Vinaya (shin tu tha dad).
Atisha (cité par Buton Rinpoche dans 'Dul ba spyi rnam) surenchérit : Prenez garde à ne pas mêler les Vinaya. Sinon, cela créerait de tels obstacles qu'il en deviendrait impossible d'obtenir l'état d'arhat (et a fortiori l'état de Bouddha).
Autrement dit, vu la tournure actuelle des évènements, si certaines (et d'ailleurs certains aussi, car si le Vinaya est altéré, ce sera au détriment de tout le monde) ont envie de s'engager dans la carrière religieuse pour, tant qu'à faire, en obtenir des résultats, il y a urgence , avant que l'irréparable ne soit commis.
Il est d'ailleurs peut-être déjà trop tard.
Le 100ème Ganden Tripa Lobsang Nyima
De 1966 à 1971, il étudie à l'université de Varanasi et présente, en 1971, les examens de lha rams pa à Dharamsala. Après douze jours de débats, le premier rang lui est décerné.
Discipliné, après un court pèlerinage dans les différents monastères reconstitués en Inde, il entre à Gyudmed Datsang et y gravit tous les échelons : rGyud tika skyor dpon (récitant de Guhyasamāja), dge bskos (maître de discipline) et, sans attendre (c'est très rare), vice-abbé puis abbé. Sa louange a également été composée par Kyabje Trijang Rinpoche, en raison de l'absence de son successeur qui se trouvait alors en Suisse...
En 1976, Geshe Lobsang Nyima est nommé abbé de Namgyal Datsang (le monastère rattaché à sa Sainteté le Dalaï Lama et actuellement localisé à Dharamsala). Devenu Byang rtse chos rje en 1984, il demande, en 1987, à être déchargé de la direction de Namgyal Datsang et retourne à Drepung pour enseigner.
Le 31 août 1995, il est intronisé dGa' ldan khri pa - Ganden Tripa, et devient le 100ème Détenteur du Trône abbatial de Ganden.
En 2001, selon la coutume, il remet sa démission à Sa Sainteté le Dalaï Lama, et devient Khri zur : "Abbé retiré".
Conformément à la tradition d'alternance entre les deux collèges tantriques, c'est le plus ancien des abbés retirés de Gyutö qui lui succède : Geshe Longri Namgyal, qui est ... Français (par naturalisation, fallait-il le préciser ?) et a fondé en région parisienne le Centre Thardeuling.
Mort (clinique) du 100ème Ganden Tripa
Je viens d'apprendre que Sa Sainteté le 100ème Ganden Tripa Lobsang Nyima est décédé il y a dix-sept jours dans un hôpital de Goa.Depuis, de nombreux fidèles viennent saluer sa dépouille, et les médecins locaux sont quelque peu surpris : le corps demeure intact (Cf. climat indien) et conserve même une certaine tiédeur, qui disparaît normalement peu de temps après la mort clinique.
Pas étonnés, les bouddhistes (enfin, ceux qui sont au courant) sont simplement admiratifs et emplis de foi, car c'est signe que le Maître utilise la claire lumière de la mort pour effectuer les profondes méditations auxquelles il s'était préparé au cours de sa vie au travers de ses études et pratiques, des tantra notamment.
C'est que les Ganden Tripa ne sont autres que les successeurs de Je Tsonkhapa à la tête des gelugpa - accéder à ce rang suppose quelque qualité sans doute...
mardi 30 septembre 2008
Monastères philosophiques du Tibet
Par ailleurs, ils ne suivent pas tous le même programme.
Ici, l'accent est mis sur la méditation, là sur les rituels, ailleurs sur l'étude de la médecine, des tantra ou de la philosophie, etc.
Les monastères dans lesquels est enseignée la philosophie de manière systématique sont dénommés mtshan nyid grva tshang.
Citons chez les gelugpa les deux collèges de Ganden, certains collèges de Sera, Drepung, Tashilhunpo, Labrang Tashikyil (eh non, pas tous), ou encore Ratö et Dagpo Datsang.
Pour autant, n'allez pas imagniner que TOUS les moines de ces communautés étaient des logiciens patentés. Selon les cas, les dialecticiens pouvaient représenter un tiers ou une petite moitié des effectifs.
Et tous ne devenaient pas des geshe, encore moins des geshe lharampa.
Le titre de geshe, qui signifie avant tout "ami spirituel", ou "maître spirituel" et peut s'appliquer aussi bien à une femme qu'à un homme, n'est guère utilisé dans le sens de "docteur en philosophie" que dans les trois grands monastères du Centre du Tibet : Ganden, Sera et Drepung. Parmi les quatre niveaux de geshe, trône au sommet celui de geshe lharampa ("érudit de Lhasa") à raison de 16 candidats maximum par an, pour les trois monastères confondus - qui comptaient chacun des milliers de moines !
Les Femmes bouddhistes et la philosophie
Je ne peux que m'en réjouir. Elles s'inscrivent ainsi dans une tradition très ancienne.
La philosophie bouddhiste vient, bien sûr, de l'Inde, et se fonde sur les Enseignements du Bouddha ainsi que les Traités de grands pandits tels que Nagarjuna, Asanga, Dharmakirti, Candrakirti et bien d'autres.
L'art du débat était fort répandu en Inde, tant chez les hindouistes que chez les bouddhistes, avec des enjeux importants (la conversions du perdant et de ses disciples à la doctrine du vainqueur), mais c'est un Lotsawa Kadampa qui a mis au point la gestuelle désormais bien "connue" de tous ceux qui ont regardé des reportages ou des spectacles comportant des joutes dialectiques.
En fait, au Tibet, ce sont surtout les Kadampa / Gelugpa et les Sakyapa qui ont utilisé cet excellent moyen pédagogique. Ce qui ne signifie pas que les autres traditions n'étudient pas la philosophie.
Il faut en effet se garder de confondre "philosophie" et "débats".
L'un des textes fondateurs de la philosophie bouddhiste est certainement le Sutra de la Sagesse, avec ses diverses versions, en cent mille stances, quatre vingt mille stance, etc.
Le Cinquième Dalaï Lama faisait grand cas d'un couvent des environs de Lhasa, dont les nonnes étaient à juste titre célèbres pour avoir mémorisé le Sutra de la Sagesse en cent mille stances.
Et c'est simplement en lisant ce même Sutra que Macig Labdrön, alors toute jeune nonne, aurait obtenu la compréhension de la vacuité – Macig Labdrön, disciple principal (non, ce n'est pas une faute d'orthographe : en français, le masculin est ici obligatoire car je parle de tous les disciples, hommes et femmes) de Pha Dampa Sangyé. Au Tibet, elle est à l'origine de l'école Zhi byed et de la transmission de la pratique de gCod (Tcheu, "couper l'égocentrisme).
A date plus récente, dans les années 1966-70, dès la création à Sarnath de l'Institut de Hautes Etudes Tibétaine, mais si, il y avait des nonnes parmi les étudiants en philosophie.
Dont notamment deux nonnes Kagyupa, qui ont suivi le cursus pendant au moins six à sept ans, voire plus, avant d'aller rejoindre la communauté Tilopa installée à Dharamsala.
"Les Enfants perdus de Bouddha"
Une leçon d'amour et de pédagogie au service des êtres, enfants ou animaux.
Un magnifique exemple de tendresse
Au coeur du Triangle d'or, un bonze charismatique initie de petits villageois à la boxe thaïe et à l'amour du Bouddha. Entre film d'aventures et ode contemplative à la beauté du monde, ce documentaire entre de plain-pied dans leur univers.
Phra Khru Ba Neua Chai, ancien militaire et champion de boxe thaïe, plus connu sous le nom du "Moine Tigre", est l'un des bonzes les plus célèbres et les plus controversés de Thaïlande. Armé de son charisme, de sa foi et de sa maîtrise des arts martiaux, il combat les méfaits de la drogue qui dévastent la région du Triangle d'or. Il y a fondé le temple du Cheval d'or, où il recueille comme novices les orphelins, les enfants abandonnés ou les petits villageois que leurs parents n'ont pas les moyens de nourrir, et encore moins d'éduquer. Aidé d'une nonne à la voix de stentor, il les élève dans une discipline rigoureuse, partagée entre méditation, étude, apprentissage de la boxe et de l'équitation, quêtes et expéditions charitables dans les villages des environs. Avec son rire tonitruant, sa poigne de fer et sa tendresse universelle, Khru Ba entend former des hommes libres, responsables et sûrs d'eux, qui pourront contribuer plus tard à rendre le monde meilleur, quelle que soit la voie qu'ils choisissent. Escorté de ses petits émules en robes safran, il parcourt les montagnes à cheval pour exhorter les fermiers des tribus locales à abandonner l'usage des stupéfiants ou la culture du pavot. Aussi les gangs de trafiquants ont-ils plusieurs fois tenté de l'assassiner.
lundi 29 septembre 2008
Cadences infernales
Toujours hier, une personne a demandé à Rinpoche des nouvelles de Sa Sainteté, tellement fatigué après son séjour en France qu'il a dû annuler les déplacements prévus en septembre (et, je crois, quelques voyages fixés en octobre, en Suisse alemanique, par exemple).
Rinpoche a rassuré l'asistance en répondant qu'il supposait que Sa Sainteté avait récupéré puisqu'actuellement il dispense des Enseignements à Dharamsala.
Puis Rinpoche nous a dit que, sur tous les voyages que Sa Sainteté a pu déjà faire en Europe (et ils sont assez nombreux), c'est lors de son très court séjour séjour à l'Institut (1 journée et demie à Veneux) que pour la première fois Sa Sainteté a disposé d'une journée de repos !
Eh bien, moi, je trouve qu'il y a un réel problème au niveau de l'organisation...
Va-t-il falloir créer un syndicat pour défendre "les droits des Lamas" ?
Quand je regarde le calendrier de Rinpoche lui-même, je me dis qu'il serait peut-être urgent de le faire...
Ca me rappelle une petite anecdote à propos de Geshe Potowa, anecdote que Rinpoche nous a racontée plusieurs fois - peut-être pour essayer de nous faire passer un message (pas reçu, je le crains).
Bref, quelqu'un était venu poser des questions alors que Geshe Potowa était manifestement très occupé à autre chose. La mine courroucée, le grand Maître Kadampa avait chassé l'importun.
Rinpoche nous avait expliqué qu'il ne convient pas de déranger un Maître n'importe quand, mais qu'il faut choisir un moment où il est disponible, sans pour autant s'imposer.
L'humilité
A ma grande surprise - je dois le confesser -, Rinpoche a rattaché l'humilité au facteur mental vertueux dénommé ngo tsha shes pa en tibétain, et si difficile à rendre en français. La traduction la plus courante est "honte", mais elle ne rend pas vraiment le sens, qui tiendrait plutôt du sens de l'honneur, ou du respect de soi.
En effet, ngo tsha shes pa est le facteur mental qui nous permet (parfois, quand nous lui donnons la possibilité d'agir) de nous abstenir de commettre quelque chose de mal, de non vertueux, parce que nous sommes alors conscients qu'un tel agissement ne serait vraiment pas digne de nous.
Rinpoche a ensuite bien insisté sur le fait que la vraie humilité n'est pas une attitude affectée, ou hypocrite, mais bel et bien une attitude réaliste, fondée sur la compréhension que l'autre nous est forcément supérieur dans certains domaines.
L'humilité, nous a expliqué Rinpoche, suppose de faire porter notre attention sur les qualités, et non sur les défauts, d'autrui. Indirectement, cela nous amène à voir et admettre nos propres manquements et lacunes. Ce qui combat en nous l'orgueil.
vendredi 22 août 2008
Impermanence
Naguère, quand j'étais étudiante, j'eus la chance d'avoir une excellente amie, qui fut pour moi la petite soeur dont je rêvais depuis toujours.
J'étais son témoin le jour de son mariage avec un jeune historien japonais, avant qu'ils n'aillent s'installer en banlieue tokyoïte. Chaque année, au mois d'août, je les recevais, avec bientôt leurs deux enfants, pour deux ou trois semaines de vacances.
Jusqu'à la mort de Catherine ce funeste jour de juillet, à quelques jours de venir nous voir en France.
Elle venait d'avoir 42 ans. Une maladie orpheline, qui fit deux orphelins de 15 et 13 ans, après deux ans de souffrances très courageusement affrontées.
Et je viens de recevoir une mail de mon "beau-frère". L'aînée va mettre au monde un petit garçon d'ici deux ou trois jours. Le cadet (portrait craché de sa mère, sauf qu'elle était blonde et lui ... un peu Japonais quand même) va se marier le 14 septembre !
A la lumière du lamrim, c'est pour moi un nouveau messager du Seigneur de la mort : du jour où on est né, on n'arrête plus de courir vers lui.
Il est exact qu'il ne tient pas compte des préséances, ni d'âge ni de rien. Sinon, j'aurais dû partir avant Catherine - dont d'ailleurs la Maman va pouvoir connaître son arrière-petit-fils.
Malgré tout, c'est en voyant les jeunes grandir qu'on se rend compte qu'on vieillit.
En conclusion, tous mes voeux pour Naomi et Kei, leurs époux et épouse respectifs ainsi que tous leurs autres proches, qu'ils soient encore dans cette vie ou déjà dans une autre.
Où que tu sois, Catherine, puisses-tu être heureuse et suivre le chemin de ton choix.
Jour de jeûne
lundi 18 août 2008
Un bon disciple
Être nanti de l'intelligence qui discerne ce qui est voie spirituelle et ce qui ne l'est pas,
Lors de l'écoute de l'Enseignement, avoir l'esprit parfaitement fixé sur lui -
Faites en sorte de réunir toutes ces qualités ; elles sont les caractéristiques du disciple.
Extrait du Gomchen lamrim
Le lamrim
Pour un esprit non entraîné, il est difficile d'au travers eux saisir la Pensée du Victorieux ,
A supposer qu'il y parvienne, c'est au prix de longs et grands efforts,
Tandis que grâce à cette instruction-ci (lamrim), on discerne aisément la Pensée du Victorieux.
Extrait du Gomchen Lamrim, de Gomchen Ngaki Wangpo (2ème abbé de Dagpo Datsang)
dimanche 17 août 2008
Perceptions "directes" et "indirectes"
on appelle "perception directe" (ou "immédiate") toute perception qui appréhende son objet "directement", c'est-à-dire sans avoir besoin d'utiliser une "image mentale" (une représentation mentale).
Toutes les perseptions sensorielles (visuelles, auditives, olfactives, gustatives et tactiles) ainsi que certaines perceptions mentales sont directes.
A l'opposé une "perception "indirecte" (ou "médiate", ou discursive, ou encore représentative, en fonction des traducteurs) est une quelconque perception qui saisit son objet par l'intermédiaire d'une image mentale.
Pour vous donner un exemple, quand nous avons sous les yeux disons notre chat, et que nous le regardons avec affection (ou agacement, etc.), la perception que nous avons de lui est directe, sans intermédiaire.
Quand, en son absence, nous pensons à lui, la perception est indirecte.
Concernant la vacuité, nous ne la voyons pas de nous-mêmes directement. D'abord, nous l'ignorons totalement, puis au fur et à mesure que nous en entendons (peut-être) parler, nous nous faisons une idée de ce qu'elle peut être. En principe, nous partons d'une idée très grossière pour ensuite affiner. C'est-à-dire que nous l'appréhendons au travers d'images mentales d'abord tout à fait approximatives, qui vont ensuite en s'améliorant (on l'espère - mais ce n'est pas toujours le cas pour tout le monde).
Nous avons alors des perceptions indirectes de la vacuité.
Il paraît que, à force de s'exercer correctement, finit par arriver un moment où ça "fait tilt".
Le jour où ça nous arrivera, nous comprendrons désormais la vacuité telle qu'elle est, sans plus passer par une représentation mentale. Notre perception, et donc la compréhension seront devenues directes. Et nous serons devenus des arya - pour toujours (aucune régression possible en-deça).
mardi 12 août 2008
Bodhisattva et Bouddhas
Pourquoi ?
Cf. la définition de bodhisattva : "quelqu'un qui aspire à devenir le plus vite possible Bouddha, afin d'avoir les moyens d'oeuvrer pour le bien de tous les êtres."
"Qui aspire à devenir" implique qu'il ne l'est pas encore.
Pourtant, des personnages tels qu'Avalokiteshvara, Manjushri ou Maitreya sont tantôt qualifiés de bodhisattva, tantôt de Bouddhas !
1. Il faut faire bien attention du contexte dans lequel on se situe :
si le mahayana admet la pluralité de Bouddhas à une même époque (par exemple la nôtre), selon le hinayana, il ne peut y avoir qu'un Bouddha à la fois, par époque d'enseignement.
Dans cette optique, comme nous sommes à l'époque de l'Enseignement dispensé par le Bouddha Shakyamouni, Manjushri, etc., sont forcément des bodhisattva. Mais quand l'Enseignement issu du Bouddha Shakyamouni aura totalement disparu, après une période sombre, un autre bodhisattva obtiendra l'Eveil suprême, donnera un Enseignement, lequel durera x siècles, puis déclinera, et ainsi de suite.
NB Selon le mahayana, le Prince Siddharta était déjà Bouddha et n'a fait que montrer l'obtention de l'Eveil, à titre d'exemple.
Selon le hinayana, le Prince Siddharta était bodhisattva et a effectivement obenu l'Eveil à Bodhgaya, devenant alors et seulement alors Bouddha.
2. Même dans le mahayana, l'on utilise les deux vocables pour désigner de tels personnages. Pour des raisons précises, et en focntion des critères du moment.
Quand le critère est la nature même (ou disons le niveau atteint), ils sont à juste titre appelés Bouddhas.
Quand le critère est l'aspect revêtu aux côtés du Bouddha Shakyamouni, pour l'assister dans son oeuvre, ils sont appelés bodhisattva. Par extrapolation. Pas au sens littéral.
3. En ce qui me concerne, sauf mention contraire, je me situe dans la vision mahayana, puisque je suis la tradition tibétaine.
Arya et Bouddha suite
Dans le vocabulaire bouddhique, le contraire d'arya est "être ordinaire", so skye - c.a.d. tout être qui n'a pas encore obtenu la compréhension directe du non-soi.
En clair, les êtres envisagés globalement se répartissent en deux catégories : êtres ordinaires et arya. Il n'y a pas de troisième possibilité.
Donc, quand on prend le terme "bouddha" pour désigner les êtres qui ont atteint le plein Eveil,
il faut pouvoir classer ces êtres dans l'une des deux catégories... Comme il est exclu qu'ils fassent partie des êtres ordinaires, il s'ensuit que... (je vous laisse compléter).
Le contraire de Bouddha est ... non-Bouddha., c'est-à-dire encore en-deçà de l'Eveil suprême.
Arya et Bouddha
Mais bon, reprenons quand même un ou deux points importants :
- Peut-on être à la fois arya et Bouddha ? - OUI, oui, oui.
Un arya se définit en effet comme quelqu'un qui comprend directement la vacuité. Il serait étonnant que les Bouddhas (qui sont omniscients) n'aient pas une telle connaissance... Et si c'était le cas, ils ne seraient pas omniscients.
NB Aux yeux des bouddhistes, les Bouddhas sont "omniscients" au sens qu'ils ont la connaissance de tout ce qui existe, sous les deux facettes (plan ultime et plan conventionnel).
Pour ce qui est d'être ou non "omnipotents", eh bien, ça dépend de ce qu'on entend par là.
Les Bouddhas sont considérés comme détenant tous les pouvoirs possibles. Pourraient-ils faire des "miracles" ? Non. Des choses au-delà de l'ordinaire ? Oui, bien sûr.
Donc, tout Bouddha est obligatoirement un arya.
A l'inverse, un arya n'est pas nécessairement un Bouddha. Exemples (non exhaustifs) : les arya qui recherchent la libération personnelle et non l'état de Bouddha, ou encore les aryabodhisattva (sur les chemins de la vision et de la méditation du mahayana).
S.S. le Dalaï Lama à Veneux Les Sablons
Pour résumer de façon succincte : RAS. Tout s'est très bien passé !
Contrairement aux prévisions météo des plus inquiétantes, il a finalement fait beau même à l'extérieur.
Au programme : la transmission des Trois Principes du chemin, instruction concise mais complète transmise à Je Tsongkhapa par le Bouddha de la sagesse lui-même (vous aurez reconnu Manjushri).
Sa Sainteté a précisé (conformément à la tradition) qu'il avait reçu cette transmission de ses trois Maîtres principaux : Tatag Rinpoche, Ling Rinpoche et Trijang Rinpoche.
Les trois principes en question ne sont autres que les trois qualités nécessaires pour devenir Bouddha : le renoncement au samsara, l'esprit d'Eveil et la compréhension du non-soi.
Sa Sainteté a bien expliqué que cet ordre d'énonciation des trois de la part de Je Rinpoche ne devait rien au hasard. C'est tout simplement l'ordre "naturel" de progression sur la voie spirituelle.
Le renoncement est cause d'obtention de la libération de la souffrance sous toutes ses formes ; bodhicitta est cause d'obtention de l'Eveil complet de Bouddha, et la compréhension de la vacuité concourt aux deux.
dimanche 10 août 2008
Le Dalaï-Lama en France lundi
Le dalaï-lama en France lundi
Par Elsa GUIOL
Le Journal du Dimanche
La France s'apprête à accueillir le dalaï-lama. Le chef spirituel des Tibétains arrive lundi pour une visite religieuse. Il visitera plusieurs congrégations et dispensera une série d'enseignements. Une seule rencontre politique est notée au programme, avec Christian Poncelet, le président du Sénat. Le lama ne s'entretiendra pas avec Nicolas Sarkozy, mais avec sa femme.
Dans le jardin, des petites mains sont à l'oeuvre, accrochent des drapeaux de toutes les couleurs, passent des jets de Kärcher sur les pierres, ratissent les quelques feuilles mortes et les branches détruites par la dernière tempête. Dans le temple, plus loin, d'autres vérifient les derniers branchements, l'alignement des chaises, la peinture des murs qui a été refaite... Tout doit être parfait, ce n'est pas tous les jours que l'on reçoit "sa sainteté". Il y a deux ans déjà, le Vénérable Dagpo Rimpotché, le premier maître tibétain à s'installer en France en 1960, devait accueillir le dalaï-lama dans son centre d'études à Veneux-Les Sablons (Seine-et-Marne). Mais pour des raisons de santé, la visite avait été annulée. Cette fois, c'est sûr: le Prix Nobel de la paix viendra mardi matin "consacrer" la nouvelle salle de prière et professer un enseignement. "Nous sommes presque prêts", sourit-il, plutôt amusé par tout ce chambardement.
Cinq mois après les événements au Tibet, le dalaï-lama entame à partir de demain une visite très attendue, en pleins Jeux olympiques. Douze jours pour une visite essentiellement religieuse et spirituelle, avec un programme chargé: outre la rencontre avec Dagpo Rimpotché, le chef spirituel tibétain donnera mardi sa bénédiction à la nouvelle pagode d'une congrégation vietnamienne à Evry (Essonne), visitera jeudi d'autres congrégations à Aubry-le-Panthou (Orne) et Plouray (Morbihan) et dispensera une série d'enseignements à Nantes du 15 au 20 août.
A Lodève avec Carla Bruni
Une seule rencontre politique est prévue, au Sénat, où le 14e lama sera reçu par le président de la Haute Assemblée, Christian Poncelet. Le président de la République a, lui, finalement renoncé à s'entretenir avec le religieux tibétain. Une annonce qui a provoqué une vive polémique, provoquant la colère de la gauche et la déception des associations de droits de l'homme. "Même George Bush le reçoit", regrette Fabrice Midal, philosophe et bouddhiste*. Dans son centre de Veneux-Les Sablons, Dagpo Rimpotché se veut plus pacifique: "La réalité, je crois, c'est que la France a beaucoup d'espoir en la Chine sur le plan commercial. Est-ce que ça va marcher? ça je n'en sais vraiment rien..." Pour calmer les esprits, le bureau du Tibet à Paris a expliqué jeudi que le dalaï-lama ne souhaitait de toute façon pas de cette rencontre, les dates coïncidant avec les JO de Pékin qu'il a soutenus "de manière constante et cohérente".
Nicolas Sarkozy a toutefois promis de rencontrer "sa sainteté" avant la fin de l'année. En attendant, c'est sa femme, Carla Bruni, qui doit l'accompagner le 22 août près de Lodève (Hérault) à l'occasion de l'inauguration du temple de Lérab Ling, le centre d'études bouddhistes de Sogyal Rimpotché à Roqueredonde. L'un des plus grands d'Europe, celui où se ruent de nombreuses stars: Véronique Jannot, Jeanne Moreau, Yannick Noah... Lors de sa dernière visite en mai 2004, le chef spirituel tibétain avait déplacé les foules, au point même, au grand dam de ses fervents fidèles, d'être comparé à une rock star. A Veneux-Les Sablons, Dagpo Rimpotché attend plus de trois cents personnes. Trois fois plus que lors des autres enseignements.
* Auteur de Quel bouddhisme pour l'Occident?, Le Seuil, 2006.
Institut Ganden Ling, Veneux
10 août 2008 ... Le Bouddhisme, une religion mal connue en France. AFP - 08 h 28. A l'occasion de la visite du Dalaï-Lama en France, ...
http://fr.news.yahoo.com/afp/
Je Lhündrub Tsöndrü
Devenu moine à Shanga Chöde, il étudia ensuite à Sera Jey, puis à Gyudmed.
C'est en en 1940 qu'il devint Ganden Tripa, l'année de l'intronisation du 14ème Dalaï-Lama mais aussi de la destitution du régent Rateng Rinpoche qui mourut en prison en 1947, assassiné sur ordre du Conseil des ministres de l'époque.
Je Lhündrub Tsöndrü se retira cette même année et décéda à 64 ans.
Khenzur Rinpoche Sonam Gyaltsen avait eu l'occasion de le rencontrer à Ganden : "C'était, dit-il, un personnage très impressionnant. Un grand maître, conscient de l'être.
Je Lhündrub Tsöndrü disait de lui-même : "nga mkhas pa yin", "je suis savant". Il était effectivement réputé comme remarquablement versé en sutra, et aussi comme extrêmement sévère."
samedi 9 août 2008
Avoir chaud
Vous avez remarquablement répondu les uns et les autres. Bravo et merci.
Effectivement, une impression de chaleur n'est pas une "sensation" au sens du facteur mental omniprésent du même nom. Ce qui va relever dudit facteur mental, ce sera l'aspect agréable, désagréable ou neutre de la perception concernée - laquel aspect résulte des karma qui arrivent alors à maturité, et non de l'objet qui provoque la perception tactile de chaleur !
Il est exact que c'est avant tout le facteur mental omniprésent de l'identification qui permet d'évaluer la chaleur en tant que telle, puis de la nommer.
Ici, la sagesse peut-elle ou non intervenir, à votre avis ?
Vous avez également raison sur le fait qu'il faut bien faire la différence entre la chaleur elle-même (un aspect du toucher, qui appartient à l'agrégat de la forme) et la perception appréhendant la chaleur.
Nouvelle question : quelle(s) perception(s) sont en mesure d'appréhender la chaleur ? Uniquement les perceptions tactiles, ou d'autres le cas échéant ?
Amaya demande si on peut dire que la chaleur appréhendée relève de "notre" agrégat de la forme. J'aurais tendance à dire : "Ca dépend." N'y a-t-il pas en effet une différence entre la chaleur par exemple dégagée par un feu allumé dans une cheminée et la chaleur issue d'un accès de fièvre, etc. ?
Etre bodhisattva
Pour rebondir sur l'un des points soulevés, non, tout bodhisattva n'est pas forcément arya, tant s'en faut (comme d'ailleurs, tout arya n'est pas bodhisattva).
Pour rappel, un arya est quelqu'un qui a obtenu la compréhension directe du non-soi (sans plus d'image mentale).
Un bodhisattva au sens strict du terme est quelqu'un qui a réalisé l'esprit d'Eveil spontané, c'est-à-dire qui a développé une ferme aspiration à devenir Bouddha afin de disposer des facultés maximales pour oeuvrer au bonheur des êtres. Bref, c'est un personnage profondément altruiste, déterminé à libérer tous les êtres de la souffrance sous toutes ses formes.
Lydie a raison quand elle pense qu'à partir d'un tel stade on ne risque plus grand chose de l'autochérissement (rang gces 'dzin) et de ses dérivés comme l'attachement. Tout danger est-il écarté sitôt qu'on a réalisé bodhicitta ? Pas tout à fait.
Pour être tout à fait précis, il faudrait déterminer quand l'autochérissement est définitivement dissipé.
A ce propos, les différents systèmes philosophiques du bouddhisme présentent des avis divergents. Selon les madhyamika prasangika, l'autochérissement relève du voile à la connaissance, qui ne peut être rejeté qu'après l'élimination du voile des facteurs perturbateurs (laquelle est achevée lors de la septième terre des bodhisattva). Autrement dit, le voile à la connaissance est progressivement rejeté au long des trois dernières terres, qualifiées de pures puisqu'elles sont déjà exemptes de tout facteur perturbateur. A l'instant même où il est totalement détruit, l'état de Bouddha est obtenu.
Pour continuer nos jeux de l'été, une ou deux questions ultra-faciles :
Peut-on être simultanément arya et Bouddha ? Bodhisattva et Boudha ?
vendredi 1 août 2008
La saisie d'éternalisme
Observons de quelle manière nous concevons ce que nous appelons d'ailleurs "nos possessions" : notre maison, nos vêtements, nos objets multiples et divers. Nous disons communément : "C'est à moi, ça".
Lorsque nous pensons à un objet dont nous nous estimons être les propriétaires, est-ce que la façon dont nous le concevons n'est pas comme une possession à jamais ?
Est-ce qu'en regardant ce qui nous appartient, nous nous disons : "C'est à moi momentanément, mais après, de toute façon, cela passera entre les mains d'autres personnes" ? Ou est-ce que nous nous bornons à songer : "C'est à moi", sous-entendu pour toujours ?
Maintenant, élargissons le test en passant des objets matériels aux personnes.
Quand il s'agit des membres de notre entourage, de notre famille et en particulier de nos enfants, de quelle manière les voyons-nous? Est-ce que nous n'avons pas tendance à nous dire : "C'est mon fils. C'est ma fille.", sans aller plus loin ?
Notre ressenti par rapport à cette relation est, avouons-le, que c'est une relation pérenne.
Toujours plus proche de nous : notre corps. Comment d'ailleurs le qualifions-nous, sinon justement "mon" corps. Est-ce que spontanément l'idée pourrait nous effleurer qu'il n'est peut-être pas notre corps à jamais ? "
*Extrait d'un Enseignement de Rinpoche
Les Trois Roues du Dharma
De nombreuses classifications ont donc été établies, dont les « Trois Roues de la loi », centrées autour de trois exposés essentiels dispensés les un après les autres.
La première Roue du Dharma repose sur le premier Enseignement énoncé par le Bouddha 49 jours après l’Eveil, à Varanasi, et elle institue deux des quatre systèmes philosophiques (vaibhashika et sautrantika). C’est le Soutra des quatre nobles vérités :
- La vérité de la souffrance :
- La vérité de l’origine de la souffrance
- La vérité de la cessation de la souffrance
- La vérité du chemin
La deuxième Roue du Dharma est centrée sur Le Soutra de la Sagesse , prononcé un an plus tard à Rajragriha et qui institue le système philosophique madhyamika. C’est avant tout un exposé de la vacuité, qui consiste non en un néant mais en l’absence de substance, qui permet à l’interdépendance de se déployer.
La troisième Roue du Dharma se réfère au Soutra qui explicite la pensée (du Bouddha), prononcé à Vaishali et qui institue le système philosophique cittamatra aux théories idéalistes.
La question du jour (très facile pour une fois) est la suivante : tous les bouddhistes acceptent-ils cette classification chronologique des Enseignements du Bouddha ?
L'attachement suite
Et dans le cas du pratiquant qui s'exerce à la patience, en connaissant les résultats qu'il en obtiendra ultérieurement (beauté, séduction, etc.) ?
L'attachement
Ainsi, d'après vous, quand on a envie de se reposer, de prendre des vacances (sujet d'actualité), de se rafraîchir (idem), etc., est-ce ou non signe d'attachement ?
Pendant qu'on y est, la sensation que nous avons souvent ces jours-ci, d'avoir un peu chaud, relève de quel facteur mental ? La sensation ou un autre ?
Amour et compassion
Lydie lags, tandis que le renoncement relève du non-attachement, l'amour quant à lui relève effectivement de la non-aversion (she sdang med pa).
La compassion, quant à elle, est l'un des deux aspects revêtus par la non-malveillance (rnam par mi 'tshe ba), aux côtés de la ... patience - ce qui est tout un programme. Bon sujet de cogitation, l'air de rien.
Par exemple, sachant que la compassion consiste à ne pas supporter quelque chose - la souffrance d'autrui -, comment expliquer qu'elle est pourtant l'autre facette de la patience, qui suppose de ... supporter (des problèmes, ennuis et autres obstacles nous advenant) ?
Dans un autre registre, pendant qu'on en est aux devinettes estivales (il faut bien occuper les longues soirées d'une manière ou d'une autre), la non-aversion et son sous-ensemble l'amour partagent-ils exactement les mêmes cibles, les mêmes objets ? En clair, l'amour peut-il ou non porter sur n'importe quel objet susceptible d'être pris en compte par la non-aversion, et inversement ?